Monastère Saint Silouane

Enseignement

Fête de Saint Sophrony - Homélie de Monseigneur Élisée

Mémoire de notre Saint Père Sophrony au Monastère Saint Silouane

Votre Excellence, chers Pères, Mères, frères et sœurs !

Il y a trois semaines, nous célébrions la Pentecôte, ; il y a deux semaines, nous avons fêté tous les saints ; il y a une semaine ; nous solennisions tous les saints locaux. Et voici qu’aujourd’hui, dans cette continuité, en ce dimanche suivant tous ceux précédemment énumérés ; l’occurrence liturgique nous donne de nous retrouver autour de notre Père en Christ ; Saint Sophrony. Et croyez-moi ; prêcher sur Saint Saint Sophrony n’est pas chose aisée…

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Résurrection amour

2/5/2021 Jn XX, 19-25

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
L’évènement que nous fêtons depuis hier, qui a commencé il y a déjà quelques jours, et qui s’achève aujourd'hui est sans aucun doute l’évènement le plus important que nous ayons à vivre dans notre vie terrestre ; c’est un évènement qui non seulement a une importance dans notre vie terrestre mais cette vie terrestre aura une fin et la véritable vie sera la vie céleste avec Dieu et c’est ce qui nous est rapporté aujourd'hui ; en effet, nous nous en souvenons Adam, par orgueil, s’est séparé de Dieu et il a été remis sur la terre pour réapprendre à aimer et à désirer Dieu ; en s’incarnant sur cette terre le Fils de Dieu, Jésus-Christ, est venu nous apporter de la part du Père le témoignage que nous étions aimés et que non seulement que nous étions aimés mais qu’ainsi nous devenions fils de Dieu, enfants de Dieu ; il nous faut avoir conscience de cet évènement qui est tellement important ; Dieu a cherché Adam lorsqu'il a commis sa faute : « Où es-tu Adam ? » car Adam s’était caché mais aujourd'hui le Christ est descendu aux enfers là où se trouvait Adam et tous les autres qui attendaient le salut et Jésus en descendant aux enfers a redit cette phrase : « Où es-tu Adam ? » mais cette fois Adam ne s’est pas caché ; Jésus lui a tendu la main comme à Eve et l’a mis debout dans la lumière de Dieu avec tous les autres ; et c’est là que se situe le mystère de notre rédemption, de notre salut : nous sommes des fils d’adoption et nous sommes des fils de Dieu, par le Christ qui, de la part du Père et de l’Esprit, a voulu nous montrer par sa vie terrestre, par son Incarnation et tout ce qu’elle contient, a voulu nous montrer combien nous étions aimés ; le Seigneur Jésus a passé beaucoup de temps avec ses apôtres et ceux qui L’entouraient à leur expliquer, à leur montrer par des paraboles, à leur montrer par des guérisons de l’âme, du corps, de l’esprit qu’Il pouvait tout faire pour nous par amour ; ce n’était pas un magicien, ce n’était pas un guérisseur, c’était l’amour qui venait vers nous pour nous dire que nous étions aimés même si nous avions plongé dans les ténèbres ; c’est pour cette raison que c’est la fête des fêtes, c’est la fête qui doit réjouir tous les chrétiens du monde certes mais qui aussi touche tous les hommes et toutes les femmes de la terre qu’ils le savent ou qu’ils ne le savent pas ; l’important n’est pas de connaître par l’intellect mais l’important est de connaître par l’amour or je vous l’ai souvent dit on ne peut pas vivre sans amour et par conséquent on ne peut pas vivre sans Dieu. Alors nous qui recevons cet amour en plénitude malgré nos faiblesses, nos chutes, nos fautes, nos péchés, nous qui recevons cet amour en plénitude, quel est notre rôle aujourd'hui ? Que devons-nous faire par rapport à Dieu qui nous donne tant ? Et bien ce qu’attend Dieu c’est que nous répondions à l’amour par l’amour ; d’abord l’amour rendu à la Sainte Trinité : le Père, le Fils qui s’est donné pour nous en rançon et le Saint-Esprit et puis aussi l’amour que nous devons porter à nos frères quels qu’ils soient, quelle que soit leur origine ou leur formation, leur intelligence, leur richesse, leur pauvreté, leur misère, leur décadence, nous devons les aimer ; c’est l’amour qui sauvera le monde, rien d’autre et nous devons prendre cette responsabilité vraiment dans notre cœur ; ce n’est pas facile tous les jours : nous nous trouvons souvent en face de personnes qui nous irritent, nous agacent par leurs réflexions, leurs manières de nous parler ou bien de nous agresser même et il y a encore plus grave : il y a les guerres, il y a toutes ces choses-là et il nous faut essayer d’aimer ; le Christ nous a dit : « Aimez vos ennemis », Il est allé jusque- là, c’est le plus dur ; c’est impossible sans la grâce de Dieu mais c’est possible avec la grâce de Dieu ; c’est le Seigneur qui l’a dit : « Ce qui est impossible à l’homme est possible à Dieu » ; nous devons être responsables de l’humanité entière ; c’est là notre œuvre de chrétiens : être responsables, ne pas passer à côté de l’occasion de l’amour, ne pas tourner la tête pour éviter l’amour mais donner de l’amour d’une manière ou d’une autre ; pour chacun cela sera variable, peu importe, l’amour a une dimension tellement grande qu’il suffit de puiser dedans pour en donner un peu à chacun.
Rendons grâce au Seigneur pour tous ses bienfaits et je vous souhaite – je me souhaite à moi aussi – de recevoir cet amour de Dieu et que nous soyons tous capables d’offrir généreusement, sans compter, l’amour envers tous nos frères, toutes nos sœurs de l’humanité entière.
Amen

Présence de Dieu

21/3/2021 Mth VI, 14-21

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Voici que notre première semaine de carême s’est achevée et nous commençons la seconde. Pour chacun d’entre nous cette semaine aura été forcément différente selon notre propre personnalité et notre propre cheminement ; peut-être avons-nous découvert la joie de commencer à entrer dans le repentir ; peut-être avons-nous découvert cette joie mais aussi avons-nous découvert que ce n’était pas si simple que cela de garder cette joie dans le coeur et que les tentations arrivaient assez facilement ; pour chacun c’est différent ; et il y a une chose qui est très importante que l’on comprend en entendant l’Evangile de ce jour : c’est que le Seigneur Jésus est là en permanence non pas pour nous surveiller dans le sens « surveillance générale du collège » mais pour veiller sur nous, ce qui n’est pas la même chose ; Il veille sur nous et, en particulier sur Nathanaël : c’est un homme droit qui respecte la loi mais sincèrement, honnêtement sans hypocrisie et le Seigneur l’a repéré tout de suite pour l’encourager, pour lui donner l’énergie, le dynamisme, la force nécessaire pour poursuivre son chemin. C’est un peu pareil pour chacun d’entre nous quelle que soit la manière dont nous avons vécu cette première semaine ; peut-être, peut-être, aurons-nous été tenté par quelque démon et peut-être même avons-nous été au bord du découragement : « A peine une semaine et cela commence déjà ». Mais Jésus est là, Jésus est là et veille sur nous ; c’est pour cette raison que cet Evangile est tout à fait approprié parce que Philippe invite Nathanaël, un homme, droit, juste à rencontrer le Christ mais Nathanaël a un doute : « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? » C’est vrai que Nazareth est un tout petit village mais Philippe lui dit : « Viens » donc il joue très bien son rôle d’apôtre  ; il n’explique pas pourquoi Jésus est Jésus mais il lui dit « Viens », simplement « viens » et Nathanaël suit Philippe et c’est le Christ Lui-même qui s’adresse à lui directement ; Nathanaël est surpris : il était à côté d’un arbre, un peu caché comme notre ami Zachée et c’est lui que Jésus interpelle : « Avant que tu sois là je t’ai vu sous le figuier » et Il lui dit : « Tu es un véritable israélite, un homme de foi, un homme d’amour » et il continue en disant « Si simplement parce que j’ai dit, je t’ai vu sous le figuier tu crois, alors tu verras encore beaucoup d’autres choses ». Autrement dit si nous chutons dans quelle faute que ce soit plus ou moins importante le Seigneur est là ; c’est cela la base de la vie chrétienne : le Seigneur est là comme un roc sur lequel on peut construire sa vie ; même si sur le roc nous vacillons à certains moments, Il nous rattrape, Il nous tient debout. Je pense que pour cette première partie du carême c’est important que nous ayons la conscience vive de la présence du Christ en nous : Il veille sur nous, en nous ; Il n’est pas à l’extérieur de nous loin dans les nuages ou je ne sais où, Il est en nous ; Il nous le dira de nombreuses fois sous des formules différentes : « Venez à Moi vous tous qui peinez, je vous soulagerai, Je serai avec vous jusqu’à la fin des temps », etc. ; donc nous avons la certitude, si nous avons la foi, que le Seigneur est toujours là ; et même si nous tombons à plat ventre par terre à cause du démon qui nous a terrassé, le démon ne gagnera pas, c’est Jésus qui gagne et en définitive nous gagnerons avec Lui. Alors ne soyons pas inquiets, ne soyons pas dans le doute, ne soyons pas dans le tremblement, continuons la route puisque Jésus est là, Il veille sur nous ; Il saura nous dire : « Je t’ai vu sous le figuier ».
Amen

Pouvoir, Humilité

18/4/2021 Mc X, 32-45

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Ce récit comporte plusieurs parties. Les fils de Zébédée, Jacques et Jean demandent au Seigneur d’être – lorsqu'Il sera dans la gloire – à sa droite et à sa gauche. Cette question peut nous paraître ambigüe parce que cela pourrait être un mouvement de vanité mais cela pourrait être aussi un mouvement d’amour pour être le plus proche possible du Seigneur. Jusque-là nous ne savons pas trop pour quelles raisons ils demandent ceci mais nous avons un éclaircissement à la fin de l’Evangile car le Seigneur qui sonde les reins et les cœurs a compris que Jacques et Jean avaient certainement mal interprété ce qui était du pouvoir, de l’autorité, de l’humilité et de l’orgueil et Il leur fait la leçon ; Il leur demande s’ils pourront boire sa coupe et être baptisés comme Il sera baptisé dans le sang et ils répondent : « Oui » et Jésus confirme : oui, vous serez dans la même situation que moi, vous boirez à la coupe et vous serez baptisés dans le sang ; mais ensuite Il leur donne un enseignement très précis qui nous indique qu’Il avait deviné dans le cœur de ses deux apôtres qu’il y avait au moins un peu de vanité – ce qui d’ailleurs avait rendu jaloux les autres apôtres, ce qui n’était pas beaucoup mieux ; et en fait Il explique que il y a dans le monde ceux qui ont un pouvoir : les grands, ceux qui ont des positions extrêmement importantes dans le monde civil, laïque comme dans le monde religieux et Il nous parle du pouvoir, non pas de l’autorité mais du pouvoir, et Il dit que ces « grands » ont du pouvoir, un pouvoir qu’ils ont acquis pour eux-mêmes car le pouvoir c’est Dieu qui l’a ; par contre ils peuvent recevoir, selon leur fonction, l’autorité qui ne doit jamais se transformer en autoritarisme – ce qui reviendrait au pouvoir - et puis Il leur explique qu’il vaut mieux être l’esclave que le maître et que c’est ceux-là qui entreront dans le Royaume des Cieux et qui seront probablement les plus proches du Seigneur. Alors cela nous amène à réfléchir à ce qui est en nous en fait depuis l’origine des temps c'est-à-dire l’orgueil qui a poussé Adam au péché que nous connaissons et nous avons par notre nature déchue toujours une trace de cet orgueil qui est en nous, une espèce de racine difficile à arracher et même si on l’arrache elle repousse encore et il faut apprendre tout au long de notre vie à arracher cet orgueil pour le transformer en amour, en humilité, en simplicité, en pardon, en silence ; tous nous avons cette tendance à vouloir, lorsqu'on nous demande quelque chose - pas tout le temps mais souvent - à expliquer que ce n’est pas le moment ou bien que ce n’est pas comme cela qu’on fait ou bien ce n’est pas à toi de le faire ou à toi de me le demander : tout cela nous connaissons tous cela par coeur et voilà on tombe dans le pouvoir : c’est moi qui décide que j’ai raison et ce n’est pas toi et cela entraîne du jugement, du mépris, de la colère, des réprimandes, des insultes, de la fâcherie et tout ce que vous savez ; qu'est-ce qu’on a gagné ? Non seulement on n’a rien gagné mais on a tout perdu : on a perdu l’amour, on a perdu l’humilité, on a perdu le respect du frère ou de la sœur, on a tout perdu ; sauf que je pense que les apôtres après avoir entendu le discours du Seigneur ont compris et que progressivement ils se sont acheminés sur un terrain d’humilité ; ils sont presque tous martyrs, ils ont donc bu la coupe du Seigneur mais ce qui est plus important c’est qu’ils ont appris l’humilité progressivement et à nous il est donné cette leçon aujourd'hui ; il faut que nous comprenions non pas en réfléchissant, même si ce n’est pas forcément inutile, mais que nous comprenions que nous devons supplier le Seigneur de nous donner la grâce de l’humilité et l’un des moyens pour obtenir la grâce de l’humilité c’est de prier les Saints et les Saintes, la Mère de Dieu ; c’est poser un acte d’humilité que de leur demander de notre part de parler au Seigneur car nous n’osons pas nous Lui parler directement comme si nous avions une certaine possibilité de pouvoir par rapport à cela ; humblement nous demandons à tel Saint ou à telle Sainte, à la Mère de Dieu de demander cette grâce de l’humilité, de la simplicité ; c’est une aventure de tous les jours pas une aventure qui se règle en trois, quatre jours ; c’est une aventure qui dure toute la vie ; la preuve en est que notre St Père Silouane, à la fin de sa vie, quelques minutes avant sa mort, lorsque le Saint Père Sophrony lui demandait : « Père vous allez mourir ? » il a répondu : « Je ne peux pas mourir, je n’ai pas assez d’humilité ». Voyez-vous même un Saint qui avait beaucoup d’humilité, beaucoup, il était très haut dans cette vertu, mais il reconnaissait sincèrement – il n’était pas dans une fausse humilité – qu’il n’avait pas encore assez d’humilité pour paraître devant le Seigneur ; mais qui aurait assez d’humilité ? Il n’y a pas d’homme qui vive et ne pèche pas – dit-on dans l’Office des défunts et qui ne pèche pas par orgueil d’ailleurs ; alors la solution c’est de demander et redemander, redemander encore au Seigneur Jésus de nous accorder l’humilité pour que nous puissions avancer sur le chemin de sainteté ; c’est la recette, on aime bien les recettes et les méthodes pour tout d’ailleurs mais là c’est la vraie méthode, c’est peut-être la seule qui est utile vraiment ; recevoir l’humilité, aller plonger dans la grande humilité du Christ comme le disait St Sophrony ; car nous n’aurons jamais l’humilité du Christ, elle est parfaite mais nous pouvons aller plonger comme dans un torrent d’eau fraiche cette humilité pour qu’elle nous donne une appétence à grandir dans cette humilité ; vous savez quand on boit au torrent ou à la source on boit 1 fois, deux fois, trois fois parce qu' on a soif ; et bien nous nous avons besoin nous aussi de boire, d’aller puiser dans l’humilité du Christ le plus souvent possible et lorsque nous n’avons pas réussi parce que l’orgueil a été dominant nous pouvons encore, encore nous approcher du Seigneur mais avec humilité en reconnaissant que nous nous sommes laissés prendre par notre orgueil, par une tentation peut-être démoniaque aussi qui n’est qu’orgueil ; et si nous le faisons avec humilité le Seigneur qui est amour, le Père, le Fils et l’Esprit-Saint se réjouiront, nous accueillerons et le Seigneur Jésus nous dira : « Venez, venez car vous êtes aimés. Nous n’aimons pas le péché mais nous aimons le pécheur s’il fait miséricorde ».

Amen


Foi

11/4/2021 c IX, 17-31

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Dans les paroles que nous venons d’entendre, au travers de la guérison de cet enfant possédé d’un esprit sourd et muet, il y a quelques enseignements du Seigneur Jésus qui, non seulement étaient valables à l’époque où Il parlait, mais sont encore valables pour chacun d’entre nous. Ce qui m’a frappé dans cet Evangile c’est d’abord l’attitude de cet homme qui souffre de voir son fils dans une situation si douloureuse et il s’adresse au Seigneur : « Si tu as quelques pouvoirs guéris mon fils » ; et le Seigneur répond : « Le pouvoir c’est la foi » ; c’est déjà un premier point que nous devons retenir fortement : le pouvoir ne vient pas des hommes, le pouvoir vient de Dieu ; et cet homme répond au Seigneur : « Oui je crois Seigneur mais augmente ma foi », c'est-à-dire qu’au même moment il pose un acte de foi par sa parole sincère mais il est conscient que cette foi a besoin d’être revitalisée sans cesse et il demande cela au Seigneur également ; alors le Seigneur guérit l’enfant et le rend debout à son père ; cela crée beaucoup d’interrogations dans l’entourage du Christ et lorsque les apôtres et le Seigneur Jésus rentrent à la maison les apôtres lui demandent : « Mais comment se fait-il que nous n’ayons pas pu guérir l’enfant ? » ; le Seigneur leur répond : « Il faut pour cela prier et jeûner ». Autrement dit on n’obtient pas une réponse du Seigneur simplement comme lorsqu'on obtient quelque chose d’un distributeur automatique, il faut que nous ayons la foi, une foi vive, une foi dynamique, une foi en croissance certes et jusqu’à la fin de notre vie ; la foi n’est pas quelque chose que l’on reçoit le jour du baptême, que l’on enferme dans un coffre sur lequel on s’assoit pour qu’on n’y touche pas ; la foi c’est autre chose, la foi c’est quelque chose qui se dynamise perpétuellement et pour se faire on ne la cache pas mais on la garde dans le cœur et dans ce cœur le Seigneur vient la faire grandir ; c’est ainsi que nous devons vivre la foi comme cet homme humble qui bien sûr comme tout parent voulait voir son fils guéri et la compassion du Seigneur était grande, il le savait, il en avait entendu parler mais il lui fallait la foi, il l’a démontré au Seigneur et le Seigneur a guéri son enfant.
Alors pour nous, pour chacun d’entre nous il est important de nous demander de temps en temps si notre foi est stagnante, voire cachée ou bien si elle est dynamisante ; il vous est surement arrivé d’entendre des gens qui disent : « Moi je crois en Dieu mais je ne pratique pas » ; ce n’est pas la foi : ils croient en Dieu, c’est déjà bien, mais ils ne font pas grandir cette foi, ils ne pratiquent rien ; or nous avons besoin, pour faire grandir la foi, de pratiquer, d’être confrontés à des évènements, de croire que c’est la main de Dieu qui est là, c’est très important. J’ai été autrefois, il y a quelques années, opéré 5 fois par un chirurgien ophtalmologiste et la dernière opération était extrêmement délicate ; cet homme qui avait de grandes qualités humaines et était aussi un grand spécialiste m’avait dit dès la première rencontre qu’il ne croyait pas en Dieu ; il m’avait dit : « Je suis athée » mais il me respectait beaucoup et nous avions de plus en plus des conversations fraternelles, amicales et au cours de ces 5 opérations nous avons eu le temps de lier une amitié forte ; avant de commencer la dernière opération il s’est approché de moi, a touché mon bras pour que je le reconnaisse et il m’a dit : « Mon Père maintenant il va falloir mettre Dieu avec nous » alors je n’ai rien dit, j’ai fait signe, oui, puis il m’a opéré et cette opération dont il n’arrivait pas à obtenir un résultat positif a réussi ; il est venu dans ma chambre pour me dire que tout allait bien et je lui ai dit : « Et l’athéisme il va toujours bien ? » Alors comme nous avions cette relation d’amitié, il m’a dit : « Ah vous savez je suis un scientifique, c’est compliqué » ; je lui ai répondu : « Vous voyez c’est tout simple, vous avez vu comment cela s’est passé » et nous avons gardé une très grande amitié, je le voyais tous les 6 mois pour mes yeux ; il contrôlait, il faisait son travail puis nous passions dans son bureau et de qui parlions nous ? de Dieu. Vous voyez il suffit d’un évènement pour que quelque chose bouge ; moi je n’ai rien fait, c’est Dieu qui a agi mais il faut que notre foi soit dynamisée à un moment où à un autre ; souvenons-nous de cela c’est très important et demandons au Seigneur de faire augmenter toujours notre foi jusqu’à notre mise dans la tombe.

Amen

Croix

4/3/2021 la Croix Mc VIII, 34 - IX, 1

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
« Que celui qui veut venir à ma suite prenne sa croix et qu’il Me suive ». Arrivés à la mi-carême, nous fêtons aujourd'hui la sainte Croix du Seigneur ; cette tradition de fêter la croix en plein carême veut simplement réveiller nos cœurs et nos âmes par rapport à ce que nous vivons ces jours-ci depuis déjà plusieurs semaines ; en effet, en tant que chrétiens nous sommes amenés, appelés à suivre le Christ, c’est notre vocation première et le Seigneur nous précise aujourd'hui : « Si quelqu'un veut venir à ma suite qu’il prenne da croix et qu’il Me suive ». Alors peut-être pendant les jours qui se sont écoulés, avons-nous pris conscience de nos faiblesses, de nos manquements, notre incapacité au jeûne ou à la prière ou à l’amour ; mais ceci, si nous en avons pris conscience, fait partie si j’ose dire du programme pour suivre le Christ car si nous ne voyons pas nos fautes il ne nous est pas possible de progresser spirituellement ; et c’est notre croix, car il est évident qu’il ne nous est pas agréable de voir nos propres fautes et pourtant St Isaac le syrien nous dit que celui qui voit ses propres péchés est plus grand que celui qui fait des miracles ; parce qu'effectivement si nous voyons nos péchés, que nous les voyons par l’éclairage de la lumière du Christ, alors nous pouvons poursuivre la route, simplement en nous déposant devant le Christ dans la prière ou dans la confession en disant : « Voilà, je suis pécheur, je ne suis pas capable d’aimer, de prier, de jeûner, etc. » ; et le Seigneur, Lui qui a étendu ses bras sur la croix que nous fêtons aujourd'hui, les referment sur chacun d’entre nous pour nous dire que sa miséricorde, son amour nous sont accordés quelles que soient les fautes que nous avons commises. C’est là le plus grand mystère, le mystère du salut, le mystère de l’amour de Dieu qui conduira le Christ jusqu’à la croix ; et c’est pour cette raison qu’en cette fête nous sommes invités à méditer, à réviser un peu ce qui se passe dans notre cœur, ce qui alourdit notre cœur ; mais si nous avons foi en Christ, si nous pouvons nous abandonner entre ses mains, si nous pouvons Lui dire : « Oui, je suis pécheur mais il n’y a pas un seul homme sur cette terre qui ne soit pas dans le péché, Toi seul est sans péché, viens à mon secours et par ton amour, sauve-moi » ; par cette prière, par cette intention vers le Seigneur nous approcherons ainsi progressivement de la fête de Pâques où ce que nous venons de chanter s’accomplira : « Nous nous prosternons devant ta croix, ô Christ et nous chantons et glorifions ta Sainte Résurrection » car c’est par la Résurrection du Christ, en étant passé par la croix que nous sommes sauvés ; Il a voulu prendre sur ses épaules toutes nos fautes à l’avance, les fautes de nos ancêtres et les fautes de ceux qui viendront après nous et les nôtres pour nous soulager, pour nous dire qu’en tant que chrétiens nous ne devons pas nous inquiéter d’une manière excessive mais au contraire de nous abandonner à son amour ; cette fête d’aujourd'hui est une belle fête, c’est la fête de notre salut ; alors réjouissons-nous tout en reconnaissant à Dieu ce qu’Il fait pour nous par son amour ; en mettant le Fils, deuxième Personne de la Sainte Trinité sur la Croix, il nous a été prouvé que nous étions aimés. Autrement dit n’ayons pas peur de nos péchés mais humilions-nous devant le Seigneur en Lui disant simplement ce que nous sommes en notre vie.
Amen

Communion

29/4/2021 Mth XXVI, 1-20, Jn XIII, 3-17, Mt XXVI, 21-39, Lc XXII, 43-45, Mt XXVII, 2

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Ce long récit que nous venons d’entendre est rempli d’enseignements qui peuvent nourrir notre vie spirituelle tout au long de notre vie terrestre. Cependant si vous le voulez nous nous arrêterons sur un des évènements principaux qui se déroule pendant cet Evangile et qui est un évènement pour nous vital. ; bien sûr cet évènement est relié à tout ce que nous avons entendu : le lavement des pieds par Jésus, son humilité, la trahison de Judas, la promesse de Pierre puis sa trahison, les apôtres qui s’endorment au lieu de prier, etc. Voyez-vous l’élément le plus conséquent peut-être pour nous c’est le moment où le Seigneur, pour fêter la Pâque avec ses apôtres, a pris du pain, l’a fragmenté, l’a distribué à tous ceux qui étaient là en leur disant : « Ceci est Mon Corps, prenez et manger en tous » puis Il prit la coupe , la remplit de vin et dit : « Buvez en tous, ceci est Mon Sang, le sang de la nouvelle alliance qui est répandu pour vous et pour la multitude » ; cet évènement-là est fondamental, je dirais pour nous les chrétiens bien sûr mais aussi pour l’humanité entière car le Seigneur précise bien que tout cela a été fait pour tous, pas uniquement pour les chrétiens ; et je pense que nous avons cette chance exceptionnelle de pouvoir régulièrement, chacun à notre rythme, recevoir le Corps et le Sang du Christ en nous-mêmes c'est-à-dire qu’au travers de cet acte nous entrons en communion, en communion profonde, la plus grande communion qui puisse exister sur cette terre avant l’Eternité, nous entrons en communion avec Jésus ; Il nous donne son Corps, Il nous donne son Sang pour que nous en vivions selon ses commandements ; bien sûr ce geste reste un mystère mais il ne faut pas croire que le mot mystère veut dire quelque chose que l’on ne peut pas comprendre et vivre parce que le mystère est quelque chose qui se révèle à nous sous une forme particulière qui n’est pas habituelle mais qui est réelle puisque le Seigneur Jésus l’a dit : « Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang, mangez, buvez tous » ; Au niveau de notre intelligence ce n’est pas la peine de chercher à comprendre : ce que nous consommons c’est bien du pain et du vin et comme Jésus a dit c’est mon Corps et mon Sang nous Le croyons et nous vivons de cette réalité ; et cette réalité de communion est quelque chose d’extraordinaire ; à chaque Liturgie, nous devrions tous communier sauf bien sûr si nous avons commis un acte extrêmement grave et que nous n’avons pas demander pardon à Dieu mais autrement on ne devrait jamais s’abstenir pendant l’Eucharistie de communier au Corps et au Sang du Christ ; c’est le moment fondamental de la Liturgie, c’est le moment où nous prenons non seulement force, grâce, où nous sommes divinisés même ; en étant en communion avec le Seigneur Jésus nous sommes divinisés ; s’Il nous dit Mon Corps et mon Sang sont à vous, c’est qu’Il est en nous, qu’Il vit en nous et nous devons vivre cet évènement toujours avec une grande intensité, une grande attention, une grande ferveur, une grande action de grâce ; j’ai toujours rêvé (mais ce n’est pas réalisable bien que je l’aie réalisé plusieurs fois)  après avoir reçu le Corps et le Sang du Christ de rester en silence le plus longtemps possible avec la conscience de cette réalité ; en communauté nous ne pouvons pas le faire, je ne peux pas imposer à la communauté un temps aussi long mais j’ai eu la joie de vivre cela avec mon Père spirituel dans son ermitage en Transylvanie et après que nous ayons vécu ce temps extraordinaire nous sommes restés prosternés longtemps, autant qu’il a fallu, nous n’avions pas de montre donc on n’a pas fait attention au temps qui s’écoulait mais c’était une grande joie dont nous avions du mal à nous extraire parce que bien sûr ensuite il faut continuer de vivre avec d’autres choses : on termine la Liturgie, il faut préparer les repas, il faut manger, il faut jardiner, il faut faire la lessive, etc. mais cela ne fait rien : le Corps et le Sang du Christ sont en nous et ils le sont tant que nous en sommes conscients. Bien sûr le Seigneur savait très bien que à certains moments on l’oublierait parce que notre nature est faible mais c’est pour cette raison que nous avons la possibilité, tous les jours si nous le voulons, de communier à son Corps et à son Sang ; c’est le plus beau cadeau qui nous soit fait de la part de Dieu parce que c’est le cadeau qui nous mène au salut éternel ; lorsque nous recevons le Corps et le Sang du Christ nous entrons dans le salut, nous entrons dans l’amour de Dieu en plénitude ; il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime a dit Jésus et Il a donné sa vie pour nous ; nous le savons bien tous, tous les hommes sur la terre le savent : on ne peut pas vivre sans amour, on est malheureux si on n’a pas d’amour ; nous sommes faits pour vivre avec amour, dans l’amour, dans un partage d’amour, c’est notre vocation ; à cause de notre nature déchue, de nos faiblesses, des tentations du démon auquel nous cédons cet amour est atteint mais à chaque fois que nous revenons à l’Eglise nous ayant préparé le corps et l’âme à recevoir le Corps et le Sang du Christ nous recevons à nouveau cet amour en plénitude ; c’est pour cela que la Liturgie s’appelle Eucharistie, ce mot grec, evkariston, qui veut dire merci, qui veut dire : je rends grâce de ce que j’ai reçu et toute la Liturgie est une Eucharistie, un remerciement pour ce qui au centre de cette Liturgie nous est offert gratuitement. Nous devons avoir une conscience très très vive, la raviver à chaque fois que c’est possible en demandant le secours de Dieu, des Saints et de la Mère de Dieu pour vivre cet instant avec une intensité qui n’est plus une intensité naturelle mais une intensité spirituelle qui nous est offerte. Alors rendons grâce à Dieu, rendons grâce au Seigneur Jésus qui a accepté la décision trinitaire de venir vivre au milieu de nous pour en arriver là, à ce jour-là, à ce jeudi où à la fois Il s’offre à tous les autres hommes de la terre et d’abord à ses apôtres par son Corps et par son Sang et aussi Il s’offre à nous : nous vivrons la suite dans les jours qui viennent , elle est déjà préfigurée dans la fin des textes puisqu’Il va être condamné à mort, par amour pour nous. Je crois que si je n’avais pas connu le Christ dans ma petite enfance, dès ma petite enfance, au travers notamment de son Corps et de son Sang donné, offert, je crois que je ne serais pas au milieu de vous, je ne pourrais pas vivre, c’est quelque chose qui m’est indispensable et je ne suis pas le seul bien évidemment. Alors rendons grâce à Dieu de tout notre cœur pour ce cadeau exceptionnel qui nous est offert à chaque fois que nous venons dans l’église pour fêter cet évènement, pour en goûter le fruit et en recevoir la grâce.
Amen

Annonciation humilité

25/3/2021 Lc I, 24.38

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
La lecture que nous venons d’entendre nous rapporte un évènement extrêmement particulier et important, je dirais même un évènement surprenant ; en effet, nous ne connaissons pas grand-chose de la vie de Marie sinon qu’elle fut présentée au Temple comme jeune fille pour aider à tout ce qu’il y avait à faire dans ce lieu ; elle y passait beaucoup de temps tout en priant et en méditant la Parole du Seigneur. Voici qu’aujourd'hui un ange lui apparaît et, évidemment elle est extrêmement surprise, interrogée même ; l’ange la rassure : « Ne crains rien » et il lui annonce qu’elle donnera naissance à un fils qui s’appellera Jésus et sera le Fils du Très-Haut. Nous chantons dans le tropaire : « Le salut commence en ce jour » mais il commence d’une manière un peu inattendue, extraordinaire justement ; et Marie s’en étonne : « Comment peut-il se faire humainement ? » ; l’ange lui répond ; la réponse sur le plan intellectuel n’est pas vraiment compréhensible mais sur le plan de la foi c’est là que tout se résout : la réponse est juste et Marie n’a plus rien à dire que cette parole extraordinaire : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole ». Voyez comment cet évènement qui est un évènement clé puisque nous disons : le salut commence ; Dieu en mettant Adam et Eve hors du paradis et sur terre pour qu’ils apprennent de nouveau a être en lien avec Lui, avait déjà pensé au salut ; Il nous voulait pas que l’homme soit rejeté de son amour et voilà que maintenant se manifeste cette décision mais sous une forme – même si elle est un peu particulière – tellement humble. Le Seigneur aurait pu pour notre salut faire tout autre chose : décider que Lui-même Il descendrait sur terre ou bien une multitude d’anges viendraient nous apprendre que nous étions sauvés mais Il choisit quelqu'un d’entre nous : une jeune femme pleine de sagesse, pleine d’amour de Dieu, connaissant la Parole de Dieu et remplie d’humilité ; pour la rassurer l’Ange lui dit : ta cousine est enceinte, elle aussi, miraculeusement. Cela peut la rassurer éventuellement mais je ne pense pas qu’à partir du moment où elle a dit : Je suis la servante du Seigneur, il y ait eu quelque inquiétude. Dieu est humble, parfaitement humble et c’est pourquoi il a choisi de manifester ce salut de cette manière en choisissant une humble personne, parfaitement humble, de chez nous, de notre famille, de notre nature humaine et le salut commence. Ce oui de Marie est important parce que c’est le oui de toute l’humanité qui est dit à ce moment-là en notre nom par quelqu'un de notre humanité, la Vierge Marie. Et ensuite tout se déroulera, comme nous le savons, jusqu’à la Résurrection du Christ et l’Ascension mais tout se fera toujours dans l’humilité, l’humilité de Dieu, l’humilité du Christ que nous méditons ; l’humilité qui est si difficile pour nous parce que nous sommes atteints par la racine de l’orgueil qui est difficile à déraciner, il y faut tout une vie. St Sophrony disait : « On ne vit pas en chrétien on meurt en chrétien » car au moment où l’on meurt l’orgueil s’éteint, c’en est fini. L’humilité, nous devons profiter de cette fête de la Mère de Dieu, l’humilité nous devons la demander pour l’obtenir, pour la vivre car tous les jours nous avons l’occasion d’être humbles et tous les jours nous en sommes empêchés par l’orgueil qui peut remonter à la surface, pas systématiquement justement car nous sommes libres, nous sommes libres de dire « oui ou non » ; oui et c’est fini ou bien « oui, mais, à condition que » etc. ou carrément « non » ; et il nous faut la grâce du Seigneur, la grâce de l’humilité de Dieu dans laquelle nous allons puiser comme dans un puits qui n’en finit pas de donner de l’eau.
Que le Seigneur, par l’intercession de sa Très Sainte Mère, nous donne accès à cette eau vive, à cette humilité, à notre salut.

Amen

Zachée rélation à Dieu miséricorde

14/2/2021 Lc XIX, 1-10

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Chaque Evangile que nous entendons présente toujours pour chacun d’entre nous une leçon, un encouragement, une manière de vivre. Aujourd'hui en ce dimanche de Zachée, il me semble que le message est très clair ; il y a entre les deux personnages, Jésus, d’une part, Zachée d’autre part, un grand contraste, bien sûr : le Seigneur Jésus est parfait, Zachée est un publicain, c'est-à-dire un pécheur et qui plus est, volait ; il a entendu parler de Jésus et il voudrait bien voir quelle tête Il a. Alors, comme il était petit, nous est-il dit, il monte dans un sycomore et là il se cache derrière les feuilles et regarde ; mais Celui qui le regarde en premier c’est Jésus pourtant il y avait une grande foule autour de Lui et le seul qu’Il regarde c’est Zachée qui est caché dans l’arbre ; et Il dit à Zachée : « Descends car aujourd'hui je veux me rendre chez toi et y manger ». Certainement que Zachée est très surpris mais il est très heureux. En Orient, on est toujours heureux d’offrir sa maison et d’accueillir l’autre ; certains commencent à juger Jésus parce qu'Il va manger chez un pécheur, ils n’ont pas bien compris le message, pas encore en tout cas ; et pendant le repas qui se déroule normalement dans la joie, Zachée se met à dire, sans que le Seigneur lui ait rien demandé, : « Seigneur si j’ai fait du mal à quelqu'un, je lui rendrai tout ce que j’ai volé ; je donnerai une grande part de mes biens – il était riche – aux pauvres » ; et le Seigneur conclut en disant : « Aujourd'hui dans cette maison est arrivé quelque chose d’important ». Alors qu'est-ce qui est important ? Ce qui est important c’est que Jésus qui connaissait le cœur et l’âme de Zachée a voulu qu’il se convertisse, qu’il change de voie, qu’il s’oriente vers la bonne voie et qu’il arrête toutes ses bêtises mais Jésus ne lui fait aucun reproche ; ceci est typique de toutes les fois où le Seigneur amène quelqu'un à la conversion mais c’est simplement par l’amour qu’il montre à Zachée - déjà en lui demandant de venir dans sa maison et de manger avec lui et ensuite de partager quelques paroles - c’est en montrant cet amour à Zachée que Zachée comprend dans son coeur que Celui qui est en face de lui n’est pas n’importe qui ; certes il en a entendu parlé comme un prophète, un thaumaturge, comme quelqu'un qui semble grand en Israël ; il se jugeait indigne d’être devant Lui mais il voulait quand même Le voir alors il est monté dans cet arbre où non seulement il pouvait Le voir mais il était caché par les feuilles sauf pour Jésus. Voyez-vous c’est toujours Dieu qui nous appelle au repentir ; dès le début, rappelez-vous, Adam se cache comme Zachée, il ne veut pas être vu parce qu'il sait qu’il a péché et c’est Dieu qui va le chercher : « Adam où es-tu ? » ; c’est exactement la même chose qui se passe avec Zachée et Jésus et c’est exactement la même chose qui va se passer avec nous car nous sommes tous, plus ou moins, des Zachée, c'est-à-dire des pécheurs ; nous avons des moments où nous nous intéressons beaucoup plus à nous qu’à Dieu, nous laissons Dieu de côté : on verra plus tard ; c’est Jésus qui nous fait signe au bout d’un moment, d’une manière ou d’une autre, quand nous entendons une parole qui nous frappe, nous avons un échange avec quelqu'un qui nous marque, nous lisons quelques phrases encourageantes ou bien dans notre coeur tout simplement directement le Seigneur s’adresse à nous et nous dit : « Je veux m’approcher de toi, je veux venir avec toi, je veux vivre un instant avec toi ». Et c’est là la grande leçon de cet Evangile : nous avons d’un côté le péché et de l’autre côté la miséricorde ; c’est une grande grâce que nous recevions la miséricorde de Dieu, c’est notre salut qui est en cause ; la miséricorde de Dieu c’est le Christ qui descend aux enfers et qui tend la main à Adam et Eve pour les mettre debout dans sa lumière et puis dans tous les évènements qui suivront ; c’est Jésus qui, se trouvant devant la femme adultère, celle qui doit être lapidée, ne prend pas de pierre, il ne dit rien – il nous est dit qu’il écrivait sur le sable, je pense qu’il faisait ce que nous faisons tous lorsque ce qui se passe ne nous intéresse pas, des petits dessins sur le papier - et puis il s’adresse ensuite à ceux qui voulaient lapider cette femme et leur dit : « Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre » et il nous est dit que tous partirent en commençant par les plus anciens ; c’est la même chose parce qu'Il dit à cette femme : « Personne ne t’a condamné, moi non plus Je ne te condamne pas », comme il n’a pas condamné Zachée mais Il offre un chemin de vérité et d’amour ; nous pourrions prendre beaucoup d’autres exemples bien sûr ; alors la leçon que nous devons retenir qui est très importante pour notre quotidien, pour notre salut, pour le salut du monde c’est d’être des veilleurs, d’être attentifs au moment où le Seigneur, d’une manière ou d’une autre, nous dit quelque chose, nous tend la main pour que nous soyons plus proches, plus près de lui ; c’est important de retenir cette leçon, c’est une leçon qui est paisible, douce et qui rend notre coeur heureux, joyeux ; il faut nous exercer à accueillir la miséricorde de Dieu à chaque fois que possible ainsi, accueillant cette miséricorde nous serons sur le chemin de la miséricorde, sur le chemin de l’Eternité où nous recevrons en plénitude cette miséricorde qui s’appelle l’amour de Dieu.

Amen


Sacrement pénitence repentir

28/2/2021 Lc XV, 11-32

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Lorsque le Seigneur Jésus s’exprime par parabole, c’est qu’Il veut, avec insistance, nous faire comprendre quelque chose d’extrêmement important et, effectivement, cette parabole du fils prodigue que l’on connait bien est d’une richesse exceptionnelle. Ce jeune fils qui part loin de sa famille, ayant réclamé son bien, tombe dans le péché, la faiblesse, toutes sortes de chutes négatives jusqu’au moment où il n’a plus d’argent ; il souffre, c’est la famine ; il ne peut même pas manger, alors, alors il se souvient que son père donne du pain en quantité même à ses serviteurs et il se décide à rentrer à la maison. Ce fils prodigue qui est de retour vers le Père va confesser ses fautes devant Lui : en fait il confesse ses fautes mais en même temps confesse la miséricorde de Dieu car il va voir son Père écarter les bras pour l’accueillir, l’embrasser, ne lui faire aucun reproche et, dans la joie du retour, commander un festin, donner une belle robe et un anneau au doigt. C’est tout le mystère de l’amour de Dieu qui est en cause dans cette parabole sous une forme très particulière : la miséricorde ; et nous avons besoin de cette miséricorde car le fils prodigue c’est nous tous, c’est nous tous, c’est moi, c’est vous, c’est le monde entier car nous tombons tous par notre nature déchue d’une part et par nos faiblesses personnelles d’autre part, ; nous tombons tous dans le péché à certains moments et nous nous éloignons quelque fois très loin de Dieu – pour chacun l’histoire est différente bien sûr  : il y a des petits éloignements et des éloignements plus conséquents et plus lourds ; mais nous comprenons par cette parabole que Dieu a un amour tellement grand que jamais Il ne nous fera un reproche si nous nous tournons vers Lui en reconnaissant notre faiblesse. Cette double confession est très riche pour chacun d’entre nous car nous la retrouvons d’une manière très particulière dans le sacrement de la confession où là aussi nous confessons nos fautes et nous confessons la miséricorde de Dieu. C’est un sacrement important que chacun doit vivre selon son rythme, que chacun doit, dans sa conscience, dans une vision de ce qu’il y a dans son coeur de ce qui est lourd, de ce qui devient difficile, trop difficile ; alors c’est le moment d’aller vers Dieu le Père, au travers de ce sacrement de la confession où le prêtre a été béni pour être l’intermédiaire entre Dieu et le pénitent ; dans cette rencontre, dans ce retour, dans ce retournement, dans cette conversion il y a quelque chose d’extraordinaire : joie du Père, joie de tout le Ciel nous est-il dit et joie de celui qui est réconcilié avec le Père en s’humiliant, certes, en avouant la vérité – ce n’est pas toujours facile bien évidemment ; mais il faut, pour avoir le courage de le faire, se souvenir que jamais le Seigneur ne nous rejettera, jamais. Quelque fois des pénitents viennent me dire : « Je vais me confesser mais je vais vous répéter des choses que vous avez déjà entendues plusieurs fois alors à quoi bon » ; mais si, il y a quelque chose de bon là-dedans ; même si c’est répétitif, même si ces chutes sont fréquentes, l’amour de Dieu est illimité ; il n’y a pas un moment où le Seigneur dira : « Maintenant cela suffit, cela fait 10 fois que tu fais la même chose, je ne veux plus te voir », jamais. Nous savons que le Bon Larron, le premier canonisé parmi les saints a vu, a entendu et a accueilli la miséricorde du Christ sur la croix.
Maintenant nous pouvons aussi faire une autre interprétation un peu particulière : à la fin de ce mouvement de retour vers le Père, on pourrait dire aussi que le fils prodigue est le Christ, non pas qu’il ait péché comme le fils prodigue – Il n’a jamais péché – mais Il porte nos péchés sur Lui et Il les dépose au Père pour que nous soyons adoptés par le Père dans l’amour ; donc quelque part le fils prodigue est un reflet, particulier certes, de ce que le Christ a fait pour nous à l’égard du Père. Lorsqu'IL est mort sur la croix - dans un état qui n’était pas plus brillant que ce fils prodigue qui avait tout perdu – apparemment, le Christ aussi avait tout perdu et Il était crucifié, mort et mis au tombeau, humiliation totale et pourtant et pourtant c’est ce qui nous a sauvé ; d’ailleurs quand le Seigneur Jésus remonte vers le Père au moment de l’Ascension, Il nous entraîne tous, c’est le même mouvement que le fils prodigue ; Il nous entraîne tous pour que nous rentrions dans notre conversion, dans notre retournement vers le Père et que nous recevions en plénitude l’amour du Père. C’est pour cela que cette parabole est importante et qu’elle fait partie des dimanches du Triode qui nous préparent au carême ; car le carême est un temps fort, important, pour que nous prenions conscience de l’intérêt de la mort et de la Résurrection du Christ pour nous, que nous prenions conscience que nous sommes des pécheurs et que probablement nous le serons -peut-être de moins en moins je l’espère - mais nous le serons toujours un petit peu même au moment de la mort.
Cette parabole est consolante, fortifiante, dynamisante, elle nous montre le chemin, le vrai chemin vers Dieu et comment marcher sur ce chemin. Nous avons tous les moyens à notre disposition. N’ayons pas peur d’aller nous confesser régulièrement, à notre rythme ; la confession n’est pas un sacrement qui nous donne un ticket pour aller communier, non, ce n’est pas cela du tout ; c’est un sacrement à part entière lié à l’Eucharistie comme tous les sacrements mais c’est un sacrement à part entière. Pourquoi nous passer de ce sacrement qui est si beau, si merveilleux, si réjouissant pour le coeur et l’âme ; et puis lorsque nous communions au Corps et au Sang du Christ nos petites fautes, toutes petites faute qui sont quand même des fautes, en recevant le Corps et le Sang du Christ disparaissent ; pour les grandes fautes il faudra aller se confesser ; pour ces toutes petites fautes : un énervement, une mauvaise pensée passagère, non entretenue, nous recevons la miséricorde de Dieu par le Corps et le Sang du Christ versé pour nous, donné pour nous ; le prêtre, à la fin de la communion dit : « Ceci a touché vos lèvres, vos péchés sont pardonnés et vos iniquités sont effacées ».
Que Dieu nous fasse comprendre par le coeur, par l’expérience, la beauté de ce sacrement, la beauté de cette parabole et qu’ainsi, pas-à-pas, peut-être chutes après chutes mais pas-à-pas quand même, nous nous avancions vers le chemin de l’Eternité où là l’amour de Dieu nous sera donné en totalité, en plénitude et pour toujours.

Amen

Pharisien publicain

21/2/2021 Lc XVIII, 10-14

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Nous entrons à partir de ce dimanche dans ce qu’on appelle le Triode du carême, cette période qui nous prépare à l’entrée dans le grand carême qui mènera à la Résurrection du Christ. Dans sa pédagogie, l’Eglise veut nous préparer doucement à entrer dans ce carême qui est un temps de repentir, un temps de conversion qui doit se faire à partir de bases solides que le Seigneur nous enseigne au travers des Evangiles du Triode notamment. Cette histoire du Pharisien et du Publicain est une histoire significative de ce que peut être l’homme, de ce qu’il est à certains moments et de ce qu’il ne devrait pas être. En effet, chacun des deux qui sont entrés dans le Temple s’adressent au Seigneur : le pharisien rend grâce à Dieu – jusque-là tout va bien – mais il rend grâce à Dieu parce qu'il n’est pas comme tous les autres qui sont des pécheurs, il n’est pas comme le Publicain qui est derrière lui, caché derrière une colonne et qui pleure son péché. Le publicain, au contraire s’adresse lui aussi au Seigneur mais immédiatement en lui demandant d’avoir pitié de lui car il se dit pécheur, sous-entendant que seul le Seigneur peut le sauver. Il est évident que la parabole est suffisamment forte pour que nous comprenions où est la bonne attitude et où est la mauvaise. La bonne attitude est celle du Publicain qui dit « Seigneur Jésus Christ Fils de Dieu aie pitié de moi pécheur », les mots de la prière de Jésus que nous récitons régulièrement, prière juste, prière authentique où nous reconnaissons que le Seigneur est bien notre Seigneur, le Christ, qui est le témoin désigné pour sauver le monde, le Fils de Dieu deuxième Personne de la Sainte Trinité ; la prière se termine par « aie pitié de moi pécheur ». Le Seigneur termine cette parabole en attirant notre attention sur le fait que tous ceux qui veulent s’élever sur la terre seront abaissés et ceux qui s’abaissent sur la terre seront élevés ; n’est-ce pas là l’affirmation de ce que Lui-même est venu vivre sur terre ; Il s’est humilié, certes Il n’a pas péché mais Il a porté tout le poids des péchés des hommes ; Il s’est humilié – comme dira St Paul humilié jusqu’à la mort et à la mort sur la croix. Voilà la véritable attitude que nous devons essayer de suivre. Certes, à certains moments nous avons des bouffées d’orgueil comme ce pharisien mais il nous faut vite revenir à une attitude juste du publicain car nous sommes aussi des publicains et essentiellement même des publicains. En cette période de préparation du carême il faut que nous nous exercions davantage à l’humilité et puiser davantage dans l’humilité du Christ.

Amen


Être des veilleurs d'amour

7/3/2021 Mth XXV, 31-46

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Cet enseignement du Seigneur Jésus est évidemment d’une très grande importance puisque en nous parlant ainsi Il nous prépare au Jugement éternel, nous expliquant d’une manière très claire comment cela se passera. En fait tout est lié à l’attention que nous aurons porté à ceux qui ont besoin de nous : ceux qui ont faim, ceux qui ont soif, ceux qui sont nus, ceux qui sont emprisonnés, etc. Cet enseignement du Christ nous invite à une attitude importante qui est de veiller : veiller à ce que nous faisons tout au long de notre vie, veiller sur nous-mêmes bien sûr, que notre coeur soit le plus pur possible et, en même temps – cela est très lié – veiller à nos frères de toutes manières que ce soit ; parce qu'en définitive – et le Seigneur est très clair à ce sujet – lorsque notre frère se présente à nous, c’est le Christ Lui-même qui se présente : soit nous l’accueillons, nous le nourrissons, nous l’abreuvons, nous l’habillons, nous le sortons de la prison, soit nous passons à côté, nous passons à côté sans le voir ; nous ne voyons pas notre frère qui souffre, nous ne voyons pas le Christ, nous ne voyons que nous-mêmes ; et pourtant les pauvres - car il s’agit des pauvres en général – les pauvres, le Seigneur nous l’a dit, seront toujours avec nous ; cela correspond d’ailleurs à une autre phrase qu’Il a dite : « Je serai toujours avec vous » ; c’est un parallèle intéressant : si le pauvre est toujours avec nous, le Christ est toujours avec nous mais la question est : qu'est-ce que je fais ? Est-ce que je veille à mon attitude ? Est-ce que je fais ce que je dois faire ? Souvent, à cause de notre égoïsme nous ne faisons pas attention à l’autre ou si nous y faisons attention c’est en nous disant : « Tu ne peux pas tout faire ». Non, nous ne pouvons pas tout faire ; nous ne pouvons pas être ici au monastère et en Arizona et en Afrique du Sud ou je ne sais où, bien sûr ; nous avons un premier moyen pour aider nos frères, c’est d’abord l’amour de ceux qui nous entourent là où nous sommes ; car il y a toujours parmi nous des pauvres, parmi nous des êtres qui sont peut-être moins avancés spirituellement que nous mais qui cherchent le Seigneur et qui cherche trouve et nous notre responsabilité c’est d’aider l’autre à trouver le Seigneur. Il ne faut pas avoir peur du pauvre car souvent nous agissons par peur : qu'est-ce qu’il va nous demander, qu'est-ce qui va faire ? Est-ce qu’il ne va pas m’injurier ? Mais la peur vient du démon, elle ne vient pas de Dieu ; c’est le démon qui nous susurre à l’oreille : fais attention, tu risques quelque chose ; « Qu'est-ce que tu risques ? dit le Christ, rien, sinon de gagner dans l’amour et se rapprocher de Moi » ; voilà ce qu’Il nous dit. Une fois dans ma vie, lorsque j’étais parisien, j’avais fait une conférence très tardive et je rentrais chez moi dans le métro et sur le quai j’étais seul avec un homme, un pauvre, qui peut-être avait bu un peu et j’ai eu un sentiment de peur : je suis seul sur le quai avec lui, qu'est-ce qui va se passer ? Puis je suis passé devant lui et je l’ai quand même salué et il m’a dit : « Ah mon père, mon père, je vais vous dire quelque chose » je l’ai laissé s’exprimer et il m’a dit : « Tous les soirs je dis ma prière ». Voyez-vous ce petit exemple, je l’ai toujours en mémoire parce que la peur que j’avais, que le démon avait mise dans mon cœur en voyant cet homme seul sur le quai avec moi, s’est transformée en joie, en exultation parce que j’ai compris la leçon que le Seigneur m’a donnée : « Pourquoi as-tu peur ? Tu vois bien il est comme toi, peut-être mieux que toi, il prie tous les soirs ».
Alors oui, nous devons être des veilleurs, des veilleurs d’amour pour celui ou celle qui se trouve en difficulté ; même si nous ne pouvons pas tout résoudre, nous pouvons toujours prier, adresser un petit mot ou un sourire et cette prière, ce petit mot, ce sourire, c’est au Christ que nous le donnons et c’est ainsi que si nous agissons pas-à-pas de cette manière nous pourrons progressivement nous approcher de l’Eternité et être mis du bon côté. Il me semble que cela vaut la peine de rester éveillé par rapport à tout cela.
Amen

Carême

14/3/2021 Mth VI, 14-21

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Demain matin nous commencerons cette longue période de carême qui nous mène à la fête de Pâques. L’Evangile que nous venons d’entendre nous donne des indications, des explications, des orientations pour vivre ce carême comme il convient. En fait il faut se souvenir que le carême est un moyen et non un but ; il ne s’agit pas à la fin du carême de dire « J’ai réussi mon carême : j’ai jeuné, j’ai prié, j’ai été charitable ». C’est bien mais dans quel but as-tu jeûné, dans quel but as-tu été généreux ? Parce que c’est le but qu’il faut voir et non pas le moyen. Tous les ans les fidèles me demandent : est-ce que pendant le carême je peux prendre un peu de fromage ou un peu de poisson parce que ma santé ne me permet pas de jeûner complètement ? Bien sûr, bien sûr, mais trouves-toi un autre moyen de faire carême ; par exemple coupe la télévision ou la radio ou arrêtes de lire des revues inutiles. Le but est très important, le but c’est d’avoir dans le coeur un désir profond d’être en union avec Dieu, avec Dieu qui vient nous ressusciter dans le Christ : avoir le coeur le plus pur possible pour pouvoir accueillir ce salut qui nous est offert, c’est cela le but ; alors à chacun de nous, selon les règles proposées par l’Eglise, bien sûr, de trouver le moyen de jeûner correctement pour atteindre le but ; si vous vous dites à la fin du carême : j’ai jeûné pendant tout le carême donc c’est réussi, vous n’avez rien réussi du tout sauf si vous l’avez fait avec le désir d’être en union la plus intense et la plus profonde avec le Christ dans le mystère du salut. Autrement dit, ne jugez pas - nous dit le Seigneur - celui qui mange quelque chose que vous ne pouvez pas ou ne devez pas manger, soyez attentifs à cela ; n’observez pas celui qui mange des choses qu’il ne devrait pas manger, soi-disant ; nous n’avons pas à juger car cette personne peut jeûner d’une autre manière reçue par le Seigneur ; n’oublions pas que tout ce qui est offert au Seigneur doit être pur : rappelez-vous l’histoire de Caïn et d’Abel ; Abel offrait des sacrifices au Seigneur avec un coeur pur, un désir d’être uni à Lui ; Caïn lui le faisait parce que c’était la règle et en définitive cela s’est mal terminé ; soyons comme Abel, ayons le désir d’avoir le coeur pur ; il est quelque fois beaucoup plus difficile d’aimer notre frère ou notre sœur que de se priver d’œufs ou de poissons et c’est là qu’est le vrai jeûne ; si tu n’aimes pas ton frère et que tu jeûnes, tu n’as rien fait du tout ; si tu n’aimes pas ton Dieu, si tu n’en n’a pas le désir, tu n’as rien fait du tout et ton jeûne ne sert à rien ; mais si tu jeûnes, d’une manière ou d’une autre, aie ce désir de purification intérieure, aie ce désir que le Seigneur Lui-même vienne te purifier tous les jours ? Nous avons beaucoup de moyens : nous avons des prières spéciales, nous avons la prière de St Ephrem, nous avons le canon de St André de Crète, nous avons toutes les prières du carême qui sont particulières ; glissons-nous dans tous ces moyens s’ils nous apportent la liberté et le désir de nous unir à Dieu. Certains d’entre nous ne peuvent pas se prosterner complètement comme on doit le faire normalement en temps de carême et, à cause de leur santé ne peuvent pas même faire une petite métanie et bien un simple signe de croix, s’il est fait avec le coeur, a beaucoup plus de valeur que de se prosterner à terre et de détruire sa santé. Donc voyez, c’est un exemple parmi d’autres qui montre que le moyen n’est pas le but ; le but c’est le désir d’être unis au Christ Sauveur dans le mystère du salut qui passe par sa passion, par sa mort, par son ensevelissement et par sa Résurrection. Soyons attentifs à tout cela, vivons-le simplement, humblement ; ne soyons pas comme le pharisien, ne nous glorifions pas parce que nous avons réussi tel ou tel moyen pour mener le jeûne mais soyons comme le publicain qui, lui aussi, essaye de prier mais qui dit au Seigneur qu’il est pécheur, qu’il désirerait bien être mieux que cela. En fait le publicain était dans l’état de celui qui fait un bon carême : il reconnaît que son coeur est encombré, il faut le libérer et que seul le Seigneur peut le libérer en s’humiliant devant Lui. Voilà le but du carême. Que Dieu nous donne à chacun d’entre nous de vivre ce but le mieux possible avec sa grâce et d’atteindre la fête de Pâques avec un coeur purifié, heureux, apaisé et joyeux.
Amen

Saint Basile

1/1/2021 Lc II, 20-21, 40-52 Lc VI, 17-23

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Nous célébrons aujourd'hui deux fêtes, la Circoncision du Seigneur et la St Basile. La première fête est une fête secondaire, ce n’est pas une des dix grandes fêtes et nous fêtons en même temps St Basile qui fut un des grands évêques du groupe que l’on a appelé les Capadociens ; il vécut au 4ème siècle et c’est certainement un des plus grands liturges dont nous ayons le bénéfice aujourd'hui ; il a écrit une partie de la Liturgie que nous connaissons aujourd'hui puisque toutes nos Liturgies ont évolué dans le temps pendant plusieurs siècles avant d’être fixées vers le 8ème, 9ème siècle mais l’essentiel de ce que nous possédons dans la Liturgie de St Basile c’est lui qui l’a écrit ; et St Jean Chrysostome s’est inspiré de ce qu’avait écrit St Basile ; en fait, lorsque nous sommes attentifs à cette Liturgie de St Basile et aux prières que nous disons, nous voyons qu’il y a là une véritable théologie ; il y a plus qu’une simple prière, il y a un enseignement fort, accompagné de prières certes, mais un enseignement extrêmement fort qui peut effectivement être qualifié de théologique. Pourquoi ? Parce que le but de la théologie n’est pas d’obtenir une science, n’est pas d’obtenir un savoir, le but de la théologie c’est de se rapprocher le plus possible de Dieu ; bien sûr il y a des théologiens académiques qui font des études spécifiques pour apprendre toutes les données théologiques que nous connaissons pour ensuite les dispenser à ceux qui ne les connaissent pas ; mais il y a pour nous tous la possibilité d’être théologiens et tout particulièrement au travers de cette Liturgie ; vous allez voir, soyez attentifs à tout ce qui va être dit aujourd'hui et à chaque fois qu’il y aura la Liturgie de St Basile ; vous allez voir que tout le mystère du salut s’y développe entièrement ; or quoi de mieux pour connaître Dieu que de s’approcher le plus possible du mystère du salut, notre mystère à nous, celui qui a un impact sur nous pour nous sauver ; St Basile a eu cette idée, ce génie de reprendre tous les éléments du salut et de son mystère, de les introduire dans cette Liturgie pour nous faire comprendre que le Seigneur est venu sur terre, nous a laissé ce sacrement de l’Eucharistie pour que nous puissions en bénéficier et nous rapprocher le plus possible de Lui. Et les prières qui accompagnent cette Eucharistie, ce sont des prières qui nous enseignent sur ce mystère du salut ; soyons attentifs à ces textes ; si nous sommes attentifs, nous pouvons même prendre ces textes-là dans la journée ou dans les autres jours ; en relisant tranquillement certains passages, nous nous apercevrons que la prière vient toute seule au travers de ces textes magnifiques. Vous connaissez probablement l’adage des Pères qui disent que celui qui est théologien prie et que celui qui prie est théologien. Et bien je pense que St Basile cristallise parfaitement cet adage ; effectivement si nous voulons prier et être dans la quête de ce salut qui nous est proposé par Dieu pour nous rapprocher le plus possible de Lui, rien de mieux que cette Liturgie exceptionnelle ; si nous lisons ces textes, nous prions et si nous prions nous faisons de la théologie. Voilà ce que je voulais vous dire à propos de St Basile qui est un des plus grands évêques que nous ayons et qui nous a laissé encore beaucoup d’autres choses que la Liturgie ; bien sûr il nous laissé les grandes règles monastiques et les grandes règles pour les chrétiens qui sont des repères exceptionnels aussi dans le but de découvrir le mystère du salut et d’en vivre. Rendons grâce à Dieu de connaître un tel Saint et d’en avoir un tel bénéfice.
Amen

Repentir confession

10/1/2021 Mth IV, 12-17

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
En commençant sa vie publique le Seigneur Jésus nous enseigne au travers d’une parole extrêmement importante même si elle n’est pas toujours facile à vivre. « Repentez-vous car le Royaume des Cieux est proche ». Alors on peut se demander pourquoi Jésus dit cela alors que, dans notre esprit, le Royaume des Cieux c’est au moment où l’Eternité commencera donc on a le temps de se repentir ; pourquoi se précipiter ? En fait c’est une fausse interprétation car le Royaume des Cieux – Jésus le dire d’ailleurs plus tard – est déjà ici-bas. En effet, vous avez entendu tout à l’heure, lorsqu'on a commencé la Divine Liturgie, le prêtre a béni, avec l’Evangile, l’autel en disant « Béni est le Royaume du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Il n’a pas dit « Béni sera le Royaume » mais béni est le Royaume c'est-à-dire que nous sommes déjà dans le Royaume et tout particulièrement pendant la Liturgie, ce temps sacré, où nous entrons véritablement en communion avec le Père, le Fils et l’Esprit Saint pour puiser dans leur amour celui qui nous est nécessaire. Alors repentez-vous. Comment se repentir ? C’est tout un programme de vie ; effectivement on se demande toujours comment on va faire pour se repentir. Et bien il faut prendre conscience dans les premiers temps de ce que nous avons aussi entendu dans cet Evangile que la Lumière est venue dans ce monde, que la lumière c’est le Christ Jésus ; c’est Lui qui nous éclaire, c’est Lui qui nous permet aux uns et aux autres de voir clair dans notre coeur, dans notre âme et, à partir de là de voir ce qui ne convient pas et ce qu’il faudrait faire ; si le Seigneur Jésus nous éclaire ou plus exactement si nous nous laissons éclairer par Lui, notamment au travers de sa Parole, nous pouvons déjà voir si nous sommes en correspondance avec ses commandements, avec ses propositions, avec son exemple, avec sa vie ; pratiquement personne sur terre ne pourra dire : « Oui, je suis complètement en correspondance avec tout cela » ; ce serait de l’hypocrisie ; même les saints n’ont pas été parfaits ; la sainteté n’est pas en état de perfection mais un désir de perfection, un désir qui grandit au fur et à mesure que l’on avance dans la vie, un désir qui nous parait nécessaire ; cela veut dire que nous devons demander au Christ qu’Il nous aide à nous repentir car tout seuls nous n’y arriverons pas, pas suffisamment en tout cas ; le repentir est une grâce qui s’obtient par la prière, par les larmes, dans le souci d’aimer le Seigneur de tout notre coeur et de toute notre âme ; alors c’est un long chemin qui s’ouvre et que le Seigneur ouvre en disant « repentez-vous, commencez ». D’ailleurs Jean le Baptiste avait commencé à préparer tous ceux qui le souhaitaient à la venue du Christ en disant aussi : « Repentez-vous » ; le baptême de Jean était un baptême de repentir, cette plongée dans l’eau que le Christ acceptera pour Lui-même alors qu’Il n’avait aucun péché et pour que nous soyons sauvés de ce péché ; en se plongeant dans l’eau, ceux qui venaient se faire baptiser par Jean laissaient dans l’eau toutes leurs faiblesses et ensuite en remontant essayaient de rester dans cet état ; avec le Seigneur Jésus, tout devient possible ; à chaque fois que nous tombons, à chaque fois que nous chutons, que nous faiblissons, au lieu d’être inquiets, angoissés, tristes, il faut simplement nous tourner vers Jésus, nous tourner vers Lui et Lui dire : « Oui, j’ai péché, j’ai péché contre Toi, aie pitié », alors Il nous donnera la grâce du repentir ; nous pourrons la prendre, nous pourrons la goûter car entrer dans le repentir entraîne une joie intérieure, la joie que le Seigneur est avec nous, qu’Il nous prend par la main pour nous conduire sur le chemin du repentir ; nous ne sommes plus seuls à lutter contre les tentations démoniaques et à lutter contre nos passions : Il est avec nous, Dieu est avec nous ; il ne faut pas avoir peur du repentir ; nous commettons tous des fautes à cause de notre nature déchue d’une part et à cause de notre faute personnelle d’autre part mais justement le Seigneur nous a dit : « Venez à moi, vous tous qui peinez » ; car le péché nous peine, nous avons le cœur triste mais « Venez à Moi vous tous qui peinez, je vous soulagerai ». C’est Lui qui l’a dit ; s’Il l’a dit il nous faut le croire et le vivre, ne pas avoir peur ; avoir peur de son péché c’est encore une tentation nouvelle que le démon suscite pour nous désespérer ; il faut se méfier de cela ; certes si nous avons commis des grandes fautes il est nécessaire d’aller voir le prêtre et de recevoir la bénédiction du Seigneur pour être lavé ; c’est le sacrement qui nous est proposé pour entrer encore d’avantage dans le repentir mais lorsque nous communions au Corps et au Sang du Christ, si nous n’avons pas commis de fautes graves, cette communion nous lave de toute faute et à ce moment-là nous sommes réconciliés avec Dieu, en harmonie avec son amour ; bien sûr il nous faut être conscients de ce que nous vivons : c’est pour cela que nous disons les prières avant et après la Communion pour que notre esprit comprenne que nous sommes indignes certes, tous, moi comme vous ; mais si on attendait la dignité pour entrer dans l’église, il n’y aurait personne mais si nous acceptons de dire au Seigneur : « Je suis indigne », de nous rappeler comment Il a reçu tous ces indignes du temps de son Incarnation sur terre où Il accueillait les pécheurs, Il leur pardonnait, mieux Il les aimait, Il aimait beaucoup être au milieu d’eux et Il ne condamnait personne de ceux qui venaient vers Lui, même Zachée qui s’était caché dans un arbre pour voir qui était ce personnage qu’on appelait Jésus, thaumaturge, prophète, Jésus est allé le chercher ; il y avait des centaines et des centaines de personnes autour de Lui, le seul à qui Il s’est intéressé c’était Zachée parce qu'il était dans le péché et qu’il voulait que Zachée change, retrouve l’harmonie avec Dieu dans l’amour ; alors au lieu de lui dire : « Descends car tu es un pécheur » - ce n’est pas le genre du Seigneur, – Il lui dit « Descends Zachée et va me préparer à manger chez toi » ; c’est la manière de faire du Seigneur : Il nous appelle au repentir et c’est en l’écoutant au cours de ce repas que Zachée va prendre conscience de ses fautes ; sans que le Seigneur lui dise quoi que ce soit, il se proposera de rendre tout l’argent qu’il a volé et de distribuer ses biens à ceux qui en ont besoin. Voilà comment le Seigneur s’y prend. Donc n’ayons pas peur du repentir ; il y aura des moments où le Seigneur nous fera signe, ce sera le moment d’accueillir sa grâce et de nous laisser prendre par la main par Celui qui nous conduit vers la Vie éternelle là où nous gouterons l’amour parfait en harmonie parfaite avec la Sainte Trinité.
Amen

Remercier Dieu

24/1/2021 Lc XVII, 12-19

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Dans cet Evangile, le message du Seigneur est clair. Il y a en quelque sorte deux messages : le premier auquel nous sommes habitués c’est celui de la miséricorde du Christ qui, voyant ces êtres atteints d’une maladie très grave, rejetés de tous et en les entendant, Il les guérit tous les dix en les envoyant vers le Grand Prêtre pour être vérifiés. Le deuxième message nous est proposé lorsqu’un des dix, un samaritain, un étranger, revient vers le Christ pour Lui rendre gloire et pour Le remercier ; le Seigneur est étonné que, sur les dix, il n’y en ait qu’un seul qui vienne Le remercier d’autant plus que celui-là est un samaritain, un étranger au judaïsme. Alors que veut dire ce miracle pour nous ? Nous demandons souvent au Seigneur de recevoir sa grâce, d’être guéris de telle ou telle maladie physique, psychique ou de l’âme et il arrive que le Seigneur nous guérisse, que nous obtenions la grâce que nous avons demandée. La leçon est : remercions-nous le Seigneur ? Savons-nous Lui dire toute notre reconnaissance, notre joie d’avoir été guéri par Lui ; il y a souvent – je l’ai répété quelque fois ici – il y a souvent beaucoup de petits papiers de demandes pour des malades – et c’est tout-à-fait normal – mais il est très rare, extrêmement rare que nous recevions des papiers pour rendre grâce. C’est là la question que nous pose le Seigneur aujourd'hui. Que fais-tu de ma miséricorde ? Dire merci à Dieu semble pourtant naturel : lorsqu'on nous donne quelque chose, lorsqu'on nous offre quelque chose, nous disons merci à la personne ; mais là, un sur dix ; c’est peut-être la proportion d’aujourd'hui, je ne sais pas ; en tout cas il nous faut trouver les moyens pour remercier Dieu. Vous savez, nous avons beaucoup de moyens ; le premier moyen par excellence est ce que nous sommes en train de célébrer : l’Eucharistie ; le mot Eucharistie veut dire merci, en grec moderne evcharistos, c’est le même mot ; nous rendons grâce pendant deux heures au Seigneur pour le fait qu’Il nous a sauvé, nous a guéri du péché originel mais il y a bien d’autres façons de dire merci au Seigneur : dans la prière toute simple, dans notre chambre, dans notre maison, à l’église bien sûr  mais aussi dans les évènement du quotidien. Je me souviens d’un moine – il y a de cela à peu près 45 ans – qui m’avait dit en mangeant une pomme : « Regarde comme cette pomme est belle », effectivement elle était très belle : ses couleurs, sa forme et puis combien son goût est agréable pour que nous puissions la déguster ; voilà un moyen de rendre grâce, me disait-il, pour la création, pour tout ce qu’Il nous offre : tout ce que nous mangerons, tout ce dont nous disposerons : la nature qui nous permet de respirer un air meilleur lorsque l’on s’y trouve, les fruits, les légumes, tout ; quand nous mangeons, pensons-nous à rendre grâce à Dieu ? Oh bien sûr il y a la prière d’actions de grâce à la fin du repas mais sommes-nous dans une routine de prière ou dans un véritable remerciement à Dieu. Et ainsi pour tant de choses. Il est normal que nous demandions à Dieu du secours. Il nous l’a dit : « Venez à Moi vous tous qui peinez et je vous soulagerai » mais il est normal aussi que nous Lui rendions grâce ; il nous faut être attentifs à cela et c’est un moyen, entr’autre, d’être en présence de Dieu ; nous savons qu’il est difficile de maintenir cette présence de Dieu en nous, à l’intérieur de nous ; nous avons tout le temps dans la journée l’occasion de remercier Dieu et, par conséquent, d’être en relation avec Lui dans l’intimité. Soyons donc vigilants, ne laissons pas passer l’occasion pour rendre grâce à Dieu pour qu’à la fin des temps nous puissions Lui rendre grâce d’une manière définitive lorsqu’Il nous permettra d’entrer dans son Royaume si nous en avons la dignité. Que Dieu nous aide à être vigilants pour Lui dire merci.

Amen

Patience

2/2/2021 Lc II, 22-40

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Dans cet évènement que nous venons d’entendre, il y a peut-être deux choses à retenir : la première c’est l’humilité de Jésus, de Marie et de Joseph qui viennent au Temple pour accomplir la Loi ; en effet il était prévu que le premier mâle d’une famille soit consacré au Temple ; ils apportent donc Jésus et offrent, à sa place en quelque sorte, deux colombes, selon la Tradition ; Jésus ne vient pas abolir la Loi, comme Il l’a dit plus tard, mais l’accomplir.
La deuxième chose est assez importante pour nous car c’est l’attitude du vieillard Siméon et de la prophétesse Anne qui nous l’enseigne ; tous les deux ont attendu la venue du Seigneur dans la prière et dans la patience ; ils étaient très âgés et il a fallu beaucoup d’années avant qu’ils voient leur espérance s’accomplir ; cette patience du vieillard Siméon est pour nous un modèle car, il faut bien le reconnaître, il y a des moments où nous sommes impatients, impatients parce que, par exemple, nous ne parvenons plus à prier comme nous le voudrions ; pour des raisons différentes pour chacun d’entre nous, soit à cause du péché, soit à cause de la fatigue ou de la maladie, nous ne parvenons plus à prier autant qu’il conviendrait mais il nous faut être patients ; il faut demander régulièrement au Seigneur sa grâce pour retrouver ce lien avec Lui, redemander encore et encore jusqu’à l’obtention de cette grâce ; c’est la même chose pour nos fautes ; il y a des fautes que nous commettons sans cesse, nous avons du mal à nous libérer de ce que l’on peut appeler les passions parce que c’est un péché qui revient très régulièrement et dont on ne parvient pas à se libérer ; là aussi il nous faut aussi beaucoup de patience : attendre mais ne pas attendre que tout se résolve tout seul, attendre que le Seigneur réponde à notre supplication, qu’il nous enlève cette tentation dans laquelle nous tournons, de manière à être en correspondance avec ce qu’il attend de nous. Oui, il faut beaucoup de patience ; Il faut beaucoup de patience pour acquérir les différentes attitudes correctes que nous devons avoir vis-à-vis du Seigneur, notamment respecter ses commandements : aimer, aimer Dieu, aimer notre prochain, aimer le Seigneur Jésus, avoir une relation de plus en plus intense avec Lui et cela se fait avec le temps et selon la volonté de Dieu ; nous ne pourrons pas acquérir toutes les vertus nécessaires d’un seul coup ; nous en recevons la capacité au baptême, notamment par la chrismation, mais ensuite l’obtention et la pratique de ces vertus viennent progressivement dans la vie et c’est là où il nous faut savoir attendre. Prenons l’exemple de l’humilité qui est certainement l’une des vertus les plus difficiles à acquérir mais il faut sans cesse se remettre au travail pour être humble : accepter les remarques, le mépris quelque fois ou bien une correction qui est juste mais qui nous fait du mal ; accepter tout cela avec la grâce de Dieu ; il nous faut demander, comme certainement le vieillard, à pouvoir obtenir ce que nous désirons ; ce vieillard l’a obtenu à la fin de sa vie et son désir était si grand qu’il n’a eu aucune difficulté pour reconnaître que Jésus était bien Celui qui venait sauver le monde et cela lui suffit ; maintenant il peut s’en aller, il peut mourir car il a vu la venue du Seigneur sur cette terre. Pour nous, c’est un peu la même chose mais au travers de notre quotidien, au travers de nos faiblesses avoir la patience, bien sûr travailler à cette attente, à cette lutte contre nos fautes et aussi demander au Seigneur, Le supplier de nous en libérer ; si nous sommes dans la patience, un jour ou l’autre nous nous apercevrons que nous sommes exaucés.
Que Dieu, que le vieillard Siméon et la prophétesse Anne nous accordent la grâce de cette patience indispensable

Amen

Notre richesse l'amour du Christ

31/1/2021 Lc XVIII, 18-27

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Si vous le voulez attardons-nous quelques instants sur le premier Evangile que nous avons entendu qui nous raconte l’histoire de ce jeune homme riche. C’est une histoire suffisamment signifiante pour qu’on n’ait pas besoin de faire de grands commentaires. Ce jeune homme était fort riche ; il désirait accomplir les commandements et il les accomplissait selon la Loi mais il lui manquait quelque chose, il lui manquait l’abandon entre les mains de Dieu, seule véritable richesse ; comme il avait beaucoup de biens il s’en alla, nous est-il dit, fort triste puis le Seigneur commente cet évènement en disant qu’il sera difficile aux riches d’entrer dans le Royaume des Cieux. Alors il faut bien comprendre ce que le Seigneur nous dit ; il parle de la richesse et immédiatement nous avons dans notre esprit sous ce mot les biens financiers : des terres, des châteaux, des grandes voitures et toutes sortes de richesses : des bijoux, etc. ; il avait tout cela mais il pouvait avoir d’autres richesses parce que cet Evangile s’adresse aussi à nous aujourd'hui et bien sûr parmi nous il y a des gens qui sont riches au sens premier du terme mais ils peuvent aussi être généreux et dans ce cas il n’y a aucun problème pour rentrer dans le Royaume des Cieux. Ce que dénonce le Christ c’est cette capacité de possession qui est instinctive chez nous : c’est à moi, cela je ne peux pas m’en séparer et on connaît tous cette manière de réagir, moi comme vous, il y a certaines fois des petites choses même auxquelles on tient beaucoup : un souvenir, un petit cadeau qu’on nous a fait et qui nous plaît, qui reste sur notre table, sur notre bureau et ça c’est à moi, à personne d’autre ; nous réagissons dans ce cas-là comme le jeune homme riche. Nous pouvons aussi considérer que nous sommes riches de notre connaissance, notre savoir : il y a en ce moment d’épidémie énormément de personnalités qui prennent la parole et qui disent : oui, il faut faire ceci, non il faut faire cela mais si il faut faire ceci ; on entend tout et rien ; ces gens qui affirment publiquement qu’ils possèdent une certaine science ne devraient pas en être si sûrs, on voit bien d’ailleurs le résultat. Et ce jeune homme riche lorsqu'il s’en va est triste parce qu'il est attaché à ses biens, ces biens qui, en définitive l’abandonneront quand il partira de cette terre ; ces biens qui sont fugitifs, passagers mais ce que le jeune homme riche pouvait garder comme richesse - et qu’il n’a pas compris, peut-être, on n’en sait rien, - c’est St Paul qui nous donne la réponse à cette question : quelle richesse puis-je garder ? Quand il dit : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? » Personne, personne ne nous séparera de l’amour du Christ qui est notre véritable richesse, que le Seigneur nous offre et que nous pouvons garder toute notre vie ; c’est là le vrai trésor, c’est là où on peut puiser tous les jours pour être nourri de cet amour et laisser le reste au niveau où cela doit être. Qui nous séparera de l’amour du Christ ? Absolument personne. Nous fêtons aujourd'hui les nouveaux Martyrs russes qui ont été persécutés et martyrisés pendant la période athéiste de la Russie. Vous savez combien de femmes, d’enfants, de prêtres, d’évêques ont été tués, massacrés ; on a détruit toutes les richesses qui étaient dans les églises : les icônes, les calices, tout a été détruit, piétiné, jeté dans la boue ; c’est le grand drame de cette période mais ces persécuteurs, ces athées, ces bolchéviques n’ont jamais pu retirer à chacun d’entre eux ce qui les unit au Seigneur c'est-à-dire son amour et ils en sont morts d’ailleurs en son Nom, au Nom de cet amour que personne ne pouvait leur retirer et c’est pour cela que nous devons rendre grâce à Dieu aujourd'hui pour tous ces Martyrs. Il ne faut pas oublier que la majorité d’entre nous qui sommes soit de l’immigration russe, soit des personnes qui ont choisi d’être dans la communion de l’Eglise orthodoxe, si nous sommes orthodoxes aujourd'hui, si nous pouvons prier librement, y compris en Russie c’est parce qu'il y a eu ces saints martyrs qui ont offert leur sang au Nom du Christ. Alors il ne faut jamais désespérer de rien même quand nous nous trouvons dans des situations difficiles, notamment cette épidémie internationale ; il y a toujours l’espérance car l’espérance se nourrit de l’amour du Christ ; c’est une vertu que l’on oublie souvent ; on parle de la charité, de la foi mais l’espérance on la laisse un peu de côté ; et pourtant … l’espérance de l’amour du Christ jamais ne nous sera retirée ; c’est quelque chose d’extraordinaire, c’est pourquoi nous rendons grâce à Dieu aujourd'hui en cette célébration mais pour lequel nous devons rendre grâce à Dieu tous les jours ; savoir que l’amour du Christ ne nous sera jamais retiré … ; rendons grâce pour tout cela, pour l’amour du Christ, pour ces martyrs qui sont morts à cause de l’amour du Christ et demandons au Seigneur que nous ayons cette espérance, cette flamme qui ne s’éteint jamais, qui nous éveille à l’amour ; que cet amour nous construise progressivement tout au long de notre vie et qu’ainsi nous soyons prêts à nous avancer vers les portes de l’Eternité où le Seigneur nous dira : « Venez, mon amour vous est offert ».
Amen

Mystère du Salut

6/1/2021 Théophanie Mth III, 13-17

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
« Laisse faire car c’est ainsi que doit s’accomplir toute justice ». Voilà la réponse que Jésus donne à Jean le Baptiste qui refuse de baptiser le Seigneur, à juste titre. Alors quelle est cette justice dont parle le Christ ? Et bien nous le savons, cette justice c’est l’amour de Dieu, c’est la miséricorde de Dieu car bien évidemment le Christ n’avait pas besoin d’être baptisé, Il n’avait pas besoin d’entrer dans un baptême de repentir, Il n’avait jamais péché et Il n’a jamais péché ; et là où se situe cette fameuse justice, se situe le mystère de notre salut ; en effet, le Christ va accepter d’être plongé dans les eaux du Jourdain et Jean va accepter de Le baptiser, de Le plonger dans des eaux souillées, souillées par tous ceux qui avant sont venus vivre ce baptême de repentir et ont lavé dans une eau lustrale toutes leurs fautes, tous leurs péchés qu’ils ont laissés dans les eaux du Jourdain ; le Christ se manifeste au milieu de nous en se plongeant dans les eaux du Jourdain, les eaux souillées du Jourdain par notre péché ; ressortant de là Il porte sur son corps, dans son humanité, les conséquences de toutes nos fautes ; voilà la justice du Seigneur, voilà comment elle se manifeste ; c’est évidemment surprenant comme tout ce qui se lit ou qui s’entend dans l’Evangile ; nous sommes dans une perspective inversée comme dans l’icône ; nous sommes dans l’illogisme mais Dieu n’est pas logique, c’est nous qui cherchons à être logique : la logique c’est la raison mais Dieu n’est pas raisonnable, par contre Dieu est amour ; Il confirme cet amour lorsque Jésus est plongé dans les eaux et qu’on entend cette voix : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui J’ai mis toute ma confiance ». Autrement dit le Père nous manifeste l’intention divine de nous sauver par l’amour et plus particulièrement par l’amour du Christ qui par son Incarnation en prenant notre nature humaine prend toutes les conséquences de nos fautes et de nos faiblesses. C’est quelque chose d’extraordinaire, de merveilleux qui s’accomplira dans une autre descente, la descente aux enfers, au moment de Pâques où Jésus descendra au milieu de tous ceux qui attendent le salut en plénitude et qui sont retenus par leurs fautes ; la libération sera alors totale pour tous les hommes de la terre s’ils le veulent. Ce mystère est grand bien sûr, il dépasse tout entendement et pourtant nous allons voir, au fur et à mesure que la vie du Christ va se dérouler que c’est bien cela : le Christ vient prendre sur Lui, dans notre nature humaine qu’Il accepte de revêtir, Il vient prendre sur Lui toutes nos faiblesses et nous montrer qu’Il veut nous en libérer ; Il le montrera par des miracles qu’Il accomplira sur ceux qui souffrent physiquement, moralement, psychiquement, Il le montrera par son exemple et par sa Parole ; Il nous enseignera de telle sorte que nous comprenions qu’Il est amour, qu’Il est miséricorde, que cet amour et que cette miséricorde vont jusque-là ; nous sommes sauvés par le Christ : le mystère du salut qui prend sa plénitude, son envol ; quelle chance nous avons, nous les chrétiens de connaître que le Christ est venu pour nous sauver ; quelle chance nous avons de vivre cette connaissance ; Est-ce que nous en profitons ? Est-ce que nous en avons une conscience suffisamment vive à chaque fois que nécessaire car il est indispensable pour que tout cela fonctionne que nous accueillions cette miséricorde, que nous accueillions cet amour, que nous acceptions de voir le Christ nous aimer au point de se revêtir de notre orgueil (sans être orgueilleux) et des conséquences de notre orgueil ; il n’est pas facile de se libérer de l’orgueil, seul c’est impossible, c’est pour cela que le Christ est venu pour nous dire que pour nous c’était impossible mais que pour Lui c’était possible et que par son humilité il allait détruire notre orgueil, définitivemen,t sur la croix et par la Résurrection.
Oui ce mystère du baptême du Christ est grand : il nous fait connaître, il nous fait comprendre la densité de l’amour de Dieu – mais est-il possible de vraiment comprendre cette densité ? – en tout cas il nous permet de l’aborder et la comprendre suffisamment pour que nous puissions chacun à notre tour nous tourner vers Lui et lui demander d’avoir le bénéfice de cette plongée dans les eaux du Jourdain. Rendons grâce à Dieu, rendons grâce à Dieu pour ce grand mystère d’amour qui fait que tous nous pouvons être sauvés même ceux qui ne connaissent pas Dieu mais notre responsabilité de chrétien – je vous l’ai déjà dit – c’est de porter le monde entier aux pieds du Christ, c’est de dire au Christ : « Prends nos frères, nos sœurs qui ne te connaissent pas encore, qui peut-être ne te connaîtront pas sur cette terre mais prends-les dans tout ce qu’il y a de bon en eux qui est le reflet de ta propre bonté, ta propre beauté ; c’est notre responsabilité ; nous devons souvent penser à prier pour le monde qui a tant besoin d’être sauvé. Lorsque le Christ s’élèvera lors de l’Ascension, Il sera mis à la droite du Père mais Il ne s’élèvera pas tout seul, Il nous entraînera derrière Lui, progressivement, pour que nous aussi un jour nous soyons dans la contemplation éternelle de l’amour de Dieu. Que le Seigneur nous donne de vivre ce désir de contemplation, qu’Il nous donne cette possibilité de faire appel à Lui à chaque fois que nécessaire pour nous et pour le monde entier.

Amen

Jean le Baptiste

3/1/2021 Marc I, 1-8

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Celui qui annonce la venue du Seigneur, Jean le Baptiste, est sans aucun doute un personnage d’une grande importance pour diverses raisons. Tout d’abord parce qu'il est le dernier des prophètes, celui qui annonce le salut du monde par la venue de Jésus sur la terre ; la deuxième raison c’est qu’il prépare tous ceux qui doivent entendre, voire être guéris par le Christ, en leur prêchant un baptême de repentance pour qu’ils soient prêts à accueillir Celui qui vient ; la troisième raison, peut-être la plus importante, c’est son humilité ; en effet, il est grand aux yeux des hommes – c’est un ascète, il vit dans le désert, dans la sobriété totale, on pourrait même parler d’un proto-moine : il vit comme les moines vivront ensuite dans le désert ; il est un modèle d’humilité parce que sa vie est sobre, simple ; il prêche certes la venue du Christ mais il ne se met pas en avant, au contraire ; il nous annonce que Celui qui vient après lui est plus grand que lui et qu’il n’est pas digne de délier la courroie de ses sandales ; c’est certainement la qualité la plus grande de Jean le Baptiste de nous montrer comment on doit vivre dans le quotidien, dans l’humilité, sans jamais se mettre en avant mais en laissant la place à ceux qui nous entourent, en ne nous considérant pas comme des grands, comme des forts, comme des puissants mais comme des pauvres, comme des petits qui doivent rester dans le rang ; c’est pour cela que Jean le Baptiste est un modèle pour nous ; c’est pour cela que nous avons tout intérêt à le prier, le supplier, lui demander d’être comme lui : simple, pauvre, humble. Que le Seigneur nous donne cette vertu.
Amen

Femme courbée

17/1/2021 Lc XIII, 10-17

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
« Elle était toute courbée et ne pouvait se relever ». Voici cette femme dans la synagogue qui est atteinte d’un mal conséquent, qui ne demande rien, qui est simplement là dans la prière mais Jésus, voyant son infirmité, ouvre son coeur et la bénit de telle façon qu’elle est guérie ; cela ne plaît pas trop à la hiérarchie de la synagogue parce qu'il y a de la jalousie derrière tout cela vis-à-vis de Jésus mais il nous est dit que cette femme rendit grâce à Dieu. Voyez-vous comme c’est simple de venir vers le Seigneur dans l’état où nous sommes et de prier. Si nous acceptons de nous présenter devant le Seigneur dans l’état où nous sommes, Celui-ci, à un moment où à un autre, va nous guérir ; ceci est valable pour les maux physiques mais aussi et surtout pour les maux de l’âme. Si nous transposons ce message, ce miracle à notre propre vie, nous voyons que les uns et les autres nous sommes, à certains moments, recourbés sur nous-mêmes, recourbés sur nous-mêmes pas un élan d’égoïsme ou d’orgueil ; nous nous regardons de la tête aux pieds mais nous ne regardons pas le Seigneur ; au bout d’un moment nous prenons conscience de notre faiblesse, nous prenons conscience de notre infirmité spirituelle et là il y a deux solutions : ou bien venir là où l’on prie – ne serait-ce que dans sa chambre – ou bien rester avec soi-même et être triste, triste du constat que l’on fait de ce repliement sur soi. Evidemment – vous l’avez deviné – la meilleure solution c’est la première, la seconde est vouée à l’échec et même à l’aggravation de la situation. Alors oui, à certains moments, nous sommes courbés, nous sommes repliés sur nous-mêmes : notre égoïsme est plus fort que tout mais dès que nous sommes éclairés – par le Seigneur d’ailleurs – sur notre état, nous n’avons plus qu’à nous tourner vers Lui dans la prière et Lui nous guérira comme Il a guéri cette femme qui était toute courbée car une fois qu’elle fut redressée, il nous est dit qu’elle louait Dieu parce qu'elle était debout, debout face à la lumière qu’est le Christ et elle pouvait prier facilement son Dieu car elle pouvait Le voir dans un face-à-face. C’est ce qui nous attend si nous acceptons que le Seigneur nous guérisse, si nous voulons bien nous humilier devant Lui en nous présentant avec notre faiblesse, notre repli sur nous-mêmes en ayant foi que Lui peut tout et peut nous redresser dans sa lumière.
Amen

Aveuglement - Amour

7/2/2021 Lc XVIII, 35-43

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Ce récit, ce miracle que Jésus fait à cet aveugle, nous le connaissons bien, il est presque devenu banal mais pourtant, d’une part nous comprenons une fois de plus que le Seigneur est miséricordieux et qu’il veut notre bien et, d’autre part il y a derrière ce miracle un message qui nous est adressé à chacun d’entre nous. En effet, même si nous ne sommes pas aveugles physiquement, nous avons une autre manière d’être aveugle à certains moments dans nos vies, dans notre quotidien. Lorsque nous nous trouvons en face de notre frère ou de notre sœur qui est différent de nous, qui nous irrite, qui nous agace, qui nous insupporte, notre instinct nous porte au jugement, au rejet, au mépris, à la critique, c’est instinctif, c’est probablement lié à notre nature déchue mais aussi peut-être à de mauvaises habitudes ; à ce moment-là, nous sommes comme Bartimée, nous sommes des aveugles car nous n’avons pas su voir dans notre frère ou notre sœur le resplendissement de la beauté de Dieu ; bien sûr, quelque fois, cette présence de Dieu dans l’autre est cachée et il faut faire un effort pour la trouver ou la retrouver mais souvent nous constatons que si nous faisons cet effort nous découvrons dans notre frère ou notre sœur des qualités réelles qui sont belles, agréables à entendre, à voir, à vivre mais si nous ne faisons pas cet effort alors nous sommes aveuglés. Que faut-il faire ? Car cela nous arrive relativement fréquemment, pas toujours de manière grave, bien sûr, mais quelque fois à force de multiplier ce genre de jugement nous entrons dans une attitude qui se généralise, qui devient lourde, pesante dans nos cœurs et qui nous rend malheureux parce que nous ne voyons plus rien ; alors c’est le moment de faire comme cet aveugle, de crier vers le Christ : « Sauve-moi, viens à mon secours. Toi qui es la lumière du monde, rends-moi la lumière, rends-moi la vie, rends-moi la vue, rends-moi l’amour ». C’est un réflexe que nous avons quelque fois mais pas toujours et pourtant le Seigneur est là à notre disposition comme Il était à la disposition de cet aveugle puisqu’Il lui dit : « Que veux-tu que je fasse ? » et, à la réponse de l’aveugle, Jésus répond positivement en le guérissant immédiatement. Autrement dit lorsque nous nous apercevons que nous avons un certain aveuglement qui tombe sur nos yeux, les yeux de l’âme, si nous avons ce réflexe de nous tourner le plus rapidement possible, bien sûr, vers le Seigneur en lui demandant secours, Il sera là ; Il sera là pour nous ouvrir les yeux, pour que nous comprenions que notre frère ou notre sœur est non seulement notre vie mais c’est aussi la vie de Dieu qui est en nous. Alors ce petit miracle – ce grand miracle aussi – et bien nous enseigne beaucoup sur ce que nous avons à faire tout au long de notre vie car ce n’est pas réglé une fois pour toutes cette histoire. Bien sûr, probablement, à force de crier vers le Seigneur, à force de nous exercer à avoir un autre regard que celui du jugement et du mépris alors progressivement nous allons apprendre à aimer l’autre dans sa différence, y compris dans ce qui me gêne. Si chacun de nous agit ainsi le monde deviendra plus beau, plus lumineux, plus clairvoyant parce que l’amour dominera.
Nous sommes en ce moment dans une situation difficile, mondialement, à cause de cette épidémie et si on lit les journaux, si on écoute la radio ou la télévision, on entend toutes sortes d’avis, toutes sortes de critiques ; tous les jours il y a quelqu'un qui critique l’autre dans ce qu’il a fait ; personne ne cherche à voir quel est l’effort que fait l’autre pour nous aider à sortir de cette épidémie ; non, c’est la critique toujours, le rejet, alors que nous-mêmes nous ne savons même pas quoi faire ; nous avons cet orgueil qui nous domine, qui nous fait penser que nous sommes au-dessus des autres qui eux se contentent de dire des âneries, soi-disant. Voyez-vous il y a toute une réforme à faire à l’intérieur de nous, à l’intérieur de notre cœur, de notre âme, une véritable réforme, un retournement, une conversion ; il faut que nous passions du jugement à l’amour ; c’est certainement très difficile ; c’est pour cette raison que le Seigneur est prêt à nous aider ; c’est pour cette raison qu’il ne faut pas nous lasser de Lui demander secours à chaque fois, n’ayons pas peur d’être répétitifs : deux fois, trois fois, cinq fois par jour s’il le faut ; c’est ainsi que nous apprendrons à voir, à ne plus être aveugle, à voir non seulement que le monde est beaucoup plus beau que nous le pensons et que c’est grâce à la lumière du Christ que nous voyons tout cela. Rendons-Lui grâce.
Amen

Unité, amour souffrance

19/7/2020 Jn XVII, 1-13
A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
« La vie éternelle c’est qu’ils Te connaissent » ; cette phrase c’est le Seigneur Jésus qui la prononce dans cette longue prière que nous venons d’entendre ; cette longue prière qu’Il adresse à son Père en rendant compte en quelque sorte de sa mission ;  « La vie Eternelle c’est qu’ils Te connaissent » mais Il a dit : « Celui qui me connaît le Père », autrement dit – et il développe d’ailleurs cela dans sa prière – tout ce qu’Il a enseigné à ses apôtres était inspiré par l’Esprit-Saint et tout cela venait du Père ; le Fils, la Parole de Dieu incarnée, le Logos – comme L’appelle les Pères – est venu sur terre pour nous enseigner ; Il a enseigné d’abord ceux qui étaient proches, ses apôtres, ses disciples et tous ceux qui l’écoutaient ; Il a enseigné par sa Parole, Il a enseigné par ses gestes, par ses guérisons, par son amour. Et puis dans cette prière, à un moment il dit : « Que tous, tous, soient Un comme Toi le Père et Moi nous sommes Un » ; effectivement c’est un appel à l’Unité de tous les hommes de la terre, non pas une unité matérielle, sociologique mais une unité du coeur ; comme modèle de cette unité nous avons la Sainte Trinité, modèle parfait ; lorsque nous contemplons l’icône dite « de la Sainte Trinité » où nous voyons les trois anges qui apparurent en fait à Abraham et qui furent la préfiguration de la Sainte Trinité, nous voyons trois anges qui sont à la fois identiques, qui se ressemblent et qui se regardent l’un, l’autre, aucun regard n’est dans le vide, les regards sont tournés vers l’un et vers l’autre ; il y a comme une union circulaire entre les trois, une communion d’amour, une unité autrement dit car Dieu est Un, Il est notre modèle : trois Personnes et une seule Divinité. Lorsque le Seigneur Jésus dit : « Que tous soient un », c’est un souhait qu’Il formule parce qu'Il sait à l’avance que pour ses apôtres d’abord, puis pour leurs successeurs et pour tout le monde ensuite, cette unité sera difficile à vivre. Alors comment la vivre ? Puisque l’unité des trois Personnes, c’est l’amour, il nous faut vivre dans l’amour ; il faut chercher à la source l’amour c'est-à-dire vers Dieu d’abord, dans la prière, dans la supplication, dans les larmes quelque fois pour demander cet amour parce que nous ne pouvons pas donner ce que nous n’avons pas déjà reçu ; il faut que nous sachions nous recueillir, entrer dans notre coeur, être en communion avec Dieu et recevoir le bénéfice de cet amour autant que possible dans notre nature humaine et ayant reçu cet amour il nous faut le donner aux autres ; c’est peut-être être là que les choses se compliquent, l’amour n’est pas facile, l’amour est difficile, aimer c’est complexe ; le Seigneur nous l’a d’ailleurs dit : Il est facile d’aimer ses amis, ceux qui sont en harmonie avec nous mais Il va jusqu’à dire :  « Il faut aimer nos ennemis », c'est-à-dire ceux qui sont en opposition avec nous  ; ce ne sont pas forcément des gens très lointains, quelques fois ils sont tout près de nous, dans notre famille, dans notre communauté, dans notre paroisse, dans notre diocèse et il faut aimer, aimer jusqu’au bout comme le Christ l’a fait ; ne l’oubliez pas, nous sommes sauvés par l’amour sur la croix car Jésus a aimé ses ennemis jusqu’au bout ; Il a même demandé au Père qu’Il leur pardonne parce qu'ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient. Cette phrase, il faut la retenir parce qu'elle peut nous aider beaucoup : lorsque nous sommes en conflit avec tel ou tel, avec des personnes, avec des groupes ; il faut nous en souvenir et prier dans ce sens : « Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Certes nous souffrons de l’agissement négatif de certaines personnes envers nous qui nous rejettent, qui nous critiquent, qui nous méprisent quelque fois, qui médisent sur nous, qui diffament ; tout cela existe sur la terre bien évidemment mais il nous faut dire : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » et il faut prier pour eux ; la première chose à faire lorsqu'on a une difficulté relationnelle, donc dans une situation de non-amour, il faut cherche l’amour et prier pour obtenir l’amour ; cela ne se fait pas d’un coup de baguette magique, cela se fait par la ténacité, par le désir d’aimer, d’aimer jusqu’au bout et c’est difficile mais le Christ est là, Il nous a dit : « Je suis avec vous jusqu’à la fin des Temps, n’ayez pas peur ». Il est là donc si nous nous tournons vers Lui, si nous le supplions, si nous pleurons devant lui en disant : « Je n’en peux plus de supporter cette opposition, cette agressivité, cette méchanceté, ce rejet à mon égard, aie pitié de moi » ; alors il sera temps par la pensée ou peut-être par la lecture de revoir le passage de Jésus à Gethsémani : Il souffre de douleurs insupportables au point de demander au Père d’écarter cette coupe, c'est-à-dire ce qu’il doit accomplir normalement, boire la coupe jusqu’au bout et mourir sur la croix ; Il demande au Père d’écarter cette possibilité tellement Il souffre mais Il ajoute immédiatement et c’est là la clé : « Non pas ma volonté mais ta volonté ». Autrement dit, lorsque nous souffrons, rapprochons-nous du Christ qui a été bafoué, qui a vécu sa Passion, sa mort odieuse et qui a tout accepté pour nous sauver et lorsque nous sommes confrontés à ces difficultés relationnelles et bien c’est peut-être une chance pour chacun d’entre nous de participer au salut du monde en nous approchant de Jésus à Gethsémani et puis sur la croix, « Non pas ma volonté, ma Ta volonté » ; ce qui ne nous empêche pas de dire « Viens à mon secours, aide-moi, je ne sais plus, je ne sais pas » ; il arrive des moments où on ne sait même plus où l’on en est tellement on souffre alors il faut se tourner vers le Christ pour que Lui prenne cette souffrance et la porte vers le Père de notre part parce que nous nous ne pourrons pas, nous souffrons trop mais le Christ pourra le faire à notre place, peut-être aussi les Saints à qui nous demanderons par humilité de supplier Dieu à notre place car nous nous sentons à la fois tourmentés et indignes.
« Que tous soient un », … que c’est difficile : des églises désunies depuis des centaines d’années, des églises qui croient au Christ, qui croient en Dieu mais qui ne sont pas encore suffisamment parvenues à aboutir dans leur désir d’unité. Certes il y a un chemin mis en place depuis des années, ce chemin est long ; verrons-nous l’accomplissement de ce désir d’unité, je n’en sais rien ? ; moi je suis très vieux probablement pas mais je n’ai pas le droit de désespérer ; peut-être vous la verrez, tant mieux. L’important, l’important ce n’est pas d’arriver à l’unité totale et parfaite qui, à mon avis, ne sera jamais parfaite, mais de la désirer ; quand nous apparaîtrons devant Dieu, c’est ce qu’Il nous demandera : « As-tu désiré aimer jusqu’au bout pour acquérir l’unité avec ton frère, l’as-tu désirée ? ». Il ne nous demandera pas si nous avons réussi mais désiré et nous pouvons la désirer si nous nous tournons vers le Christ qui Lui désire cette unité puisqu’Il la souhaite « Que tous soient un ». Alors faisons tout pour vivre dans l’unité et cela commence là sur le terrain où nous vivons immédiatement, nous les moines, les moniales de notre monastère, vous dans vos familles, dans vos paroisses, dans vos communautés, dans le monde ; c’est un vrai travail spirituel, une véritable ascèse ; je le répète souvent : la plus grande ascèse de la vie monastique c’est de vivre ensemble, dans l’unité, parce qu'il en a toujours un ou une qui est mal foutue, comme on dit, qui va pas bien, qui est en colère, qui est énervée, qui claque les portes, qui envoie promener quelqu'un ; il y a toujours un histoire comme cela ; c’est justement là que le Seigneur nous attend, Il nous donne rendez-vous à ce moment-là : « Qu'est-ce que tu fais de ton désir d’unité ? ». « Tu aimeras ton frère comme toi-même ». Qu'est-ce que je fais de ce commandement ? C’est une question que nous devons nous poser, pas de manière obsessionnelle mais régulièrement. « Est-ce tu aimes ton frère comme toi-même », sous-entendu comme toi-même tu es aimé parfaitement par Dieu ; alors on va répondre, en tout cas moi je répondrai : « J’essaye mais je ne réussis pas toujours mais pardonne-moi et donne-moi ta grâce » car c’est par la grâce de Dieu que l’on peut aimer ; ne croyons pas que l’on peut aimer par une simple décision personnelle, ce serait trop facile ; ce n’est pas la raison qui commande l’amour, c’est l’amour qui commande la raison, ce n’est pas la même chose ; et l’amour étant Dieu, c’est en Dieu qu’il faut aller chercher ce trésor d’amour, puiser dans ce trésor pour nous aussi aimer, apprendre à aimer ; alors le souhait du Christ se réalisera, en tout cas dans l’éternité, et nous serons heureux, profondément heureux, apaisés mais nous pouvons déjà l’être sur cette terre à chaque fois que l’occasion nous est donnée de nous réconcilier, de pardonner ; quelle joie intérieure nous recevons quand nous pardonnons avec le coeur ; c’est là le début de l’Eternité.

Amen

Saint Jean-Baptiste humilité

5/1/2020 Mc I, 1-8

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Dans l’Evangile que nous venons d’entendre, la figure principale dont il est question c’est Jean le Baptiste, le cousin du Christ, qui préparait ceux qui le souhaitaient à se convertir et à s’approcher du Christ. Ce qui marque la figure de Jean-Baptiste c’est, fondamentalement, sa discrétion, son humilité, il s’efface, nous l’avons entendu dans l’Evangile ; il dit lui-même qu’il n’est pas digne de délier les courroies des sandales du Christ qui va venir après lui et qui est plus grand que lui ; et Jésus le considérait comme un grand prophète, comme quelqu'un qui vivait une vie ascétique extrêmement sérieuse, retiré dans les montagnes et les déserts, se nourrissant de peu de choses et menant une vie de prière intense. C’est Jean qui a dit : il faut qu’Il croisse et que je diminue ; cette petite phrase pourrait nous servir de direction spirituelle pour toute notre vie car si nous sommes sur terre c’est pour apprendre à accueillir le Christ et pour accueillir le Christ il faut que nous apprenions à vivre humblement, à ne pas nous considérer comme étant les premiers en tout, en ne cherchant pas la gloire, en ne cherchant pas la puissance mais en se dépouillant de ce que St Paul appellera le vieil homme c'est-à-dire tout ce qu’il y a en nous de souillé, de dénaturé, pour laisser la place au Christ ; il faut que nous apprenions sur cette terre, progressivement certes, parce que le Seigneur est patient et que nous ne pouvons tout faire d’un coup et certainement pas sans sa grâce, il faut que nous apprenions à nous vider de nous-mêmes mais du « nous-mêmes » qui est égo : moi, je, pour laisser la place au Christ, pour Le laisser vivre en nous, pour laisser sa Parole entrer dans notre coeur et que nous puissions en vivre. Oui, Jean-Baptiste, Saint Jean-Baptiste est une grande figure, une grande figure de l’Ancien Testament, à la jonction avec le Nouveau Testament, le dernier des prophètes, le dernier des annonciateurs ; c’est pour cette raison qu’on le représente quelque fois sur les icônes avec des ailes comme pour les anges car le mot « ange » signifie « celui qui annonce » ; et c’est celui qui est le dernier grand annonceur de la venue du Christ mais il le fait avec tant de simplicité, d’humilité, d’amour de ceux qui l’entouraient les conseillant, les guidant ; beaucoup sont venus près de lui pour l’interroger : « Que dois-je faire ? » Il leur répondait : « Vis correctement selon les commandements, contente-toi de ta solde de soldat, n’aie aucune concupiscence en toi, ne cherche pas la richesse, etc. » Oui, Jean-Baptiste est un modèle pour nous, un repère, un phare dont il faut nous souvenir souvent ; c’est pour cette raison qu’il est toujours sur l’iconostase avec la Mère de Dieu ; c’est l’un des personnages les plus importants après la Mère de Dieu ; on le représente comme l’intercesseur, avec la Mère de Dieu de l’autre côté, entourant le Christ et priant pour nous ; quelle est donc sa prière ? Sa prière c’est « qu’ils apprennent à Te laisser croître en eux et à diminuer en eux-mêmes » ; c’est cela la prière de Saint Jean-Baptiste ; ce n’est pas facile car nous avons en nous de l’orgueil, de l’égoïsme, une nature déchue, nos péchés mais le Christ a dit : « Ce qui est impossible à l’homme, ce qui est difficile à l’homme, c’est possible pour Dieu » ; c’est pour cette raison que nous devons beaucoup prier, prier régulièrement, sincèrement, non pas en rabâchant des prières, ce n’est pas cela la prière ; la prière c’est un acte qui nous unit à Dieu, qui nous rend Dieu présent et qui nous donne la possibilité d’être en communion avec Lui sous une forme ou sous une autre ; c’est pour cela que, mise à part la prière Liturgique que nous faisons en commun et qui doit être organisée, dans nos chambre, dans nos cellules, nous pouvons prier comme nous le voulons, peu importe la forme ; nous avons à notre disposition beaucoup de choses, des prières qui sont pré-écrites dans des livres, nous avons les psaumes, ces merveilleux psaumes dans lesquels nous pouvons nous glisser à tout moment pour dire ce que nous ressentons face au Seigneur ; nous avons la prière de Jésus, cette formule orientale qui est devenue d’ailleurs occidentale heureusement et qui, en définitive, résume tout l’Evangile, toute l’attitude que nous devons avoir en face du Christ : être humble, reconnaître nos faiblesses, pas d’une manière où on se méprise comme si nous n’étions rien … nous n’étions rien au début et de ce rien Dieu a fait l’homme et l’homme a péché, l’homme a péché par orgueil ; c’est pour cette raison que Jean -Baptiste insiste sur l’humilité : il faut que vous diminuiez pour laisser la place au Christ qui doit grandir en vous et quand le Christ grandit en nous, nous ressentons alors une joie profonde et une paix profonde qui s’installe et qui nous dit : « Continue, continue, tu es sur le vrai chemin, sur la vraie voie, c’est celle que Jea-Baptiste nous enseigne, c’est celle que le Christ nous enseignera, c’est celle que Dieu attend de nous et si nous suivons cette voie alors les portes de l’Eternité sont déjà entrouvertes pour nous ».
Amen

Saint Joseph

27/12/2020 Mth II, 13-23

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Parmi les différents personnages qui ont un rôle à jouer autour de la naissance du Christ, j’aimerais aujourd'hui vous parler de l’un d’entre eux : St Joseph, l’époux de la Vierge Marie. En effet – et nous venons de l’entendre dans ce récit, comme dans le récit de la Nativité – Joseph a un rôle à jouer mais un rôle qu’il joue dans une humilité remarquable. Il est averti par l’Ange qu’il doit quitter l’endroit où est né Jésus et avec Marie et Jésus ils doivent s’enfuir pour éviter que l’enfant soit tué par Hérode ; Joseph spontanément obéit à l’ange, prend Marie et l’enfant et va en Egypte, puis au bout de quelques temps, après la mort d’Hérode, l’ange se manifeste à nouveau et dit à Joseph : « Prends Marie et l’enfant et rends-toi dans la terre que je t’indiquerai ». Joseph obéit et en même temps apprend que Archelaüs a remplacé Hérode qui est mort et que c’est également un tyran ; il est inquiet pour la famille et l’ange lui apparaît à nouveau et lui dit : « Prends Marie et l’enfant et va vers Nazareth où tu t’établiras ». A chaque fois Joseph, humblement, obéit à l’ange sans discuter et exécute ce qui lui est proposé. Lors du récit que nous avons entendu le jour de Noël, on voit que Joseph, - et d’ailleurs dès l’Annonciation - est troublé par ce qu’il apprend : sa fiancée est enceinte mais comme il est humble et qu’il ne veut pas créer de soucis à sa fiancée, il décide de la répudier en secret et c’est alors que l’ange s’approche de lui et lui dit : « Ne crains pas Joseph. De Marie naîtra un enfant par l’opération de l’Esprit-Saint ». Et Joseph dès cet instant prit Marie avec lui. Il obéit. Il ne comprend pas forcément ce qui se passe ; qui le comprendrait ? Mais il obéit et humblement exécute ce que l’Ange lui a proposé. On voit que sur l’icône qui représente la Sainte Nativité Joseph se trouve, dans un coin de l’icône et il est dans une attidude d’interrogation se demandant toujours ce qu’il s’est passé ; on le voit en face d’un personnage qui n’est autre que le démon qui essaye de le détourner de la vraie, qui essaye de mettre le doute dans son esprit mais Joseph ne cède pas au démon ; il rejoint Marie et veille sur elle et sur l’enfant. Pour nous Joseph devient un modèle, un modèle d’effacement car mis à part ces instants, ces moments que nous venons d’entendre, on ne parlera pratiquement plus de lui ; il s’effacera totalement ; il laissera grandir son fils, l’aidera certainement, le fera probablement travailler à son établis de charpentier mais en s’effaçant ; en priant son Dieu certes dans le silence et sans comprendre vraiment ce que signifie cet évènement, il poursuit son chemin auprès de Marie, assistant tous les jours cette famille pour qu’elle puisse vivre dans la dignité et selon ce qui convient. Voilà un exemple remarquable pour nous, pour chacun d’entre nous. Il nous arrive dans nos vies à certains moments d’être dans le doute, de nous demander pourquoi cela nous arrive-t-il, de ne pas comprendre l’évènement mais sommes-nous suffisamment à l’écoute de Dieu, à l’écoute du message de Dieu ? Sommes-nous suffisamment abandonnés à la proposition qui nous est faite ? Peut-être, et si nous le sommes c’est grâce à Dieu et bien souvent, il faut le reconnaître, nous cherchons à comprendre par notre raison ce qui se passe et nous ne comprenons pas jusqu’au moment où, par la grâce, Dieu nous permettra tout simplement d’accéder à sa demande, d’agir selon son commandement et d’avancer sans trop savoir où l’on va. Si nous examinons nos vies nous nous apercevrons que, dès notre enfance, Dieu a un projet sur nous et qu’il va mener ce projet jusqu’à la fin de notre vie, à certains moments, d’une manière incompréhensible à notre raison ; nous ne savons pas pourquoi Il nous appelle dans telle ou telle direction, pourquoi Il nous invite à nous marier, pourquoi Il nous invite à devenir moine, pourquoi Il nous invite à choisir tel service dans l’Eglise ; il n’y a pas d’explication logique car Dieu est totalement illogique ; c’est nous qui voulons être logiques, c'est-à-dire raisonnés mais Dieu n’a pas besoin de raisonner, Il sait ce qu’il y a de meilleur pour chacun d’entre nous et, comme pour Joseph, Il nous indique au fur et à mesure des étapes de notre vie, ce que nous avons à faire ; bien sûr à nous de correspondre à ces invitations, de ne pas nous tourmenter face à l’incompréhension du message mais d’agir, d’obéir, humblement, simplement, en s’effaçant.
Que St Joseph nous aide, soit un modèle pour nous et qu’il nous fasse comprendre par la grâce de Dieu combien nous devons être à son image effacés, abandonnés, vivant humblement et obéissant à tout ce que Dieu nous propose dans notre vie.

Amen

La Nativité amour donné, amour reçu

25/12/2020 Mth II, 1-12

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Tous ceux qui vivent dans la pauvreté savent que l’on n’a pas besoin de beaucoup de choses pour vivre et le Seigneur, en naissant dans cette grotte, nous en fait la démonstration car il vit dans un état de dénuement qu’il est difficile d’imaginer ; car c’est l’Emmanuel, Dieu avec nous, qui est là dans une grotte insalubre avec quelques animaux, Marie et Joseph. Oui, il faut peu de choses, si on réfléchit bien, pour vivre. Bien sûr nous ne sommes plus habitués, pour la majorité d’entre nous, à vivre dans la simplicité et les temps qui sont les nôtres nous entraînent à vivre plutôt dans l’abondance et même la surabondance de biens. Mais même si nous avons au-delà de ce que nous pouvons désirer et imaginer, il nous manquera toujours quelque chose et ce quelque chose c’est ce que le Seigneur Jésus qui naît dans cette grotte à Bethléem nous apporte : c’est l’amour car on peut se passer de beaucoup de choses, presque tout, mais de l’amour on ne peut pas se passer ; nous avons besoin d’être aimé et d’aimer pour la bonne raison que nous avons été façonnés par Dieu à son image et à sa ressemblance et que – St Jean nous le dira avec conviction – Dieu est amour : c’est par amour qu’Il nous a créés, c’est par amour qu’Il a prévu, dès la chute d’Adam et Eve, d’envoyer son Fils pour témoigner de cet amour qu’Il nous offre ; et Jésus vient au milieu de nous pour nous aimer, nous dire que nous sommes aimés et nous apprendre à aimer ; tout ce mystère de la Nativité du Seigneur se résume à cet amour ; tout au long de sa vie terrestre le Seigneur nous enseignera par ses paroles et aussi par sa vie ; Il nous montrera comment aimer ; nous avons beaucoup de possibilités pour aimer et pour être aimé aussi ; même si par malheur, il nous arrivait que personne sur cette terre ne nous aime, Dieu, Lui, nous aimerait ; autrement dit nous ne manquerons jamais d’amour à cause de ce mystère de la Nativité du Seigneur, mystère qui va se développer jusqu’à la Résurrection ; nous recevons en plénitude cet amour de Dieu, cette sécurité, cette nécessité car sans amour nous ne pouvons pas vivre ; l’amour peut se manifester de différentes manières mais il est toujours là, souvent au moment où on s’y attend le moins. Lorsqu'il nous arrive quelques malheurs, quelques souffrances physiques, morales, spirituelles, lorsque nous sentons le découragement grandir en nous, voire la limite du désespoir, il y a toujours le souvenir de Dieu qui nous revient et qui nous dit qu’Il nous aime, que nous ne sommes pas seuls, que nous sommes réellement aimés et d’un amour dont la qualité ne peut être égalée par aucune personne sur cette terre ; bien sûr nous recevons l’amour dans nos familles : notre époux, notre épouse, nos enfants, nos petits-enfants, nos amis, nos voisins, nos collègues mais vous avez dû remarquer que cet amour humain qui nous donne satisfaction et qui est un véritable amour a toujours une limite ; il y a un moment où on ne sent plus cet amour pour x raisons mais avec Dieu c’est tout autre chose ; avec Dieu nous pouvons ressentir son amour à n’importe quel moment de notre vie, il nous suffit de nous tourner vers Lui, de nous tourner vers cet enfant qui est né dans une crèche, dans la pauvreté, dans la misère, sans grand-chose que la chaleur de quelques animaux et le secours de ses parents puis ensuite la visite des mages et des bergers mais qu'est-ce que tout cela ? Un petit évènement qui n’a pas marqué à ce moment-là l’humanité : très peu de gens se sont rendu compte de ce qui se passait au moment de Noël mais c’est au fur et à mesure que le Christ a grandi, physiquement d’une part, qu’il a pris son rôle que Dieu le Père lui avait donné par la grâce de l’Esprit qu’Il nous a montré qu’Il pouvait donner de l’amour sans limite à tous ceux qui venaient vers Lui : malades, estropiés, Il les guérissait ; à ceux qui étaient tombés dans le péché et qui souffraient de ce que cause le péché Il leur offrait de l’amour ; Il n’hésitait pas à manger avec eux, boire avec eux, les visiter et leur dire quelque fois une parole ou l’autre qui pouvait les remettre sur le chemin qu’ils devaient prendre mais toujours par amour. Si nous relisons tout l’Evangile, chaque page est marquée de l’amour du Christ et en cette nuit où nous fêtons sa Nativité, nous fêtons la venue sur terre de l’amour en plénitude offert aux hommes de bonne volonté, c'est-à-dire à tous les hommes de la terre. Dieu ne met pas de limite à son amour ; Il nous demande simplement d’accueillir cet amour, de Lui demander, de l’accueillir et d’en vivre, d’en vivre pour nous et d’en vivre avec les autres ; c’est peut-être là tout le mystère de cette Nativité ; recevoir de l’amour et apprendre à donner de l’amour.
Que le Seigneur dans son humilité totale – car l’amour sans humilité n’est pas un véritable amour – que le Seigneur dans son humilité totale nous donne de goûter à cet amour à chaque fois que nécessaire. Que nous ayons aussi le réflexe de Lui demander cet amour. Que nous le recevions avec respect comme le plus beau cadeau que nous puissions recevoir. Que nous apprenions nous aussi à faire ce cadeau de l’amour à nos frères et sœurs qui vivent sur cette terre.
Amen

Guerison, foi, patience et prère

26/7/2020 Mt IX, 27-35

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Une fois encore nous retrouvons le Seigneur Jésus qui guérit ceux qui viennent vers Lui et qui souffraient. Dans l’Evangile que nous avons entendu, il est précisé que les aveugles suivaient le Christ puis ils Lui demandent d’être guéris et le Christ leur dit « Qu’il vous soit fait selon votre foi » ; il faut remarquer que ces gens qui avaient besoin d’être guéris suivaient le Christ : probablement ils avaient entendu parler de Lui et de ses miracles mais ils Le suivaient pour entendre sa Parole et peut-être aussi pour être guéris ; c’est à cause de leur foi qu’ils sont guéris : le Seigneur Jésus a besoin qu’ils confirment leur foi en sa capacité de guérir en tant que Fils de Dieu car cela deviendra un témoignage, un témoignage pour tous ceux qui entourent le Christ, pour tous ceux qui Le connaissent et pour tous ceux qui entendent parler de Lui. Il fera ensuite un second miracle et il délivrera le possédé.
Ces miracles que l’on trouve régulièrement dans les Evangiles ont été nombreux, certes, et en même temps peu nombreux par rapport à tous ceux qui souhaitaient être guéris et à tous ceux qui, dans le monde entier, étaient souffrants. Ces miracles ont toujours été d’abord un acte d’amour de la part du Christ qui veut nous montrer ainsi que chacun d’entre nous est aimé même s’il est malade, qu’il soit malade dans son corps ou dans son âme ; et puis Il montre ainsi progressivement que s’il est capable de guérir les aveugles, les boiteux, les possédés, Il peut aussi guérir l’âme. Souvenez-vous de ce miracle où le Seigneur guérit le paralytique en lui retirant d’abord toutes les fautes qu’il avait dans son coeur ; Il peut donc guérir l’âme, le coeur et le corps mais il faut pour cela que nous ayons la foi. Nous avons tous la foi mais la foi ce n’est pas quelque chose de statique, c’est quelque chose de dynamique, quelque chose qui, normalement, doit grandir en nous progressivement jusqu’à ce qu’elle s’épanouisse et trouve son bonheur dans l’Eternité. Autrement dit, pour chacun d’entre nous, si nous désirons être guéris dans notre corps, dans notre âme, dans notre coeur, oui, il nous faut exercer notre foi, la réveiller, la dynamiser et prier comme l’ont fait ceux qui ont été guéris : « Seigneur guéris-moi ». Certains ont été guéris immédiatement, c’est le cas pour ceux qui ont été guéris aujourd'hui, mais pas tous : les lépreux partirent ayant demandé au Christ d’être guéris puis c’est en chemin seulement qu’ils furent guéris, pas dans l’immédiateté ; ce qui nous montre que nous ne devons pas être des impatients ; souvent nous sommes surpris et combien de fois nous disons « Mais j’ai prié, j’ai demandé et rien n’est arrivé ». Est-ce que tu avais la patience ? C’est cela que Dieu attendait : la foi et la patience ; on peut être guéris bien des années après avoir demandé et nous connaissons peut-être tous cela ; nous demandons d’être délivré de telle ou telle souffrance et ça ne vient pas ; quelque fois cela vient tout de suite mais quelque fois c’est long, très long à venir mais il nous faut persévérer, demander, redemander et redemander encore dans la foi ; pas dans une exigence orgueilleuse, égoïste mais dans la foi pour pouvoir être libre d’adorer, de rendre grâce à Dieu et de L’aimer ; même si nous devons attendre la guérison il nous faut continuer de persévérer dans la foi et dans l’amour de Dieu.
Et puis il y a un autre volet – si j’ose dire – de ce diptyque : c’est que nous, en tant que chrétiens, nous avons la responsabilité de prier aussi pour ceux qui sont malades quelque soit la forme de leur maladie ; c’est pour cette raison que toujours dans la Divine Liturgie il y a, dans l’ecténie qui va suivre, une demande de prières pour ceux qui souffrent dans leur corps, dans leur âme, dans leur esprit et nous avons à charge, en tant que chrétiens, de prier pour le monde entier qui souffre, non seulement pour les chrétiens mais pour tous. Il y a eu d’ailleurs des signes qui nous permettent de comprendre que des non-chrétiens peuvent être guéris : des Saints ont guéris des non-chrétiens ; des gens qui vivaient dans le même village qu’eux mais qui n’avaient peut-être pas la même foi et qui venaient vers ce Saint et qui étaient guéris. On dit que St Jean de Cronstadt quand il sortait de son église, après avoir célébré la Divine Liturgie, était entouré autour de sa calèche de nombreuses personnes, des chrétiens mais aussi des non-chrétiens et il bénissait tous ceux qui venaient vers lui ; il est très précisé dans ce récit qu’il bénissait les chrétiens, les juifs et tous ceux qui étaient là ; ce qui nous montre et ce qui nous prouve que nous devons prier pour l’humanité entière, l’humanité souffrante actuellement avec le virus mais pas uniquement avec le virus, l’humanité souffre de beaucoup d’autres choses ; nous nous focalisons, à juste titre, sur le virus mais il y a bien d’autres virus dans le monde, bien d’autres qui ont besoin d’être guéris, qui ne sont pas atteints par ce virus mais par d’autres. Alors notre coeur doit s’élargir, notre foi doit grandir, notre prière doit aller vers Dieu pour tous ; c’est notre rôle de chrétiens, notre responsabilité. Quelle chance avons-nous de connaître le Seigneur Jésus qui peut tout : guérir nos cœurs, nos âmes et nos corps ! Quelle chance avons-nous mais nous ne devons pas garder cette chance pour nous tout seuls, nous ne devons pas la vivre en égoïstes, nous dévons la partager. Si le Seigneur nous a dit : « Aimez-vous les uns les autres » cela sous-entend cette prière nécessaire pour tous pour que tous les hommes soient sauvés. C’était la prière de Saint Silouane, notre Saint protecteur ; qu’il nous aide comme il l’a fait à prier et à pleurer pour le monde pour que le monde par le Saint-Esprit soit sauvé.

Amen

Foi, confiance, patience, attente

20/12/2020 Mth I, 1-25

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
On peut se demander pourquoi, dans l’Evangile de ce jour, nous entendons cette longue liste de noms qui nous semblent, apparemment, d’un intérêt secondaire ; nous ne comprenons pas immédiatement qu’il y a un enseignement comme dans les autres Evangiles où le Seigneur, soit par parabole, soit directement enseigne son peuple, le nourrit de sa Parole ; là il s’agit d’un rappel de toute la généalogie du Christ ; qu'est-ce que cela veut dire ? Tous ces hommes, toutes ces femmes dont nous avons entendu le nom à quoi correspondent-ils ? Certains d’entre eux nous sont connus, d’autres un peu, d’autres pas du tout. Que signifie donc cette longue généalogie ? Il me semble que l’on peut interpréter ce passage comme le signe d’une épreuve, d’une longue épreuve : l’épreuve de la foi, l’épreuve de la patience, de l’attente ; une épreuve de la foi car, dès le début, lorsque le Seigneur s’adresse à Abraham, Il lui dit simplement : « Quitte ton pays et va vers le pays que Je te montrerai » ; Il ne lui dit pas où ; Abraham obéit et c’est pour nous un modèle de foi ; il quitte son pays, il quitte ses terres qui étaient nombreuses, il quitte une partie de sa famille, il quitte ses biens et il part : épreuve de la foi. A sa suite viendront d’autres personnages : Moïse ; Moïse à qui le Seigneur promet de voir la terre promise : une terre où il n’y aura plus ni douleur, ni souffrance et Moïse entraîne tout son peuple dans une très longue marche qui dure de nombreuses années : épreuve de l’attente et Moïse d’ailleurs ne verra pas la terre promise ; et puis il y a tous les autres. Il y a parmi tous ces noms des gens de haute qualité comme ceux que je viens de citer, il y a d’autres qui sont carrément des brigands ; il y a en a d’autres comme le roi David qui commettront des péchés, des fautes extrêmement graves car Salomon naîtra du péché de David avec la femme d’Urie qu’il aura séduite et, pour ce faire, envoyer tuer son mari. Tous ces gens nous sont proposés à la méditation en ce jour. Pourquoi ? Parce que Dieu, parce que Dieu avait confiance en eux, même pour les pires ; Il voyait au travers d’eux leur beauté ou plus exactement le reflet de sa propre beauté, même lorsqu'’elle était extrêmement cachée et, progressivement Il leur apprenait – car c’était un temps d’apprentissage – Il leur apprenait la foi, la patience, l’attente. Avant la fête de Noël nous sommes dans un temps de carême, dans un temps d’avent, dans un temps d’attente. Dans nos vies personnelles, pour chacun d’entre nous, il y a des périodes où le Seigneur nous demande de la foi, où le Seigneur nous demande de la patience et de l’attente ; le Seigneur nous conduit vers un endroit que nous ne connaissons pas. Je dois vous dire que si on m’avait dit il y a 50 ans que je serais fondateur de ce monastère, que j’en aurais la paternité spirituelle et qu’ensuite je deviendrais évêque, je pense que j’aurais ri en disant : « Cela n’est pas possible ». Et vous pourriez dire la même chose par rapport à vos vies personnelles ; nous sommes toujours surpris par ce que Dieu fait de nous mais nous devons savoir que Dieu a confiance en nous, que Dieu est patient envers nous et que Dieu sait où Il nous conduit. Au fur et à mesure de ces longues années qui ont scandé la vie de tous ceux dont nous avons entendu les noms il y a eu des épreuves, beaucoup d’épreuves ; l’aventure déjà est une épreuve et puis des maux, des épidémies comme celle que nous connaissons mondialement actuellement mais au fur et à mesure Dieu écoutait son peuple qui priait et le suppliait d’être délivrés de l’oppression des égyptiens, des épreuves qui suivirent ; dans un des psaumes – un long psaume – il nous est rapporté toute cette aventure où l’on voit qu’à chaque fois le peuple de Dieu tombait dans le péché quelque fois, Dieu enseignait le peuple, guérissait le peuple et reconduisait le peuple. C’est notre histoire ; cette généalogie c’est notre généalogie, c’est la même réalité : une aventure ; nous sommes sur la terre dans une aventure mais une aventure qui est scandée régulièrement non seulement pour tous ceux de la généalogie du Christ mais pour nous aussi par une phrase qui revient et que nous chanterons pendant la Vigile de Noël, plus particulièrement pendant les Complies : « Dieu est avec nous, peuples sachez-le, Dieu est avec nous » ; et c’est peut-être la leçon la plus importante de cette généalogie car Dieu est avec tous ces gens dont nous avons entendu les noms, même avec les pires Il est là, même avec David qui a tué, qui a fauté, Il est là et Il remet debout David qui aura une grande responsabilité. Ceci veut dire quoi ? Ceci veut dire que nous devons, nous aussi, accueillir dans la foi ce que Dieu nous propose ; dans la foi, c'est-à-dire que quelque part nous ne comprenons pas intellectuellement ce que Dieu veut de nous mais Il nous donne la grâce de pouvoir répondre « Oui » car Il est avec nous ; c’est la confiance, la foi et puis Il nous donnera la patience ; nous ne l’avons pas toujours cette patience, c’est Dieu qui la donne : nous n’avons pas toujours cette vertu, certains l’ont plus que d’autres, moi je ne l’ai pas beaucoup, je peux vous le garantir, je suis plutôt un impatient et pourtant Dieu nous montre, à chaque instant qu’il faut être patient : attendre. Hier encore on me parlait des problème de l’Eglise : ceux qui ont lu l’histoire de l’Eglise savent que depuis le début jusqu’à aujourd'hui et certainement jusqu’à la fin des temps, il y aura des problèmes d’Eglise car l’Eglise est composée d’une partie divine qui est parfaite puisque le Christ est à la tête de l’Eglise et une partie humaine, c’est nous et nous ne sommes pas parfaits ; autrement dit des problèmes il y en aura toujours ; hier soir, face à ce questionnement que je recevais par rapport à un problème d’Eglise qui me tracassait, où je me demandais comment j’allais pouvoir résoudre ce problème, moi, je me suis dit : « Non pas moi, il faut que j’aille dans la prière vers Dieu, pas vers moi. » Ce n’est pas moi qui vais résoudre le problème, c’est Dieu et c’est notre foi en Dieu qui permet à l’Eglise de continuer sa vie depuis des milliers d’années ; foi, espérance, constance, attente avec patience. Je pense que c’est là la leçon de cette longue généalogie qui peut à priori nous paraître un peu rasoir mais qui pourtant est un long enseignement. Alors que nous sommes à la veille de fêter Noël, la venue du Seigneur, l’Emmanuel Dieu avec nous, développons dans nos cœurs et dans notre âme cette patience, cette foi, cette foi sans conditions ; nous pouvons demander à Dieu ce que nous désirons mais dans la foi, pas dans l’exigence personnelle : je veux, non. Nous avons un exemple en Joseph, on vient de l’entendre, en Marie, au moment de l’Annonciation ; rien n’est à comprendre, Dieu demande et ils ont la foi ; ils ne font pas confiance en eux-mêmes car les éléments qu’ils connaissent ne pouvaient entraîner aucune confiance en eux-mêmes mais ils ont confiance en Dieu, ils ont foi en Dieu et bien d’autres encore.
Alors que le Seigneur nous donne cette grâce d’une foi comme Abraham l’a eue, d’une confiance dans l’attente comme Moïse l’a eue, une persévérance malgré le péché comme David l’a eue, une foi vive comme Joseph et Marie l’ont eue. Que Dieu nous donne cette grâce indispensable à notre vie personnelle et à notre vie d’Eglise.

Amen

Véritable richesse dépouillement

6/12/2020 Mc I, 1-8

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
La parabole que nous venons d’entendre est d’une importance capitale pour chacun d’entre nous : le Seigneur, à l’époque, enseignait tous ceux qui l’entouraient et qui attendaient un enseignement, une parole, un encouragement et aussi une guidance spirituelle et cette guidance spirituelle est toujours valable pour chacun d’entre nous bien évidemment comme toutes les paroles de l’Evangile. L’histoire de cet homme qui est riche, qui est riche au-delà de ce qui est pensable puisqu’il ne sait plus quoi faire de ses richesses : il est obligé de démolir des greniers pour construire des greniers encore plus grands pour contenir ses biens. Il y a un petit passage dans le parabole auquel on ne fait pas toujours attention et qui est très significatif car dans cette histoire cet homme riche dit à son âme : « Que vais-je faire ? » ; il ne le demande pas à son esprit mais à son âme, c'est-à-dire à son être profond, à l’essentiel de ce qu’il est et il répond, il a trouvé la solution mais la conclusion est terrible : « car si t’occupes de ton âme de cette façon tu oublies qu’à un moment ou un autre le Seigneur va venir te chercher pour l’Eternité et que feras-tu de tous ces biens et que feras-tu si tu n’as rien d’autre que cela ? » C’est une question d’actualité vous savez, et elle sera toujours d’actualité parce que à cause de notre orgueil nous avons tous plus ou moins un instinct de possession : nous aimons posséder, cela nous rassure ; bien sûr il y a des sécurités nécessaires : il faut un toit, il faut de quoi manger, nourrir ses enfants, sa famille, tout cela est tout à fait légitime , avoir une certaine joie de vivre au travers de ce que le Seigneur nous offre mais dans la parabole il n’est pas question de cela, on ne parle pas de la famille de cet homme ; c’est lui qui se parle à lui-même, dans son égo, moi, moi, moi j’ai beaucoup de choses et j’en veux encore plus et il s’organise pour profiter de tout ce qu’il a et tout ce qu’il aura encore et il oublie, il oublie l’essentiel, il oublie le fondamental, il oublie le nécessaire, l’indispensable, il oublie comment nourrir son âme ou plus exactement il la nourrit de chose qui vont bien au-delà du nécessaire et qui sont totalement inutiles. Vous savez on connait ces personnes qu’on appelle des collectionneurs et je me souviens d’avoir rencontré une fois dans ma vie un monsieur qui était assez âgé qui avait un appartement assez grand mais quand on le visitait on ne savait plus où mettre les pieds parce qu'il y avait des choses partout ; si vous ouvriez un tiroir, c’était rempli, un autre tiroir c’était rempli, les armoires étaient remplies, il ne savait même plus ce qu’il avait ; alors je ne veux pas juger cet homme parce que je ne connais pas le fond de son âme mais extérieurement ainsi je me disais comment peut-il se retrouver avec lui-même déjà entouré de toutes ces choses ? C’est un cas extrême bien sûr mais si nous nous interrogeons nous-mêmes : est-ce que nous ne sommes pas trop attachés à certaines choses, certains objets, certains vêtements, certaines nourritures, certaines manières de vivre ? Il est très connu que les gens les plus riches de la terre, pas tous mais beaucoup d’entre eux, les gens qui touchent des milliers et des milliers d’euros par mois au point qu’ils ne savent même plus ce qu’ils ont en banque, qui ont des maisons ici et là, des châteaux, des propriétés privées, des avions personnels etc… il est bien connu que ces gens-là, la plupart du temps, sont malheureux : ils sont malheureux parce qu'ils n’ont pas l’essentiel ; ce n’est pas un jet privé qui vous donne la paix du cœur et de l’âme ; ce n’est pas une collection de bijoux qui vous donnent la paix de l’âme ; la paix de l’âme c’est d’aller chercher le trésor là où il est c'est-à-dire la présence du Seigneur dans notre coeur qui doit être dominante, qui doit être la principale préoccupation. St Sophrony disait souvent que le plus important dans la vie – il s’adressait à ses moines et ses moniales mais ceci est valable pour tous chrétiens bien sûr – le plus important est de garder le souvenir de Dieu dans son coeur, dans son âme ; c’est la plus grande richesse que nous puissions posséder et celle-ci nous pouvons la faire grandir, nous pouvons la multiplier, nous pouvons la développer, garder le souvenir de Dieu dans son coeur et dans son âme ; le reste peut être utile mais secondaire si on a le minimum nécessaire bien sûr. Cette parabole nous ramène à la difficulté principale de tout homme et de toute femme sur cette terre, l’orgueil qui se manifeste par un égo, un centrage sur soi, une mauvaise foi, l’égo, l’égoïsme, moi, moi, je, je. Et Dieu là-dedans ? Où est-il ? Devant, derrière, sur le côté ? Où est-il ? Il n’est nulle part et certainement pas dans nos cœurs et dans nos âmes au moins à certains moments ; alors nous devons régulièrement, pas d’une manière obsessionnelle mais régulièrement nous interroger en nous mettant devant le Seigneur et devant nous-mêmes : est-ce que la première place, ma plus grande richesse est dans mon coeur et dans mon âme ? Est-ce que je possède – et pour une fois, là la possession est nécessaire et indispensable, elle est bénie – est-ce que je possède la grâce de la présence de Dieu en moi, le souvenir de Dieu ? On peut se souvenir de Dieu à n’importe quel moment de la journée, de la nuit ; en travaillant – surtout dans les travaux les plus simples ; le souvenir de Dieu est facile lorsqu'on épluche des légumes, que l’on fait la vaisselle, on passe l’aspirateur et toutes ces choses que l’on connaît ; et puis lorsqu'on se réveille la nuit quelque fois parce qu'on a une insomnie ou tout simplement parce qu'on est réveillé, le souvenir de Dieu est facile à ce moment-là si on s’y est entraîné, si régulièrement on a mis en priorité comme trésor de notre vie, le Christ. Ce n’est pas pour rien que nos églises, nos sanctuaires, notre coin de prière dans la maison est un lieu sacré parce que c’est le lieu de la rencontre avec le Seigneur, avec Dieu : Il est là, Il nous attend ; on peut reprendre cette phrase de Marthe à Marie : « Le Seigneur est là et Il t’attend ». Oui, Il nous attend patiemment, Il attend que nous nous débarrassions de toutes ces inutilités, de tout ce qui encombre notre vie, y compris dans notre esprit ; Il attend que nous nous libérions des possessions inutiles. Alors comment faire ? Crier d’abord, écouter la Parole de Dieu, la lire, la relire et l’écouter et l’écouter encore et se laisser pénétrer par cette Parole ; les Pères nous parlent de la manducation de la Parole de Dieu : on mange la Parole de Dieu comme on mange un aliment et on digère cette Parole, on la laisse entrer en nous pour qu’elle prenne force dans notre vie ; en écoutant la Parole de Dieu, en lui donnant la priorité, alors nous allons pas-à-pas, progressivement nous libérer ; et à la fin de notre vie, si nous avançons dans ce sens selon la proposition du Seigneur alors nous pourrons arriver devant Lui avec quoi ? Rien, aucune possession ; nous ne serons pas comme les Mages qui apportent de l’or, de l’encens et de la myrrhe, nous n’avons rien à apporter. Oh, nous aurons nos péchés et peut-être que cela mais nous pourrons dire au Seigneur : « Je n’ai plus rien que mes péchés mais Toi je sais que Tu es dans mon coeur ; je T’ai désiré toute ma vie et j’ai éliminé progressivement tout ce qui n’était pas de Toi et me voici aujourd'hui devant Toi que j’ai désiré et que désire encore mon âme désirable ». Alors la partie sera gagnée ; ce ne seront plus les accumulations d’objets, de préciosités, de maisons, de bateaux, d’avions et de je ne sais quoi encore que nous aurons autour de nous face au Seigneur mais simplement le désir, le désir de conserver pour l’Eternité le trésor que nous aurons acquis progressivement : sa Présence, son amour, sa compassion, sa fidélité infinie ; Dieu est amour ; Dieu n’existe pas, Il est et Il est amour et c’est là où se situe notre richesse, c’est là où se situe le principal de nos biens, tout le reste est secondaire voire parfaitement inutile ; ce n’est pas facile bien sûr, cela – ce dépouillement progressif – doit se faire pas-à-pas ; même nous autres les moines qui en entrant dans le monastère abandonnons tout ce qui est du monde, le monde nous rattrape très vite vous savez, beaucoup plus vite qu’on ne le souhaiterait et quelque fois on n’a pas grand-chose dans sa cellule mais ce que l’on a c’est à nous : un crayon, un stylo, un petit pichet dans lequel on met de l’eau pour boire le soir, un verre … c’est à moi ; oui, oui, cela arrive dans les monastères aussi ; alors il y a un test que nous pouvons tous faire les moines et les chrétiens : si quelqu'un vient dans ma cellule et me fait un compliment sur cet objet qui est sur ma table « Oh comme c’est beau » ; est-ce que je suis capable de le prendre et de le lui donner ? Si intérieurement tout s’arrête au compliment et que je me réjouis d’avoir cette jolie chose sans la liberté de la donner alors je n’ai pas encore atteint cette vraie liberté ; c’est un test que nous pouvons faire régulièrement et nous aurons une réponse qui nous précisera les choses ; mais le Seigneur est là pour nous aider ; Il nous a montré comment Il a vécu : « Les animaux ont des tanières mais le Fils de l’Homme n’a pas un toit où reposer sa tête » ; le Christ n’avait pas de maison ; Il habitait, selon la tradition, principalement dans la maison de Pierre et de sa famille mais Il allait par monts et par vaux, Il se contentait de ce qu’Il trouvait, de ce qu’on lui donnait pour manger, pour boire ; il y a beaucoup de récits où Il est invité pour manger parce que Lui n’avait rien ; Il est le modèle : Il se dépouille de tout et Il vient au milieu de nous ; nous allons le fêter dans quelques semaines ; Il vient au milieu de nous dans la pauvreté, sans rien posséder, dans une grotte misérable ; voilà, voilà le modèle ; cela ne veut pas dire que nous devons tous nous précipiter dans des grottes misérables mais nous devons nous inspirer de ce que le Seigneur a fait qui correspondait à l’amour qu’il voulait nous porter : nous apprendre quel est l’essentiel pour aimer.
Nous fêtons aujourd'hui St Nicolas, un grand Saint de l’Eglise et ce matin en y pensant, je me disais : qu'est-ce qu’on peut dire de la vie de St Nicolas ? On ne connaît pratiquement rien de sa vie, rien ou pas grand-chose : il a été à un concile, il a fait quelques miracles, il a sauvé des bateaux dans la détresse, il a soulagé des pauvres mais on ne sait pas grand-chose d’autre, on n’a pas de détails. Pourquoi n’avons-nous pas de détails ? Parce que je pense que St Nicolas vivait dans une sobriété, une simplicité, une pauvreté peut-être même et il s’enrichissait du Seigneur et fort curieusement, ce Saint dont on ne connait pas grand-chose de la vie est le Saint le plus prié, le plus fréquenté dans le monde entier : il y a des églises dédiées à St Nicolas dans le monde entier, même en Chine et au Japon ; St Nicolas est connu partout chez les Grecs, chez les Russes, chez les Serbes, chez les Français, partout ; c’est lui qui nous a choisis, ce n’est pas nous qui avons choisi St Nicolas : on ne connait pratiquement pas sa vie mais c’est lui qui nous a choisis et probablement qu’il nous choisis pour nous dire que l’essentiel de notre richesse c’est l’acquisition, progressive certes, mais certaine de l’amour de Dieu en nous.
Amen

Le bon Samaritain

29/11/2020 Lc X, 25-37

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Il y a beaucoup de leçons que nous pourrions tirer de cet Evangile. Cet homme qui se présente devant le Christ et qui est un spécialiste de la Loi veut en quelque sorte provoquer le Christ et voir s’Il connaît bien cette Loi. Evidemment le Seigneur connaît cette Loi. Mais le problème c’est que cet homme qui était spécialiste de la Loi connaissait très bien la Loi – sa réponse est juste - mais il ne la pratiquait pas correctement, voire peut-être ne la pratiquait pas du tout. Alors le Seigneur, lorsque cet homme veut se justifier, lui raconte cette parabole du « Bon Samaritain » et là il y a comme une espèce d’inversion par rapport à ce que nous pourrions penser : qui est notre prochain ? C’est celui qui est à terre, blessé à mort par des brigands, c’est la logique mais le Seigneur va retourner cette logique et en expliquant la parabole, en la décrivant, il va faire comprendre à ce légiste qu’il n’interprète pas la loi toujours dans le bon sens ; Il va lui montrer que ce ne sont pas les Justes selon le légiste qui auront part à la Vie Eternelle mais ceux qui exercent la miséricorde de Dieu ; Il va montrer que le prêtre et le lévite -tous ceux qui ont une responsabilité dans la fonctionnement de la prière, de l’adoration et de la charité - tous ceux-là passent devant ce malheureux et ne font rien ; le seul qui s’arrête c’est celui qui ne fait pas partie de ce groupe, un étranger, un non-juif, un samaritain et c’est celui-là qui, pris de compassion, va s’occuper de l’homme blessé et nous savons la suite. Le légiste va être obligé de répondre que celui qui est le prochain est celui qui a exercé la miséricorde, c'est-à-dire le samaritain. En quelque sorte Jésus a bloqué la pensée du légiste ou tout au moins l’a détourné vers la vérité et non pas vers une Loi froide et morte. Alors pour nous comment cette parabole résonne-t-elle en notre coeur et en notre âme ? Et bien nous avons compris ce que nous avons à faire, cela est clair. Il y a peut-être quelque chose de plus que nous pouvons interpréter c’est qu’en définitive le véritable bon samaritain c’est le Christ car c’est le Christ qui se penche vers nous, car c’est le Christ qui s’arrête près de nous, car c’est le Christ qui panse nos plaies, car c’est le Christ qui nous soulage et qui veut nous guérir en nous aimant ; et je pense que ce n’est pas une fausse interprétation même si c’est un commentaire car le Seigneur est le seul qui puisse appliquer une miséricorde parfaite ; c’est le seul qui est le véritable Bon Samaritain, qui s’occupe de nous, sans cesse, non seulement lorsqu'Il nous voit dans la misère et avec des plaies ouvertes mais même après il fait attention comme le bon samaritain qui, en revenant, donnera de l’argent à l’hôtelier si c’est nécessaire. Le Seigneur veille sur nous en permanence et c’est pour cette raison que nous devons avoir une foi et une confiance les plus grandes possible dans le Seigneur Jésus. Oui, nous avons des plaies, bien évidemment, nous avons des souffrances quelque fois violentes, pénibles qu’elles soient physiques, morales, psychiques, peu importe, nous avons des souffrances, oui, mais le Christ est là et Il nous voit ; Il ne fait pas comme le prêtre et le lévite, Il ne passe pas à côté de nous sans s’arrêter, Il s’arrête à chaque instant, à chaque moment de notre vie et si nous avons besoin de Lui, Il est là. Alors n’ayons pas peur d’exposer nos plaies au Seigneur, de lui dire nos souffrances, de Lui expliquer notre misère car Lui, par le baume de sa miséricorde viendra apaiser nos plaies et nos souffrances. Ceci doit nous rendre paisibles, heureux, joyeux dans le cœur ; mais ceci doit aussi avoir une conséquence et nous en revenons là à la finale de la parabole : c’est que, nous aussi, à l’image du Christ, nous devons essayer - certes pas avec la même intensité que le Seigneur - mais nous devons offrir notre miséricorde à notre frère et à notre sœur qui souffrent quelle que soit cette souffrance ; souvent nous réagissons à l’inverse, moi comme vous, tous ; nous avons souvent une espèce d’auto-défense qui domine notre intention mais il faudrait à ce moment-là que nous nous souvenions que le Seigneur a appliqué sur nous le baume de sa miséricorde et que c’est à nous d’en faire autant face à notre frère ou notre sœur qui est blessé, fusse par le péché.
C’est une très belle parabole, c’est un très bel enseignement. Je ne sais pas si l’homme de loi ensuite a changé sa vie, je l’espère, et c’est probable mais ce qui est important à retenir c’est que le Christ est le Bon Samaritain.
Amen

Toucher le Christ

22/11/2020 Lc VIII, 41-56

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Dans ce double miracle que nous venons d’entendre, les deux personnes qui sont en cause nous sont montrées comme ayant une grande foi. Cette femme qui était malade depuis de nombreuses années perdait beaucoup de sang donc de force et puis ce chef de la synagogue qui vient trouver le Christ sachant qu’Il peut guérir son enfant ; tout d’abord la foi qui motive ces deux êtres : ils croient que le Seigneur Jésus peut tout ; ils le croient parce qu'ils ont entendu parler de Lui ou peut-être parce qu'ils ont déjà vu que le Seigneur a accompli des miracles, peu importe, mais ils croient et c’est cette foi qui les pousse à s’approcher du Christ, l’un différemment de l’autre ; la femme d’abord s’approche, n’ose pas demander quoi que ce soit au Christ mais se dit qu’Il est tellement Saint qu’il suffit de toucher la frange de son vêtement pour être guérie et elle est guérie ; le Seigneur a senti sa foi et Il a guéri cette femme non seulement pour qu’elle soit soulagée de son mal mais pour que tous ceux qui l’entouraient - et ils étaient nombreux nous est-il dit – puissent comprendre que le Seigneur peut tout ; il suffit que nous ayons le courage de nous approcher de Lui quels que nous soyons ; il n’est pas dit que cette femme était parfaite dans sa vie, nous n’en savons rien, peut-être, mais peut-être pas, nous savons qu’elle était malade simplement or nous sommes tous malades, absolument tous : notre âme est malade, notre coeur est malade et quelque fois aussi notre corps ; alors si comme l’hémorroïsse nous osons nous approcher du Christ espérant être guéris, Il se penchera vers nous comme Il s’est penché vers la fillette, Il prendra notre main et nous remettra sur le chemin ; c’est là tout l’amour du Christ pour les hommes, c’est là toute sa miséricorde, toute sa compassion ; alors comment nous approcher du Christ ? Dans la foi, certes ; sans la foi rien n’est possible ; ensuite les moyens sont nombreux ; nous pouvons nous approcher du Christ par la prière déjà, c’est une relation que nous avons avec Lui ; c’est pour cette raison qu’à chaque Liturgie nous prions pour les malades ; ensuite nous pouvons L’approcher lorsqu'au moment de la communion il nous est proposé de recevoir son Corps et son Sang, une approche encore plus intense, un sacrement, le signe efficace de sa présence en nous par son Corps et son Sang ; nous pouvons nous approcher aussi par la charité envers ceux qui nous entourent car le Seigneur a dit lorsqu'Il parle du jugement dernier que tout ce que nous ferons à ceux qui nous entourent, tout ce que nous ferons de bien c’est à Lui que nous le ferons, autrement dit nous serons en relation avec Jésus à chaque fois que nous accueillons notre frère ou notre sœur, quelle que soit la circonstance ; c’est un moyen très efficace, beaucoup plus qu’on ne le croit, pour nous-mêmes être guéris ; ce qui tue notre âme et notre corps, c’est l’orgueil : nous voulons toujours être au-dessus des autres que ce soit dans notre attitude physique, morale, voire spirituelle ; à quoi bon vouloir être au-dessus des autres, cela ne veut rien dire ; il faut que nous vivions humblement et même si nous recevons des humiliations, les accepter comme un moyen de toucher le Christ et de Lui demander d’être guéris de notre plaie. Par tous ces moyens le Seigneur veut nous sauver, par d’autres moyens encore bien sûr. Nous avons besoin de savoir, d’expérimenter que le Seigneur Jésus peut nous sauver ; nous avons besoin de savoir, de l’expérimenter sinon nous sommes perdus or nous avons beaucoup d’occasions ; que faisons-nous de ces occasions ? Lorsque nous prions, sommes-nous dans les mots que nous disons, que nous formulons ou récitons-nous de manière automatique des formules qui pour Dieu n’ont aucun sens ? Sommes-nous conscients avant, pendant, et après avoir reçu le Corps et le Sang du Christ en nous qui nous sauve ? Est-ce que nous en tirons des conséquences, est-ce que nous goûtons aux fruits que cela représente ? Ou bien est-ce aussi par habitude que nous agissons ? Les prières avant et après la Communion sont justement là pour être écoutées, entendues, méditées pour nous faire comprendre le trésor que nous avons reçu. Et puis, nos frères, nos sœurs tous ceux qui nous entourent qui ont besoin d’amour, même s’ils nous agressent, même s’ils nous méprisent, même s’ils nous humilient, ils ont besoin d’amour et si nous leur donnons de l’amour, nous touchons le Christ en faisant comme Lui.
Que le Seigneur par l’intercession de sa Mère Toute Pure dont nous célébrons la Sainte entrée dans le Temple nous donne de comprendre par le coeur, par l’expérience toutes ces données. Que nous aussi nous ayons la même foi que l’hémorroïsse et le chef de la synagogue et que par cette foi le Seigneur nous guérisse, à chaque fois que nécessaire et qu’ainsi, de guérison en guérison, nous approchions de la guérison éternelle.
Amen

Carême de Noël

Chers Frères et Sœurs,

Voici que nous entrons dans le temps de carême de Noël, le temps de « l’attente »!
Et nous sommes toujours dans le désert... ce temps qui n’en finit plus pendant lequel on se cache du « lion qui rôde, cherchant qui dévorer » ; le virus est toujours là avec ses conséquences douloureuses.
Au demeurant ce carême est un temps d’attente mais pas de n’importe quelle attente.
C’est l’attente de la venue du Christ parmi nous. C’est l’attente du salut. C’est l’attente
de la délivrance ...
Probablement que nous aurons encore des jours difficiles face à cette épreuve du mal,
de la peur de la maladie ou de la mort. Mais la peur ne vient jamais de Dieu , elle vient du démon qui cherche à nous décourager, voir à désespérer ! , ne nous laissons pas avoir par le menteur. Puisque c’est l’attente de Dieu qui marque ce carême essayons
de correspondre au mieux à cette période.
Soyons des êtres de désir ! Désirons Dieu, désirons le Christ de toutes nos forces!
Et demandons lui de nous aider à entrer dans ce désir et d’agir en conséquences :
Oui nous sommes pauvres, démunis, les nouveaux « Anawims », les pauvres de Yahvé, les pauvres de Dieu, c’est-à-dire les « courbés », les « inclinés », les petits, les faibles, les humbles, les affligés, les doux...mais soyons aussi les frères des pauvres,
Soyons près d’eux par la prière, par l’entr’aide, par la compassion. Voilà un beau programme de carême ! Ne cherchons pas trop loin pour les trouver, ces pauvres! Ils sont souvent à côté de nous, dans notre famille ,notre maison, notre communauté, notre paroisse. Et n’oublions pas que soulager notre frère c’est soulager le Christ...
Alors si nous désirons Dieu, nous l’aurons trouvé.
Vivons ce temps dans l’humilité : nous avons tout à y gagner , Marie la très Sainte Mére de Dieu fut celle sur laquelle le Seigneur a jeté les yeux « sur la pauvreté de sa servante », sur son « humilité ».
Noël est le mystère même de la pauvreté, pauvreté d’un Dieu qui se fait pauvre parmi nous pour nous rendre riches de son amour, de sa miséricorde, de sa compassion...
Oui nous sommes dans cette attente , dans une certaine détresse, mais nous avons
l’espérance qui est la plus forte ! Alors laissons nos peurs, prions, jeûnons, veillons,
Ayons foi en Dieu et ...le désert refleurira !

+Syméon
Évêque de Domodedovo
Monastère Saint Silouane

Généalogie

22/12/2019 Mt I, 1-25
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Nous venons d’entendre cette longue généalogie que nous rapporte l’Evangéliste Matthieu, une généalogie un peu particulière : elle ne correspond pas à la généalogie que nous aurions faite aujourd'hui de nos ancêtres mais peu importe ; ce que veut signifier l’Evangéliste c’est que, à partir d’Abraham jusqu’à Jésus, il y a tout cet ensemble d’hommes et de femmes qui cherchent Dieu à leur manière. Abraham qui est le premier cité est le Père de la foi : c’est celui qui a dit oui à Dieu d’une manière tout à fait catégorique dans la confiance totale et l’abandon entre les mains du Seigneur puisque Dieu lui disait : « Va où je te montrerai » ; il ne savait pas où il allait atterrir mais il est parti, il a obéi à Dieu dans la confiance. A l’autre bout de la généalogie, nous trouvons joseph et Marie qui eux aussi vont dire oui face à l’incompréhensible ; c’est comme s’il y avait une clôture de ce oui d’origine d’Abraham qui vient prendre toute son ampleur dans le oui de Joseph et de Marie. Alors dans cette généalogie il y a des gens très bien, il y a des justes mais il n’y a pas que des justes : il y a des brigands, il y a des tyrans, il y a des pécheurs bien évidemment ; on cite David, Saint David, mais avant d’être saint il a connu la faute, le péché grave, gravissime, un double péché : meurtre et adultère et pourtant puisqu’il se repend, puisqu’il comprend qu’il s’est égaré, de nouveau il dit oui au Seigneur. Le Christ Jésus en naissant vient donner à tous ces hommes ce qu’on pourrait appeler l’Adam total qui commence et qui se terminera à la fin des temps ; le Christ Jésus vient donner quelque chose de plus : ce n’est plus l’humanité, c’est l’humano-divinité ; en naissant Jésus nous offre sa divinité, un partage ; ce partage a commencé certes dès le début : c’était l’intention de Dieu lorsqu'Il a créé Adam, le premier homme ; ce partage s’est fait pédagogiquement tout au long de l’Ancien Testament puis se poursuivra pédagogiquement aussi ensuite jusqu’à la fin des temps ; en définitive, le Seigneur nous apprend à dire oui : « Oui, je veux bien être sauvé, oui je veux bien être divinisé, participer à Ta divinité » ; parce que ce n’est pas si évident que cela à cause de notre faiblesse, des faiblesses qu’ont connues tous nos ancêtres et tous ceux qui viennent d’être cités ; à certains moments on dit oui à Dieu et puis à d’autres moments on écarte Dieu et même on arrive à Lui dire non mais pour Dieu qui est miséricordieux il y a toujours une solution. Combien d’années se sont passées depuis Abraham jusqu’à la venue du Christ ? C’est difficile de le savoir mais en tout cas ce fut un long, long, long moment ; long moment entaché de fautes, d’errance, d’erreurs, de renonciations ; le peuple de Dieu n’était pas facile à manier pour Dieu, il avait la nuque raide comme il est dit dans l’Ancien Testament et puis à chaque fois le peuple de Dieu se repentait parce que Dieu venait lui tendre la main, ne l’abandonnait pas, jusqu’au moment où le Christ est venu d’une manière définitive pour nous tendre la main définitivement : Il tend la main à Adam et Eve pour les tirer du tombeau et les mettre debout ; Il nous tend la main à nous, nous tous qui sommes ici et à tous les hommes de la terre ; Il tend la main et Il nous tire de notre boue, de notre misère, de notre faiblesse, de nos péchés, de nos errances et nous en tant que chrétiens nous le savons, cela nous a été révélé ; le Christ a dit : « Je suis venu pour vous, non seulement pour les ancêtres mais pour vous aussi et pour ceux qui viendront » ; Il est venu pour nous et Il ajoute « Je suis venu pour les pécheurs et non pas pour les Justes », autrement dit Il est venu pour nous car nous sommes chacun des pécheurs certes pas tout le temps mais à certains moments et de toute façon nous sommes responsables de ce qui se passe dans l’humanité, dans l’humanité entière : nous avons la responsabilité d’accueillir la main du Christ, d’accueillir la miséricorde du Christ pour tous ceux qui, à certains moments s’échappent de cette main pour des raisons variées, diverses ; ce n’est pas à nous de juger; le Christ nous le dit : « Ne jugez pas » ; ce n’est pas à nous de juger ; c’est à nous d’essayer, comme le Christ, de faire miséricorde à notre frère, à notre sœur, de l’aimer au-delà de l’impossible apparent ; il y a des situations lourdes dans la vie, peut-être nous en connaissons certaines dans notre histoire ancienne ou récente, des moments où on ne sait plus, on ne sait plus quoi faire face à une situation inextricable, on n’a pas les moyens pour aider notre frère, notre sœur, notre enfant, on ne sait pas mais le Christ le sait et notre responsabilité c’est d’aller frapper à la porte du Christ et de dire : « Donne-nous Ta miséricorde, donne-nous accès à ton amour ; Tu l’as dit : frappez et je vous ouvrirai » ; je frappe à ta porte et je te dis : « Viens, viens à mon secours, viens au secours de mon frère » ; car en naissant, le Christ est venu au secours de l’humanité entière, de tous qui l’avaient précédé et de tous ceux qui lui succèderaient jusqu’à la fin des temps. Autrefois, dans mon enfance, on appelait l’Ancien Testament l’Histoire Sainte ; c’est une autre manière de voir les choses : non plus l’Ancien Testament mais l’Histoire Sainte ; elle devient sainte à cause de la naissance du Christ ; elle est transfigurée cette histoire, elle est transformée, ce n’est plus la même, c’est l’histoire de l’amour, de l’amour de Dieu et cette histoire sainte se poursuit jusqu’à aujourd'hui et puis demain et après-demain et jusqu’à la fin ; nous avons nous la responsabilité de sanctifier, avec le Christ bien sûr, cette histoire, puisque nous sommes divinisés à partir du baptême ; nous appartenons à Dieu, nous goûtons de sa divinité et nous pouvons frapper à sa porte pour que l’humanité entière soit sauvée, soit guérie, voie ses plaies apaisées, ses souffrances diminuées ; c’est notre responsabilité de chrétiens pour l’humanité entière. Nous fêterons Noël dans quelques jours, la Nativité du Christ ; nous célèbrerons cette fête dans la joie, bien sûr, puisque le salut nous est donné mais n’oublions pas que le salut nous est donné au travers de la pauvreté dans laquelle le Christ vient habiter, de la misère dans laquelle le Christ vient habiter, des conséquences du péché dans lesquelles le Christ vient habiter ; c’est cela le salut car lorsque Jésus naît, il naît dans la pauvreté totale, dans la fragilité totale ; ce n’est pas quelques bergers puis plus tard quelques mages qui rendent l’évènement extraordinaire c’est Lui qui rend l’évènement extraordinaire en venant participer à notre vie, à nos souffrances jusqu’à la mort et la mort sur la croix pour nous dire qu’Il nous aime et qu’Il nous sauve de cette façon-là et qu’Il nous ouvre les portes de son coeur totalement : nous pouvons nous y plonger à chaque fois que nécessaire lorsque nous errons, lorsque nous sommes effrayés, lorsque nous avons peur de la situation dans laquelle nous nous trouvons, dans laquelle nous souffrons ; plongeons-nous dans le coeur du Christ, dans ce coeur d’amour qui n’a de cesse de déverser comme un torrent de miséricorde pour chacun d’entre nous. Voilà ce que l’on peut dire – et on pourrait dire encore beaucoup d’autres choses de cette généalogie qui paraît un peu bizarre, elle est un peu lassante même cet généalogie : on répète des noms, des noms, des noms ; on n’en connaît qu’une partie et encore ; mais il y a quelque chose derrière, c’est cela qu’il faut découvrir ; ce qu’il faut découvrir c’est l’amour de Dieu qui mène son peuple jusqu’à l’arrivée du Christ, qui le prépare, qui l’éduque ; c’étaient des barbares pour la plupart mais est-ce que nous sommes mieux aujourd'hui ? Je pense qu’il y a encore pas mal de barbares sur la terre mais Dieu est toujours là pour nous éduquer, nous éveiller, nous encourager, nous illuminer, nous tendre la main. Que cette main tendue nous la prenions tous pour tous les hommes de la terre et que nous ne la quittions pas.

Amen

Foi Mère de Dieu

18/8/2019 Mt XIV, 22-34

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
L’histoire qui nous est rapportée dans ce passage évangélique est sans aucun doute un enseignement pour chacun d’entre nous par rapport à ce qu’est la foi. En effet, lorsque Jésus, marchant sur les eaux, apparait aux apôtres, leur premier réflexe n’est pas de croire que c’est Lui mais ils ont peur, ils ont peur que ce soit un fantôme. St Pierre lui-même aura un doute puisqu’il mettra une condition au Seigneur : « Si c’est Toi, si c’est bien Toi alors ordonne que je marche sur les eaux ». Et le Seigneur va l’éprouver, il va lui montrer qu’il ne suffit pas de mettre des conditions pour avoir la foi et que c’est une grâce que l’on doit demander avant tout à Dieu. En effet, Pierre, sur la proposition du Christ se met à marcher sur les eaux mais il est repris par le doute car sa foi n’est pas assez vive puisqu’il a mis une condition à Jésus pour croire et il arrive ce que nous avons entendu : au bout d’un moment, Pierre a peur et commence à couler dans l’eau. Au demeurant, il a ce réflexe – bon réflexe – de crier vers le Christ et de Lui dire : « Sauve-moi ». Et Jésus le sauve non sans lui avoir dit qu’il était un homme de peu de foi. Alors, voyez-vous, cet épisode marquant, nous ramène à nous-même : est-ce que comme Pierre nous avons la foi à condition que Dieu nous montre quelque chose qui nous encourage, qui nous fasse ne plus douter ou avons-nous une foi pure sans condition – car une foi avec une condition n’est pas une vraie foi. Chacun devra répondre à cette question devant Dieu. Il est évident que, je pense, pour chacun d’entre nous, il y a des moments où nous avons une foi vive, claire, forte, conséquente et, à d’autres moments, comme Pierre nous voudrions bien croire mais è condition que … Dieu se manifeste. C’est un réflexe de notre nature humaine, il y a donc une certaine logique par rapport à la nature déchue que nous avons mais ce n’est pas la véritable attitude. Il faudrait, avec la grâce du Seigneur, il faudrait que nous nous entraînions à croire véritablement sans condition. Ce n’est pas facile mais nous venons de fêter, nous fêtons encore, la Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu qui elle a cru sans douter et pourtant ce que lui disait malgré ce que lui avait dit l’Archange Gabriel ; l’évènement aux pieds de la croix pouvait laisser dans son coeur un doute par rapport à ce qu’elle avait entendu au début et ce qu’elle voyait à la fin mais elle est restée debout, c'est-à-dire dans la foi par rapport au Christ qui avait enseigné ses apôtres, elle-même et ceux qui l’entouraient en leur disant bien qu’Il ressusciterait au troisième jour. La seule qui n’a pas douté c’est elle ; tous les apôtres ont douté : à Getsemani tout le monde est parti ; ils ont tous laissé le Christ seul, arrêté, ils avaient peur ; nous aurions probablement fait la même chose ; mais la Mère de Dieu, elle, n’a pas douté. C’est pour cette raison – comme je l’ai dit le jour de la fête - qu’elle doit être pour nous une référence, une étoile qui brille haut dans le ciel, très haut, aussi haut que son Fils et que nous pouvons regarder lorsque nous sommes troublés, nous avons un doute, nous sommes inquiets, angoissés ; nous pouvons nous tourner vers elle et lui dire d’intercéder auprès de son Fils pour que notre foi soit réveillée, rallumée, réactivée, qu’elle devienne un sentiment fort qui nous laisse debout et non pas écrasé. Nous avons souvent à être confrontés à des épreuves, bien sûr, à des moments difficiles, des choses désagréables que nous n’aimons pas mais il faut alors nous tourner vers la Mère de Dieu ; elle aussi elle a eu des moments désagréables mais elle a cru ; il nous faut nous tourner vers elle pour demander une part de sa foi, qu’elle nous rende plus solide, plus ferme dans notre foi et que nous puissions ainsi poursuivre notre route comme les apôtres l’ont poursuivie. Ils ont eu du mal à croire – on en a la preuve aujourd'hui de ce passage mais il y a encore bien d’autres passages où nous voyons que les apôtres ont des doutes. Au demeurant, aux pieds de la croix, l’un d’entre eux était là aussi debout, St Jean. Et comme les autres il avait douté, il s’était même enfui de Getsemani mais il s’était quand même arrangé pour être près du lieu où la Christ allait être jugé, Pierre était là aussi d’ailleurs ; il a suivi le Christ dans sa Passion jusqu’au moment où, avec la Mère de Dieu, il est debout aux pieds de la Croix. Ce qui veut dire que c’est possible, c’est possible pour la Mère de Dieu et c’est possible pour St Jean qui était comme nous, un pécheur. Cela doit nous donner l’espérance, cette petite vertu à laquelle on ne pense pas souvent. Que Dieu, comme le Christ l’a fait à St Pierre, nous tende la main et nous mette debout là où nous avons tendance à nous effondrer.
Amen

Foi jeûne prière carême

7/4/2019 Mc IX, 17-31

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Ce récit de la guérison de ce jeune enfant est accompagné de tout un enseignement de la part du Seigneur Jésus, enseignement qu’Il donne au Père de l’enfant ainsi qu’à ses apôtres et tous ceux qui L’entouraient. Les apôtres n’ont pas réussi à expulser le démon qui envahissait cet enfant et essayait de le faire mourir. Jésus nous donne trois repères, trois points qui nous permettent de comprendre que tout est possible à condition, à condition tout d’abord d’avoir la foi : tout est possible, dit-Il, à celui qui a la foi ; le pouvoir c’est la foi. Nous qui avons souvent tendance à croire que nous pouvons agir avec pouvoir sur les autres, dans notre famille, dans notre société, dans notre travail, dans notre monastère, dans notre Eglise, nous n’avons pas entendu la Parole du Christ. Le pouvoir c’est la foi, ce n’est pas autre chose. Autrement dit la foi donne une autorité différente de la notion de pouvoir telle que nous l’avons habituellement dans nos esprits ; c’est instinctivement que nous cherchons à dominer l’autre par le pouvoir, ce n’est pas réservé aux hommes politiques ou aux grands hommes d’Eglise, tous nous sommes atteints par cette maladie d’une manière ou d’une autre à certains moments ; nous confondons le pouvoir et la foi ; le Seigneur est formel si bien que le père de cet enfant comprend ; il n’est pas dit qu’il était un juif pratiquant, on ne sait pas qui c’était mais il dit : « Je crois mais augmente ma foi » ; c'est-à-dire que la foi ce n’est pas quelque chose que l’on a reçu au moment du baptême et que l’on possède ; on ne dit pas j’ai la foi comme j’ai une « mercédès » ou une « jaguar », ce n’est pas la même chose : la foi c’est une grâce de Dieu et c’est une grâce qui est en permanence dans un dynamisme si nous demandons à l’Esprit-Saint de venir nourrir cette foi, la faire grandir, la faire dominer notre être profond, l’animer. Et puis Jésus, aux apôtres étonnés de ne pas avoir pu chasser ce démon, leur dit : « Pour chasser ce démon il faut pour cela prier et jeûner alors ce n’est pas pour rien que cet Evangile est lu en pleine deuxième partie du carême où nous essayons de prier et de jeûner ; les apôtres certainement avaient une tradition de jeûne et de prière d’autant plus qu’ils étaient près du Seigneur mais avaient-ils jeûner et prier avant de penser qu’ils avaient le pouvoir d’exorciser ce garçon ? Ce n’est pas dit et comme le Seigneur leur fait la leçon on peut le supposer mais cette leçon elle s’adresse aussi à nous-mêmes : si nous voulons que le démon cesse de nous attaquer – et pendant cette période, il aime bien nous attaquer, plus on s’avance vers Pâques puis il nous attaque, nous décourage surtout, nous entraîne à désespérer ou avoir des attitudes qui ne sont pas des attitudes chrétiennes ; et pourtant nous sommes dans une période de jeûne et de prière plus intense ; alors la question est de savoir ce que nous faisons de ce temps qui nous est offert et de ce jeûne qui nous est offert, non seulement le jeûne alimentaire, toutes sortes de jeûne. Est-ce que dans notre prière nous essayons – je ne dis pas que nous réussissons parfaitement – mais est-ce que nous essayons d’être dans les mots que nous disons, les phrases que nous prononçons, sinon à quoi bon ? Nous rabâchons mais nous ne prions pas ; il faut que ce soit notre coeur et notre âme qui s’unissent à tout notre être pour que la prière soit une véritable prière, une prière d’action de grâce ou une prière de supplication. St Jean Climaque dont nous faisons mémoire aujourd'hui – ce n’est pas sa fête mais traditionnellement on le cite comme étant le premier pour ce dimanche après le Christ - St Jean Climaque nous a offert des écrits qui s’adressent plus spécifiquement aux moines mais que l’on peut lire aussi et interpréter même si l’on n’est pas moine ; c’est un écrit qui s’appelle « l’Echelle sainte » c’est pour cela que l’on appelle St Jean St Jean Climaque – le mot climacus voulant dire échelle - et il nous propose des degrés comme si nous devions monter sur des barreaux d’échelle au fur et à mesure ; je dois dire que quand on lit ce texte – nous le lisons actuellement tous les midis – quelque fois c’est un peu effrayant parce qu'on se dit : « Mais ce n’est pas possible, cela je n’y arriverai pas » et plus on lit plus on se dit : non je n’y arriverai pas mais bien sûr que l’on n’y arrivera pas si on n’a pas l’idée de demander le secours de Dieu, si on pense que c’est par nous-même que nous allons gravir les barreaux de l’échelle, alors là dès le premier échelon, cela casse, ce n’est pas la peine d’essayer d’aller plus loin si on ne met pas Dieu en activité dans notre profonde conviction d’ascèse ; alors oui, c’est difficile : tout ce que dit St Jean Climaque est très exigeant, très difficile ; lui-même s’est appliqué cette règle et il reconnaît lui-même à certains moments qu’il n’y arrive pas toujours ce qui veut dire que St Jean Climaque avait non seulement la notion de ce que l’on doit faire dans la vie spirituelle, dans la vie ascétique mais il avait aussi l’humilité de reconnaître que ce n’était pas toujours facile et quelque fois même pas possible.
Alors il faut peut-être ajouter à ce bel Evangile une autre leçon par la voix de St Jean Climaque : l’exigence ascétique ne peut être vécue que par l’humilité et la supplication vers le Seigneur.
Lorsque j’étais tout jeune novice, à 23 ans, j’étais dans l’erreur de penser que j’avais des ailes qui poussaient déjà derrière mon dos, je croyais que je m’élevais déjà vers les hauteurs parce que Dieu donnait des grâces – il donne toujours des grâces au débutant - mais très vitre mes ailes sont tombées et moi avec et j’étais désespéré : mon orgueil était atteint cela c’est sûr et je n’avais pas compris qu’il fallait aller puiser dans l’humilité alors c’est mon père spirituel qui me l’a expliqué : il a dû me l’expliquer de nombreuses fois et aujourd'hui je peux vous dire qu’à l’âge que j’ai j’ai l’impression que ce n’est pas encore tout à fait rentré mais j’en ai le désir et ce désir suscite la prière et si on va vers la prière on va vers Dieu et si on va vers Dieu alors ca va bouger ; peut-être qu’on ne verra rien du tout et qu’on aura même l’impression de régresser, tout simplement parce qu'on découvrira progressivement ce que le Seigneur nous montre en levant le voile qui couvre nos incapacités : Il n’enlève pas le voile d’un coup, nous en mourrions ; Il soulève le voile tout doucement pour que nous regardions ce qu’il y a en nous dans notre coeur et dans notre âme qui est à corriger mais qui est à corriger non pas par notre volonté seule, mais avec son aide, avec la foi, avec le jeûne et la prière.
Alors je pense que ce temps du carême qui est un temps fort de l’année – peut-être un des plus grands, des plus forts - même si nous constatons que nous n’arrivons pas à grand-chose, même si nous avons l’impression de régresser, ne soyons pas découragés parce que cela c’est l’attaque du démon le découragement : il veut nous dire que ce n’est pas la peine que nous fassions des efforts puisque nous n’arrivons à rien, laissez tout ; c’est une tentation classique ; mais non, ne nous laissons pas avoir par cette tentation mais tournons-nous vers le Seigneur avec humilité en reconnaissant « Oui, oui, c’est moi qui n’arrive pas à ceci, à cela : je ne sais pas obéir, je ne sais pas jeûner, je ne sais pas prier, etc., etc. mais c’est moi qui viens vers Toi qui as dit : venez vers Moi vous tous qui peinez ; Je suis venu pour les pécheurs, pas pour les justes » ; alors on peut aller vers le Seigneur, on peut s’approcher du Seigneur ; on peut comme l’hémorroïsse toucher un bout de son vêtement ; pour nous ce bout de vêtement c’est l’Eucharistie : nous recevons le Seigneur en nous, c’est encore plus grand que de toucher le vêtement : Il vient en nous dans un tabernacle qui n’est pas forcément doré, argenté, travaillé superbement car le tabernacle que nous sommes est souvent avec un peu de poussière, il y a du ménage à faire mais le Seigneur vient quand même parce qu'Il est parfaitement humble : Il l’a dit « Je suis doux et humble de coeur » et c’est dans cette humilité et cette douceur qu’Il ose venir en nous dans ce tabernacle humain que nous représentons qu’Il a choisi pour venir en nous, pour nous mettre debout dans sa lumière, pour nous aider à avancer et Il le fait avec douceur. Alors soyons dans la reconnaissance, soyons dans l’action de grâce, soyons aussi dans l’humilité et la demande humble de la grâce et soyons certains, par la foi, par la foi, que nous pouvons gagner sur le démon, plus exactement que le Christ a déjà gagné sur le démon.
Amen

Foi jeûne et évangile

25/8/2019 Mt XVII, 14-23

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Vous l’avez sans doute remarqué, le Christ face à cet homme et à cet enfant possédé a une réaction de colère : « Jusques à quand serais-je parmi vous, engeance incrédule ? » C’est à ses apôtres qu’Il s’adresse par ces mots. En effet les apôtres – nous le verrons plus tard – n’avaient pas su guérir ce malade, ils n’ont pas su chasser ce démon et le Seigneur insiste sur la nécessité d’avoir la foi puis il ajoutera : « Ce genre de démon ne se chasse et ne se vainc que par le jeûne et la prière ». Autrement dit cette péricope évangélique peut se résumer à trois mots la foi, le jeûne et la prière. Bien sûr nous entendons souvent dans les Evangiles qu’il est question de foi ; très souvent le Seigneur Jésus demande à ceux qui veulent être guéris : « Crois-tu ? » ; c’est la première question et ensuite souvent Il leur demande « Veux-tu ? » puisqu’Il nous veut libre mais d’abord « Crois-tu ? ». En effet ce que le Seigneur offre aux hommes en guérissant les uns et les autres, ce n’est pas un acte de magie, c’est la conséquence d’un acte de foi ; nous avons beaucoup d’exemples dans l’Evangile, en particulier celui du centurion qui s’approche du Seigneur : il n’était pas juif, il était Romain, il savait que le Seigneur était un thaumaturge et lorsqu'il lui demande de guérir celui qui est dans sa maison, le Seigneur lui demande : « Crois-tu ? ». Il aurait pu répondre « non » - il était Romain, en principe les Romains adoraient tout sauf Dieu ; mais il répond : « Oui Seigneur je crois mais augmente ma foi » ; c’est une belle réponse, c’est une réponse que nous devons retenir pour nous-même. Les apôtres n’ont pas eu suffisamment de foi pour chasser ce démon ; s’ils avaient véritablement prié et jeûné, disant au Seigneur : « Oui, nous croyons mais augmente notre foi » ; car demander au Seigneur d’augmenter notre foi c’est un acte de foi aussi : notre foi n’est jamais parfaite ; elle est en mouvement, elle en chemin, elle est en dynamisme ; nous devons solliciter le Seigneur à chaque fois que nécessaire pour que notre foi grandisse et que s’accomplisse la volonté de Dieu sur chacun d’entre nous. Est-ce que – c’est une simple question parmi beaucoup d’autres que l’on peut se poser – est-ce que lorsque nous faisons le signe de la croix sur nous, nous pensons que, par la croix, le Seigneur nous a sauvés ou bien faisons-nous les choses par habitude ? ; le Père Sophrony, de sainte mémoire nous disait toujours que le signe de la croix, nous ne pouvons pas le faire n’importe comment, pas rapidement comme cela, non, il disait : « Prenez votre temps et bénissez tout votre être par le signe de la croix qui est le signe du salut » ; mais à condition de croire dans ce que nous faisons, que notre cœur et notre intellect soient dirigés vers le Seigneur Jésus mort sur la croix et ressuscité pour nous. Les apôtres avaient déjà assisté à plusieurs miracles du Seigneur ; le Seigneur les enseignait tous les jours – nous en avons trace dans les Evangiles – mais Il leur a dit beaucoup plus de choses que ce qui est écrit dans les Evangiles. Et pourtant ce jour-là, ils n’ont pas su chasser le démon et le Seigneur leur fera le reproche : « Vous n’avez pas assez de foi, vous ne croyez pas ; vous écoutez ma Parole mais vous ne croyez pas ». Parce qu'on peut lire l’Evangile toute sa vie ; beaucoup de gens ont lu l’Evangile ; on dit que la Bible est le livre le plus lu dans le monde ; mais croit-on dans ce qu’on lit ? Si de si nombreuses personnes lisent la Bible alors le monde devrait être autrement ; c’est la preuve qu’on lit la Bible comme un texte sympathique, agréable, intéressant qui peut donner des repères pour la vie mais cela s’arrête là. Et nous d’ailleurs, qu'est-ce que nous faisons en lisant la Parole du Christ ? Il n’est pas facile de croire ; nous avons tous à certains moments des idées de doute mais ce qui doit réveiller notre foi c’est la Parole du Christ ; lorsque nous la lisons dans l’Evangile, elle doit réveiller notre coeur et notre foi, nous donner envie d’aller au-delà de ce que nous lisons, d’en vivre et pour ce faire nous avons comme une envie de prier et la prière va venir doucement, peut-être très simplement, peu importe ; le Seigneur ne comptabilise pas nos prières, ni leur longueur ; ce qui L’intéresse c’est la qualité de la prière qui jaillit du coeur de l’être ; c’est cela qui est important, peut-être était-cela que les apôtres n’avaient pas suffisamment compris ? Et puis Il leur parle du jeûne aussi qui est nécessaire à certains moments pour montrer que ce qui nous intéresse c’est d’être nourri de la Parole de Dieu plus que de la nourriture terrestre ; c’est encore un acte de foi. Alors voyez-vous au travers de cet Evangile que nous connaissons bien, bien sûr, et plus nous vieillissons et plus nous avons l’impression de l’avoir lu des centaines de fois mais si on le relit sans cesse, si l’Eglise nous propose cette relecture, c’est justement pour réveiller notre foi, pour la remettre dur les rails, comme l’on dit, pour que nous avancions dans l’abandon entre les mains du Christ quelle que soit la situation que nous vivons. Il y a des situations difficiles, des situations personnelles, des situations familiales, sociales et des situations ecclésiales évidemment, et alors, et alors où est le problème ? Est-ce que j’ai la foi ? Voilà le problème, voilà la question et voilà la réponse. Si nous commençons à cogiter intellectuellement sur nos interrogations, nous savons déjà le résultat : on n’ira pas loin mais si nous nous prosternons aux pieds du Christ, aux pieds de Dieu comme cet homme en croyant que le Christ, le Dieu peut tout : Il peut chasser les démons ; en ce moment les démons attaquent, attaquent les Eglises, notre Eglise ; n’oublions pas qu’il s’appelle le diable, diabolos, celui qui sépare, qui coupe, qui écarte, qui détruit mais si nous avons la foi, le démon est obligé de s’enfuir ; un seul signe de la croix suffit pour qu’il parte ; il faut que nous le croyons, il faut que nous en vivions ; et pour ce faire, sans aucun doute, comme le dit le Seigneur à ses apôtres, la prière et le jeûne seront utiles, plus que les cogitations intellectuelles, plus ou moins intelligentes. Alors que le Seigneur nous permette de voir notre foi grandir, à condition que nous le demandions.
Nous fêtons la translation des reliques de St Barthelemy, nous fêtons St Tite, nous fêtons les saints tous les jours. Prions les Saints et les Saintes. Pourquoi sont-ils Saints et Saintes ? Parce qu'ils étaient parfaits ? Non, aucun n’a été parfait lorsqu'ils avaient la foi : ils avaient la foi et ils priaient et ils pleuraient et ils s’agenouillaient devant le Seigneur et ils recommençaient jusqu’à la fin de leur vie. Alors que ces saints et ces saintes soient pour nous un réconfort, d’une part, un moyen d’intercession d’autre part, un modèle, des phares ; qu’ils nous illuminent et qu’ils nous donnent le goût de la sainteté, c'est-à-dire le goût de vivre notre foi.
Amen

Foi humilité

14/7/2019 Mt VIII, 5-13

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
La guérison que Jésus offre au serviteur de ce centurion nous permet de recevoir un enseignement qui doit nous aider à avancer dans notre vie spirituelle. D’une part, nous constatons que le Seigneur Jésus applique sa miséricorde à tous ceux qui le Lui demande, pas uniquement aux fils d’Israël qui lui étaient confiés, mais aussi à tous ceux qui ont besoin de sa miséricorde. Le centurion était un occupant, c’était un romain. Au demeurant il aura entendu parler de la capacité du Christ à aimer jusqu’à guérir ; il ose s’adresser à Lui ; il s’adresse à Lui avec une grande foi et c’est ce qui va susciter dans le coeur de Jésus le désir de guérir son serviteur et aussi parallèlement de donner une leçon à ceux qui l’entourent car Il dira : « Même en Israël Je n’ai pas trouvé une aussi grande foi ». Cet homme était un païen et pourtant il avait compris dans son coeur que Jésus était quelqu'un de particulier, de spécifique qui venait pour annoncer le salut, qui venait pour procurer le salut, qui venait pour guérir tous ceux qui avaient besoin de guérison, que ce soit guérison de l’âme ou du corps. Oui, Jésus est dans l’admiration de la foi du centurion ; il lui dit : « Je ne suis pas digne que tu entres dans ma maison mais si tu dis seulement une parole mon serviteur sera guéri ». Alors pour nous quelle est la leçon ? C’est une leçon d’humilité car souvent nous demandons au Seigneur quelque guérison morale, physique ou spirituelle mais nous le faisons avec peut-être trop de certitude personnelle et non pas de foi. Nous le faisons peut-être avec foi mais sans humilité car ce qui frappe dans l’attitude du centurion c’est son humilité : « Je ne suis pas digne ». C’est là la leçon pour nous ; nous pouvons demander au Seigneur Jésus tout ce que nous voulons ; Il l’a dit : « Demandez, frappez, je vous ouvrirai. Venez à Moi, vous tous qui peinez, je vous soulagerai ». Il a dit toutes ces choses mais il faut que nous venions vers le Seigneur pour demander certes une guérison de quelque sorte qu’elle soit mais il faut que nous la demandions avec humilité en reconnaissant que nous ne sommes pas dignes d’être guéris mais que nous croyons malgré tout que le Christ peut tout, même chez l’indigne. En définitive, si nous avons le courage de nous regarder bien en face, nous verrons que nous sommes tous indignes par rapport au Christ ; nous avons tous commis des péchés, des fautes, nous sommes tombés dans des faiblesses et il faut que nous ayons le courage de dire au Seigneur : « Oui, c’est bien moi qui viens vers Toi malgré mon indignité. Je veux bien me laisser regarder dans mon indignité mais aussi, entend ma parole et guéris-moi ». Dans un psaume nous entendons : « Un pauvre a crié et Dieu l’a exaucé ». Le pauvre c’est le centurion, le pauvre c’est moi, le pauvre c’est vous, le pauvre c’est l’humanité entière. Nous sommes pauvres parce que nous nous sommes appauvris nous-mêmes par nos fautes mais le Seigneur peut nous guérir si nous acceptons d’être regardés par Lui dans la vérité profonde de notre être, dans notre incapacité d’aimer, dans notre incapacité d’être humbles, dans notre incapacité à suivre ses commandements. Mais si nous le reconnaissons, si devant Lui nous disons : « Oui c’est bien moi, regardes-moi ; je n’ai pas peur que tu me regardes dans ma faiblesse parce que je sais que tu es miséricordieux, je sais que tu peux me guérir de toutes ces faiblesses, plus particulièrement de celle que je te demande aujourd'hui de guérir ». Alors oui, soyons dans une grande foi, comme celle du centurion mais accompagnons notre foi d’humilité profonde, soyons simples, soyons vrais, soyons transparents devant le Christ pour que Lui, reconnaissant cette transparence, cette vérité en nous, cette faiblesse qui nous accable, nous en guérisse et nous exauce par rapport à notre demande.
Amen

Foi dans les miracles

4/8/2019 Mt IX, 27-35

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Nous venons d’entendre le récit du miracle qu’accomplit le Seigneur auprès des deux aveugles et de celui qui était muet et possédé. Nous sommes habitués, dans la lecture de l‘Evangile à contempler les miracles du Christ, peut-être sommes-nous trop habitués au point que cela résonne un peu moins fortement dans nos cœurs et pourtant ces évènements sont d’une importance capitale. Déjà au moment où ils se sont produits ; pour ces deux aveugles et ce muet possédé la guérison qui est survenue par la grâce du Christ et sa miséricorde a été fondamentale, quelque chose qui a bouleversé leur vie ; on peut l’imaginer facilement : lorsqu'on est aveugle on est coupé d’une grande partie de la réalité de la vie, la relation à l’autre est difficile, la vie est compliquée ; c’est une infirmité terrible, aussi terrible que celle qui accablait celui qui était muet : la communication est coupée et le Seigneur Jésus dans sa miséricorde a donné la possibilité à ces trois hommes de retrouver une vie et une relation normales comme celles des autres. Ils seront bouleversés sans aucun doute par ce miracle au point que malgré l’interdiction, les deux aveugles vont témoigner de ce miracle. Alors on peut se demander pourquoi ils ont désobéi ; ce n’est pas vraiment une désobéissance : vous savez bien que lorsqu'on reçoit quelque chose d’extraordinaire, une nouvelle qui nous touche, qui nous bouleverse, qui change notre vie, on n’a qu’une envie c’est d’en parler aux autres, de le dire pour partager la foi, pour vivre dans cette joie profonde qui nous a été donnée et c’est ce qui s’est passé pour les deux aveugles et certainement aussi pour le muet. Les uns et l’autre ont retrouvé la joie de vivre mais il y avait derrière quelque chose d’encore plus important, c’est leur foi ; parce que ce que nous avons entendu de la part du Christ et de la part des aveugles en particulier est une clé pour notre vie à nous. Certes, nous ne sommes pas aveugles physiquement, nous ne sommes pas muets physiquement mais notre coeur et notre âme, à certains moments au moins, ne sont-ils pas aveuglés par le péché, par la faute, par l’égoïsme, par l’orgueil ou bien muet parce que ne sachant plus donner les bonnes paroles qui consolent, qui témoignent de notre amour. Alors pour nous c’est important aussi parce que nous nous apercevons, si nous sommes attentifs, à ce qui a été lu que le Christ entend d’abord les aveugles crier : « Fils de David, sauves-nous » ; ils ne peuvent pas crier ainsi s’ils n’ont pas la foi ; ils ont entendu parler du Christ, certes, comme thaumaturge mais cela ne suffit pas, ils ont la foi : ils savent que le Christ peut les guérir et ils sont tenaces dans leur foi parce que, si nous sommes attentifs, nous voyons que le Christ a cheminé pour aller dans sa maison et c’est seulement arrivé dans la maison qu’Il a questionné les aveugles qui L’ont suivi – on peut même dire qu’ils L’ont poursuivi. Et là Il leur a demandé : « Est-ce que vous croyez que c’est possible et leur réponse a été « Oui, Tu le peux » ; c’est l’expression de leur foi qui se manifeste à ce moment-là et c’est à cause de cette foi que le miracle s’accomplit. Le Seigneur aurait pu les guérir indépendamment de leurs cris. Il pouvait le faire et Il l’a certainement fait vis-à-vis de l’un ou l’autre mais là il y a une manifestation forte de la foi de ces trois hommes qui veulent être guéris et qui savent par la foi que c’est possible. Alors le miracle effectivement s’accomplit et chez lez aveugles et chez le possédé muet. La question pour nous est – puisque l’Evangile c’est la Bonne Nouvelle pour nous – que signifie cette Bonne Nouvelle ? C’est que si nous avons la foi nous pouvons obtenir de Dieu quelque chose qui nous dépasse que l’on appelle le miracle. Nous avons souvent besoin du secours de Dieu. Nous ne pourrions pas vivre sans le secours de Dieu mais il y a des moments plus douloureux, des épreuves dans lesquelles nous passons où véritablement nous ne savons plus comment nous en sortir. Mais est-ce qu’à ce moment-là nous avons le réfléxe
Amen

Dire oui Abandon

24/11/2019 Lc XXI, 12-19
A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Dans le second Evangile que nous avons lu, à l’occasion de la fête des martyrs St Mercure et Sainte Catherine, nous avons entendu le Seigneur donner des conseils à ceux qui l’entouraient, particulièrement ses apôtres, et ces conseils peuvent se résumer en quelques mots : « Ne vous inquiétez pas de ce que vous aurez à dire, ne vous inquiétez pas et soyez fermes ». ; c’est évidemment un conseil dont Il explique tout le sens par rapport aux diverses persécutions et autres difficultés que pourront subir ceux qui L’entourent à ce moment-là. Mais cet Evangile s’adresse aussi à nous aujourd'hui et la question que nous devons nous poser c’est quel est le sens de cet Evangile pour moi aujourd'hui dans ma vie ? Qu'est-ce que cela veut dire ? Tout d’abord, retenons cette phrase : « Ne vous inquiétez pas de ce que vous aurez à dire pour votre défense ». Certes, peu d’entre nous, ont subi le martyre au sens strict du terme mais beaucoup sur cette terre subissent encore le martyre au nom du Christ ; le mot « martyr » en grec signifie « être témoin » mais être témoin de quoi, plus exactement de qui ? Etre témoin de Dieu, de l’amour de Dieu, de l’amour que Dieu nous porte et de l’amour que nous voulons porter à Dieu ; c’est cela être martyr : être un témoin de cet amour. Quant à ce que nous aurons à dire si nous subissons quelques affrontements, peut-être pas jusqu’au martyre du sang mais il y a toutes sortes de martyres : il y a les petits martyres quotidiens qui surgissent dans notre vie ordinaire, les souffrances que nous ressentons face à telle ou telle opposition, tel ou tel désaccord avec notre mode de pensées et puis il y a des martyres un peu plus conséquents. Je pense à un Saint que nous vénérons beaucoup : St Nectaire d’Egine ; il fut, à sa façon un martyr de l’Eglise, de son Eglise qui l’a rejeté par méchanceté, par médisance, qui l’a critiqué et il a été toute sa vie déplacé d’endroits en endroits où il essayait de vivre ce que le Seigneur lui enseignait, l’amour de Dieu, où il essayait de montrer aux autres l’importance de l’amour de Dieu et, à chaque fois, il était déplacé, rejeté, méprisé ; son serviteur lui disait : « mais défends-toi, écris au Patriarche d’Alexandrie » - qui était alors à l’origine indirectement de cette situation mais Saint Nectaire répondait : « Non, non, laisse faire Dieu » et il sous-entendait par là : « Laisse-moi dire ce que Dieu m’inspire ». Qu'est-ce que Dieu lui inspirait ? « Oui, oui j’accepte, j’accepte de souffrir même de mon Eglise ; j’accepte d’être confronté au mal, j’accepte cette souffrance et je la vis en l’offrant pour le salut du monde ». Il n’est bien sûr pas le seul des saints que nous pouvons citer mais il est un type de sainteté très particulier que nous connaissons bien et qui correspond bien aussi à cet Evangile que nous venons d’entendre. « Ne vous occupez pas de ce que vous aurez à dire ». Saint Nectaire ne répond rien sinon « Oui » à Dieu. C’est ce oui à Dieu qui est si difficile pour chacun d’entre nous, pour moi, comme pour vous ; à certains moments nous voulons bien dire oui à Dieu mais à condition que …, nous voulons toujours mettre des conditions ; dire oui à Dieu sans condition, c’est beaucoup plus difficile ; sans la grâce de Dieu, cela est impossible. Nous avons plusieurs exemples, déjà dans l’Ancien Testament et dans le Nouveau aussi, de personnages qui ont dit oui à Dieu, un oui total, sans condition. Je parlerai d’abord d’Abraham à qui Dieu dit « Va où je te montrerai » ; Il ne lui dit pas : « Va là-bas », Il dit « Va où je te montrerai, c'est-à-dire dans le futur je te montrerai au fur et à mesure là où tu dois aller ; c’était un abandon total dans la part d’Abraham de dire oui au Seigneur et de conduire son peuple là où Dieu avait décidé. Le prophète Moïse est dans la même situation et puis Marie, la Mère de Dieu dira oui à l’Archange sans condition ; elle acceptera, oui, d’être témoin de l’amour de Dieu qu’elle connait et de cet amour qu’elle veut lui donner ; à sa manière elle sera une martyre car on la retrouve aux pieds de la croix là où son Fils est le martyr des martyrs et elle subit dans sa sensibilité de mère, de femme la souffrance de son Fils qui est indicible et elle accepte, elle reste debout aux pieds de la Croix pour montrer que son oui se poursuit. Pour nous, il n’est pas facile quelque fois de dire oui et pourtant c’est la seule voie qui soit la vraie voie : dire oui à Dieu. J’ai entendu de nombreuses fois de jeunes garçons ou des jeunes filles, adolescents, qui disaient : « Je pense que je devrais devenir moine ou moniale » et qui étaient prêts à dire oui et puis, progressivement, se laissaient gagner par les tentations du démon probablement et s’éloignaient de se oui pour vivre autre chose. Il y a des moments où nous sommes dans l’interrogation : « Qu'est-ce que je dois faire » ? Est-ce que je dois répondre oui à tel évènement et bien tant que la foi n’est pas atteinte, nous pouvons toujours dire oui. Si la foi est atteinte alors nous devons rester fidèles à Dieu, dire non à nos ennemis et oui à Dieu.
Ce récit que nous avons entendu n’est pas une histoire ancienne, c’est aussi une histoire d’aujourd'hui ; à chacun d’entre nous de trouver là où il se situe, dans son histoire personnelle comment être amené à dire oui alors que l’on a envie de dire non, non, je n’ai pas envie, je n’ai pas la force mais le problème n’est pas là : il n’est pas question d’avoir envie ou d’avoir de la force, il est question de dire oui à Dieu par rapport à une proposition divine qui passe par un être humain, par l’Eglise, par l’évêque, peu importe ; nous n’avons pas envie et alors ? Croyez-vous que le Christ avait envie de monter sur la croix ? Pourtant Il a dit oui au Père non sans avoir pleuré et son oui est un oui qui sauve l’humanité. Je n’ai pas la force de dire oui mais il ne s’agit pas de notre force, il s’agit de la force de Dieu, c’est Lui qui donne la force, par sa grâce par l’Esprit-Saint alors il faut le prier pour demander la force de pouvoir dire oui dans la situation ou nous nous trouvons. Et lorsque nous disons oui, une grande paix intérieure vient en nous ; au-delà de la souffrance, au travers de la souffrance il y a une paix qui est la paix de Dieu, qui est le signal de Dieu qui vient nous dire : « J’accueille ta réponse pleinement et je te donne la force de la vivre ».
Alors voyez-vous cet Evangile que nous lisons dans tous les cas où nous faisons mémoire des martyrs, il est important pour nous aussi ; peut-être ne serons-nous jamais des martyrs du sang mais des petits martyrs, oui, des petits témoins ; nous sommes appelés à être de petits témoins, quelque fois même des grands témoins comme St Nectaire, entre autres. N’ayons pas peur. Le Christ le dit : « N’ayez pas peur », « ne vous inquiétez pas de ce que vous aurez à dire » parce que la réponse, elle est simple, c’est oui ; il n’y a pas à s’inquiéter, c’est oui du moment que la foi n’est pas touchée et atteinte et c’est cela qui est extraordinaire : c’est que nous connaissons la réponse à l’avance et qu’il nous faut la force de Dieu, la grâce de Dieu pour pouvoir prononcer ce oui qui nous permettra d’avancer là où Dieu nous veut, pas là où nous voudrions être mais là où Dieu nous veut. Dieu est toujours là vous savez pour nous aider à répondre oui. Je pense que, il y a 50 ans, je n’aurai jamais pensé fonder un monastère et même j’aurais dû quand mon Père spirituel me l’a proposé dire non. Je peux vous dire, par expérience – ce n’est pas pour me vanter parce que cela n’a aucun intérêt puisque tout vient de Dieu et pas de moi - mais lorsque j’ai entendu cette proposition : « Tu pourrais peut-être fonder un monastère », à l’intérieur de moi j’ai senti que le oui commençait à naître et qu’une grande paix naissait également dans mon cœur, c’était Dieu qui répondait, c’était Dieu qui me donnait la réponse et pourtant le programme que m’a donné le St Père Sophrony n’était pas si facile : il m’avait dit que c’était impossible à faire mais de le faire, que cela ne se faisait que dans le sang et dans les larmes ; oui, il fallait dire oui ; tout seul je n’aurais pas pu dire oui et même la logique humaine m’aurait entraîné à dire non, c’est impossible : je ne peux pas, je ne suis pas un aventurier, je n’aime pas l’aventure et pourtant Dieu m’a permis, par sa grâce, par sa force, d’ouvrir la bouche pour dire oui. Pour chacun d’entre nous nous pourrions citer des exemples identiques qui que nous soyons et quelle que soit la situation où nous avons été amenés déjà à dire oui alors que nous aurions dû dire non. Alors n’ayons pas peur, n’ayons pas peur puisque le Seigneur nous le dit, n’ayons pas peur : il nous sera donné de donner la bonne réponse si vous la demandez au Père des cieux, c’est Lui qui va déclencher la bonne réponse. Que Dieu nous donne à chacun d’entre nous non seulement de dire oui une fois, deux fois dix fois, mille fois mais de maintenir notre oui : ne pas dire oui un jour et puis après dire non notre oui ; le oui doit durer jusqu’à la fin, jusqu’à la tombe, c’est cela, en définitive, être chrétien ; et pour citer encore le St Père Sophrony : il nous disait, on ne vit pas en chrétien, on meurt en chrétien parce que c’est à la fin de la vie que le oui s’accomplit dans sa plénitude, dans sa grandeur, dans son ampleur, sa valeur aux yeux de Dieu. « Oui j’accepte d’aller vers Toi et d’abandonner tout pour recevoir la plénitude de l’amour ; donc soyons confiants, soyons priant, n’ayons pas peur, et à chaque fois que le Seigneur nous propose de dire oui, guettons cette occasion, ne la laissons pas passer, une occasion de bonheur, de joie et de paix.

Amen

Désir du festin

15/12/2019 Lc XIV, 16-24
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Approchez, approchez …, c’est ce que vous entendrez tout à l’heure au moment où le prêtre sortira avec le Calice pour vous offrir le Corps et le Sang du Christ ; venez, approchez. C’est ce que la Parole nous enseigne aujourd'hui au travers de cette histoire, cette parabole que le Christ raconte à ceux qui L’entourent pour leur faire comprendre quelque chose d’important comme à chaque fois qu’Il parle par parabole ; approchez, venez. Il n’a pas sélectionné ceux qui devaient s’approcher ; Il a simplement dit à tous : « Venez » ; le premier problème qui surgit c’est que plusieurs d’entre ceux qui sont invités s’excusent car ils ont tous une raison pour ne pas s’approcher, pour ne pas entrer dans la maison du festin ; ils ont une raison qui humainement s’explique mais en fait cette raison est dictée par l’égoïsme : « J’ai d’abord quelque chose à faire, oui, je veux bien mais j’ai quelque chose à faire, moi », autrement dit ce n’est pas ton invitation qui m’intéresse, c’est moi dans ce que je dois faire : j’ai un champ, j’ai des bœufs, etc, etc … Et là nous pouvons peut-être nous reconnaître au moins à un certain moment ; lorsque c’est l’heure de l’invitation, l’heure de la Liturgie, l’heure de la prière, l’heure de la rencontre avec le Seigneur qui est un festin, j’ai quelque chose à faire ; cela nous arrive à tous. Souvent quand je rentre dans ma cellule, au moment de la prière, j’ai quelque chose à faire, c’est curieux mais c’est comme ca, alors qu'est-ce que je fais ? Est-ce que je réponds à l’invitation : « Viens, viens dans le partage que je t’offre dans la prière » ou bien vais-je partager avec moi-même ce qui m’intéresse ? C’est tout le dilemme que nous avons ; entre oui, Seigneur et oui, mais … j’ai quelque chose à faire. Alors dans le récit de la parabole le maître du festin est fâché ; il n’est pas fâché de manière coléreuse, il est fâché parce qu'Il est triste ; Il a invité avec générosité, avec amour ; Il a invité à partager cet amour et puis on lui dit : « Oui mais excuse-moi, je ne peux pas ». Notre Dieu Lui aussi est triste lorsque c’est le moment de la rencontre avec Lui dans le festin qu’Il nous propose et que nous avons des raisons pour Lui dire : non, je ne peux pas même si on ne dit pas un non catégorique, c’est plutôt un oui, mais …, ce qui revient au même. Alors le maître de maison demande à ses serviteurs d’aller chercher tous ceux qui n’ont pas été invités mais qui sont dans la région, autour de la maison, du palais et qui sont des estropiés, des boiteux, des malades ; Il dit « Faites les rentrer dans mon palais, dans ma salle de festin » ; les serviteurs vont les chercher ; qui sont ces gens ? C’est nous, nous aussi dans un deuxième volet ; c’est nous les boiteux qui voulons bien avancer mais lentement, lentement ; c’est nous les estropiés, on dirait aujourd'hui les handicapés mais nous sommes tous des handicapés parce que le péché nous rend handicapés, parce que le non-amour nous rend handicapés, nous rend faibles mais le Seigneur invite quand même ceux qui sont handicapés, boiteux, malades ; et il se trouve qu’il reste encore de la place et le Seigneur dit : « Amenez en d’autres ». Alors pour nous cela doit nous faire réfléchir : nous sommes à la fois dans la catégorie de ceux qui disent : « Oui mais, je ne peux pas » et à la fois dans la deuxième catégorie : les boiteux, les hésitants, les malades mais nous avons une place, le Seigneur nous l’offre ; nous pouvons assister au festin, nous pouvons partager le festin même si nous sommes malades, boiteux, estropiés, aveugles, lépreux, peu importe, à condition d’accepter. Tout est possible.
Le prêtre dira : « Avec foi et amour, approchez », alors il faut savoir ce qu’il y a dans notre coeur au moment où nous approchons. J’ai quelques fois entendu des personnes me dire : « Je n’ai pas osé aller communier parce que je me sens pécheur, indigne ». Bon, d’accord ; mais alors qui va s’approcher du calice ? Personne, absolument personne parce que moi comme vous nous sommes avec des péchés, avec des faiblesses, avec des chutes, nous sommes handicapés mais justement le Seigneur dit : « Venez, approchez », il suffit d’avoir la foi et l’amour et si nous nous approchons, si nous goûtons au festin quelque chose d’extraordinaire se passe, Dieu se donne à nous ; ce n’est pas un festin ordinaire dont il est question, c’est le partage de la divinité : nous sommes appelés à être divinisés, à partager la divinité du Christ ; non pas être comme Dieu, comme Adam aurait voulu l’être inspiré par satan mais partageant la divinité de Dieu. Comprenons-nous que nous sommes invités à l’essentiel de notre vie, au but de notre vie ? Pour cela il faut que nous ayons dans le coeur un désir profond malgré notre faiblesse, en reconnaissant notre faiblesse – et c’est tout le sens de la prière que nous disons avant la Communion ; oui, nous sommes le premier des pécheurs ; si nous le reconnaissons et si nous avons ce désir d’une Communion avec Dieu, si nous avons ce désir d’être en communion sur cette terre, à chaque fois que nécessaire mais aussi dans l’Eternité pour toujours, si nous avons ce désir alors tout devient extraordinaire ; ce n’est plus l’ordinaire du oui, mais …, c’est l’extraordinaire : « oui, je viens ».
Ensuite il est dit dans la dernière partie de la parabole qu’il reste encore des places ; pour qui sont ces places ? Pour l’humanité entière, pour ceux qui ne sont pas là directement présents, qui cherchent, comme St Paul dit, à tâtons, avec un voile peut-être devant les yeux et qui ont aussi un désir, un désir d’amour – cela c’est le désir général de toute l’humanité. Pour ceux-là il y a aussi de la place mais il faut que nous soyons responsables d’eux en acceptant nous-mêmes de prendre place au festin avec conscience, avec désir ; alors oui, non seulement nous nous gouterons au festin, au partage divin mais nos frères et nos sœurs du monde entier pourront un jour accéder à ce festin. Vous le comprenez, il faut qu’il y ait en nous un désir profond qui chasse toutes raisons de ne pas venir au festin. Je terminerai en citant cette phrase de St Syméon le Nouveau Théologien : « Viens, toi que j’ai désiré et que désire mon âme misérable »

Amen

Compassion du Christ

8/12/2019 Lc X, 25-37
A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Cette route qui descendait de Jérusalem à Jéricho, c’est notre route, notre route à chacun d’entre nous : c’est la route où, à certains moments, nous nous trouvons comme cet homme, blessé, attaqué, presque mort, souffrant ; et le Bon Samaritain, celui qui passe près de lui et qui est le seul à s’arrêter près de lui, c’est Jésus, Lui-même, Jésus le Christ qui va devenir, qui devient l’image de la compassion du Père ; oui, Jésus, comme ce Bon Samaritain qui verse de l’huile et du vin sur les plaies de cet homme et qui prend soin de lui à plusieurs reprises, Jésus est toujours là près de nous qui souffrons, qui sommes blessés d’une manière ou d’une autre, pour panser nos plaies en appliquant sur ces plaies la compassion du Père ; c’est quelque chose auquel nous ne pensons peut-être pas toujours et pourtant, et pourtant nos Pères nous disent que lorsque nous communions au Corps et au Sang du Christ nous recevons un médicament pour guérir nos plaies ; lorsque nous nous approchons du saint calice, avons-nous suffisamment conscience que nous allons être guéris ?  Lorsque tout le monde a communié, le prêtre ou l’évêque dit : « Ceci a touché vos lèvres, vos péchés sont pardonnés, vos iniquités sont effacées », autrement dit, vos plaies sont guéries par la compassion du Christ ; alors bien sûr, il ne s’agit pas de se dire : « je suis digne, je ne suis pas digne de m’approcher du calice » ; qui est digne ? Moi ? Vous ? Personne ; il ne s’agit pas de dignité, il s’agit de se laisser guérir, de se laisser toucher par la compassion de Jésus ; quelle grâce magnifique qu’en tant que chrétiens nous recevons ; quelle grâce magnifique qui nous remet debout, quelle grâce magnifique qui nous redonne force et dynamisme pour poursuivre notre chemin sur cette longue route de Jérusalem à Jéricho. Ceci aussi entraîne une certaine responsabilité de la part de notre personne de chrétien parce qu'il y a aussi sur cette route de Jérusalem à Jéricho, à un certain moment, notre frère ou notre sœur qui est là, blessé, pour une raison ou pour une autre ; alors, allons-nous faire comme le prêtre, le lévite ? passer sans rien voir ou passer de l’autre côté de la route ou bien allons-nous faire comme la Bon Samaritain, à l’image de Jésus, nous approcher en aidant, en soulageant, en offrant nous aussi de la compassion de la manière que nous pouvons, par la prière, par l’amour qui jaillit du coeur, par le soulagement peut-être aussi, par un mot, un sourire, un geste, quelque chose qui peut-être peut nous paraître presque insignifiant : mais vous savez, dans nos vies, lorsque nous souffrons intérieurement à cause de nos fautes peut-être ou pour d’autres raisons, lorsque nous avons en face de nous un sourire, un geste d’apaisement, une compréhension, une compassion cela nous fait du bien. C’est ce que Jésus veut nous enseigner au travers de ce récit aujourd'hui ; Il nous enseigne, oui par la Parole – nous l’avons entendu – mais aussi par ce qu’Il a fait et qu’Il continue de faire tous les jours pour nous : appliquer le baume de la compassion du Père sur nos plaies et cela ne s’arrêtera qu’à la fin des temps. Nous avons donc à notre disposition l’amour infini du Christ, sa miséricorde, sa compassion ; nous ne devons pas avoir peur, la peur vient toujours du démon qui veut nous déstabiliser mais nous devons savoir que nous avons sans cesse l’Être le plus parfait de la compassion, l’icône du Père, le Christ Jésus ; cela doit nous consoler, nous conforter, nous relever ; certes à certains moments nous tombons dans des fautes plus ou moins graves, plus ou moins accablantes ; nous sommes tristes ; nous n’aurions pas voulu et nous avons quand même cédé à la tentation ou à notre mauvais penchant mais le Christ est là, pourquoi avoir peur ? Pourquoi se réfugier dans la culpabilité qui n’a aucun sens ?  La culpabilité c’est une espèce de sentiment psychosociologique qui n’a rien de chrétien ; non, nous devons avec humilité – ce qui n’est pas la même chose – dans la vérité de nous-même, nous laisser guérir par la compassion du Seigneur. Oui, c’est une grande grâce et une grande chance que nous avons mais cela entraîne, comme je vous l’ai souvent dit, une responsabilité : nous aussi nous devons devenir l’icône de la compassion du Christ qui est Lui-même icône de la compassion du Père ; nous devons prendre le relai à certains moments ; à nous de trouver les moyens les meilleurs, les plus adéquats, les plus en correspondance avec les besoins de notre frère qui attend sur le bord de la route. Alors nous pourrons remonter de Jéricho à Jérusalem à la Jérusalem céleste car nous aurons accompli ce que le Seigneur Lui-même fait à la perfection, nous aurons essayé nous-mêmes de L’imiter pour être membre du Christ, pour être chrétien.
Amen 5.41

Oui nous sommes dans le désert


Oui nous sommes dans le désert

Méditation pour nous accompagner dans ce temps d'épreuve



Depuis quelques semaines nous sommes dans une situation difficile. Le virus qui atteint nos pays déstabilise nos vies. Les mesures prophylactiques qui nous sont imposées sont lourdes et paralysent notre quotidien. Alors que nous commencions le carême avec dynamisme , espérant retrouver nos offices spécifiques avec joie , on nous demande de ne pas sortir de chez nous, de ne pas nous rendre dans nos églises qui elles-mêmes subissent des contraintes sévères et nous ne savons pas jusqu’à quand nous allons subir cette contrainte .
Face à cet état de faits nous nous sentons perdus, voir abandonnés par Dieu.
Et pourtant ! En tant que chrétiens il nous faut réagir et retrouver un dynamisme de foi .
Le temps du carême a souvent été considéré par nos Pères comme une période de désert. Dans le désert nous sommes confrontés à nous-mêmes, face à nous et, si nous le voulons, face à Dieu !
Peut-être pourrions-nous profiter de cette situation pour en retirer quelques bénéfices spirituels non négligeables …

Oui nous sommes dans le désert.
Si nous relisons la bible nous trouvons un premier exemple encourageant : Abraham.
« Quitte ton pays pour le pays que je t’indiquerai » et Abraham pars dans le désert sans savoir où il va se retrouver , plus tard Moïse conduira le peuple de Dieu dans des conditions fort semblables et ce sera la longue période de l’exode.
Durant tous ces moments Dieu n’a jamais abandonné son peuple, Il l’a guidé, encouragé, quelquefois corrigé mais jamais abandonné !
Ne nous laissons pas tenter par le découragement : « Dieu est avec nous, qui sera contre nous »… Tout le psaume 118 (117) témoigne de cette certitude : « Rendez grâce au. Seigneur car Il est bon car éternelle est sa miséricorde ».
Dieu nous garde, Dieu est notre gardien : « Je lève les yeux vers les monts, d’où viendra mon secours ! Le Secours me vient du Seigneur qui a fait le ciel et la terre… »

Oui nous sommes dans le désert.
C’est un moment propice pour se rapprocher de Dieu, pour se laisser regarder par Dieu dans l’état où nous sommes, peut-être pauvres, pécheurs, démunis, faibles…mais si nous avons le courage de nous abandonner entre les mains du Seigneur nous serons consolés, comme le fils prodigue qui dans sa misère, dans son propre désert, est accueilli par le Père qui l’entoure de ses bras plein d’amour !

Oui nous sommes dans le désert.
Et Jésus, lui-même a vécu cette expérience : comme nous il fut tenté par le démon qui lui suggérait des solutions de compensation, face à la faim, à la solitude (que nous connaissons peut-être aujourd’hui), face au pouvoir… Mais le Seigneur a confiance en son Père et rejette satan
.
Oui nous sommes dans le désert.
Et nous ne pouvons pas communier au corps et au sang du Christ comme nous le souhaitons. Cette situation est éprouvante. Mais les ermites des premiers siècles et ceux d’aujourd’hui ne recevaient et ne reçoive la communion que très rarement. Certes ce sont des cas exceptionnels mais nous sommes dans une situation exceptionnelle.
Par ailleurs dans certains lieux, notamment les monastères, les offices se poursuivent ainsi que les liturgies et nous autres ,moines, qui pouvons communier nous vous associons à cette communion afin que vous en ayez le bénéfice par la grâce de Dieu : c’est notre responsabilité ! Communier c’est être en communion avec tous !
Dans ce temps nous pouvons aussi ressentir la solitude : si celle-ci ne se transforme pas en isolement ne soyons pas inquiets : « on n’est jamais moins seul que lorsque l’on est seul ! » (Guillaume de Saint Thierry)

Oui nous sommes dans le désert.
Dans ce lieu où Dieu parlait au prophète Osée : « je vais la séduire, la conduire au désert et parler à son coeur «  cette phrase s’adresse peut-être aussi a notre âme en ces jours d’épreuve…
Car Oui nous sommes dans l’épreuve, nous sommes contraints d’obéir aux autorités de l’état : c’est humiliant pour nous qui aimons progresser dans la vie spirituelle avec nos propres forces et selon nos principes légitimes. Les afflictions nous humilient or nous dit Saint Jean de Valaam « dans les afflictions nous apprenons l’humilité et comprenons que, sans le secours de Dieu, nos efforts n’aboutissent pas(…) ce n’est qu’aux humbles que Dieu accorde sa grâce. Et sans évènements humiliants, il est impossible de devenir humble! »

Oui nous sommes dans le désert.
Mais il y a un lieu où nous ne sommes jamais seul : c’est notre coeur ! C’est là où la rencontre avec Dieu est toujours possible, c’est là où nous pouvons être en communion avec Dieu . C’est là qu’Il se tient et nous dit sans cesse : Je t’attends! Alors n’hésitons pas à nous rendre à ce rendez-vous : Il nous consolera de nos épreuves, Il nous donnera force et grâce pour « combattre le bon combat » Il ne nous laissera pas orphelins ! C’est le Christ qui nous l’a dit…

Oui nous sommes dans le désert
Mais que celui-ci devienne un lieu de Paix, de joie intérieure, un lieu de prières pour le monde entier qui souffre, soyons le « pauvre qui crie et que le Seigneur écoute » au nom de tous nos frères les hommes!
Gardons dans nos coeurs nos frères et soeurs qui souffrent de la situation créée par cette épidémie, ceux qui sont dans l’angoisse, la peine, la misère, la douleur, prions pour ceux qui nous soignent avec attention, qui cherche les meilleures solutions pour que nous soyons préservés de toute affliction. Notre prière doit attirer la miséricorde de Dieu laquelle sera un baume apaisant sur nos plaies douloureuses!
« L’Esprit divin nous enseigne, même dans le désert, à prier pour les hommes et pour le monde entier » St Silouane.

Oui nous sommes dans le désert mais le désert refleurira !


+Archimandrite Syméon
Higoumène du Monastère St Silouane

Amour de l'autre amour de Dieu

27/10/2019 Lc VI, 31-36
A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Les paroles que le Seigneur Jésus nous adresse aujourd'hui dans cet Evangile sont d’une grande force et nous invitent à aller au-delà de ce que nous vivons d’une manière habituelle ; elles nous invitent à nous dépasser, à vivre autrement, c'est-à-dire à aimer jusqu’à aimer nos ennemis. Cette parole peut sembler terrible car elle est difficile à accomplir et pourtant si le Seigneur ose nous donner cette Parole c’est parce que Lui-même en a vécu, que toute sa vie témoigne de cet amour, de cet amour sans limites car si nous relisons les Evangiles nous nous apercevrons que le Seigneur Jésus tout au long de sa vie a été critiqué, a été rejeté, a été méprisé ; certes Il a été écouté aussi, entendu, accueilli mais combien de fois a-t-il été mis sur le côté, combien de fois a-t-on essayé de l’empêcher de parler, combien de fois a-t-on eu l’idée de le détruire et cette idée s’est réalisée puisqu’Il a été crucifié sur le bois de la Croix. Et pourtant, et pourtant lorsqu'Il se trouve cloué sur la croix Il nous dit cette Parole – car Il la dit aussi pour nous bien qu’Il s’adresse à son Père – « Père pardonne-leur parce qu'ils ne savent pas ce qu’ils font » ; autrement dit Il va jusqu’à aimer ses propres bourreaux et demander au Père de leur pardonner c'est-à-dire de les aimer malgré ce qu’ils ont fait. On pourrait citer d’autres exemples significatifs : prenons, par exemple, l’attitude de l’apôtre Pierre qui, à la fois, aimait beaucoup le Seigneur et était certainement un des plus fidèles des apôtres à l’entendre, à l’écouter, à essayer de vivre de sa Parole ; mais malgré l’avertissement du Seigneur, Pierre l’a trahi au moment de son jugement, Pierre a trahi le Seigneur Jésus et à ce moment-là le coq s’est mis à chanter, ce qu’avait prédit Jésus : « Avant que le coq n’ait chanté trois fois, tu m’auras renié » ; et pourtant il a suffi d’un regard du Christ vers Pierre qui le trahissait pour que les larmes de Pierre coulent, les larmes de repentir, et pour que l’amour du Seigneur lui soit accordé. Le Seigneur Jésus lui confiera la charge d’aider ses frères apôtres dans leur apostolat ; Il ira jusque-là bien que Pierre l’ait trahi. Le Seigneur a aimé tous ceux qui L’entouraient ; Il nous a montré l’exemple et nous, qui sommes chrétiens – ou qui voulons essayer de l’être en tout cas – nous sommes confrontés à cette difficulté de l’amour, non pas de l’amour de ceux dont parlent le Seigneur, de ceux qui sont aimables, de ceux qui sont faciles à aimer, nos amis, nos proches, de ceux qui pensent comme nous mais d’aimer ceux qui sont différents de nous ; or dans notre vie, tous les jours, nous sommes confrontés à l’autre, celui qui est différent, celui qui n’est pas moi. J’ai dit, il y a quelques temps, à la communauté, combien il était important de chercher à aimer celui qui est différent de moi qui forcément, d’une manière ou d’une autre, va me gêner, plus ou moins fortement ; il y a des gênes que l’on supporte et d’autres que l’on supporte beaucoup moins ; il y a des agressions que l’on supporte et d’autres que l’on ne peut pas supporter humainement ; pourtant le Seigneur nous invite à aimer celui ou celle qui cause des désagréments, à les aimer jusqu’au bout. Le Seigneur terminera son enseignement en disant : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » et c’est peut-être là qu’est la clé de cette question aussi difficile à résoudre ; car, en effet, nous sommes aimés par le Seigneur, nous sommes aimés sans condition et pourtant tous nous sommes des pécheurs c'est-à-dire qu’à certains moments nous trahissons le Seigneur, nous le rejetons plus ou moins consciemment et pourtant le Seigneur nous aime ; il suffit que nous nous tournions vers Lui et qu’humblement nous lui demandions de nous accueillir comme le fils prodigue fut accueilli par le Père ; alors si nous faisons une fois dans notre vie cette expérience de la miséricorde de Dieu : cet amour inconditionnel qui se pose sur nous malgré nos incapacités d’aimer, malgré nos rejets, malgré nos mépris, malgré notre abandon, si nous faisons cette expérience de l’amour de Dieu alors nous est offert la clé qui nous permet d’aimer jusqu’à nos ennemis mais il faut bien comprendre ce que veut dire aimer : il ne s’agit pas d’un sentiment affectif, c’est beaucoup plus que cela ; aimer l’autre c’est l’accepter dans toute la profondeur de son être comme il est ; or chacun de nous est différent, c’est bien là la difficulté mais aimer celui qui est en face de moi ou celle qui est en face de moi en souhaitant qu’il ou elle reçoive plus d’amour que moi je ne voudrais en recevoir, c’est là la clé de la miséricorde : vouloir que l’autre aie plus d’amour que moi je souhaite en recevoir pour moi ; si nous essayons de comprendre cette Parole, alors nous pouvons comprendre l’invitation du Christ à être miséricordieux envers nos frères et nos sœurs, à les accueillir dans leur être profond peut-être des êtres fragiles, probablement des êtres qui à certains moments tombent dans le péché comme nous-mêmes et le Seigneur nous demande de les aimer comme Lui-même les aime. Dans le « Notre Père » nous parlons de cet amour de l’autre : aimer notre prochain comme nous-mêmes, comme nous-mêmes nous aimerions être aimés, l’aimer avec encore plus d’amour et pour cela et pour ce faire, il nous faut beaucoup prier, beaucoup supplier le Seigneur car il y a des moments où l’épreuve de l’amour de l’autre est tellement lourde, tellement écrasante, tellement broyante que cela nous amène à dire : « Seigneur cela m’est impossible, je ne peux pas, je n’y arrive pas » ; alors souvenons-nous de la Parole du Christ qui dit sur la croix : « Père pardonne-leur » » ; Il aurait pu dire Lui-même : « Je vous pardonne » mais Il demande au Père de pardonner. Alors, nous aussi, si dans l’immédiateté de la relation, nous ne parvenons pas à pardonner, c'est-à-dire aimer au-delà de ce qui est pensable, nous pouvons nous tourner vers Dieu et dire : « Pardonne, pardonne à ma place car pour le moment je ne parviens pas à pardonner, je ne parviens pas à aimer, je ne parviens pas à faire miséricorde à celui ou celle qui est en face de moi. Et puis, ouvre mon coeur à cette miséricorde que tu m’offres toi-même et permets que moi aussi, je la déverse sur la blessure que je cause à mon frère ou à ma sœur en refusant de l’aimer, en déversant le baume de ta propre miséricorde sur la plaie que j’ai causée en refusant de l’aimer sur le moment ». Alors, sans aucun doute, si notre prière est sincère, si elle est fervente, si elle est régulière, si elle est tenace, le Seigneur nous offrira la possibilité d’aimer au-delà de ce qui est pensable, c'est-à-dire aimer au-delà de ce que nous désirons comme quantité d’amour. Que Dieu nous donne cette grâce, qu’il nous donne de goûter la grâce de la miséricorde qu’il pose sur nous-même d’abord comme première expérience puis surtout qu’Il nous donne la possibilité d’expérimenter le don de l’amour vers l’autre sans condition, sans limite, quelle que soit la situation qui a provoqué l’être qui est en face de moi car cet être est en enfant de Dieu.
Amen

Croix souffrance salut

14/9/2019 Jn XIX 6-11, 13-20, 25-28, 30-35

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Nous fêtons aujourd'hui l’Exaltation de la Sainte Croix du Christ et la commémoration du moment où Sainte Hélène a retrouvé le bois de la Croix mais c’est bien plus que cela. En vénérant la Croix du Christ nous sommes en face du mystère du salut, nous sommes en face du cadeau que Dieu que nous fait d’avoir la possibilité d’être sauvés par la Croix. En effet, tout ce qui se passe autour de la crucifixion du Christ, son agonie à Gethsémani, sa Passion puis sa crucifixion sont à eux seuls les moments de notre salut. Bien sûr, il y a ensuite la Résurrection qui vient comme un aboutissement de tous ces évènements. Mais il faut bien comprendre que pour nous sauver le Seigneur, le Fils de Dieu, Dieu Lui-même, a accepté de vivre ce que nous aurions à vivre sur cette terre, d’une manière ou d’une autre, que l’on appelle la souffrance. C’est un grand mystère que la souffrance des êtres humains ; nous ne pouvons pas comprendre le pourquoi immédiat de la souffrance ; nous n’avons pas de réponse satisfaisante à la question : pourquoi je souffre ? Mais nous avons au demeurant peut-être la plus grande des réponses c’est que le Christ Lui-même a accepté de vivre cette différence ; Il a accepté au-delà de ses forces humaines ce qui s’est passé à Gethsémani, la peur qu’il a ressentie à l’idée de ce qui l’attendait puis l’acceptation d’être arrêté, malmené, abandonné par ses apôtres, conduit comme un  « injuste » devant un tribunal, condamné alors qu’Il n’avait rien fait que de bon, puis chargé de sa croix jusqu’au lieu où on L’a crucifié. Tout cela a été pour Lui dans son corps d’homme, dans notre corps à nous, une grande souffrance ; c’était une participation forte à notre propre souffrance quelle qu’elle soit ; c’était la manière de nous dire que nous étions aimés malgré nos fautes, malgré nos égarements et nos faiblesses. Il ne s’agissait pas d’un rachat : le Christ n’a rien racheté ; Il est venu participer à ce que nous vivons sur cette terre dans ce qui a de plus difficile, la souffrance et la mort et c’est là que se situe le mystère du salut ; c’est là qu’en acceptant toutes ces souffrances, le Christ nous prend avec Lui dans sa chair, dans tout son être et qu’ensuite Il accepte l’ignominie ; par cette acceptation Il nous démontre que quel que soit l’éloignement dans lequel nous sommes par rapport à Dieu, il nous suffit d’un seul regard vers Lui, vers sa Croix, plus exactement vers Lui sur sa croix, pour que nous soyons immédiatement consolés, confortés, remis debout dans la lumière divine ; c’est là que se situe le mystère du salut. Lorsque le Christ ressuscite c’est pour nous qu’Il ressuscite et, plus tard, lorsqu'Il s’élèvera dans les Cieux, au moment de l’Ascension, Il nous tirera tous vers le Père ; Il nous emmènera dans son humanité pour que nous participions à sa divinité. C’est pour cela que nous aimons vénérer la Croix ; il ne s’agit pas là d’un acte à caractère magique, païen, non, il s’agit de vénérer le mystère de notre salut ; et à chaque fois que nous faisons le signe de la Croix sur nous, à chaque fois que nous embrassons une croix, il nous faut nous souvenir, avec le coeur, que là se situe notre salut. C’est le plus grand cadeau qui puisse nous être fait de la part de Dieu. Alors en cette fête de l’Exaltation de la Croix, au travers de cette Divine Liturgie, qui fait revivre le mystère total de l’abandon du Christ, de son offrande de tout son être, pour nous, au travers de ce que nous célébrons, revivons intensément le mystère du salut et rendons grâce à Dieu ; rendons grâce à Dieu pour son amour infini, Lui qui a pensé que seule une personne de la Sainte Trinité pouvait nous annoncer que nous étions aimés malgré nos fautes. Pour cette raison, en accord trinitaire, le Fils est venu au milieu de nous ; Il a pris notre chair, Il a pris nos souffrances, Il s’est humilié, Il s’est offert. Accueillons cette offrande avec reconnaissance et goûtons, goûtons ce salut qui est là à notre portée ; à chaque fois que nous pensons au Seigneur crucifié, c’est le salut qui nous est donné dans le coeur, qui est réveillé en quelque sorte dans notre coeur. Alors oui, soyons dans l’action de grâce, dans la reconnaissance, dans l’amour, d’un Dieu qui est Amour et qui veut partager cet amour avec nous pour l’Eternité.

Amen

Abandon à la puissance communion Église

11/8/2019 Mth XIV, 14-22

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Nous le savons, le Seigneur Jésus a toujours été et est toujours rempli de compassion pour les hommes et les femmes de cette terre et l’Evangile que nous venons d’entendre en est un des nombreux témoignages. En effet, il nous est dit, au tout début de l’Evangile, que Jésus guérissait tous ceux qui étaient infirmes : c’est par là que commence la Bonne Parole d’aujourd'hui ; ceci doit nous consoler, nous conforter dans notre foi. En effet, si Jésus guérissait ceux qui souffraient de toutes sortes d’infirmités pendant le temps où Il a vécu sur cette terre dans son Incarnation, à plus fortes raisons, aujourd'hui et demain Il peut guérir toutes nos infirmités ; ces infimités sont physiques mais elles sont aussi spirituelles et le Seigneur peut toutes les guérir, Il l’a prouvé maintes fois : nous avons lu il y a quelques dimanches le récit du paralytique à qui Il a remis tous ses péchés et qui est reparti en marchant avec son grabat sous le bras. Ceci doit nous encourager dans la confiance, dans l’abandon entre les mains du Seigneur : Il peut tout. Nous sommes souvent – forcément – découragés par la situation dans laquelle nous nous découvrons à certains moments, soit à cause de notre péché, de nos chutes, soit à cause de nos infirmités personnelles, physiques, morales, soit à cause de l’infirmité de l’Eglise dans laquelle nous vivons ; tout cela est une réalité, une réalité d’aujourd'hui, probablement une réalité de demain. Mais le Seigneur peut tout. Voyez-vous ce qui est important, c’est l’abandon, l’abandon en cette capacité du Seigneur de nous appliquer sa miséricorde infinie. Instinctivement, nous avons envie de résoudre les problèmes que nous constatons en nous ou autour de nous ; c’est un instinct qui est ambigu : à la fois il est vrai nous avons une responsabilité sur cette terre : Dieu nous a confié toute la création y compris les hommes, les femmes, les enfants de cette terre mais, au demeurant, la grande responsabilité appartient à Dieu et c’est au Christ que nous devons demander du secours avant même d’essayer de résoudre tel ou tel problème. On constate en nous-même et autour de nous que ce n’est pas toujours la réalité : que l’on veut expliquer, justifier, résoudre, avoir sa pensée que l’on considère comme la meilleure, la plus juste mais n’est-ce pas souvent un mouvement individualiste, un mouvement même orgueilleux ? Faisons-nous suffisamment confiance dans le Seigneur Jésus ? Pour tout, absolument pour tout. Car nous le voyons dans la deuxième partie de cet Evangile : Il nourrit des centaines et des centaines d’hommes et de femmes à partir de quelques pains et de quelques poissons. Autrement dit, Il peut tout. Il faut que, tous les jours, nous ayons conscience de la puissance de Dieu, de la puissance du Seigneur et que nous mettions notre confiance en Lui. Il y a un psaume qui dit : « Ne mettez pas votre confiance dans les princes » ; quelque fois nous sommes nous-même en train de nous considérer comme des princes et nous faisons peut-être trop confiance en notre pensée, à notre manière de voir. Le Seigneur peut tout : Il a nourri 5.000 hommes sans compter les femmes et les enfants. Les Pères ont vu dans ce miracle la préfiguration de ce qui se passera lors de la Sainte Cène du Christ avant da Passion, à savoir l’Eucharistie car, en effet, lorsqu'Il a béni le pain et le vin, qu’Il les a distribués à ses apôtres, à tous, même à Judas, Il a fait acte de miséricorde car Il a rajouté à ses apôtres et à ses disciples – qui peut-être n’ont pas tout-à-fait compris le sens de sa Parole à ce moment-là : « Faites ceci en mémoire de Moi ». Autrement dit, aujourd'hui, le monde entier, à chaque instant, communie au Corps et u Sang du Christ, à chaque instant. Il y a toujours un homme, une femme, un enfant qui communient au Corps et au Sang du Christ et nous devons avoir notre pensée dans cette direction parce que le Corps et le Sang du Christ nous sauvent, nous donnent force, nous donnent la possibilité justement de bien discerner, selon Dieu, dans tout ce que nous avons à décider et à faire sur cette terre ; il y a toutes les secondes, quelqu'un qui communie au Corps et au Sang du Christ, qui s’abandonne à sa Parole, qui croit en sa Parole et qui Le reçoit pour recevoir une force, une force non seulement pour cette personne mais une force pour l’humanité entière car nous ne sommes pas des individus sur cette terre, nous sommes des êtres, comme Dieu est, des êtres en communion : l’individu n’est jamais en communion d’où le terme péjoratif d’ « individualiste », mais l’être, comme Dieu est, c’est une notion de partage, de communion, de communion universelle avec toute la nature et particulièrement avec tous les êtres de la terre : les hommes, les femmes, et les enfants. Cela devrait venir à notre pensée quand nous nous approchons du Saint Calice pour recevoir le Corps et le Sang du Christ, nous recevons, bien sûr, et avant tout pour nous-même mais puisque nous sommes des êtres, cette communion-là va au-delà de nous d’où la nécessité de prier le Seigneur et d’offrir ce que nous avons reçu à l’humanité entière par la prière, par un désir de communion entre les êtres, de communion entre les êtres qui n’aura de sens que par rapport à la communion avec Dieu, le Créateur, avec le Christ ; ceci a une grande importance. Nous vivons, depuis la Pentecôte, en Eglise, c'est-à-dire non pas dans un bâtiment quelconque mais dans une réalité de communion : l’Eglise est avant tout une réalité de communion et de communion eucharistique ; c’est là que se situe la base de l’Eglise ; alors lorsque nous communions, nous communions en Eglise et pour l’Eglise. Ceux qui connaissent l’histoire de l’Eglise savent qu’elle n’a pas toujours été brillante ; il y a eu des écueils, des erreurs, des hérésies, des apostasies, des responsables d’Eglise qui se sont trompés volontairement ou involontairement ; c’est la vie de l’Eglise ; puisque l’Eglise est humano-divine, la tête – la partie divine - est parfaite mais le corps que nous constituons tous a ses limites puisque nous avons une nature déchue et donc nous savons que nous tombons souvent dans la faute ; c’est pour cette raison que l’Eglise n’est jamais totalement parfaite ; elle est belle et pure à cause de sa tête, le Christ, qui sanctifie tout y compris l’homme pécheur à condition qu’il se tourne vers Lui. Alors il ne faut pas être surpris qu’en ces temps, certaines Eglises, certaines parties de l’Eglise sont dans le trouble, dans l’inquiétude, les interrogations, l’erreur même ; il ne faut pas en être surpris mais cela ne veut pas dire que nous devons en rester là. Qu'est-ce que nous devons faire ? Avant de réfléchir avec nos cellules grises, il nous faut prier, il nous faut supplier, il nous faut prendre exemple sur les Saints et nous abandonner à la volonté du Christ en disant : « Quelle est ta volonté ? Montre-nous ta volonté et donne-nous la force de l’appliquer, de la vivre pour que nous soyons en communion totale, la plus parfaite possible, celle que tu désires Toi, notre Créateur ». Voilà peut-être des réflexions que nous pouvons mener chacun de notre côté selon les questions que nous pouvons nous poser, selon les interrogations personnelles, familiales, diocésaines, ecclésiales et autres ;1 nous abandonner à la volonté de Dieu en cherchant quelle est la volonté de Dieu. Or nous aurons toujours la réponse en lisant l’Evangile qui est aussi une nourriture que nous partageons, tous, une nourriture forte, conséquente à laquelle nous devons nous référer quand nous avons un questionnement légitime. Relisons l’Evangile et nous verrons que nous avons toujours une réponse claire, nette, précise qui nous indique le chemin, le chemin de la paix, le chemin de l’Unité, le chemin de l’amour.

Amen

Choix entre démon Christ

21/7/2019 Mt VIII, 28-IX,1

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Dans le récit de ce miracle que Jésus opère sur ces deux possédés, il y a plusieurs révélations qui nous sont proposées et d’une grande importance. La première c’est que les démons, eux-mêmes, reconnaissant le Christ ont eu peur de Lui et ils ont été vaincus par le Christ immédiatement ; à leur demande le Christ les a laissés envahir le troupeau de porcs qui se jeta dans le lac. Cela doit être pour nous une consolation, une révélation consolante ; cela veut dire que le Christ a vaincu le démon et que, par conséquent si nous nous tournons vers Lui lorsque nous sentons que le démon vient essayer de nous troubler, de nous attaquer, de nous faire tomber, il suffit simplement de se tourner vers le Seigneur Jésus et Lui fera tout ce qu’Il a à faire pour les chasser. C’est une réalité de foi que nous devons expérimenter, comprendre certes mais expérimenter à chaque fois que nécessaire. Nous sommes souvent tentés par le démon – avant même les tentations nous sommes aussi capables de tomber tout seuls bien sûr et nous devons dans ces cas -là supplier le Christ de venir à notre secours. Mais le démon essaie souvent d’utiliser une situation, une situation de faiblesse, de fatigue, de comportement et se glisse au milieu de tout cela pour faire tomber tout le monde mais si nous nous tournons vers le Seigneur Jésus avec foi - car il faut avoir la foi pour pouvoir implorer le Christ pour que Lui-même chasse les démons. Si nous nous tournons avec foi vers le Christ alors, comme les Gadaréniens, nous serons libérés ; leur cas était très grave, la possession des démons était très forte, très conséquente, personne ne pouvait les approcher et pourtant, ils sont redevenus doux comme des agneaux.
La deuxième révélation qui nous est faite est dans l’attitude des villageois qui apprennent cette nouvelle qui pour eux aurait dû être une bonne nouvelle mais ils n’ont penser qu’à une seule chose : leurs cochons qui disparaissaient, ils avaient perdus quelque chose. Qu'est-ce que quelques cochons par rapport à la grâce de Dieu, par rapport à la guérison de deux hommes qui ne pouvaient plus être en contact avec Dieu à cause de la possession. Alors bien sûr on peut comprendre que ces gens ont eu une certaine peur : ils se demandaient ce qu’il se passait et pourtant on leur avait dit que Jésus avait guéri les deux hommes. Mais, non, ce qui les a focalisés ce sont leurs cochons. Alors pour nous aussi il faut faire attention : lorsque nous sommes tentés par le démon, qui choisissons-nous ? Le démon ou la guérison par le Christ ; ce n’est pas toujours facile car les démons sont intelligents, vous l’avez vu, ils ont reconnu le Christ, ils ont même dialogué avec lui, ils ont même demandé d’être libérés d’une certaine façon – le résultat n’a pas été excellent pour eux. Alors nous qu'est-ce que nous choisissons lorsque nous sentons la tentation venir, il faut immédiatement – ce sont les Pères qui le disent parce qu'ils l’ont expérimenté – il faut immédiatement chasser la pensée démoniaque qui vient. Alors les exemples sont multiples : c’est le moment de la prière et puis on se dit : « oh oui mais peut-être que je pourrais téléphoner à un ami parce qu'il y a longtemps que je n’ai pas eu de ses nouvelles donc on va être tenté de téléphoner plutôt que d’aller vers la prière, c'est-à-dire vers le Christ – je ne dis pas que de téléphoner à un ami c’est démoniaque, non c’est un choix subtil ; parce que le démon est très subtil, très intelligent. Je pourrais multiplier les exemples, nous les connaissons tous dans nos expériences personnelles. Lorsque nous-mêmes, les moines, les moniales, nous entrons dans nos cellules–après avoir terminé nos activités de la journée et les Offices – pour y prier le Seigneur, il arrive fréquemment – je parle de moi – qu’une idée m’arrive « Ta cellule n’est pas propre, tu devrais faire le ménage » ou bien « C’est peut-être le moment de laver du linge » ou bien tout simplement « Téléphone à ta famille, il y a longtemps que tu n’as pas appelé ». Toutes ces choses-là arrivent, ce ne sont pas des inventions que je suis en train de vous raconter. Et puis on se souvient que c’est aussi le moment de se mettre en relation avec le Seigneur. Alors il faut choisir, il faut choisir : la prière, le lien avec Dieu ou bien le reste. Il est intéressant de voir dans les monastères – pardon de parler de cela mais c’est un des lieux que je connais le mieux – qu’un quart d’heure avant le début de l’Office, nous sonnons la simandre pour avertir la communauté que dans un quart d’heure nous serons dans l’église pour prier le Seigneur et qu’il faut arrêter sur le moment toute activité mais il est intéressant de s’interroger et de se dire : « Quand j’entends la simandre qu'est-ce que je fais ? ». Est-ce que je me prépare à aller vers le Seigneur ou bien est-ce que j’ai des « raisons », bien sûr toujours évidentes, pour ne pas y aller tout de suite, quitte même à arriver en retard. Ce sont des exemples : à vous de transposer vous qui n’êtes pas moines ou moniale, je pense que ce ne sera pas trop difficile pour vous de trouver aussi des histoires de ce genre.
Donc ce récit qui peut paraître simplement un récit anecdotique, un peu surprenant même, est en fait très important car il faut que nous comprenions combien le Seigneur nous aime au point de nous délivrer des démons qui nous attaquent et qui quelque fois prennent possession de nous d’une manière ou d’une autre. Il faut que notre foi soit ravivée par cet évènement, que nous croyons en la force du Christ qui a écrasé le démon lorsqu’Il est mort et ressuscité pour nous. Le démon a toujours une certaine possibilité d’action mais il est foutu ; si nous nous tournons vers le Christ, c’est terminé pour lui, la preuve dans cet exemple de miracle. Et puis dans notre quotidien entraînons-nous - car il faut s’entraîner – entraînons-nous à choisir, à faire le bon choix – c'est-à-dire à choisir le Christ, à choisir Dieu, à chasser rapidement, le plus vite possible la pensée qui vient pour nous détourner de Dieu.
Hier un homme est venu au monastère, inconnu, et il voulait me parler. Quand je suis sorti de ma cellule il était sur un banc et il m’attendait. J’ai assez vite compris que c’était quelqu'un qui était dans la difficulté et qui avait besoin d’argent. La première pensée que j’ai eue : « Ah, encore, il est peut-être en train de me raconter la vérité ou un mensonge », le problème n’était pas là. Le Christ se moque que ce soit la vérité ou pas la vérité et dans ce cas-là ce qui L’intéresse c’est ma réaction à moi : si ce pauvre homme vient et est obligé de mentir un peu il est dans une situation difficile et bien moi je n’ai qu’une seule chose à faire c’est de l’accueillir comme le Christ et non pas de me dire : « Bon alors qu'est-ce que je vais lui donner, pourvu qu’il ne me demande pas trop … ». Voyez-vous ce sont des cas très concrets, ce sont des cas de tous les jours. Alors je l’ai écouté puis j’ai progressivement chassé la pensée du démon qui me disait : « Bénis-le, dis-lui que tu vas prier pour lui ». Non, ce n’est pas cela qu’il fallait faire. C’est lui-même qui m’a dit : « Pour terminer le mois j’aurai besoin de tant … ». Je lui ai donné ce que je pensais lui donner. Voyez-vous comme c’était subtil. J’étais là devant une visite du Christ qui venait me demander quelque chose parce que le pauvre c’est le Christ. « Je serai toujours parmi vous car il y aura parmi vous des pauvres parmi vous ». Et j’allais chasser le Christ, plus ou moins, de façon pieuse, par une bénédiction ou par un bon mot et puis me débarrasser de la question financière. Heureusement, heureusement le Seigneur est venu à mon secours. Disons que cela ne s’est pas trop mal terminer. Mais c’est encore un exemple que je vous donne. Il faut que nous arrivions à nous exercer progressivement face à ce type d’évènement à comprendre qu’il y a le démon et le Christ et que je dois choisir. Nous sommes libres, c’est bien notre problème d’ailleurs. Nous ne sommes pas des marionnettes que Dieu manipule avec des fils, non nous sommes libres mais notre liberté, notre vraie liberté est de choisir le Christ, ce que n’ont pas fait les gens de ce village, ils ont eu peur mais la peur vient du démon. Alors ils se sont intéressés à leur problème matériel du moment et ils ont oublié que le Christ pouvait peut-être encore leur dire des choses ou peut-être guérir encore d’autres personnes dans le village. Le Christ les a laissés, Il nous laisse libres. Il est parti tranquillement, peut-être triste.
Alors voilà, essayons, au travers de cette histoire, de ce miracle de comprendre qu’il y a pour nous des messages du Christ, des messages de Dieu qui sont importants : le Christ est plus fort que le démon et moi quand je suis face à une situation où le démon essaye de me faire chuter je dois choisir le Christ et personne d’autre.
Amen

Apôtres

30/6/2019 Mc III, 13.19

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Ils ont proclamé l’Evangile par la force de l’Esprit-Saint. Ils ont annoncé à tous les peuples le Nom du Seigneur Jésus. Certes ils étaient des vases d’argile fragiles mais confortés sans cesse par la grâce du Seigneur. Ce dont je parle ce sont les apôtres du Christ que nous fêtons aujourd'hui autour de Pierre et Paul que nous avons célébrés hier. Ces apôtres ont joué un rôle fondamental dans l’Evangélisation de toute la terre ; ils ont été envoyés par le Christ et ils ont accompli leur mission alors que, à certains moments, leur vie n’a pas été facile. Et puis il y a autre chose qui est à remarquer : ces apôtres que le Seigneur avait choisis étaient des hommes simples ; Il aurait pu choisir des hommes cultivés, des philosophes - mais il n’y en avait pas à cette époque dans cette région ; Il aurait pu choisir des gens riches mais Il a choisi des pauvres, des hommes simples, des pécheurs du lac. Et encore Il a choisi des hommes qu’Il a dû éduquer tous les jours non sans difficultés car ces hommes étaient comme nous, à certains moments, des faibles, des pécheurs. Au moment de Gethsémani, ils ont tous pris la fuite, ils ont abandonné le Seigneur. Ils avaient des caractères plus ou moins marqués : Pierre, le fougueux, il voulait toujours dire la meilleure parole et affirmer sa foi et son amour qui étaient sincères et puis il a trahi le Seigneur, lui aussi. Thomas a douté mais ils ont tous douté ; après la Résurrection aucun d’eux ne croyaient que le Christ était ressuscité ; il leur a fallu plusieurs manifestations du Christ pour comprendre un peu que le Seigneur était ressuscité ; Thomas a eu besoin de mettre sa main dans la plaie du Christ parce que, lui aussi, était dans le doute à un moment ; Jacques et Jean voulaient la première place dans l’Eternité, dans un mouvement d’orgueil. Alors on se retrouve bien là, c’est bien nous tout cela d’une manière ou d’une autre bien sûr. C’est bien nous qui, à certains moments, doutons, oublions le Christ, exigeons des choses, ne comprenant pas toujours l’enseignement du Christ ; car les apôtres n’ont pas toujours compris directement ce qu’Il leur disait ; il fallait qu’Il répète, qu’Il explique ; il fallait qu’il interprète des paraboles parfois très simples comme nous avons besoin que le Seigneur nous interprète sa Parole dans le cœur pour qu’elle ne reste pas à un niveau intellectuel et qu’elle descende dans le coeur, c'est-à-dire dans le profond de notre être pour que nous soyons animés par la Parole de Dieu. Oui ils ont proclamé ta Parole Seigneur, ils ont annoncé à tous les peuples ton Nom malgré tout cela. Alors ceci devient pour nous une consolation ; d’abord parce que tous ces hommes sont des saints, non pas parce qu'ils étaient parfaits – vous l’avez compris – mais parce qu'ils aimaient Dieu, ils aimaient le Christ, ils avaient foi en Lui, même si cette foi était vacillante à certains moments mais ils revenaient toujours sur le chemin de la foi, sur le chemin de l’amour de Dieu. Et c’est là notre chemin car si nous ne sommes pas directement dans la ligne des apôtres – la Tradition dit que ce sont les évêques qui ont la tradition apostolique puisque tous les apôtres ont eu un rôle épiscopal dans les lieux où ils se sont retrouvés. Mais nous sommes dans la même lignée ; à partir du moment où nous avons été baptisés par le Christ, plongés dans les eaux pour être purifiés, quand nous avons reçu les dons du Saint-Esprit au travers de la Chrismation, nous avons reçu les mêmes dons que les apôtres, chacun ayant reçu un ou plusieurs dons particuliers selon sa personnalité car Dieu nous respecte comme Il a respecté ses apôtres. Et puis nous avons communié au Corps et au Sang du Christ comme les apôtres, nous sommes donc bien dans cette même ligne d’action spirituelle.
Oui, nous devons être comme les apôtres des témoins de l’amour de Dieu, des témoins de sa miséricorde infinie qui nous prend tels que nous sommes comme Il a pris ses apôtres tels qu’ils étaient, avec leurs faiblesses ; Il s’est agacé même quelque fois avec eux : « Jusques à quand serai-je avec vous » parce qu'ils ne comprenaient pas, ils étaient butés mais nous aussi à certains moments nous sommes butés : le Christ nous parle, Il nous dit, Il nous enseigne, Il nous conduit, Il nous pousse et puis nous bloquons, nous bloquons par notre faiblesse mais le Seigneur est toujours avec nous. Et puis le Seigneur est fort – Saint Dieu, Saint fort -, le Seigneur est plus fort que nous et Il est plus fort que les démons qui peuvent nous attaquer ; Il peut les détruire en un instant, il suffit que nous acceptions son amour et que nous soyons dans une forme d’adhésion de tout notre être à la Personne du Christ dans une communion à la Personne du Christ, c’est tout le sens de notre vie comme c’était le sens de la vie de tous ses apôtres que nous fêtons. Alors nous, peut-être que nous ne sommes pas envoyés sur toute la terre pour annoncer le Nom du Christ mais nous avons une mission, chacun d’entre nous, là où nous sommes, que ce soit dans une paroisse, dans une communauté, dans notre travail, dans notre famille, dans notre société, nous avons une mission ; peut-être pas par la Parole – encore que, si on nous questionne, nous pouvons répondre - mais par notre vie. Pierre – comme on l’a vu dans les Epitres et dans les « Actes » - a été persécuté pour plusieurs raisons, de plusieurs façons, toujours critiqué, rejeté, emprisonné, battu ; Paul a subi toutes les persécutions possibles et les autres également. Ils sont tous morts dans des conditions de martyrs pratiquement ; alors ils ont témoigné, ils ont témoigné jusqu’au bout de leur foi et surtout de leur amour de Dieu, cela va avec : foi et amour ne se dissocient pas : si on croit, on aime et si l’on aime, on croit. Alors nous, nous qui sommes d’humbles pécheurs, pas plus brillants que les apôtres à leurs débuts mais nous avons la grâce, mes amis, nous avons la grâce reçue au baptême (les 3 sacrements : baptême, chrismation, communion) et, par la grâce, tout est possible ; même un balayeur de rue, un simple homme, pauvre, par son sourire, peut devenir le témoin de l’amour de Dieu. Cela existe, vous savez. Alors cela doit réveiller notre coeur, nous donner courage, confiance, foi, amour, dynamisme. Oh, il ne s’agit pas de sortir du monastère et de crier dans tout le village « Le Christ est ressuscité. Ecoutez-moi, je vais vous raconter ». Probablement que l’on vous claquerait la porte au nez parce que le monde – du moins en Europe, en tout cas – est fort déchristianisé mais nous n’avons pas besoin de parler, nous devons vivre le Christ et, à ce moment-là cela se voit ou cela s’entend, cela se sent. Pourquoi ? Pourquoi est-il bon, pourquoi est-elle souriante ? alors qu’il n’y a pas tellement lieu de sourire ; les gens s’interrogent. Il n’y a pas longtemps, prenant une voiture dans Paris pour circuler le chauffeur qui m’accompagnait, qui n’était pas chrétien, m’a vu en tenue et a commencé à me demander qui j’étais, si j’étais un rabbin. J’ai dit : « Non, je ne suis pas un rabbin, je suis un prêtre du Seigneur, je suis moine ». Alors il a eu un peu le souffle coupé puis il a commencé à me parler de Dieu - c’est lui qui a commencé, ce n’est pas moi – à m’interroger : comment je vivais, pourquoi, comment cela avait commencé, comment je continuais, qu'est-ce que je faisais là, pourquoi l’étais à Paris, etc…. Conversation banale mais conversation sous-tendue par la grâce de Dieu dans cet homme qui a suscité en moi les réponses que je lui donnais ; j’ai donné les réponses que je pouvais mais Dieu était là et à la fin du parcours cet homme m’a dit : « J’ai passé le meilleur moment de ma journée », pas à cause de moi, à cause du Christ. C’est un petit exemple mais tout est possible vous savez, avec Dieu, avec Jésus, tout est possible même l’impossible.
Alors soyons comme les apôtres. Nous avons reçu les dons du Saint-Esprit, soyons dynamisés par ces dons, offrons-les, donnons-les, là où nous sommes. Nous n’avons pas envie de sourire, sourions ; nous n’avons pas envie d’aimer, aimons ; nous avons des doutes, ayons la foi. Mais pour ce faire tout cela doit être demandé dans la prière fervente, régulière, comme le centurion : « Seigneur je crois mais augmente ma foi » car la foi n’est pas quelque chose que l’on reçoit comme un petit cadeau le jour du baptême, que l’on rage dans un tiroir ; la foi c’est quelque chose qui se dynamise tout le temps, sans cesse, qui nous rend courageux, heureux, paisibles et puis si, à certains moments nous sommes moins heureux, moins paisibles et bien c’est le moment d’aller se réfugier dans les bras miséricordieux du Christ et de se laisser aimer par Lui, de pleurer sur son épaule. Il nous consolera et Il nous donnera la force. Alors oui, comme les apôtres nous pourrons annoncer l’Evangile à notre manière, nous pourrons, à tous les peuples de la terre, donner le Nom de Jésus car le Nom est porteur de vie, le Nom du Christ est porteur de vie. Qu’Il nous apporte cette vie jusqu’à l’Eternité.

Amen

Esprit-Saint

16/6/2019 Jn VII, 37-52, VIII, 12
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Lorsque le psalmiste s'exprime ainsi : « Dieu, Toi mon Dieu, je te cherche dès l’aurore, mon âme a soif de Toi, après Toi languit ma chair, terre sèche, altérée, sans eau », il exprime sans aucun doute ce désir de goûter la plénitude de Dieu ; il a soif de Dieu. Or le Seigneur Jésus nous a proposé – nous l'avons entendu – de recevoir l'eau vive et cette eau vive c'est Celui que nous fêtons aujourd'hui solennellement, le Grand Saint-Esprit, troisième personne de la Sainte Trinité ; le Saint-Esprit par qui il nous est possible - et uniquement par Lui – d'entrer en relation avec le Père et le Fils ; c'est Lui qui ouvre notre cœur et notre âme à cette communion avec le divin, avec notre Dieu. Un des qualificatifs de l'Esprit-Saint est « Consolateur » et oui, nous avons besoin souvent, très souvent de consolation, de consolations pour des raisons diverses parce que nous pouvons nous trouver dans un état de tristesse suite à un événement douloureux vécu dans notre famille, dans notre société, dans notre communauté, dans notre diocèse et puis il y a aussi une certaine tristesse qui naît en nous à chaque fois que nous commettons une faute, un péché, une chute et l'Esprit-Saint est là pour nous introduire à la miséricorde de Dieu, pour ouvrir notre cœur à cette miséricorde, à cet amour sans condition ; c'est l'Esprit d'amour, l'Esprit de vérité car Il nous mène à la vérité ; sans Lui nous ne pouvons connaître le Christ-Jésus comme nous devons Le connaître ; nous ne pouvons appréhender le mystère trinitaire sans le Saint-Esprit. Alors nous avons besoin de Lui ; c'est pour cette raison qu'après les agapes nous aurons les Vêpres « de l'agenouillement » qui nous permettront de dire ces longues prières qui s'adressent à l'Esprit-Saint pour qu'Il vienne, qu'Il vienne en nous, qu'Il nous habite, qu'Il soit l'habitant principal de notre cœur et qu'Il nous permette ainsi d'ouvrir ce cœur à l'amour de Jésus, transmission de l'amour du Père, amour éternel. C'est une grande grâce que de pouvoir, tous les ans, recevoir à nouveau la visite de l'Esprit-Saint. Certes nous l'avons reçu lorsque après notre baptême nous avons reçu la chrismation, les dons du Saint-Esprit mais nous avons besoin de réactualiser sa Présence et ce qu'Il nous offre car, à cause de nos faiblesses, nous perdons quelquefois la grâce de cette Présence. Par cette fête que nous célébrons aujourd'hui, il nous est donné la possibilité de recevoir à nouveau, en plénitude la grâce de l'Esprit-Saint, sa Présence, son activité permanente en nous. Alors, alors il est important que nous ayons conscience d'avoir ce désir de l'Esprit-Saint dans le cœur. Car si nous n'avons pas le désir de le recevoir, par la liberté qui nous est accordée, Il ne viendra pas puisque nous ne le désirons pas mais si nous Le désirons, au contraire, Il viendra plus rapide que l'éclair, Il se posera au cœur de notre cœur pour animer, dynamiser, sanctifier notre cœur et notre vie, pour lui donner tout son sens et ce sens c'est la réception de la plénitude de l'amour de Dieu. Je vous ai dit souvent ici que nous sommes des apprentis de l'amour sur cette terre, que nous ne pouvons pas apprendre à aimer sans la présence de l'Esprit-Saint, sans son action salvatrice, dynamisante qui nous éduque à l'amour. A chaque fois, alors que nous n'en avons pas envie nous offrons un sourire à notre frère ou à notre sœur, c'est l'Esprit-saint qui nous a poussé à le faire ; à chaque fois que nous avons dans nos cœurs de la rancune, de la colère ou du jugement et puis que, d'un seul coup, mystérieusement, notre cœur tourne et devient aimant, c'est à cause de l'Esprit-Saint, pas à cause de nous, à cause de l'Esprit-Saint qui transforme notre colère, notre haine, notre jugement, en amour. Il peut tout, absolument tout puisqu'Il est Dieu, troisième Personne de la Sainte Trinité. Alors que notre prière soit une prière fervente. C'est pour cela que nous avons des cierges allumés ; pour nous rappeler que la Lumière du Christ nous a été promise comme la Présence de l'Esprit-Saint. Nous ne pouvons découvrir la lumière du Christ, le chemin qu'est le Christ sans la Présence de l'Esprit-Saint. Alors oui, que notre cœur soit désireux, chercheur de Dieu, chercheur de l'Esprit-Saint, sans cesse, tous les jours. Nous avons la possibilité de réciter cette belle prière : Roi céleste, Consolateur, Esprit de vérité, tous les jours, à chaque instant de notre vie et même si nous ne la disons pas pendant la période pascale pour des raisons pédagogiques, pour que le désir soit davantage excité, pour que notre désir se dynamise, pour que nous ayons cette tension vers cet Esprit dont nous avons besoin. Mais voilà que nous pouvons, depuis hier soir, chanter, dire : « Roi céleste, Consolateur, Esprit de Vérité, Toi qui es partout présent, - partout présent, pas uniquement ici dans cette Eglise et dans ce moment et dans le monde entier – Toi qui emplis tout ; vous comprenez ? Tout : la nature, tous les êtres de la terre -. Viens, purifie-nous de toutes souillures et sauves nos âmes Toi qui es bonté.

Amen.

Abandon foi confiance

9/6/2019 Lc XVII, 1-13

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Le texte que nous venons d’entendre se termine par « pour qu’ils aient la plénitude de la foi ». Ce texte, bien connu, qui est appelé «  la prière sacerdotale du Christ » est une prière où effectivement Il rend compte à son Père de sa mission en tant que grand-prêtre ; Il développe ce qu’Il a fait, ce qu’Il a reçu comme mission puis ce qu’Il a accompli de cette mission ; Il rend grâce à Dieu et surtout Il nous invite par ce témoignage, par ce testament à vivre dans une foi la plus grande qui soit, à cause de Lui. Il nous invite à nous abandonner : la foi est un acte d’abandon entre les mains de Dieu, face à un évènement, une histoire douloureuse, un empêchement, une blessure, une maladie grave. Nous avons besoin d’avoir confiance en Dieu. D’instinct nous avons confiance en ceux qui peuvent nous aider sur cette terre et nous avons raison : quelqu'un qui est malade aura confiance dans son médecin qui a reçu comme don de Dieu sa science ; un autre qui sera dans le désespoir aura raison d’aller trouver tel ou tel de ses amis ou bien un prêtre ou un moine ou une autre personne pour reprendre courage, pour prendre un conseil, pour pouvoir s’abandonner d’avantage dans ce que le Seigneur lui propose mais il n’est pas facile de s’abandonner. Oh pour les évènements simples et ordinaires, oui, cela est facile mais il y a des moments où, dans nos vies, l’évènement est lourd. Hier j’ai participé à la Liturgie, aux funérailles de Nathalie Korotkoff,, un des grands chantres de notre Eglise. Bien sûr nous étions tous – et sa famille en particulier, son époux, ses enfants, ses petits-enfants, tous ceux qu’elle a enseigné – tous nous étions dans la peine mais la peine, comme l’a dit son mari à la fin, doit s’accompagner de la joie parce que si nous savons nous abandonner entre les mains de Dieu, si nous savons croire en ce qu’Il nous a dit – d’abord Il nous a démontré qu’Il était mort et ressuscité et que c’était ce qui nous attendait : pour nous aussi, la mort et la résurrection , le salut éternel. - alors si nous croyons à ce que le Christ a eu comme mission de nous annoncer et de vivre sur cette terre en nous prouvant son amour alors il nous est plus facile de nous abandonner même si une certaine douleur, une certaine tristesse, les larmes sont tout à fait légitimes. Et puis il y a des moments – nous les connaissons tous – où nous ne savons plus quoi faire : face à une situation familiale, sociale, ecclésiale, communautaire, on se demande : mais qu'est-ce que je sois faire ? L’erreur est dans cette formulation : qu'est-ce que
je dois faire. Il nous faut au contraire essayer de nous abandonner et de dire : « Seigneur, qu'est-ce que Tu veux que je fasse ». Ce n’est pas du tout la même attitude. Nous avons un très bel exemple dans l’Ancien Testament au travers du Patriarche Abraham. A un moment de la vie d’Abraham, Dieu lui dit : « Va-t’en de ce pays et va où je te montrerai ». Il ne lui donne pas une indication géographique, il ne lui dit pas, va dans tel pays et là tout ira bien, Il lui dit : « Va où Je te montrerai ». C’est dans le futur que cela va se passer et Abraham qui est un homme de grande foi s’abandonne totalement entre les mains de Dieu. Il ramasse sa famille, ses troupeaux, ses amis et il part en confiance et ils avancent. Ils savent que Dieu ne veut pas les mener ailleurs que là où Il les attend pour leur offrir le bonheur, la joie, l’amour. C’est une très belle figure de foi et d’abandon qui nous est nécessaire : il faut que nous nous souvenions de ce qu’a fait Abraham ; il a correspondu à cette prière sacerdotale du Christ qui a tout fait, missionné par la Sainte Trinité, pour que nous ayons cette attitude d’abandon, de foi et c’est difficile, oui, c’est difficile quand on ne sait ce qu’il faut faire. Alors nous avons une première solution : la prière. Il faut savoir se mettre à genoux devant Dieu, pleurer devant Dieu, supplier Dieu et Lui dire : montre-nous où Tu veux nous mener. Dis-nous « Va où je te montrerai » et nous te croirons. Cela est valable pour toute situation. Dans l’Eglise à certains moments il y a des troubles, il y a des moments où on se demande si on est véritablement là où on devrait être. C’est le moment, c’est le moment de croire et de s’abandonner ; ce n’est pas le moment de discutailler, de dire : « Ah oui, mais par là cela ne va pas, par ici ca ne va pas non plus et puis là-bas on va se faire manger et puis ici on va être détruit ». Ce n’est pas cela la solution. Bien sûr on a le droit et même la responsabilité de réfléchir mais de réfléchir en s’abandonnant. Si nous avons des idées – et pourquoi pas ? – il faut toujours rajouter « J’ai cette idée là mais que ta volonté se fasse c'est-à-dire que j’irai là où tu me monteras, dans la confiance ». Lorsque tout semble s’évanouir devant nous, lorsqu’on ressent un certain abandon ou un rejet ou un mépris et que l’on se demande « Qu'est-ce que je dois faire ? Où dois-je aller ? ». Oui c’est le moment de prier mais dans l’humilité non pas en imposant à Dieu notre volonté en lui disant : « C’est là que je veux aller alors bénis-moi ». Ce n’est pas cela l’abandon ; l’abandon c’est dire : « Peut-être que je pourrais aller par là mais j’irai là où tu me monteras. Tu me guideras ». C’est cela qui est important.
Alors ce témoignage du Christ, ce testament … il faut qu’il ait un sens dans notre vie, il faut qu’il résonne dans nos coeurs, dans nos âmes. Le Christ n’est pas venu pour rien ; Il n’est pas venu pour faire des beaux discours que l’on a ensuite inscrits dans un livre et que l’on lit de temps en temps parce que c’est agréable, cela fait du bien. Oui, mais ce n’est pas suffisant. Il ne s’agit pas uniquement de lire, il faut accomplir et c’est ce que le Seigneur Jésus nous propose dans son testament : que nous soyons capables d’accomplir ce que Lui a accompli en obéissant au Père. Il n’a pas dit : « Pour sauver les hommes je vais venir sur la terre et leur dire : ne vous inquiétez pas, tout ira bien. Allez, c’est fini, on continue la route. Buvez, mangez, festoyez, réjouissez-vous tout ira bien ». Non, non Il n’a pas dit cela. Il a dit des paroles, donné des enseignements, des commandements mais Il a surtout appliqué sur Lui ce que nous avons à faire. Il est mort, Il a souffert, Il a été rejeté, Il a été bafoué, Il a été critiqué, ce qui nous arrive aussi à certains moments, y compris dans l’Eglise. Regardez St Nectaire d’Egine, un évêque extraordinaire, choisi pour être évêque - il n’a rien demandé - et puis, à peine est-il évêque, l’Eglise ne cessera de le combattre, de le persécuter jusqu’à la fin de sa vie. C’est ainsi qu’il est devenu un Saint international que nous prions et qui nous donne force, courage, confiance. On lui suggérait souvent : « Mais défends-toi, explique que c’est faux, écris au Patriarche, dis-lui que tout cela est faux et qu’il faudrait faire autre chose ». Non, il refusait toujours.et il disait : « Non, ne t’inquiète pas, Dieu est là ». Alors cette confiance, cet abandon qu’ont vécus le Saint Patriarche Abraham, St Nectaire et d’autres Saints - nous pourrions citer des milliers - doivent être aussi notre attitude, chacun a notre niveau. Nous ne devons pas avoir peur de l’avenir, même s’il se présente comme incertain puisque Dieu est là.
Oui que notre foi soit grande, qu’elle nous conduise à l’abandon ; que nous cessions de dire : « Je pense que …, je veux que …, je souhaite que … ». Supprimons le « je » mais interrogeons Dieu : « « Qu'est-ce que Tu veux pour moi, pour ma communauté, pour mon Eglise ? qu'est-ce que Tu veux ? » Et il faut que cette question soit posée à Dieu avec une grande foi, un abandon total, que nous n’ayons pas déjà en projection une réponse. Laissons de côté
nos réponses mais écoutons la réponse de Dieu. Elle viendra. Peut-être qu’elle nous paraîtra insatisfaisante par rapport à nos désirs - parce que nos désirs sont toujours très grands, nous voulons la perfection mais la perfection n’est pas de ce monde. Seul Dieu est parfait mais parce qu’Il est parfait, Il sait nous mener par des chemins qui progressivement nous mènerons à la perfection totalement goûtée dans l’Eternité mais sur cette terre nous n’aurons jamais rien de parfait, il ne faut pas rêver. Nos communautés ne seront jamais parfaites, nos familles ne seront jamais parfaites, notre société ne sera jamais parfaite et nos Eglises ne seront jamais parfaites, contrairement à ce que l’on croit quelquefois mais le problème n’est pas là, le problème est de se mettre à genoux et de prier le Seigneur : « Montre-moi où Tu veux me conduire et progressivement, j’adhérerai à Ta Volonté et que Ta Volonté soit faite ».
Amen

Désir du Christ

5/5/2019 Jn XX, 109-31

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Il y a une première chose à remarquer dans ce récit c’est que le Seigneur Jésus à chaque fois qu’Il apparaît devant ses disciples ou devant Thomas, Il leur dit « La Paix soit avec vous ». C’est par trois fois qu’Il répète cette bénédiction. Dans la divine Liturgie, comme dans tous les Offices, le prêtre est amené à dire la même chose, très souvent « La Paix soit avec vous ». Parce que pour recevoir tout enseignement du Christ, pour Le recevoir il faut que notre coeur soit en paix : si nous ne sommes pas en paix alors il est difficile pour le Seigneur d’agir en nous. C’est pour cette raison qu’Il nous propose Lui-même la paix. Il l’offre à ses apôtres.
Ensuite, par rapport à cet épisode nous pouvons, dans un premier temps, comme probablement l’ont fait les apôtres, penser que Thomas a douté de la Résurrection du Christ. Il est probable que Thomas comme tous les autres apôtres d’ailleurs aie douté de la Résurrection et, si vous avez bien fait attention, dans la première partie du récit, le Seigneur Jésus leur montre les plaies de ses mains et de son côté. Ce qu’il fera de nouveau pour Thomas puisque Thomas avait en quelque sorte exprimé son désir de croire s’il mettait sa main dans les plaies du Seigneur. Donc le doute était certainement des deux côtés mais Thomas n’était pas là quand Jésus est apparu la première fois aux apôtres. Lorsqu’Il apparaît le Seigneur Jésus répond immédiatement aux besoins de Thomas ; Il lui dit : « Mets ta main dans mon côté et dans mes plaies ; ne sois plus incrédule mais croyant ». Thomas sera d’ailleurs le seul à dire : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Les autres n’ont rien dit ; ils ont été dans la joie mais ils n’ont pas exprimé cet acte de foi « Mon Seigneur et mon Dieu ». C’est pour cette raison que l’on peut penser que Thomas, certes, comme les autres, avait quelques doutes mais avait aussi un grand désir de retrouver le Seigneur, de Le voir et même de Le toucher. C’est un désir légitime, c’est un désir que peut-être nous ressentons nous aussi car nous ne voyons pas le Seigneur Jésus. Or le Seigneur Jésus a dit à Thomas : « Heureux ceux qui croient en ayant vu mais bien plus heureux encore ceux qui croiront sans avoir vu ». C’est de nous qu’il est question, c’est de notre foi. Nous pourrions nous aussi dire comme Thomas : « Si je ne vois pas le Christ je ne croirai pas » et c’est peut-être ce qui nous arrive à certains moments. Nous aurions envie de Le voir ou bien, d’une autre manière, c’est simplement un désir, un désir légitime d’être avec le Christ, de vivre avec Lui, de Le voir, de l’entendre, peut-être de le toucher. Sur cette terre, à part quelques exceptions, aucun d’entre nous ne voit le Seigneur Jésus mais nous avons cette possibilité extraordinaire qu’Il a laissée, non seulement à ses apôtres mais à nous aussi, de Le voir et de Le recevoir même lors de la Communion puisqu’Il a dit à ses apôtres : « Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang » en leur montrant du pain et du vin qu’Il a béni. C’est pour nous justement l’occasion de poser un acte de foi total mais aussi d’avoir la grande joie de recevoir dans notre corps le Corps même et le Sang même de Jésus. Ceci est extraordinaire. Ceci doit nous consoler comme Thomas a été consolé en mettant sa main dans les plaies du Seigneur. Nous, nous recevons le Corps et le Sang du Christ en nous. C’est peut-être même la plus grande consolation que nous puissions avoir sur cette terre. Alors, lorsque nous communions, ayant conscience, une conscience vive, que malgré notre indignité, la même que celle de Thomas et des apôtres, malgré cette indignité, le Seigneur s’offre à nous, nous offre la possibilité de le toucher, de Le recevoir dans notre corps et dans notre sang. Que cela soit, à chaque fois, une reconnaissance, une reconnaissance du Christ, une action de grâce aussi pour tous les bienfaits que nous recevons malgré nos faiblesses. Nous savons bien que nous sommes pécheurs, nous le proclamons avant la Communion ; Il faut que nous ayons foi en cette réalité que nous sommes pécheurs et en cette réalité que le Seigneur nous sauve en s’offrant totalement à nous, autrement dit en purifiant totalement notre coeur et notre âme par la sainte réception de son Corps et de son Sang.
Ayons comme Thomas ce grand désir, ce grand désir de voir, de toucher, d’entendre, de recevoir le Christ. Si ce désir est manifesté régulièrement dans notre prière alors au moment où nous approcherons du Christ Lui-même, au moment où nous L1e verrons Il pourra nous dire : « Toi qui m’as désiré toute ta vie, viens et vois ».
Amen

Enfers Résurrection

27/4/2019 Mth XXVIII, 1-20

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Nous sommes bientôt arrivés au point culminant de la fête de Pâques qui se déroulera cette nuit. Déjà nous avons les prémices de la Résurrection du Christ qui sont manifestées dans cet Evangile et ces prémices sont teintées d’une coloration particulière. Lorsque le Seigneur s’adresse aux Saintes femmes qui sont les premières à L’avoir vu Il leur dit ces mots « Réjouissez-vous » et c’est sans aucun doute la réaction que nous devons avoir lorsque nous comprenons ce mystère de la mort et de la Résurrection du Christ. Réjouissons-nous. Oui notre coeur doit être en joie parce que, entre le moment où Jésus est mort et déposé dans le sépulcre et le moment où il apparaît ressuscité il se déroule un certain nombre d’heures pendant lesquelles il nous est dit que Jésus est descendu aux enfers, c’est d’ailleurs l’icône que nous aurons tout à l’heure au milieu de l’église qui s’appelle « la descente aux enfers ». Cette descente aux enfers est très importante parce que Jésus en descendants aux enfers délivre tous ceux qui depuis Adam jusqu’à Jean-Baptiste et les autres étaient enchaînés, ne pouvaient établir une relation aussi intense qu’elle aurait dû l’être au moment de la création et voici que le Christ vient renouveler ce lien, ce lien d’amour avec Dieu. C’est pour cette raison qu’Il dit aux Saintes Femmes « Réjouissez-vous » ; c’est pour cette raison que, nous aussi, nous devons nous réjouir car la descente aux enfers du Christ c’est aussi la descente dans mon enfer : Il descend dans mon enfer et là Il me rencontre, Il me rencontre dans ma faiblesse, Il me rencontre dans mes chutes. Il n’est pas facile de vivre sur cette terre. Nous sommes en apprentissage – comme je le répète souvent. Nous avons bien souvent des doutes dans notre foi mais la foi et le doute vont ensemble et puis nous avons des moments de tristesse, d’angoisse, de désespoir soit parce que nous sommes touchés dans notre vie par quelque chose qui nous blesse et nous pouvons être blessés de toutes sortes de manières, par nous-mêmes d’abord, par nos proches, par nos amis, par nos frères, par nos sœurs, par notre Eglise, par les membres de l’Eglise ; tout cela est possible bien sûr et le Christ descend dans cet enfer et là Il tire tous ceux qui étaient en enfer y compris nous et c’est pour cela que nous devons être joyeux, heureux. Il y a une autre raison qui est dite à la fin de l’Evangile : « Ne vous inquiétez pas, Je serai avec vous jusqu’à la fin de temps ». Alors oui, à certains moments nous sommes inquiets bien sûr devant tout ce qu’il se passe dans le monde autour de nous ; il est normal que nous soyons inquiets, il est normal que nous partagions l’inquiétude du monde, l’angoisse du monde. D’ailleurs un grand Saint, Saint Ignace de Caucase – il a écrit pour les moines mais c’est valable pour tout le monde, je pense – que les moines de ces derniers temps, c'est-à-dire nous – n’aurons plus les mêmes ascèses que les premiers moines qui pratiquaient des ascèses que nous ne pouvons même plus comprendre aujourd'hui mais que l’ascèse des moines d’aujourd'hui sera de porter dans leur coeur l’angoisse du monde et c’est cela qui les sauvera. Cela est valable pour tout le monde parce qu’en portant l’angoisse du monde, notre angoisse mais aussi celle du monde, nous faisons appel au Christ pour qu’Il descende en nous, dans notre enfer et vienne nous remettre debout à chaque fois que nécessaire. C’est pour cette raison que nous connaîtrons ce soir l’apothéose de la Résurrection ; c’est pour cela que notre coeur sera dans la joie et que toute tristesse devra être dominée par la joie, la joie qui nous est offerte, le plus beau cadeau du monde par Dieu : la joie d’être aimé. Alors rendons grâce à Dieu pour cet amour infini dont nous ne comprendrons la dimension que dans l’Eternité.
Amen

Dire Merci

30/12/2018 Lc XVII 11-19
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Ce récit du miracle des lépreux que nous venons d'entendre est non seulement le témoignage de la miséricorde du Christ vis-à-vis de ceux qui souffraient mais c'est aussi un enseignement pour chacun d'entre nous. En effet, si nous faisons une transposition, nous sommes tous, d'une manière ou d'une autre, plus ou moins profondément, atteints par la lèpre, la lèpre de notre âme qui est notre faute, notre péché, notre chute. Et nous savons bien que le seul recours que nous puissions avoir pour retrouver la santé de cette âme souillée, c'est de crier vers Dieu, de se présenter à Lui dans l'état où nous sommes, dans l'état de lépreux et de lui demander la guérison, ce qui est le propre du sacrement de la confession des fautes. Ce qui est intéressant aussi de voir c'est que le Seigneur Jésus guérit les dix qui se sont présentés à Lui pour être guéris ; ils l'on été mais un seul sur les dix – c'est-à-dire pas beaucoup – est venu lui dire merci et rendre gloire à Dieu. Alors cela doit nous remettre un peu en question. Est-ce, lorsque nous allons nous confesser auprès du prêtre qui est intermédiaire entre Dieu et nous et que nous recevons l'absolution c'est à dire la guérison de notre âme, est-ce que nous pensons à remercier le Seigneur par une prière plus ou moins spontanée ? A plus fortes raisons lorsque nous sommes devant le Seigneur avec une supplication particulière autre que le péché, une guérison du corps ou quelque chose d'autre, et que nous Lui demandons sa grâce et que, l'ayant obtenue nous restions dans l'attitude des 9 lépreux qui certes ont été guéris mais ne sont pas venus dire au Christ leur reconnaissance. Est-ce que lorsque nous obtenons les grâces que nous souhaitons, avons-nous l'instinct de remercier Dieu? A chacun d'entre nous évidemment de répondre mais il faut bien reconnaître que nous avons beaucoup plus tendance à demander qu'à remercier et pourtant à chacune de nos Liturgies que l'on appelle une Eucharistie, nous avons l'occasion de rendre grâce au Seigneur car le mot lui-même « Eucharistie » signifie « rendre grâce », dire merci, evcharisto-poli en grec : merci beaucoup. Est-ce que pendant cette Liturgie qui se déroule aujourd'hui et les autres fois, est-ce que nous pensons à remercier le Seigneur ? Certes nous Lui demandons des choses : dans nos ecténies nous Lui demandons la paix, la paix du monde entier et tout ce qui concerne nos vies et nous Lui rendons grâce aussi au travers des grandes prières qui sont lues à haute voix. En venant communier au Corps et au Sang du Christ, c'est une manière de rendre grâce, de nous approcher à nouveau de Lui purifié que nous sommes, guéris de nos maux et nous approchant de Lui – bien qu'indignes – nous Le remercions profondément. C'est ce que nous faisons tout particulièrement dans les prières dites « après la communion » mais il faut bien reconnaître que souvent, pendant ces prières, l'on est distrait par autre chose ou l'on sort directement de l'église avant, sans avoir dit merci. Et pourtant ces prières sont d'une grande richesse. Et puis, indépendamment de l'Eucharistie que nous célébrons aujourd'hui, nous pouvons à tout moment dire merci à Dieu dans notre chambre, dans notre cellule, là où nous sommes, peu importe l'endroit ; savoir dire merci à Dieu, être reconnaissants ; c'est peut-être cet enseignement-là qui nous est donné aujourd'hui au travers de ce récit du miracle des lépreux.
Nous fêtons en même temps aujourd'hui les Saints Ancêtres du Seigneur, tous ceux qui l'ont précédés : les Prophètes, les Rois et les autres qui eux, quand on relit les textes ont su rendre grâce à Dieu. Certes ils demandaient des choses pour eux, pour le peuple mais ils rendaient grâce à Dieu. Un des grands personnages de l'Ancien Testament, Melchisédec, est celui qui représente justement par excellence l'action de grâce, il rend grâce à Dieu et il y en a encore bien d'autres ; tous ces Ancêtres du Seigneur ont su à la fois demander le secours de Dieu dans sa miséricorde  (la miséricorde de Dieu a été accordée – nous le chantons dans le psaume 118 entre autres ) et aussi dire merci au Seigneur. Relisez les psaumes et vous verrez qu'il y a des psaumes magnifiques d'action de grâce ; nous pouvons les utiliser pour dire merci au Seigneur pour les petites ou les grandes grâces reçues ; tout ce que le Seigneur nous offre n'est jamais petit de toute façon. Nous devons prier certes, c'est notre responsabilité de chrétiens pour nous-mêmes et pour le monde entier. Mais lorsque Dieu nous a entendus, lorsque Dieu nous a exaucés est-ce qu'il y a des actes d'action de grâce ? Il y en a eu dans l'histoire : le Sacré Coeur de Paris, la grande église, a été construite en action de grâce suite à une guerre où Paris a été épargné, après la supplication de tous ceux qui demandaient au Seigneur d'être épargnés, c'est un bel exemple parmi d'autres ; nous pouvons prendre beaucoup d'autres exemples, des exemples qui nous montrent que c'est possible de dire merci à Dieu. Nous avons l'occasion lorsque nous disons les prières avant et après le repas, particulièrement après le repas, de rendre grâce à Dieu. Est-ce que nous conservons cette tradition en famille, personnellement, voire secrètement ? Il est important d'apprendre à dire merci. Lorsque j'étais un petit enfant si je ne disais pas merci à mes parents ou à mes amis, je recevais une petite tape qui me rappelait que j'oubliais quelque chose : je n'avais pas dit merci. Dieu ne nous donne pas de tape, ce n'est pas son rôle mais il n'empêche que nous devons nous souvenir que nous avons à rendre grâce. Comment pourrons-nous rendre grâce au moment où nous nous présenterons devant le Seigneur si sur cette terre nous ne nous sommes pas entraînés à cette acte de grâce ? Lorsqu'Il nous dira – s'Il nous le dit - « Venez près de Moi » est-ce que nous saurons, comme cet étranger, nous prosterner devant Lui et Lui dire merci ou bien aurons-nous perdu l'habitude ? C'est la leçon de cet Evangile d'aujourd'hui.. Que Dieu nous aide à rendre grâce ; d'ailleurs le Christ nous apprend à rendre grâce : « Je te rends grâce Père …. » dans la grande prière sacerdotale notamment. Oui, demandons au Christ qu'il nous apprenne à Lui dire merci et s'Il nous apprend à dire merci et bien disons-Lui encore merci.

. Amen


Rencontre avec le Christ

16/12/2018 Lc XIV, 16-24
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Cette parabole que nous venons d'entendre peut être interprétée de façons différentes mais, en définitive, toutes les manières dont nous pouvons l'interpréter reviennent au même : est-ce que dans notre vie Dieu est le premier ? Est-ce que Celui qui nous a invité à partager sa vie, sa vie divine par amour, est-ce que Celui-là je le considère comme le premier ? Alors on peut interpréter l'histoire du banquet comme le banquet eucharistique que nous allons vivre. On peut interpréter ce banquet comme le Royaume des Cieux qui est offert à tous. On peut interpréter encore ce banquet comme la rencontre avec le Seigneur dans la prière. Tous ces « banquets » sont des occasions qui nous sont offertes pour une rencontre, une rencontre joyeuse, paisible, aimante avec Celui qui est tout amour pour les hommes. Or dans la parabole nous entendons que les uns après les autres viennent s'excuser : ils ont été invités ; Dieu leur a dit : « Venez, venez vers Moi » mais ils ont tous une raison et une bonne raison et ils ne viennent pas. Alors Jésus dit qu'il faut que le Père envoie chercher par ses serviteurs tous les autres, tous ceux qui n'ont pas forcément été invités directement, parce qu'ils n'ont peut-être jamais entendu parler de Celui qui les invitait ; tous ceux-là sont invités. Alors cela pose une grave question pour chacun d'entre nous parce que nous, nous avons reçu l'invitation ; à partir du jour où nous avons été baptisés, nous avons été invités à partager la divinité de Dieu, l’amour de Dieu et que faisons-nous de cette invitation ? Oui, nous avons des excuses : nous avons beaucoup travaillé pendant le jour, nous sommes fatigués ; nous avons quelques œuvres importantes à mener  mais cela nous arrive tous les jours à moi comme à vous  : alors que c'est l'heure de la prière, que c'est le moment de la rencontre avec Dieu sous une forme ou sous une autre, nous trouvons un moyen pour échapper à cette rencontre, à cette invitation , nous avons quelque chose d'autre à faire ; normalement, lorsque la journée est terminée, que les œuvres nécessaires ont été accomplies, c'est le moment de rendre grâce à Dieu, de se retrouver avec Lui paisiblement, d'échanger avec Lui sur ce que nous avons vécu en bien comme en mal, en sachant que nous serons toujours accueillis, écoutés, bénis. Mais nous trouvons des raisons pour échapper à cette rencontre.
Cette parabole – comme toutes les paraboles – est une mise en garde, forte, contre un danger, le danger de l'égoïsme : moi d'abord et Dieu ensuite. Lorsque le Royaume des Cieux s'ouvrira pour chacun d'entre nous à la fin des temps, aurons-nous, là encore, des excuses : j'ai encore quelque chose à faire ? Pourtant le Seigneur nous prévient lorsqu'Il nous parle de la fin des temps : « Lorsque vous saurez que c'est la fin des temps, laissez tout et venez ». Seulement si nous ne nous sommes pas entraînés tout au long de notre vie à laisser ce qui est peut-être bon mais secondaire par rapport à ce qui est fondamental, serons-nous capables à la fin des temps de dire : « Oui » à l'invitation ou bien de trouver encore une excuse ? Cette parabole veut nous interpeller, veut nous interroger, doit nous remettre sur les rails peut-être, en tout cas elle doit vivifier dans notre cœur le désir de Dieu, Dieu comme étant le premier servi, Celui à qui l'on pense dès que l'on s'éveille le matin, Celui à qui l'on pense lorsqu'on s'endort le soir, Celui à qui l'on pense dès que c'est le moment de la rencontre avec Lui ; les manières qu'ils nous offrent sont très variables, multiples ; à nous de les voir, de les comprendre, de les accueillir et surtout d'en vivre. Nous savons pourtant quel est le bonheur que nous ressentons comme quelque chose d’extraordinaire quand nous sommes avec Dieu, quand nous avons reçu Dieu, quand nous avons accepté, plus exactement, qu'Il nous reçoive ; nous savons que c'est un bonheur extraordinaire bien plus grand que le bonheur égoïste ; pourtant notre faiblesse et aussi la tentation du démon font que, trop souvent, noua laissons passer l'occasion de la rencontre ; la rencontre peut être simple : c'est un sourire à offrir à un frère, à une sœur, c'est regarder l'autre et non pas détourner le regard, c'est poser un acte d'amour, c'est donner quelque chose de plus que nous donnons d'habitude, c'est s'offrir à Dieu pour un service ou pour un autre et puis c'est prendre du temps, ce fameux temps qui nous échappe ; et bien il faut que nous captions ce temps et que nous gardions ce temps comme un moment privilégié, un moment d'excellence, un moment que nous ne pouvons pas refuser. Si nous étions invités par quelque grande personnalité de la terre : le président de la république, le pape de Rome, le Patriarche de ceci ou de cela, est-ce que nous dirions : « On verra plus tard, je n'ai pas le temps. Je dois m'occuper de mes bœufs, de ma femme, de ma nourriture, de mes prés ; on verra après ?». Je suis sûr que non ; nous irions, nous ferions tout pour aller à cette rencontre. Alors pourquoi, lorsque c'est Dieu qui nous invite, nous trouvons des raisons pour refuser cette invitation ; parce que nous sommes trop riches de nous-mêmes, trop imbus de nous-mêmes, trop surs de nous-mêmes ; parce que nous considérons qu'en définitive, probablement inconsciemment, nous n'avons pas besoin de Dieu, que nous sommes très bien avec nous-mêmes et nous nous trompons . Parce que, dans la parabole, ce sont ceux qui, apparemment, ont besoin de quelque chose qui sont aveugles, boiteux, malades, lépreux, qui sont pauvres, ce sont ceux-là qui viennent vers le Seigneur ; dès qu'ils sont invités, ce sont eux qui viennent. Alors est-ce que nous serions meilleurs qu'eux ? Est-ce que nous ne serions pas nous aussi aveugles, sourds, invalides, lépreux, pauvres ? C'est une question que le Christ nous pose aujourd'hui. Il nous met en garde : « Faites attention ; si je vous appelle c'est pour vous offrir mon amour, vous faire partager ma divinité ; essayez de l'accepter, faites un effort, organisez-vous et venez à Moi vous tous qui avec besoin de Moi ». Amen

Saint Nicolas

6/12/2018 Lc XX, 9-18
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Nous célébrons aujourd'hui la fête de St Nicolas, un des saints qui, dans le monde entier, est certainement celui qui est le plus célébré. C'est un peu mystérieux car on connaît très peu de choses de sa vie. On sait qu'il a assisté à un concile qui luttait contre l'arianisme. On sait par des histoires plus ou moins authentiques ou légendaires une chose importante et qui certainement est elle- même véridique, que c'était un homme très bon, très doux et très attentionné à tous. Il est le patron de beaucoup d'organismes, de sociétés, en particulier il est le patron des voyageurs, des marins, de ceux qui sont dans la tempête et on raconte qu'il a sauvé justement un bateau qui était en perdition, que c'est lui qui est intervenu pour que les hommes soient sauvés. Je pense que c'est une bonne occasion pour nous de le fêter aujourd'hui, dans un moment où notre Eglise passe par des tribulations – il y en a eu bien d'autres dans l'histoire de l'Eglise et bien plus graves ; il arrive de temps à autre que, à cause de la faiblesse des hommes, il y ait des tribulations dans l'Eglise. Ces tribulations ne doivent pas nous inquiéter au-delà d'une certaine mesure car nous ne sommes pas seuls : nous sommes avec le Christ jusqu'à la fin des temps et même après la fin des temps. Et s'il nous a dit qu'il serait avec nous jusqu'à la fin des temps pour nous aider, pour nous défendre, pour nous remettre dans la vraie voie alors au moment où nous sommes les uns, les autres, pour différentes raisons, dans certaines souffrances, et bien je pense qu'il est bon de demander à St Nicolas, si bon, si doux qu'il intervienne auprès du Seigneur, qu'il intercède pour son Eglise qui est comme un bateau qui actuellement tangue beaucoup dans tous les sens mais ; un bateau qui tiendra bon jusqu'au bout car ce bateau il existe depuis longtemps et il existera encore pendant longtemps même s'il doit subir encore et encore des tribulations. Que St Nicolas soit notre intercesseur, qu'il apaise les tempêtes intérieures et extérieures et qu'il nous donne surtout la foi, la foi dans le Christ qui est notre rocher. « Que peut-il nous arriver de grave ? Qui nous arrachera à l'amour du Christ », nous dit St Paul. Les hommes ? Certainement pas. Personne ne peut nous arracher à l'amour du Christ si nous désirons accueillir cet amour et si nous le supplions. Alors n'ayons pas peur. Que nos tribulations soient vraiment l'occasion d'offrir à Dieu notre confiance, notre foi, notre espérance, notre amour en Lui. Que St Nicolas nous y aide par sa prière et son intercession.
. Amen


Le prochain

18/11/2018 Lc X, 25-37
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Dans cet Evangile il y a quelque chose qui peut-être vous a surpris. En effet, le docteur de la Loi qui interroge le Seigneur connait bien les commandements de Dieu : « Tu aimeras ton Dieu de toutes tes forces, de toute ton âme ou de tout ton esprit et tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Et il pose la question au Christ : « Et qui est mon prochain ? » Or, dans la parabole, c’est comme si la réponse était inversée parce qu'on aurait tendance à penser que celui qui est mon prochain est celui qui, dans la parabole, est au bord de la route, a été maltraité, a été blessé, il est presque mourant. C’est celui-là le prochain, celui que je dois soulager. Et, en fait, c’est tout l’inverse dans la parabole. Le prochain c’est un Samaritain qui s’est arrêté contrairement aux deux autres et qui a soulagé celui qui souffrait. Il y a, oui, comme une espèce d’inversion mais qu'est-ce que le Seigneur veut nous faire comprendre au travers de cela ? Il n’y a pas d’ambiguïté en fait car nous devons être le prochain de celui qui souffre et celui qui souffre doit reconnaître l’autre comme son prochain : il y a donc une espèce d’échange de relations avec la même qualification d’un côté comme de l’autre. Nous devons tous être le prochain de l’autre d’une manière ou d’une autre. Et en fait cela nous rappelle l’autre parabole que le Seigneur nous offre pour méditer sur la fin des temps. Vous savez, il y aura d’un côté les boucs et de l’autre côté les brebis, etc. Et puis on l’interroge et il dit : « Celui qui aura soulagé les pauvres, c’est Moi qu’il aura soulagé. Celui qui aura visité les prisonniers, c’est Moi qu’il aura visité. Celui qui a vêtu celui qui était nu, c’est Moi qu’il aura visité ». Autrement dit pour que nous soyons « prochain » dans un cas comme dans l’autre il faut que nous nous en référions au Christ ; dans tous les cas de figures, nous devons essayer de comprendre que nous avons quelque chose à donner à l’autre de la part du Christ, soit en reconnaissant l’amour de l’autre qui panse mes plaies, soit en pansant les plaies de celui qui en a besoin. Dans les deux cas, si nous le faisons dans l’esprit du Christ en pensant que celui qui est en face de moi devient signe du Christ, quel que soit celui qui est en face de moi, celui qui souffre, comme celui qui soulage ; cela engage donc notre responsabilité de « distributeur » d’amour ; nous devons être reconnaissants à celui ou celle qui apaise nos plaies quelles qu’elles soient : morales, physiques, spirituelles, psychiques et nous devons l’aimer comme notre propre prochain qui est venu de la part du Christ pour nous soulager. Et puis nous devons aussi soulager celui ou celle qui est atteint par quelques plaies en sachant que c’est le Christ que l’on soulage. Cela veut dire que nous avons une belle vocation en tant que chrétien, une responsabilité que le Seigneur nous offre, la responsabilité de l’amour et c’est difficile ; c’est cela le problème c’est que c’est difficile d’aimer. Le Seigneur nous le dit : aimer ses amis c’est facile mais il va jusqu’à nous dire : aimez vos ennemis et cela c’est le plus difficile de tout, sans la grâce c’est même impossible et pourtant le Seigneur nous y invite. Si nous sommes invités à l’amour nous devons essayer de chercher comment nous pouvons répondre à cette invitation et puisque nous sommes entrés dans cette belle période de carême qui précède la fête de Noël de l’incarnation, c’est peut-être le temps de nous interroger, de nous examiner devant Dieu et avec Dieu, pas tout seul, pas de manière psychologique mais d’une manière vraiment spirituelle, avec l’éclairage de l’Esprit-Saint, pour nous demander où nous en sommes par rapport à l’amour car Celui que nous fêterons dans une quarantaine de jours c’est Celui qui aime et qui aime tellement qu’Il s’abaisse, qu’Il s’abandonne totalement à la volonté du Père et, mû par l’Esprit, Il vient au milieu de nous devenir ce qu’il y a de plus fragile sur terre, un petit enfant, né dans des conditions – il faut bien l’avouer – peu reluisantes. Voilà comment Dieu se manifeste dans son amour, comment en quelque sorte il devient – et le mot est inadéquat – notre prochain. Il est notre Prochain par excellence avec un P majuscule : Il est Celui qui est le plus proche de nous alors nous pouvons Le rencontrer dans un grand nombre d’occasions : dans notre famille, dans notre communauté, dans notre paroisse, dans la rue, en faisant nos courses, en prenant les transports publics, peu importe mais ce qui est important c’est d’ouvrir les yeux, ouvrir les yeux dans un acte d’amour, ouvrir les yeux en se disant : qu'est-ce que j’ai à faire ? Est-ce que je dois crier pour que l’on vienne à mon secours si je suis dans la souffrance, dans le malheur ; dans la douleur pour que quelqu'un vienne et que je sois son prochain et puis qu’il devienne à son tour mon prochain puisqu’il m’aura soulagé ? Ou bien suis-je dans la situation inverse : je soulagerai celui qui est à côté de moi pour le moment et qui a besoin de mon secours d’une manière ou d’une autre ?  Il y a trente-six manières d’aimer et cela doit nous consoler parce que chacun prendra la manière qui lui correspond pour le mieux, sur le moment. Nous le savons tous, il est difficile de vivre ensemble parce que nous sommes tous différents et nous avançons tous à des rythmes  différents ; nous rencontrons des difficultés, des souffrances, des impossibilités même à certains moments mais c’est justement sur ces terrains-là, le terrain du vivre-ensemble, que nous avons à réfléchir mais surtout à agir en priant, bien sûr, en demandant le secours de Dieu pour aimer, pour aimer celui ou celle qui est venu nous soulager, pour soulager celui ou celle qui a besoin d’être soulagés ; par la prière, peut-être, c’est un moyen qui est toujours à notre disposition, la prière ; c’est un acte d’amour mais c’est aussi un cri : « Seigneur viens à mon secours, hâte-toi de me secourir » dit le psalmiste et le Seigneur vient en devenant notre prochain, le plus proche ; c’est Lui le plus proche ; c’est Lui qui est là pour nous aider à aimer ou à demander de l’amour. Alors oui, notre vocation de chrétien est belle, l’Eglise devient belle à cause de cela, si nous vivons cela ; nous sommes responsables de notre vie en Eglise, chacun, personnellement ; ce ne sont pas les autres qui sont responsables, c’est moi. C’est en moi que commence une guerre, une dispute, un conflit, un jugement, une erreur. Alors si je corrige en moi cette attitude Dieu va me donner la possibilité de changer et d’avoir une attitude d’amour envers mon frère, envers ma sœur et non pas une attitude de domination, de jugement, de rejet, toutes ces choses que nous connaissons bien malheureusement. Alors oui, notre vocation de chrétien est belle et si nous y correspondons – et nous pouvons, puisque la grâce existe – si nous y correspondons alors l’Eglise devient belle et la beauté c’est le reflet de Dieu.
. Amen


Amour bon Pasteur

11/11/2018 Lc VIII, 41-56 Jn X, 9-16
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Dans le second Evangile que nous venons d’entendre, le Seigneur nous livre sa Parole et nous précise qu’il est le Bon Pasteur, le pasteur qui guide son troupeau, qui est attentif à toutes ses brebis pour les mener au bercail. Il nous enseigne autrement dit sur ce qui est fondamental en Lui, l’amour, car le Bon Pasteur est celui qui aime ses brebis. C’est ce qu’Il nous dit. Il les aime quelle qu’elle soit et dans un autre passage de l’Evangile il nous raconte la parabole où le Bon Pasteur va chercher la brebis qui s’est égarée ; c’est la miséricorde du Christ qui est en cause, c'est-à-dire cet amour qui se pose sur la brebis qui est blessée, égarée, souffrante, malheureuse et Il la porte sur ses épaules.
Dans le premier Evangile il ne s’agit plus d’enseignement, il s’agit de quelque chose d’encore plus concret, c'est-à-dire l’application de l’enseignement : le Seigneur devient miséricordieux vis-à-vis de la fille de Jaïre, le chef de la synagogue, et de l’hémorroïsse, cette femme qui était atteinte d’un flux de sang. Il guérit l’une, Il ressuscite l’autre. Il applique, là aussi l’amour et la miséricorde.
Il se trouve qu’aujourd'hui nous fêtons Saint Martin, évêque de Tours, qui fut appelé et qui est appelé encore aujourd'hui Saint Martin le Miséricordieux ; à juste titre car Saint Martin est sans aucun doute l’un des grands modèles du pasteur. Dans la vie de Saint Martin on raconte que, dès l’instant où il a connu le Christ, il n’a cherché qu’à le prier : première étape, prier. Deuxième étape : faire en sorte que sa vie soit en conformité avec ce que le Christ avait dit : aimer. On nous rapporte l’épisode où il n’était encore que soldat où il donne la moitié de son manteau à un pauvre : il fait miséricorde au pauvre. Plus tard, il guérira beaucoup de personnes, il ressuscitera des morts mais tout cela il le fera par amour et cet amour il l’aura acquis dans la prière. Saint Martin se retirait dans les grottes de Marmoutier près de Tours avec ses compagnons et avant même d’avoir été élu évêque de Tours, il s’était retiré, seul, dans une grotte à Ligugé pour y vivre une vie de retrait, de prière et d’amour pour le monde. Des compagnons se sont joints à lui, ainsi est né le monastère de Ligugé. De là, il fut appelé à devenir évêque de Tours mais il n’a pas changé, il est resté le même, celui qui était mû par l’amour de Dieu, par la miséricorde du Christ qu’il avait reçus lui-même car on ne peut pas donner ce que l’on n’a pas reçu. Alors tout cela : la Parole du Christ, les guérisons du Christ et ce qu’a fait Martin le Miséricordieux, tout cela doit nous inciter nous-mêmes à vivre selon l’enseignement de Dieu, selon l’enseignement du Christ, à l’image du Seigneur Jésus et de Saint Martin : être véritablement des témoins de l’amour de Dieu. Dieu nous aime, je vous l’ai souvent dit ici ; Dieu nous aime tel que nous sommes avec notre nature déchue, avec notre pauvreté, nos chutes, avec notre faiblesse mais aussi avec nos richesses ; Il nous aime tout entier, ne nous rejette pas et si nous allons vers Lui Il nous accueille sans condition. Il applique ce qu’Il est, amour, et ce qu’Il donne s’appelle la miséricorde pour chacun d’entre nous. Alors si nous recevons la miséricorde du Seigneur, il faut nous souvenir que nous devons nous aussi vivre dans l’amour et être miséricordieux jusqu’au bout, jusqu’à l’impossible. C’est ce qui manque bien sûr, à nous tous d’abord et au monde entier. Saint-Silouane nous dit : Imaginons si tous les hommes de la terre acceptaient humblement d’aimer, dans quel monde viverions-nous ! Nous devons comprendre que tout commence, tout commence par chacun d’entre nous : les guerres, les disputes, les conflits, tout commence dans notre cœur. Ce ne sont pas les autres qui sont responsables, c’est moi. Je n’aime pas mon frère, ma sœur, je la juge, je le juge, je le rejette, je n’applique pas l’amour, je n’aide pas ceux qui ont besoin d’être aidés ; c’est là que cela commence. C’est trop facile de critiquer les uns, les autres dans leurs mauvaises actions. Bien sûr nous devons discerner ce qui est mauvais : le mal est le mal, le bien est le bien mais trop vite nous accusons ceux qui, par malheur, n’ont pas fait le bien et nous oublions ce que nous faisons, nous, dans notre cœur à certains moments. Certes nous ne sommes pas tout le temps des méchants, des mauvais, des gens qui jugent, des gens qui rejettent, bien sûr mais, à certains moments, nous le sommes aussi ; il faut le reconnaître dans l’humilité. Alors si nous commencions par nous : entendre la Parole du Christ, d’abord, qui est venu pour nous, pour nous guider, pour nous mener au bercail, nous aimant tels que nous sommes. Si ensuite nous comprenions comment le Christ a agi à partir de cette Parole et comment les saints, particulièrement Martin le Miséricordieux, ont agi ; si nous comprenions cela, c'est-à-dire que nous prenions cela avec nous (le mot comprendre c’est prendre avec), si nous mettions cette attitude-là dans notre cœur et en vivions, avec la grâce du Seigneur, indispensable, alors oui le monde aurait une autre couleur, l’Eglise serait belle. Elle est toujours belle parce que sa tête c’est le Christ qui est parfaitement beau puisqu’il est amour mais la partie humaine est un peu moins belle à certains moments mais la partie humaine, c’est moi, c’est vous, ce sont tous les chrétiens. Alors nous avons donc une responsabilité de chrétiens, la responsabilité d’entendre la Parole de Dieu, la responsabilité de nous souvenir de ce qu’a fait le Christ dans son Incarnation, tout au long des années où Il a vécu sur cette terre, la responsabilité de nous souvenir de ce qu’ont fait les Saints, Saint Martin et les autres. C’est une responsabilité qui doit nous engager à aimer. Si nous savions aimer, si nous comprenions combien l’amour est indispensable, tout serait résolu. C’est ce qui nous attend dans l’Eternité où il n’y aura plus ni contraintes, ni faiblesses, ni chutes. Il n’y aura que de l’amour mais avant l’Eternité, il nous faut apprendre à aimer. Amen

Ecouter la Parole de Dieu

21/10/2018 Lc VIII, 5-15
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
La parabole que le Seigneur nous propose est livrée avec une explication qu’il donne à ses apôtres, ce n’est donc pas utile de recommenter cette parabole dans son sens profond que nous avons compris. Il y a derrière tout cela évidemment une grande leçon de la part du Christ, une insistance même, afin que nous comprenions, comme l’ont compris les apôtres, que la Parole de Dieu est importante. La Parole de Dieu se manifeste dès l’Ancien Testament et prend toute son ampleur lorsque cette Parole, le Logos, le Fils de Dieu apparaît sur la terre et prononce tous les mots que nous connaissons. L’important du message évangélique d’aujourd'hui, peut-être, c’est que nous comprenions que nous devons écouter, écouter la Parole. Dans l’Ancien Testament il est dit « Ecoute Israël ». Le Seigneur Jésus dira à plusieurs reprises : « Ecoutez-moi vous tous ». Dans la règle de Saint Benoît il est dit : « Ecoute, ô mon fils ». Ecouter c’est ce que fait le petit enfant dès qu’il est né. Il ne pourra s’exprimer, il ne pourra dire une parole que lorsqu'il aura écouté, entendu ; il répétera d’abord puis il comprendra, puis il s’exprimera librement avec les mots qu’il aura assimilé dans son propre cœur et dans son propre intellect. Alors, pour la Parole de Dieu il en est ainsi. Nous l’entendons peut-être mais l’écoutons-nous ? C'est-à-dire cette parole a-t-elle une résonnance dans notre cœur, dans notre âme, dans notre être, dans notre vie ? Est-ce une parole pieuse, sympathique, quelque fois un peu difficile à entendre ou bien est-ce une Parole qui entre, qui pénètre dans notre cœur, qui est en quelque sorte digérée, assimilée à notre vie ? Est-ce que la Parole de Dieu entre parce que je l’ai écoutée ? Lorsque le Seigneur apparaît sur la terre toutes ses Paroles, toutes ses paroles divines nous sont offertes, elles nous sont offertes pour que nous grandissions, que nous grandissions selon l’Esprit-Saint dans l’amour de Dieu. C’est pour cette raison que, dans l’Eglise, la Parole de Dieu est toujours respectée rituellement, mais rituellement cela veut dire réellement ; le rite en lui-même n’est que le reflet de la réalité profonde : on ne retire pas de l’autel l’Evangile, sauf quand on le lit mais on le remet tout de suite sur l’autel, il ne quittera pas l’autel ; un autel sans Evangile est un autel auquel il manque quelque chose d’essentiel, la Parole. On vénéré l’évangéliaire, c'est-à-dire on vénère la Parole de Dieu et quand nous ouvrons dans notre chambre, dans notre cellule le livre des Evangiles ou la Bible, nous l’embrassons avant de commencer à lire, à entendre, à écouter et quand nous avons terminé, nous vénérons et nous embrassons notre livre saint. Le livre est saint parce que la Parole est sainte ; c’est toute la sainteté de Dieu qui arrive en nous, c’est toute la sainteté de Dieu qui vient nous imbiber comme une éponge qui a besoin d’eau. Alors, tout la question, et c’est bien là le sens de la parabole, qu'est-ce que nous faisons de cette Parole ? Amen

Icône

14/10/2018 Jn XVII, 1-13
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Le texte que nous venons d’entendre est comme un testament que le Seigneur Jésus nous laisse avant de quitter cette terre. Il rend compte à son Père du fruit de sa mission, à savoir que nous connaissions le Père comme nous avons connu le Fils. Cet Evangile est lu à l’occasion de l’anniversaire du 7
ème concile œcuménique qui fut un concile important parce qu'il faisait suite à une lutte fratricide entre ceux qui voulaient défendre la vénération des icônes et ceux qui s’y opposaient. Il ne s’agissait pas de défendre simplement des éléments qui auraient pu être des éléments de décor dans une église ou dans un temple, il s’agissait de beaucoup plus que cela car en défendant l’icône, les moines, les Pères qui ont pour certains sacrifier leur vie, ont voulu défendre beaucoup plus qu’une espèce de forme d’idolâtrie qui n’avait pas de sens ; ils ont voulu défendre l’incarnation du Christ car si nous pouvons représenter le Christ sur nos icônes c’est tout simplement parce qu'Il a été vu, Il a été entendu, Il a été touché et à partir du moment où Il a été vu on a pu le représenter ; autrement dit les Pères voulaient défendre la vénération de l’icône  parce qu’ils voulaient absolument maintenir la foi dans l’incarnation du Christ, ce Christ qui s’est fait chair pour nous, qui a donné sa vie pour nous, qui est venu sur terre en prenant notre corps de chair et en assumant le quotidien ; en se manifestant comme tel Il manifestait tout l’amour de Dieu car nous savons très bien que le Christ a été, pour nous, mis sur la croix, crucifié et est mort pour nous montrer combien nous étions aimés de Dieu malgré notre situation, malgré notre état de péché, de faiblesse, de chute et que Dieu nous aimait bien au-delà de tout cela puisqu’Il nous montrait qu’Il était capable de mourir pour nous. Certes on ne sépare pas la mort du Christ de sa Résurrection du troisième jour, gage pour nous de cet amour total car, en ressuscitant, le Christ nous offrait à chacun d’entre nous la possibilité de la résurrection personnelle. La vénération de l’icône du Christ est quelque chose qui touche l’humanité entière car lorsque le Christ est retourné vers le Père, Il y est retourné avec toute l’humanité, nous tous ; la compénétration de sa nature humaine et de sa nature divine entraînait notre propre nature humaine vers le Père, vers le salut et c’est cela qui est important. Lorsque nous vénérons la face du Christ nous vénérons Celui qui nous a sauvés. Nous devrions être marqués par cet extraordinaire don de Dieu comme l’on est marqué au fer rouge ; notre cœur devrait être marqué d’une manière définitive par la belle image du Sauveur de telle sorte que nous puissions nous en souvenir à chaque instant de notre vie. Car si les icônes existent c’est pour le souvenir, le souvenir de Celui qui nous a sauvés, le souvenir de Celui qui nous aime tant malgré nos erreurs, le souvenir de Celui qui est miséricorde et quil a un cœur qui se penche sur la misère de l’homme, le souvenir de Celui qui accueille tous les hommes de la terre car Il n’est pas venu uniquement pour sauver les chrétiens, Il est venu pour le salut de tous, Il l’a dit lui-même. La grande prière que nous venons d’entendre fait allusion à cela : que tous soient un, c'est-à-dire que tous les hommes de la terre soient unis entre eux par l’Esprit-Saint afin de connaître Dieu, de le connaître dans l’intimité de notre être profond, de le connaître dans notre quotidien, de le reconnaître dans notre frère ou dans notre sœur fussent-ils non-chrétiens. Tout homme, toute femme ont été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Alors nous autres les chrétiens nous avons une énorme responsabilité. Nous n’avons pas à tirer gloire d’une manière orgueilleuse du fait d’être chrétiens mais nous avons à être responsables de ce que nous avons reçu, nous avons reçu la possibilité d’être aimés quoi que nous fassions. C’est un grand mystère mais un mystère tellement réjouissant, tellement consolant, tellement fortifiant, tellement dynamisant, savoir que l’on est aimé. Ce qui manque terriblement et ce qui manquera toujours terriblement aux hommes de la terre c’est de savoir qu’ils sont aimés. Nous avons tous besoin d’être aimés d’une manière ou d’une autre mais sans aucun doute d’être aimés par Dieu et d’expérimenter cet amour, de l’expérimenter dans le banal de notre quotidien au travers d’un sourire, au travers d’une joie simplement humaine, au travers de la contemplation de la nature qui est belle et qui reflète la beauté de Dieu, au travers de tout ce qui est beau, même l’homme qui pleure pour des raisons justes est beau et nous devons l’aimer et lui dire qu’il est aimé de Dieu, c’est notre responsabilité. Alors oui, l’icône a tout son sens si on la comprend ainsi : ce n’est ni un objet de décor, ni on objet d’adulation mais c’est un lieu de foi et c’est un lieu d’amour.
. Amen


Foi, épreuves confiance

30/9/2018 Lc V, 1-11
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Ce récit de la pêche miraculeuse qui nous est bien connu comporte évidemment pour chacun de nous quelques enseignements bons à retenir. Tout d’abord le Seigneur commence à monter dans la barque de Pierre pour enseigner ceux qui l’entouraient. Il ne nous est pas dit ce qu’il a prononcé à ce moment-là mais on se doute bien que c’était un enseignement encourageant pour faire grandir la foi de ceux qui L’entouraient et qui L’écoutaient. Puis il demande à Pierre de pousser la barque au loin pour aller chercher du poisson. Pierre lui répond qu’ils ont passé la nuit à tenter de pêcher quelques poissons et que rien n’est venu. Il a donc une certaine manière de se justifier, de dire : à quoi bon, mais « Puisque tu le dis, je vais le faire ». Il y a à la fois chez Pierre un doute et une confiance, un acte de foi, et cet acte de foi va être payant puisque le filet va être rempli de poissons et les pêcheurs, Pierre mais aussi Jacques et Jean seront surpris de ce miracle. Cela entraînera la prosternation de Pierre devant le Christ et peut-être aussi celles de Jacques et Jean mais cela aura pour conséquence qu’à partir de ce moment-là Pierre, Jacques et Jean vont suivre le Christ. Ils ont été saisis par cet évènement miraculeux, par la puissance de cet homme ; ils ont envie de Le suivre parce qu'ils Lui font confiance. Il y a d’abord la séduction par rapport au miracle puis la confiance et en quelque sorte l’abandon à la volonté de Dieu. En effet pour que nous puissions suivre le Christ il faut d’abord être séduit par Lui, avoir goûté sa grâce. En général lorsque Dieu veut nous attirer à Lui, c’est de cette manière qu’Il agit. Les Pères nous disent qu’il y a plusieurs étapes dans la vie spirituelle : la première étape, c’est celle de la séduction ; on est d’abord séduit par Dieu, il y a un état de grâce ; c’est un peu comparable au fiancé qui est séduit par sa fiancée et qui ensuite décideront d’avancer vers le mariage. ; c’est la même réalité qui est présente aussi pour les moines et les moniales qui sont appelés à mener une vie particulière ; il y a d’abord une séduction qui peut se concrétiser de diverses manières : on peut être séduit par la beauté d’un lieu, la beauté des chants, l’enseignement qui est donné dans ce monastère, la qualité du Père spirituel, la qualité des moines, des moniales, etc. Quelque fois même Dieu nous séduit de manière tout à fait inattendue : je connais un Père spirituel très élevé qui, dans sa jeunesse ne croyait pas à la vie monastique ; il disait : ce sont des gens inutiles qui perdent leur temps et qui nous font perdre le nôtre et il se disait cela souvent jusqu’au jour où il s’est dit, tiens (parce qu'il n’était jamais allé dans un monastère), allons voir ces inutiles, par curiosité. Il s’est rendu dans un monastère proche de chez lui et il n’en est jamais reparti. C’est comme cela que Dieu l’avait séduit ; donc il y a toutes sortes de formes de séduction de la part de Dieu, toutes sortes de pêches miraculeuses qui nous attirent mais après il faut suivre, suivre le Christ et cela c’est un peu plus difficile. Les Pères nous disent que la deuxième étape de la vie spirituelle c’est justement la perte de la grâce, non pas la perte de Dieu mais la perte de la grâce, de cette présence sensible et qu’alors nous sommes dans l’épreuve ; nous sommes dans l’épreuve pour savoir qui nous sommes en définitive par rapport à cet appel de Dieu. Croyons-nous vraiment en Lui uniquement parce qu'Il nous a donné quelques bienfaits ou bien allons-nous plus loin ? Est-ce que nous nous abandonnons entre ses mains ? Ce fut le cas des apôtres ; souvenez-vous, ils ont été éprouvés, à Gethsémani d’abord : ils ont peur, ils se sauvent. Pierre va trahir le Christ et les autres ne font pas beaucoup mieux et puis, dans cette épreuve, ils vont progressivement grandir ; ils vont réfléchir probablement et puis prier surtout, supplier, demander que cette grâce revienne, demander que le Christ qui a promis de ressusciter ressuscite. Ils seront inquiets jusqu’au bout. Le Christ ressuscitera et ils auront encore des doutes ; il y aura quelque flottement dans la foi des apôtres. Et puis la grâce reviendra et là ils croiront parce qu'ils auront vu le Christ ; autrement dit, après leurs larmes, leurs épreuves, leurs prières, leurs supplications, le Christ s’est montré à eux de nouveau. Rappelez-vous, sur la plage, Il vient et leur demande de manger avec Lui pour bien leur prouver que c’est Lui qu’ils ont connu et ils repartiront heureux, continuant de prier, de célébrer les Offices. Pour nous cela veut dire – qui que nous soyons – que nous sommes appelés à vivre la même expérience. Dans nos vies, il y a la séduction de Dieu, oui, sinon nous ne serions pas là et puis ensuite il y a comme un affadissement, quelque chose comme une acédie, comme un manque d’envie de prier, d’être en communion avec Dieu : oui, on veut bien mais un peu plus tard, on a toujours des raisons pour repousser la prière, de venir à l’église : oui mais il fait froid, on verra demain ou la semaine prochaine ; nous avons toujours de bonnes raisons parce que ce n’est pas évident, tout simplement. Dieu n’est pas évident. S’Il était évident on le saurait depuis longtemps. Il n’est pas évident mais, justement, Il nous propose la foi pour compenser l’évidence qui n’existe pas. C’est dans la foi que nous pouvons avancer ; c’est dans la foi que les apôtres ont avancé, bien sûr aidés de la grâce. Or cette foi nous l’avons reçue au baptême mais ce n’est pas quelque chose que l’on reçoit une fois pour toutes, un trésor sur lequel on s’assoit et on attend. Non, il faut ouvrir le coffre du trésor et puiser dedans sans cesse ; puiser dedans cela veut dire prier, supplier, demander à Dieu son secours et puis arrive le moment où Dieu revient vers nous ; Il ne nous a jamais quittés mais Il revient vers nous d’une manière sensible pour nous aider, oh peut-être de manière très fugace ou subtile et cela nous redonne courage et Il repart ; peut-être aurons-nous de nouveau des épreuves, des périodes de désert comme les Pères nous disent puis Dieu reviendra. C’est d’ailleurs tout ce qui s’est passé dans l’Ancien Testament avec le peuple de Dieu. Dieu se manifestait, le peuple de Dieu croyait en Lui, le priait, L’adorait puis il tombait dans le péché, se retrouvait dans l’épreuve, était attaqué par les ennemis et Dieu les laissait ; puis, d’un seul coup, Dieu revenait pour leur faire comprendre qu’ils s’étaient égarés, qu’ils n’avaient pas tenu dans l’épreuve et Il leur redonnait confiance, c’est ce qu’on appelle la miséricorde de Dieu.
Alors voyez-vous nous devons, pour notre vie, pour nos vies, nous devons essayer de comprendre cette manière dont Dieu agit pour ne pas désespérer, pour ne pas être découragé, pour se dire : oui, bon, c’est un peu plus difficile pour le moment mais Dieu va revenir puisqu’Il est déjà venu et que j’ai cru en Lui, donc je vais tenir dans le temps, je vais le supplier, pleurer, prier, communier à son Corps et à son Sang même si je suis un peu fade dans mon cœur ; et alors c’est Lui qui nous redonnera force, courage, dynamisme pour poursuivre la route. Et puis, n’oublions pas une chose : nous pouvons, nous devons prier le Seigneur pour qu’Il vienne à notre aide mais nous avons aussi à notre disposition les Saints et particulièrement la Mère de Dieu. Nous célébrons aujourd'hui la Sainte Protection suite à un miracle qu’elle a accompli, alors il nous faut la prier, elle aussi. Elle sait ce que c’est que l’épreuve, elle a connu comme nous l’épreuve mais elle a toujours cru. Au miracle de Cana on voit bien ce qui se passe : la Mère de Dieu croit que Jésus son fils peut faire un miracle et elle va le trouver pour Lui demander qu’il agisse parce qu'il n’y a plus de vin à la noce. Et là, contrairement à ce qu’on aurait pu attendre, Il va se retirer en disant : non ce n’est pas le moment, occupe-toi de tes affaires. Mais, probablement à la différence de nous qui aurions certainement dit : oh, écoute, tu exagères quand même, fais quelque chose, je suis ta mère ; on aurait discuté, on aurait essayé d’obtenir le miracle ; non, elle ne dit rien, elle s’en va puisqu’il lui a dit, retire-toi ; elle s’en va mais elle va dire, parce qu'elle croit, elle va dire aux serviteurs : faites tout ce qu’Il vous dira et le miracle s’accomplit. Elle est un modèle pour nous justement de cette foi, de cet abandon et nous pouvons la supplier puisqu’elle nous protège, nous pouvons lui demander secours puisqu’elle est là tout le temps à notre disposition comme les autres saints d’ailleurs ; il ne faut pas nous en priver parce que nous avons besoin de secours dans la vie et les saints et particulièrement la Mère de Dieu ont été mis à notre disposition par Dieu comme intercesseurs, comme intermédiaires que nous allons utiliser humblement en leur demandant de parler de nous à Dieu parce que nous, nous sentons pécheurs et n’osons pas nous approcher de Dieu. Oui, ayons confiance en Dieu, ayons confiance dans la Mère de Dieu et dans les saints pour que notre foi ne vacille pas trop, qu’elle redémarre chaque fois que cela est nécessaire et qu’ainsi nous poursuivions notre chemin face aux épreuves, face aux difficultés, face aux doutes et que nous arrivions ainsi aux portes de l’Eternité.
. Amen


Foi et humilité

23/9/2018 Mt XV, 21-28

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Dans ce récit où le Seigneur Jésus guérit l’enfant de cette cananéenne plusieurs leçons nous sont proposées, plusieurs méditations qui peuvent nous aider pour notre vie chrétienne. La première chose qui nous apparait c’est que le Seigneur ne répond pas immédiatement à cette femme et même on peut presque dire qu’Il la repousse en lui disant que ce n’est pas pour elle qu’Il est venu. Cela peut paraître surprenant car le Seigneur Jésus est venu pour le salut du monde mais en fait le Seigneur est en train d’éprouver la cananéenne ; ce n’est pas qu’Il l’aime moins que les autres, ce n’est pas qu’il a moins de compassion face à sa souffrance par rapport à sa fille qui est malade mais c’est parce qu'Il veut l’éprouver pour qu’elle manifeste son désir profond dans la foi, qu’elle soit en quelque sorte tenace dans son désir. Et effectivement c’est ce qui va se passer. Le Seigneur Jésus, sous une forme orientale, lui explique que l’on ne donne pas le pain à n’importe qui mais elle répond que les petits chiens ramassent les miettes qui tombent de la table. Autrement dit en lui répondant elle ne lui demande pas d’avoir le bénéfice du pain tel qu’il est réservé apparemment à certains mais simplement les miettes. Elle marque donc à la fois son humilité : elle ne demande pas grand-chose et en même temps sa foi car elle résiste à l’épreuve. C’est une belle leçon pour chacun d’entre nous qui sommes souvent confrontés à des souffrances bien sûr, des souffrances plus ou moins graves mais qui nous entrainent à demander le secours du Christ et nous avons raison. C’est Lui qui nous l’a proposé. Il a dit à plusieurs reprises : « Venez à Moi vous tous qui peinez, je vous soulagerez ; frappez à ma porte, je vous ouvrirai ». Et Il a montré dans tout l’Evangile combien Il était compatissant, combien Il guérissait tous ceux qui souffraient d’une manière ou d’une autre. Alors pour nous c’est la même chose ; nous sommes amenés à souffrir physiquement, psychiquement moralement, spirituellement de toutes sortes de maux et nous avons raison de nous tourner vers le Christ pour lui dire : « Fais quelque chose ». Mais il faut que nous le fassions à la manière de la cananéenne, c'est-à-dire d’abord avec humilité, en acceptant de ne pas recevoir la plénitude de ce que nous pourrions attendre : pas le pain complet mais simplement quelques miettes. Et puis il nous faut avoir la foi et savoir dépasser le temps d’épreuve que peut-être le Seigneur nous propose pour tester notre foi car il sait bien que nous avons tendance à demander très facilement. Dès que nous sommes en difficulté nous demandons mais demandons-nous avec la foi ou demandons-nous un peu automatiquement parce qu'on a l’habitude de demander secours à Dieu ? Ce que le Seigneur veut c’est la foi, une foi profonde qui vient de notre cœur, notre cœur qui croit que le Seigneur peut tout, même ce qui parait impossible. Alors oui si nous avons cette foi vive dans le cœur, si nous savons dépasser le temps d’épreuve que le Seigneur propose – cela est souvent un mystère d’ailleurs – si nous savons tenir, tenir l’épreuve, même si elle est longue, même si elle nous parait lourde ; si nous savons tenir, alors le résultat sera bon : le Seigneur nous offrira ce que nous avons demandé, Il nous guérira d’une manière ou d’une autre, nous apportera sa compassion et son amour. Il faut que tout cela nous le vivions dans l’humilité, dans la simplicité comme cette femme qui n’est pas de tradition juive mais elle pose humblement et avec foi et elle passe l’épreuve. Les apôtres ont dû certainement été surpris parce qu'ils étaient un peu agacés par les cris de cette femme qui demandait à être soulagée. C’était une belle leçon pour les apôtres parce que eux qui voulaient à la fois préserver le Seigneur voulaient aussi probablement préserver leurs oreilles, leur intérêt, ils ne s’occupaient pas vraiment de la souffrance de cette femme. Mais le Christ Lui s’en est occupé. Il a ouvert son cœur ; même s’il a éprouvé la cananéenne il lui a offert la guérison de son enfant et ainsi elle est repartie toute heureuse, joyeuse et sans aucun doute sa foi a grandi car la foi, nous le savons bien, n’est pas un élément que l’on reçoit par la grâce de Dieu une fois pour toute au moment du baptême ; la foi c’est quelque chose qui se renouvelle sans cesse, qui grandit sans cesse ; tous les jours nous devons faire acte de foi ; tous les jours nous devons accepter que le Seigneur ne réponde pas exactement comme nous le souhaitons, au moment même où nous le souhaitons mais il répond toujours de la meilleure manière, c’est cela qui est important car il a fait grandir cette femme dans la foi, elle a dépassé l’épreuve et Il l’a soulagée dans sa compassion.
Que le Seigneur nous donne de comprendre tout cela non pas intellectuellement mais avec notre cœur, dans notre expérience de tous les jours, que nous sachions L’appeler au secours mais que nous sachions aussi le faire avec humilité, avec grande foi permettant ainsi de dépasser l’épreuve qui nous attend peut-être, pour recevoir l’amour de Dieu.
Amen


Talents

16/9/2018 Mt XXV, 14-30

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Dans cette parabole que le Seigneur nous propose il veut nous enseigner sur les différents dons que nous avons reçus de sa part ; ces dons nous les avons reçus au moment où nous avons été baptisés, où nous sommes entrés dans l’Eglise, ce sont les dons du Saint Esprit. Ces dons sont multiples, variés et chacun de nous en a reçu une part. A l’un est donnée la compassion, à une autre la joie de vivre, à un autre la charité, à une autre d’aider son prochain chaque fois que l’occasion se présente, à un autre la prière, etc. L’important c’est l’enseignement de cette parabole, c'est-à-dire que nous avons tous reçu quelque chose, un don de Dieu (On parle de talents, dans la parabole, parce que le talent était une pièce de monnaie de l’époque et ce mot talent est devenu synonyme de don dans le langage courant). Alors il est bon, sans orgueil, de connaître les talents, les dons que nous avons reçus du Seigneur pour pouvoir les faire grandir en nous, les offrir à ceux qui nous entourent car c’est bien la leçon de cette parabole : il ne s’agit pas de cacher son talent, pour une raison ou pour une autre, soit par oubli, soit par fausse modestie. Il s’agit d’offrir le talent et de le faire grandir si l’occasion se présente. Il est donc légitime que chacun d’entre nous, de manière régulière, pas tous les jours bien sûr mais de temps en temps, se demande ce que Dieu lui a donné. Parce qu'on réclame beaucoup à Dieu : on réclame beaucoup de choses, tout le temps, mais on oublie qu’il nous a déjà donné quelque chose et avant de Lui réclamer d’autres choses, regardons déjà ce qu’Il nous a donné pour en vivre et pour que les autres en vivent aussi. Un jour quelqu'un m’a dit : « ô oui, oui, les autres ont du talent, moi je n’en ai pas ». Et bien voyez-vous il était dans l’erreur car Dieu donne du talent à tout le monde. Alors peut-être on peut se dire : « Mais moi je n’ai pas de talent : je ne sais pas peindre, je ne sais pas bien aimer, je ne sais pas prier, je ne sais pas jeûner, je n’ai pas de joie de vivre, etc. etc. ». Peut-être, mais Dieu nous a donné au moins un talent. Rappelez-vous dans la parabole : le dernier reçoit un talent et ce talent c’est l’amour. Dieu nous donne son amour, Il nous donne de participer à son amour et c’est peut-être le talent le plus important. Nous n’aurions que celui-là que nous aurions le plus conséquent dans notre vie : aimer, chercher à aimer parce que cet amour nous l’avons reçu puisque Dieu est amour et que Dieu s’est offert à nous, Il s’est donné à nous et il continue de se donner à nous, soit dans les sacrements, soit dans l’Eucharistie principalement mais aussi dans les autres sacrements et puis au travers de nos frères, de nos sœurs, Il nous donne ce talent qui s’appelle l’amour. Alors que faisons-nous de ce talent et que faisons-nous des autres talents ? C’est la question que nous devons nous poser régulièrement. Aimer n’est pas toujours facile, aimer est même quelque fois difficile mais nous avons toujours la possibilité d’aimer puisque le Seigneur nous a dit : « Aimez jusqu’à vos ennemis ». S’Il le dit c’est que c’est possible avec sa grâce et l’amour c’est la grâce de Dieu. Cela veut dire qu’aucun d’entre nous n’est sans talent et que nous avons la responsabilité de faire grandir ce talent en nous. A nous de trouver comment, de saisir les occasions et de développer notre ou nos talents. Je me souviens de quelqu'un qui était un grand cuisinier et qui disait toujours : « Lorsqu'on fait la cuisine et que l’on prépare les plats , c’est un acte d’amour ». Et je pense qu’il n’avait pas tort. Il y a trente-six manières de faire la cuisine : on fait la cuisine parce qu'il faut manger, on fait en vitesse un petit truc et puis voilà. Il y a aussi l’amour que l’on va porter dans ses actes de préparation pour honorer celui, celle ou ceux qui viennent manger avec nous, même dans une cuisine banale ; la plus grande recette sera celle justement où il y aura de l’amour ne fut-ce que pour un oeuf sur le plat. S’il y a de l’amour alors oui le talent prend toute sa valeur. Cela veut dire que les talents ne sont pas forcément des grandes choses. Il y a des personnes qui ont reçu des grands talents : les artistes, les musiciens, ceux qui ont le don de pouvoir chanter juste alors que d’autres chantent faux, les architectes, ceux qui ont de grandes responsabilités et qui ont reçu un don pour les mener : s’ils ont des grandes responsabilités par souci d’orgueil, ce n’est pas un don mais s’ils ont reçu le don de gérer une communauté, un peuple, un diocèse, une paroisse alors il faut faire grandir ce don tout au long de la vie. Puis il y a le don d’être père ou mère de famille, être époux ou épouse, enfant ; tout cela ce sont des dons que l’on reçoit. On peut être un bon enfant, une bonne épouse, un bon époux, un bon responsable de paroisse et que ceux qui entourent ces gens disent : « Ah oui comme ils sont bons, comme ils sont généreux, comme ils sont compatissants, comme ils sont souriants, comme ils viennent à notre aide quand on en a besoin ». Un don se mesure au résultat du fruit qu’il porte : si un artiste produit une œuvre et que personne ne la regarde, on peut penser que le don est médiocre mais ce don d’amour que nous avons reçu qu’en faisons-nous ? Est-ce qu’au moment où il est si difficile d’aimer nous oublions que nous avons cette responsabilité du don reçu de l’amour ? Est-ce qu’au moment où il est si difficile d’aimer nous demandons au Seigneur de faire grandir cet amour en nous par sa grâce, par son Esprit-Saint, que vraiment nous puissions aimer ce qui nous paraît impossible aux yeux du monde ? Nous avons des récits de toutes les époques de personnes qui ont été maltraitées, torturées et qui ont réussi à aimer leurs bourreaux, le Christ bien sûr mais aussi d’autres. Je lisais tout récemment l’histoire d’un moine syriaque – c’est une histoire récente, de quelques mois – qui a été arrêté par des gens qui lui voulaient du mal parce qu'il était chrétien, qui l’ont arrêté, qui l’ont injurié, qui l’ont battu, maltraité, mal nourri et dans le récit qu’il nous rapporte, avec grande humilité d’ailleurs, il est heureux, on le sent dans ce récit qu’il ait pu avoir un dialogue avec l’un de ses bourreaux, un dialogue heureux, surprenant. Je pense, je suis même certain, que ce bourreau qui a réussi à sourire et à répondre avec un certain amour à son prisonnier, a eu le bénéfice du talent de cet homme-là. Alors bien sûr c’est un cas exceptionnel mais cela veut dire derrière que tout est possible, que tout talent reçu peut avoir une résonnance, des bénéfices pour les autres. Le talent n’est pas donné pour nous, il est donné pour les autres et c’est cela qui doit entraîner une réflexion en nous, en notre cœur, à l’intérieur de nous-mêmes. Qu'est-ce que je fais de mes talents ? Il ne faut pas avoir peur de les voir mais il ne faut pas en tirer orgueil bien sûr mais humblement ; demander au Seigneur comment je peux les faire grandir, ces talents, comment je peux les offrir. C’est valable pour une communauté monastique, c’est valable pour une famille, c’est valable pour un diocèse, pour une paroisse, c’est valable pour l’humanité entière. Alors demandons au Seigneur d’être clairvoyants sur les talents qu’Il nous a donnés et surtout demandons-Lui de les faire fructifier, de les faire grandir. Si tous les hommes de la terre qui ont tous reçu un talent, si tous les hommes de la terre faisaient grandir leurs talents, je pense que nous ne serions pas là où nous en sommes. La vie serait tout à fait autre. Il y a de très nombreuses années j’ai vécu au Maroc dans le désert. J’ai été accueilli dans une famille très pauvre comme tous ces gens qui vivent dans ces lieux et j’ai vraiment été étonné, frappé, surpris, enthousiasmé par la qualité d’amour de ces gens chez qui je logeais exprimait : c’était une jeune famille : un homme, une femme et des petits enfants. Ils n’avaient rien vous savez : un toit, des murs ; on mangeait par terre sur des tapis mais cela c’est la tradition locale et quand on mangeait, le peu de chose qu’il y avait de meilleur c’était pour moi. Le maître de maison me le donnait. Le premier soir quand il a été question que je me repose pour la nuit on m’a donné le lieu le plus beau : le salon du maître selon la tradition, là où il y avait quelques banquettes tout autour avec des coussins ; ils avaient tout nettoyé, c’était impeccable et on m’a dit : c’est pour toi ; eux ils ont dormi dans un coin entassés. C’était une famille pauvre : on buvait de l’eau fraiche dans une boite de conserve, on mangeait avec la main ; face l’amour qui m’a été porté à ce moment-là, je me suis dit qu’ils avaient reçu le plus grand talent qui puisse exister sur terre : l’amour de l’autre. J’ai été accueilli, j’ai été bien accueilli, j’ai été aimé ; ils savaient que j’étais chrétien. Le soir ils me disaient : retire-toi pour dire tes prières, ils savaient que je priais en chrétien et eux priaient comme musulman et ils priaient vraiment. Vous savez ce sont des moments que l’on ne peut pas oublier. On se dit que vraiment Dieu donne des talents à tout le monde, pas qu’aux chrétiens mais à tout le monde et Il se reflète dans ces talents parce que ces gens qui m’ont accueilli ont été pour moi la présence de Dieu, la présence du Christ. Je pourrais ajouter d’autres exemples et vous pourriez en ajouter aussi. Donc l’important de toute cette histoire c’est vraiment de se dire : « Oui, j’ai reçu un ou des talents et il faut que je le sache, il faut que je les utilise, il faut que je les fasse grandir, il faut que je les offre, il faut que je les donne et que je les donne, pas de ma part, de la part de Dieu »

Amen


La Croix

14/9/2018 Jn XIX, 6-11, 13-20, 25-28, 30-35

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
En fêtant aujourd'hui l’Exaltation de la Croix du Christ nous nous souvenons, particulièrement au travers de l’Evangile que nous venons d’entendre, de cet évènement qui a marqué toute la vie du monde : la mort du Christ. C’est une fête à laquelle nous sommes tous très attachés parce que c’est la fête de notre salut ; c’est une fête qui est en résonnance avec la fête de Pâques mais cette exaltation c’est comme une action de grâce et en même temps une supplication que nous faisons au Seigneur qui s’est laissé cloué sur la croix et qui, par cet acte, a permis à l’humanité entière d’être sauvée puisque trois jours après Il ressuscitait pour nous montrer que la mort était vaincue. Oui, c’est un évènement important que nous commémorons ; c’est l’évènement qui doit marquer notre vie, je dirais, à tous les instants. ; la croix du Christ ce n’est pas simplement la croix que nous portons autour de notre cou, sur notre poitrine ou que nous avons accrochée dans notre maison, dans notre cellule, c’est beaucoup plus que cela. C’est le signe que Dieu nous aime au-delà de ce qui est pensable. En effet, notre intellect ne peut pas saisir cet acte d’humilité que Dieu a posé, c’est incompréhensible. Dieu qui d’abord se fait homme, premier acte d’humilité, et qui plus est se laisse mettre à mort sur une croix pour nous, pour chacun d’entre nous. Alors nous devons être reconnaissants à Dieu, être reconnaissants au Seigneur Jésus d’avoir accepté de subir tout ce qu’il a subi jusqu’à la mort. Nous devons garder ce souvenir dans notre cœur comme la Mère de Dieu le gardait mais pas comme un souvenir simplement historique, avec quelque chose de plus, quelque chose qui nous marque comme un fer rouge sur la peau. Nos frères, les Coptes, se font tatouer une croix sur le poignet en signe du souvenir de la crucifixion du Christ ; ils ne veulent pas que soit effacé de leur corps ce signe. Alors nous, nous avons souvent l’occasion de nous souvenir de la croix du Christ mais en sommes-nous conscients ? Est-ce que lorsque nous avons une épreuve à vivre, quelle qu’elle soit, une petite épreuve du quotidien ou bien une épreuve plus lourde qui nous accable, est-ce qu’à ce moment-là nous nous replions sur nous-mêmes ou bien allons-nous vers le Christ et sa crucifixion ? Est-ce qu’il nous vient à l’esprit de nous associer au salut du monde par l’acceptation de cette épreuve ? Et puis nous vient-il à l’esprit de demander au Christ qui lui est passé par l’épreuve de lui demander sa grâce pour que, nous aussi, nous puissions dépasser l’épreuve ? Être chrétien c’est appartenir totalement au Christ, bien sûr au Christ ressuscité qui est à la droite du Père mais aussi au Christ qui est passé par toutes les vicissitudes de la vie sur cette terre depuis sa naissance jusqu’à sa mise au tombeau. Alors il faut nous questionner, nous interroger : suis-je capable de suivre le Christ jusqu’au bout ? La réponse n’est pas facile à donner parce que nous sommes des êtres humains avec nos faiblesses et nos limites et il y a des moments où nous avons tendance à écarter la croix parce que c’est trop lourd. Mais au lieu de l’écarter nous devrions aller vers le Christ et lui demander secours. Lui-même a demandé secours au Père dans sa longue prière d’agonie à Gethsémani et Il a remis son esprit entre les mains du Père s’abandonnant totalement à la volonté divine qui avait pour but notre salut, le salut du monde entier. Alors nous qui sommes chrétiens, qui avons cette responsabilité de notre christianisme aux yeux des hommes, il nous faut essayer, essayer d’accepter la croix quand elle s’avance vers nous ; nous souvenir que ce n’est pas uniquement la croix qui s’avance mais aussi le Roi de gloire qui vient pour nous offrir tout son amour. Sans Lui rien n’est possible, nous ne pouvons pas passer l’épreuve de la croix mais avec Lui qui est tout amour, qui s’est donné pour nous, avec Lui tout devient possible, avec Lui c’est l’espérance qui fleurit.
Amen


Epreuve

9/9/2018 Jn III, 13-17 Lc VIII, 16-21

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Aujourd'hui nous sommes entre plusieurs fêtes : nous avons fêté hier la Sainte Nativité de la Mère de Dieu ; aujourd'hui nous fêtons les Ancêtres du Christ, Joachim et Anne et déjà se profile la fête de la croix et l’Evangile en fait mention. Entre ces trois fêtes, il y a des liens, bien évidemment, des liens spirituels. Le lien premier c’est la croix car, en effet, la Mère de Dieu dont nous célébrons la fête de la Nativité va accueillir dans tout son être ce que son fils vivra à la fin de sa vie terrestre, la crucifixion. Elle souffrira à ce moment-là profondément, elle sera dans l’épreuve. Joachim et Anne ont été aussi dans l’épreuve et ont souffert car déjà âgés ils ne parvenaient pas à avoir d’enfants : quoi de plus douloureux pour un couple, pour une femme, pour un homme de ne pas donner naissance à un enfant. Cette forme de croix ils l’acceptaient, ils l’offraient à Dieu et le miracle s’est produit : ils ont pu donner naissance à la Mère de Dieu. Le Christ Lui-même vient sur terre – comme il est précisé à la fin de l’Evangile – non pas pour condamner le monde mais pour le sauver et c’est là la clé de toutes ces fêtes en définitive. Marie, Mère de Jésus, Mère de Dieu, Joachim et Anne, sont en quelque sorte de notre famille : ce sont des hommes et des femmes de la terre. Ils vont avoir le bénéfice, tout en passant par la croix, de ce que le Seigneur Jésus vivra sur la croix, ce bénéfice que nous recevons nous aussi. Mais il faut bien comprendre que nous ne pouvons accéder au bénéfice de la croix, c'est-à-dire la Résurrection, le salut, sans passer par les épreuves qu’ont connues Joachim, Anne, Marie et le Christ. L’épreuve, nous disent les Pères, est une chose nécessaire ; ce n’est pas Dieu qui provoque l’épreuve ; l’épreuve elle vient de nos faiblesses, de nos difficultés, du démon aussi qui nous attaque mais Dieu se sert de l’épreuve et nous appelle à accueillir l’épreuve pour la dépasser, pas en s’y enfonçant du fait de la souffrance qui est inévitable mais en dépassant l’épreuve, en allant au-delà pour que nous puissions bénéficier de la joie du salut. Et c’est pour cette raison que, sur cette terre, les uns les autres, vous, moi, nous avons des moments d’épreuve, des moments toujours difficiles car nous sommes faits pour la plénitude de l’amour, pour la plénitude de la paix ; c’est notre vocation fondamentale mais il arrive que nous passions par des moments durs, lourds qui, quelque fois, nous broient le cœur mais le Seigneur nous invite à dépasser ce moment … pas seul, pas seule, en criant vers Lui. N’oublions pas que le Christ à Gethsémani à crier vers le Père ; sur la croix, Il a crié vers le Père. C’est l’exemple sublime qui nous est offert. Lorsque nous sommes dans l’épreuve, il nous faut crier vers Dieu. Nous chantons : « Seigneur, je crie vers Toi, exauce-moi, exauce-moi Seigneur ». Alors si nous nous tournons vers Dieu, vers le Christ qui a connu l’épreuve en particulier puis vers les Saints, la Sainte Mère de Dieu, Joachim et Anne et tous les autres Saints qui ont vécu, eux aussi des épreuves ; si nous nous tournons vers tous ceux-là nous ne serons pas seuls, nous ne serons pas une île abandonnée, nous ne serons pas sans secours dans la tourmente. Rappelez-vous les apôtres, sur leur barque, lors de la tempête. Ils sont dans l’épreuve, ils ont peur, à juste titre - nous aurions eu peur de la même manière - et le Christ est là avec eux qui se repose, apparemment il dort mais en fait Il veut qu’ils comprennent quelque chose : c’est Lui qui va arrêter la tempête, pas eux, et d’ailleurs ils ont crié vers le Christ : « Sauve-nous. Qu'est-ce que tu fais ? Tu dors ? ». Nous pouvons dire cela à Dieu mais respectueusement. Dieu ne dort pas Il veille sur nous en permanence mais nous pouvons crier vers Lui : «  Je souffre, je suis dans l’épreuve, je suis dans le fond du gouffre. Tends-moi la main, Tire-moi comme tu as tiré Adam et Eve du tombeau ». Voilà une des leçons que nous pouvons tirer de ces fêtes : nous devons forcément passer par des épreuves mais que si nous voulons les assumer seuls nous allons à l’échec, nous allons vers l’angoisse, le désespoir alors que si nous nous tournons vers le Seigneur, humblement en disant : « Je ne peux rien. Je ne sais plus où j’en suis mais viens à mon secours. Ne m’abandonne pas ». Alors le Seigneur, oui, tendra sa main miséricordieuse. Il posera sa main fraîche sur les plaies causées par nos fautes et nos épreuves. Il nous mettra debout, debout dans sa Lumière, prémices de ce qui nous attend dans l’Eternité.
Amen


La Mère de Dieu

8/9/2018 Mt X, 37-XI, 1 Lc X, 38-42, XI, 27-28
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Nous fêtons aujourd'hui la Nativité de la Très Sainte Mère de Dieu, la Très Sainte Mère de Dieu que nos Pères sont comparées quelque fois au buisson ardent que Moïse vit dans le désert qui brulait et ne se consumait pas. Ils virent là une image, bien sûr, de la Mère de Dieu qui, tout en donnant naissance au Seigneur Jésus est restée vierge, intacte. Ils voient aussi qu’au milieu de ce buisson ardent Moïse entend : « Je suis Celui qui suis » ; c'est-à-dire qu’au milieu de ce buisson ardent le Christ se révèle. Si nous poursuivons la comparaison nous pouvons nous demander ce qu'est un buisson, même ardent ? Un amas de broussailles, pas grand-chose apparemment. Le Christ Jésus a voulu naître de la Mère de Dieu parce qu'elle était humble, humble comme un buisson dans un désert mais un buisson ardent, c'est-à-dire un buisson qui s’enflamme devant nous par sa pureté, sa beauté, sa tension vers Dieu. Oui, un buisson ce n’est pas grand-chose dans la nature, mais le Christ se révèle à Moïse au sein du buisson. Le Christ se révèle à nous dans le sein de la Mère de Dieu ; c’est là qu’Il choisit de s’incarner dans celle qui est à peine citée dans l’Evangile, celle dont nous connaissons très peu de chose mais l’essentiel : elle gardait, dans le silence, toutes les choses de Dieu dans son cœur. Alors nous avons là, pour chacun et chacune d’entre nous un modèle, un modèle extraordinaire, un modèle probablement irréalisable mais quand même qui nous invite à imiter le modèle de l’humilité et du silence. Vous comme moi savons qu’il est difficile d’être humble, notre nature corrompue a tendance à faire l’inverse mais la Mère de Dieu nous invite à tout retourner, à considérer que, comme elle, sur cette terre, nous sommes comme un buisson pas aussi ardent qu’elle mais que nous pouvons tenter d’être humbles et silencieux comme elle, d’accueillir la volonté de Dieu comme elle, d’accueillir ce que le Christ lui dit comme elle.
Cette fête de la Nativité de la Mère de Dieu peut nous sembler apparemment presqu’inconsistante : nous n’avons pas de texte qui révèle véritablement, de manière catégorique cet évènement ; cet évènement a plutôt été relaté dans les Evangiles apocryphes mais peu importe, nous savons, nous savons que la Mère de Dieu, dès sa naissance, cherche à être humble et c’est pour cela que nous avons si peu de textes qui racontent l’évènement. Alors, pour nous tous, qu’elle soit, oui, un modèle, qu’elle nous attire, qu’elle nous aimante vers le Christ comme elle-même l’a fait ; que nous nous offrions au Christ comme elle l’a fait ; que nous permettions au Christ de naître en nous, de vivre en nous par l’Esprit-Saint. Quels magnifiques repères nous avons pour notre vie quotidienne souvent tourmentée, bousculée ! Magnifique repère d’humilité, de silence là où le Christ a voulu naître pour nous sauver. Amen

Jean le B. Obéissance et humilité

29/8/2018 Décollation de Saint Jean-Baptiste Mc VI, 14-30


Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Nous fêtons aujourd'hui Saint Jean le Baptiste, une des plus grande figure que nous puissions connaitre qui est à la charnière de l’Ancien Testament et du nouveau. La Tradition veut que Saint Jean le Baptiste soit un modèle pour tous les moines – c’est aussi un modèle pour tous les chrétiens – un modèle pour tous les moines parce que ce qui le caractérise c’est à la fois son retrait du monde puisqu’il vivait dans le désert, mangeant peu, s’habillant sobrement et vivant dans la prière. Il est aussi modèle parce qu'au travers du rôle qu’il avait à jouer comme annonciateur de la venue du Christ-Jésus son cousin, il le fait avec une très grande humilité. Il dit : « Je ne suis pas digne de délier ses sandales ».
Il annonce le Christ ; le Christ veut être baptisé par lui et Jean refuse, toujours par humilité car il sait que le Christ est plus grand que lui, qu’il est le Fils de Dieu mais il obéit à l’injonction du Christ. C’est là aussi où il est une image forte du monachisme : l’humilité d’une part et obéissance d’autre part : il ne discute pas, il ne demande rien, il n’exige rien ; il vit là où il est, dans les circonstances qui lui sont proposées par la vie et il sera ensuite emprisonné puis tué comme on vient de l’entendre. Autrement dit, c’est quelqu'un qui donne sa vie jusqu’au bout. Or lorsqu'on rentre dans le monachisme ce n’est pas pour s’épanouir, c’est pour donner sa vie dans l’humilité la plus grande possible et dans l’obéissance, dans la simplicité de vie en accueillant les évènements, les paroles, ceux qui nous entourent comme le faisait Jean le Baptiste. Oui, il est un repère pour chacun d’entre nous qui que nous soyons, il est un modèle et nous devons le prier ardemment pour qu’il nous aide à accomplir ce que Dieu attend de nous, non pas ce que nous nous voulons réaliser mais ce que Dieu attend de nous. Il savait ce que Dieu attendait de lui : il n’a jamais cherché à se réaliser, il a pris les moyens basiques, traditionnels même, de ceux qui se retiraient dans le désert pour y prier le Seigneur et vivre une vie d’ascèse, une vie qui accueillait toutes les vicissitudes du quotidien, les difficultés qui, sans aucun doute, furent nombreuses puis, le moment venu, il obéit à Dieu et il prêche un baptême de repentance pour que ceux qui attendaient le Seigneur soient préparés. Puis il s’efface, il disparaît. C’est pour cela que c’est la plus grande image du monachisme. Lorsque l’on rentre dans un monastère appelé par Dieu il nous faut essayer, comme Jean Baptiste de vivre dans l’humilité, dans l’obéissance, dans l’abandon à la volonté de Dieu au travers de tout ce qui nous entoure, les évènements, les personnes : accepter. C’est difficile d’accepter et puisque Jean a réussi, avec l’aide de la grâce de Dieu, cela veut dire que cela est possible à tous les hommes et toutes les femmes de la terre.
Que Jean le Baptiste intercède pour chacun et chacune d’entre nous pour que nous soyons en accord avec la volonté de Dieu pour nous.
Amen


Le Christ, pierre d'angle rejetée.

26/8/2018 Mt XXI, 33-42

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Cette parabole que le Seigneur adresse à ses apôtres résume tout ce qui s’est passé et tout ce qui va se passer dans la vie des hommes par rapport au mystère du salut. En effet, dès le début le Seigneur a voulu sauver les hommes et il a pensé qu’après la chute d’Adam et d’Eve Il enverrait son Fils pour sauver l’humanité. Et cette parabole est un résumé pour faire comprendre aux apôtres ce qui s’est passé, c'est-à-dire qu’avant Lui, avant sa naissance, avant le Christ, il y a eu beaucoup d’évènements qui sont relatés dans l’Ancien Testament et qui montrent que le Seigneur envoie aux hommes de la terre des personnes pour éveiller leur cœur à ce salut possible. Ce sont entre autres tous les prophètes et l’on sait que tous les prophètes, y compris le dernier, Saint Jean le baptiste, moururent de manière cruelle. Et puis le Seigneur Jésus est apparu, c’est le Fils de la parabole et là les vignerons le tuent. C’est aussi l’image de ce qui arrive au Christ qui sera crucifié sur la croix. Et le Seigneur après avoir fait comprendre à ses apôtres quelque chose d’important au travers de cette parabole donne une conclusion encore plus importante car Il nous dit : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle », c'est-à-dire la pierre indispensable à l’édifice : sans cette pierre tout s’écroule. Et cette pierre qui avait été rejetée, mise de côté, méprisée, c’est Lui, c’est Lui dont Il parle mais Il veut consoler les apôtres, leur donner une espérance car certes Il va être méprisé, rejeté, critiqué, mis de côté puis maltraité et en définitive crucifié. C’est Lui la pierre rejetée des bâtisseurs mais nous savons très bien qu’après la crucifixion, il y a la Résurrection et qu’alors la pierre rejetée devient pierre d’angle : le Christ devient Celui qui sauve l’humanité entière. C’est donc une parabole qui pourrait paraître triste mais qui en fait est pleine d’espérance, cette espérance qui se nourrit à la fois de l’amour de Dieu et de la foi en Dieu. Nous venons d’entendre tout à l’heure dans les chants, les « Béatitudes » qui se terminent par : « Heureux serez-vous si l’on vous méprise, si l’on vous persécute car le Royaume des Cieux est à vous ». Voilà, voilà la même chose, la même réalité que cette parabole : « Heureux êtes-vous si l’on vous méprise, si l’on vous critique, si l’on vous rejette et si l’on vous persécute car le Royaume des Cieux est à vous ». Aujourd'hui il est difficile d’être chrétien dans le monde même mais il était difficile d’être chrétien aussi à certaines périodes qui nous ont précédés mais l’important ce n’est pas que ce soit difficile d’être chrétien, c’est de comprendre que même si l’on nous méprise, même si l’on nous rejette, si l’on nous met de côté, si l’on a un petit sourire narquois vis-à-vis de nous et, à plus forte raison, si l’on nous persécute or aujourd'hui les chrétiens sont persécutés, mis à mort, c’est une réalité que certes nous ne vivons pas tous les jours encore que l’un d’entre nous a été massacré il y a peu de temps du fait qu’il était chrétien et prêtre, à coups de hache. Mais tous ceux qui vivent en Syrie et dans toutes ces régions sont persécutés parce qu'ils sont chrétiens. Alors il faut bien comprendre que sans aucun doute il faut prier pour ceux qui sont persécutés – comme nous le faisons, il faut le faire absolument, il faut avoir de la compassion, ressentir en nous cette souffrance qu’ils vivent et puis l’offrir à Dieu. Alors nous qui n’avons pas, pour le moment, l’occasion d’être persécutés à ce point, nous devons faire attention à notre quotidien, à ne pas avoir des paroles envers nos propres frères, nos propres sœurs - voire ceux qui ne sont pas chrétiens - à ne pas avoir des paroles ou des pensées contre eux, des pensées de mépris, des pensées de rejet qui quelque fois même se terminent d’une manière très cachée en persécution ; il faut que nous soyons vigilants dans notre vie, à nos paroles, à nos regards, à nos pensées afin de ne pas entrer dans cette catégorie que décrit la parabole de ces ouvriers de la vigne qui maltraitent ceux qui viennent pour y travailler et qui tuent le Fils. Cela doit réveiller notre conscience, notre cœur pour éviter tout mépris, tout rejet, toute critique. C’est tellement facile de dire un mot et, en définitive, écraser l’autre mais au contraire il nous faut avoir des mots qui sont des mots qui relèvent de l’amour, de la charité, de l’attention ; des mots qui pardonnent aussi : ce sont des mots d’amour, le pardon. Et puis, si, par malheur on est dans la catégorie de ceux qui subissent l’oppression, qui subissent le martyre, d’une manière ou d’une autre, alors il faut essayer, avec la grâce de Dieu, de savoir, de comprendre que tout cela nous permet d’accéder au Royaume des Cieux. Beaucoup de saints, pas tous, mais beaucoup de saints ont été méprisés : la majorité des apôtres ont été persécutés – cela est décrit dans « Les Actes des apôtres » - et puis leurs successeurs et puis tous ceux qui cherchaient Dieu. Cela continue, vous savez, mais cela n’est pas grave, cela n’est pas grave puisque le Seigneur nous dit « Heureux êtes-vous si on vous persécute à cause de Moi » ; cela n’est pas grave du tout. Alors nous entrons sur le chemin du Royaume des Cieux si nous acceptons, si nous n’entrons pas dans la bagarre (comme on dit) mais si, humblement, nous nous effaçons. C’est là peut-être la leçon que le Christ veut donner à ses apôtres : « N’ayez pas peur. Je deviendrai la pierre d’angle mais peut-être aurez-vous aussi à subir la même chose » – c’est ce qui est dit dans les Béatitudes, qu’Il a prononcées elles aussi. Oui, n’ayons pas peur puisque le Christ est là. C’est Lui qui nous console. C’est Lui qui nous porte. C’est Lui qui nous met debout et c’est Lui qui nous dira à la fin des temps : « Entre dans le Royaume des Cieux »
Amen


Abandon

19/8/2018 Mt XIX, 16-26

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Cette histoire du jeune homme riche est pleine d’un enseignement fort pour chacun d’entre nous. En effet, au travers du questionnement de cet homme face au Christ, il y a un désir profond en lui d’être le meilleur possible et ceci était juste. C’est pour cette raison qu’il demande au Christ de l’enseigner et le Christ lui répond en lui indiquant qu’il suffit de suivre les commandements de Dieu. Le jeune homme, qui certainement était pieux et fidèle, lui répond qu’il a vraiment accompli tout cela depuis son enfance mais il questionne le Christ « Que me manque-t-il encore ? ». Et le Christ lui répond : « Va, vends tous tes biens, donne-les aux pauvres et suis-Moi ». Et là tout se complique, tout se complique parce que ce jeune homme, nous est-il dit, avait de grands biens. Et il s’en alla fort triste car il sentait en lui qu’il lui était difficile, voire impossible pour le moment, de faire ce que le Christ lui proposait et de le suivre. Cela peut être une histoire qui nous attriste, qui nous accable, qui nous fait peur aussi peut-être, mais il faut bien réfléchir à ce que le Christ veut dire. Certes il y a des termes précis : « Il sera difficile aux riches d’entrer dans le Royaume des Cieux » mais derrière le mot riche, nous, nous voyons – ce qui est dit d’ailleurs dans cette histoire et qui était la réalité de ce jeune homme – nous voyons des biens matériels : de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, des terrains, des maisons, etc. Et c’est probablement ce qui était la réalité de ce jeune homme mais il y a quelque chose de plus important, de plus profond que le Seigneur tente de nous enseigner : c’est qu’il faut choisir entre avoir et être car le Seigneur, face à ce jeune homme, lui dit : « Si tu veux être parfait … ». Le Seigneur Lui est en face d’un jeune homme qui a, qui possède, qui ne cherche pas à être mais qui cherche à avoir, quitte même à avoir quelque chose de spirituel de plus grand que ce qu’il est ; il est dans un désir de possession de quelque chose pour être plus parfait et le Seigneur essaye de lui faire comprendre qu’il ne s’agit pas de posséder, même sa vie spirituelle, mais d’être spirituel. Et pour être « spirituel » il nous enseigne qu’il faut abandonner beaucoup de choses : non seulement nos richesses matérielles mais aussi tout ce qui relève de notre volonté propre. En principe nous autres moines et moniales, lorsque le Seigneur nous a appelés comme il a tenté d’appeler le jeune homme riche, lorsque nous avons été appelés, nous avons été dans une certaine générosité d’abandon : donner tout au Christ et nous essayons de continuer mais nous savons bien, par expérience, que ce n’est pas si simple car il peut toujours y avoir en nous un petit besoin de possession, quelque chose que l’on veut avoir au lieu de chercher à être avec Dieu, à être « spirituel ». Car Dieu n’a rien, Dieu est. Alors il faut nous interroger, nous les moines mais aussi tous les êtres de la terre et tous les chrétiens en particulier : n’avons-nous pas une manière de vivre qui ressemble un peu à celle de ce jeune homme ? « Oui, oui je veux bien aller à l’église, oui je veux bien prier, oui je veux me confesser, oui je vais communier mais cela non, non je ne veux pas y toucher ». Il y a toujours quelque chose comme cela vous savez chez nous : Ah non cela je ne veux pas, cà c’est à moi ». Même la grâce, il y a des moments où elle se retire et cela nous est douloureux parce que quelque part nous la possédions cette grâce. Nous en avions certes le bénéfice légitime, normal mais quelque part on cherchait à la posséder aussi et puis Dieu la retire pour nous apprendre, tout simplement, nous apprendre que sans Lui rien n’est possible. C’est la leçon du Christ à la fin, lorsque les apôtres Le questionnent : « A l’homme c’est impossible mais avec Dieu, pour Die, tout est possible ». Ce qui signifie que lorsque nous sommes dans la tristesse d’avoir perdu quelque chose, d’avoir été obligé de perdre quelque chose ou bien parce que le Seigneur a retiré quelque chose dont nous avions le bénéfice positif, il ne faut pas être triste mais il faut chercher à s’abandonner. Comme Dieu nous l’a fait comprendre aussi dans l’Ancien Testament au travers du Livre de Job, particulièrement au travers de cette phrase de Job : « Dieu a donné, Dieu a repris, que le Nom de Dieu soit béni ». Ah si nous pouvions arriver à dire cette phrase ; peut-être que nous y arrivons de temps en temps, tant mieux, mais il faut nous y entraîner au travers de la vie, au travers du quotidien. Je me souviens, étant très très jeune d’être allé chez des amis qui avaient de grands biens, qui étaient de bons amis et j’avais vu un objet que je trouvais très beau et je me suis permis de faire un compliment disant : « Ah ceci c’est vraiment beau ». Et à ce moment-là j’ai vu une personne de la famille prendre cet objet et me dire « Prends-le, il est pour toi ». Ce fut un évènement important dans ma vie parce que j’ai compris que ces gens qui étaient dans l’aisance n’étaient pas tellement attachés à ce qu’ils avaient. Ils pouvaient le donner comme cela, spontanément. J’ai connu bien d’autres expériences dans ce genre mais connaître l’expérience de l’extérieur ce n’est rien, c’est déjà pas mal mais ce n’est rien tant qu’on ne l’a pas vécue nous-mêmes. Mais c’est difficile, c’est difficile d’abandonner tout ce que l’on a. Lorsque j’étais jeune moine et jeune étudiant en théologie, j’étudiais donc je mettais en fiche tout ce que j’apprenais et puis un beau jour, je me suis aperçu que ces fiches représentaient pour moi quelque chose que je possédais, je possédais mon savoir dans cette petite boîte et là j’ai compris, plutôt Dieu m’a fait comprendre, que j’étais dans l’erreur, non pas dans l’erreur technique d’un étudiant mais plutôt « Ne touchez pas à ma boîte parce que c’est tout ce que je sais de Dieu », comme si Dieu était dans cette petite boîte. Alors peu à peu, je me suis détaché de ces fiches. Voyez-vous pour chacun d’entre nous il y a des petites expériences de ce genre et puis il y a aussi les exigences que nous avons toujours : nous voulons que … nous voulons que …. Oui, moi en tant qu’higoumène je voudrais qu’il y ait quinze moines, cinquante moniales et voilà. Et ce n’est pas cela, on est un petit troupeau et parfois je me fâche avec Dieu : « Je ne suis pas content, Tu ne nous envoie personne ». Et puis au fur et à mesure, j’essaye de me rapprocher de Dieu et je comprends que là n’est pas la question. La question est de s’abandonner à la volonté de Dieu. Il y a certainement des raisons pour lesquelles ceci ou cela nous arrive ou ne nous arrive pas. Peut-être que nous comprendrons le pourquoi beaucoup plus tard mais l’important sur le moment c’est de dire « Que Dieu soit béni et que sa volonté soit faite ». Je me souviens qu’au début de la fondation du monastère, nous étions peu nombreux et il y avait quelques postulants ou postulantes qui venaient, qui n’avaient pas vraiment la vocation monastique et que je laissais entrer en me disant que peut-être Dieu va les changer. Je rêvais un peu. Et puis en fait j’ai été obligé de leur dire au bout d’un moment : « Non, vous n’êtes pas fait pour la vie monastique » ou bien c’est eux-mêmes qui disaient : « Je ne suis pas fait pour la vie monastique. Je repars ». Mais c’était douloureux, c’était douloureux parce que nous étions peu nombreux et il fallait travailler, il fallait travailler dur et j’avais envie que le monastère grandisse et je me souviens de m’en être plaint à Père Sophrony de bienheureuse mémoire qui m’a répondu une chose qui me console à chaque fois que la question se pose. Il m’a répondu : « Et même si tu restes seul, restes ». Si c’est la volonté de Dieu que je reste seul, je reste seul et puis c’est tout. L’important ce n’est pas d’avoir 150 moines et moniales mais qu'est-ce que Dieu veut ? Nous ne savons pas exactement mais nous pouvons toujours dire : oui, oui à la situation. Et si nous ne pouvons pas comme le jeune homme et que nous partons triste parce que nous n’arrivons pas à obtenir ceci ou cela alors il faut nous tourner vers le Christ, vers Dieu, vers la Sainte Trinité, vers la Mère de Dieu, vers les Saints et puis demander : « Je ne comprends rien ; je ne sais pas ce qui se passe ; je n’arrive pas à me libérer de ceci, de cela ; je veux avoir ceci, je veux avoir cela ; je veux que ceci soit comme ceci, etc. Libère-moi de tout cela. Je n’y arrive pas ». C’est ainsi qu’alors Dieu sera heureux, Dieu sera accueillant, Dieu sera miséricordieux et nous, nous aurons la paix dans le cœur.
Amen


La vie en Christ, vie monastique

18/8/2018 Mt XX, 29-34

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Le récit de l’Evangile que nous venons d’entendre qui nous rapporte le miracle de ces deux aveugles qui retrouvent la vue est un récit qui peut paraître banal parmi tellement d’autres miracles que le Seigneur Jésus a accomplis. Mais il y a quelque chose qui est extrêmement important pour chacun d’entre nous qui avons été appelés à la vie monastique. En effet, ces deux aveugles crient vers le Seigneur pour qu’Il les entende et pour qu’Il les guérisse. On essaye de les faire taire mais ils crient plus fort parce qu'ils ont compris que le seul qui pouvait les guérir, c’était le Christ. Autrement dit, dans leur vie d’aveugle, ils avaient mis le Christ au centre de cette vie. Ils espéraient en Lui, ils croyaient en Lui et ils s’abandonnaient à Lui. Et c’est une leçon toute simple à retenir mais tellement importante. Lorsqu'on est appelé à la vie monastique, c’est le Seigneur qui nous appelle et comme le disait Saint Paul Il appelle souvent les plus faibles, les plus pauvres – c’est ce que nous constatons d’ailleurs lorsqu'Il a choisi ses apôtres. Mais là n’est pas le problème car même si nous sommes appelés étant pauvres, petits, incapables même à certains moments, si le Seigneur nous a appelés, nous nous avons à L’appeler aussi. Nous avons à Le mettre au centre de notre vie. Sans le Christ au centre de notre vie, la vie monastique n’a aucun sens et elle est impossible à vivre. Si on n’a pas le Christ dans notre vie, on va tout le temps gémir tous les jours. Rien n’ira, absolument rien. Nous serons insatisfaits de tout mais si le Christ est au milieu de nous, si nous le considérons comme le pilier central de notre vie, si nous Le considérons comme la personne à laquelle nous devons nous adresser en premier comme étant Celui qui nous soutient, qui nous donne la vie, qui nous donne l’espérance, qui nous donne la force, qui nous envoie son Esprit-Saint pour tenir ; s’il n’y a pas le Christ au milieu de notre vie il n’y a rien, absolument rien. La vie monastique n’est pas facile ; elle est une vie qui comporte forcément des épreuves, comme toute vie d’ailleurs ; elle est une vie qui comporte une certaine forme d’ascèse. Tout cela n’est réalisable qu’avec le Christ. Tout cela n’est pas réalisable si ce n’est pour le Christ et avec le Christ et c’est la leçon d’aujourd'hui. Le Seigneur est miséricordieux, il peut nous accorder tout ce qui est nécessaire à notre vie. Les aveugles avaient besoin de voir pour vivre normalement, Il les a guéris. Il les a guéris parce que eux-mêmes voulaient être guéris par Lui, dont ils avaient entendu parler et qui était devenu leur référence. Le cri qu’ils poussent : « Aie pitié de nous, Fils de David », c’est exactement ce que nous disons, à quelques mots près, dans la prière « dite » de Jésus mais si cette prière n’est pas adressée au Christ, si c’est simplement une répétition, je dirais, banale, non réfléchie et surtout qui ne vient pas du cœur, alors il veut mieux se taire, il vaut mieux même partir, aller ailleurs. Si nous ne pouvons pas crier vers le Christ parce que nous ne croyons pas en Lui, aucune vie, ni chrétienne, ni monastique n’est possible. Alors faisons grandir notre foi dans le Christ. Mettons le Christ au centre de notre vie. Parlons-Lui. Demandons-Lui tout ce qui est nécessaire et Il nous donnera avec justesse ce qui correspond à nos besoins. Ayons confiance en Lui, aimons le Christ. Si nous aimons véritablement le Christ alors l’horizon devient autre, les difficultés s’abaissent, les soucis diminuent, les angoisses disparaissent parce que le Christ est là, parce qu'Il est avec nous, que nous croyons en Lui, qu’Il devient notre seul repère, notre référence, la Personne avec laquelle nous vivons en premier et avant tout.
Amen


Silence

15/8/2018 Lc X, 38-42, XI, 27-28

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Ce qui caractérise peut-être le plus la Très Sainte Mère de Dieu dont nous fêtons la Dormition en ce jour, c’est un seul mot : le silence. En effet, d’une part nous ne connaissons pas beaucoup de choses sur la Mère de Dieu : nous connaissons l’épisode de l’Annonciation, l’épisode de Cana et puis l’épisode aux pieds de la croix. La Dormition elle-même nous est connue par des écrits apocryphes et tout le reste est silence. Et d’ailleurs au moment de l’Annonciation lorsque l’ange lui apparaît, la Mère de Dieu est dans le silence, non pas d’une manière ponctuelle et spécifique mais d’une manière habituelle. Très jeune elle a été mise au service du temple et forcément ce service elle l’a accompli dans le silence. Elle méditait toutes ces choses (celles qui étaient dans l’Ancien Testament) dans son cœur mais pour méditer ces choses il lui fallait avoir un cœur de silence, un cœur libre, un cœur disponible. Et c’est pour cette raison aussi qu’elle a pu dire à l’Archange : Oui. Ce oui qui est le début de notre salut ; ce oui qui est prononcé par une femme de notre race, pas quelqu'un qui était exceptionnel – même si la Mère de Dieu est exceptionnelle – mais elle était comme nous, capable de tomber dans le péché mais elle n’y est jamais tombée, à la fois, par la grâce de Dieu et parce qu'elle a su accueillir cette grâce dans une symbiose qui lui était propre. Oui le silence marque la vie de la Mère de Dieu. C’est aux pieds de la croix que nous la retrouvons dans le silence et cette fois dans la compassion, cette compassion qui nous est proposée de vivre à certains moments dans notre vie, c'est-à-dire compassion envers ceux qui souffrent, qui nous sont proches ou lointains ; cette compassion ne peut être vécue profondément et intensément que dans le silence mais un silence nourri de Dieu. Je me souviens qu’une fois, il y a très longtemps, un higoumène de monastère, face à la mort d’un de ses frères m’avait dit : une seule chose est à faire maintenant, entrer dans le silence. Oui la Mère de Dieu a su être compatissante par rapport à son Fils qui était cloué sur une croix. Et par son silence elle a participé à ce salut du monde. On la retrouve silencieuse au moment de la noce de Cana lorsqu'elle s’adresse à son Fils pour qu’il puisse faire quelque chose parce qu'il n’y a plus de vin : son Fils lui répond et elle se tait, elle ne lui répond pas, elle ne se justifie pas, elle n’explique rien ; elle va juste dire aux serviteurs : « Faites tout ce qu’Il vous dira », c'est-à-dire que son silence-là est un silence d’abandon total à la volonté de son Fils qui fera effectivement le miracle. Le silence, ce silence qui nous est si difficile, à nous tous : moines, moniales, laïcs ; dans le monde, pas dans le monde, le silence est difficile et notre civilisation, mais peut-être celle d’avant aussi, ne nous ont pas appris le silence. Et pourtant le silence est nécessaire. Si nous savions nous taire … combien le monde serait dans la paix parce que le silence, tel que la Mère de Dieu l’a vécu, comme je le disais tout à l’heure, est un silence qui veut se nourrir de Dieu, qui veut être habité par Dieu, par l’Esprit-Saint. C’est donc un silence qui est positif - je dirais même – dynamique, dynamisant ; c’est dans ce silence que beaucoup de choses vont pouvoir s’accomplir ; c’est dans ce silence que le mystère du salut s’accomplit : oui, elle répond simplement oui. Alors pour nous c’est une leçon, un témoignage pour notre vie : nous nourrir du silence, du silence qui lui-même est nourri par la présence du Saint-Esprit. Avant tout acte, avant toute décision, avant toute action, être dans le silence, quelque temps et se laisser visiter par Dieu, comme la Mère de Dieu l’a fait. Il y a une vieille tradition russe qui fait que lorsque quelqu'un part en voyage, pour un long voyage, avec des valises, avant de quitter la maison, il se pose sur un siège quelque temps en silence et ensuite s’en va. C’est une très belle tradition parce que vous comme moi quand on part en voyage on est toujours un peu angoissé, excité, énervé : on a peur d’oublier quelque chose, de rater le train, l’avion, etc. Mais si nous nous posions dans le silence quelques secondes avant de partie, cela attirerait une capacité d’abandon entre les mains de Dieu quoiqu’il arrive, il n’y aurait plus d’angoisse, d’inquiétudes de rater le train ou l’avion ou d’oublier quelque chose ; qu'est-ce que cela pourrait faire puisque Dieu est avec nous ?
Oui, alors retenons ce message de la part de la Mère de Dieu : être dans le silence, méditer dans le silence la parole de Dieu et puis garder le silence à chaque fois que nécessaire, notamment cela nous éviterait des critiques, des mauvaises paroles, des mauvaises réactions, des colères, des jugements, des rejets, du mépris et toutes ces choses qui nous encombrent le cœur et l’alourdissent. Le silence est tellement beau… Nous qui avons la chance de vivre dans la nature, en pleine forêt, nous pouvons goûter ce silence où l’on n’entend que quelques oiseaux qui chantent la louange de Dieu et rien d’autre, en principe, sinon notre babillage ou nos discours inutiles. Dans le monde c’est plus difficile : dans une grande ville, même dans un village, le silence est difficile, mais il est possible parce que le silence n’est pas quelque chose d’extérieur à nous, c’est quelque chose qui est à l’intérieur de nous, à l’intérieur du cœur, dans un désir profond d’être silencieux. Alors tout devient possible où que nous soyons ; même dans l’agitation la plus grande le silence est possible et s’il est habité par Dieu alors, comme la Mère de Dieu, nous sommes sur la voie du salut où nous serons sauvés.
Amen


Pardon

12/8/2018 Mt XVIII, 23-35

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Si le Seigneur parle ainsi en parabole à ceux qui l’entouraient c’est parce qu'Il veut leur enseigner quelque chose d’important et ce quelque chose d’important c’est ce que nous avons entendu en final : « Pardonnez ». Pardonner à ceux qui nous ont offensés d’une certaine manière par une dette, disons par une dette d’amour pour simplifier, et peut-être pour être encore plus dans la vérité. Car ce que le Seigneur veut nous enseigner c’est que le pardon est vital et important si l’on veut respecter son commandement : « Aimez-vous les uns les autres ». Nous le savons bien, il n’est pas facile d’aimer ; il n’est pas facile d’aimer ceux qui, pour une raison ou pour une autre, nous blessent, nous gênent, nous encombrent, nous accablent et pourtant le Seigneur nous demande de pardonner, d’aimer. C’est ce qu’il fait avec chacun d’entre nous ; c’est ce qui est expliqué très clairement dans la parabole car la dette du premier personnage, celui qui ne sait pas pardonner, est bien plus forte et bien plus conséquente que la dette du second personnage. Ce qui veut dire que, pour chacun d’entre nous, le Seigneur pardonne - si l’on veut bien se présenter à Lui – tout, absolument tout, y compris l’impensable. Notre dette envers Lui est quelque fois fort lourde mais Il pardonne. Alors puisque Dieu nous pardonne à nous qui, en principe nous connaissons, qui en principe savons ce que nous avons dans le cœur, ce qui nous manque ou ce qui est de trop. Le Seigneur nous demande à nous qui sommes aimés par Lui jusqu’au pardon de pardonner à notre frère ou à notre sœur. Oui, c’est difficile ; c’est difficile parce que notre nature déchue n’accepte pas facilement de voir justement cette déchéance car, bien souvent, la déchéance de l’autre révèle en nous notre propre déchéance et nous n’aimons pas cela alors nous rejetons ; nous rejetons la déchéance de l’autre pensant qu’ainsi nous rejetons notre propre déchéance ; et évidemment nous nous égarons complètement. Si nous ne parvenons pas à pardonner - et quelque fois cela peut arriver parce que la douleur est trop forte – il faut commencer par demander au Seigneur de nous aider, Lui qui sait pardonner ; il faut commencer par Lui demander de pardonner à notre place puisque sur le moment nous ne parvenons pas à pardonner, que Lui pardonne à notre place. Et puis il faut lui demander une seconde chose car la première ne suffit pas : il faut Lui demander la grâce de pouvoir nous-mêmes un jour pardonner. Si nous agissons ainsi nous sommes sur la bonne voie : nous sommes à la fois dans la reconnaissance de notre misère, notre incapacité à pardonner, c'est-à-dire à aimer et nous demandons le secours de Dieu, que Lui aime et pardonne à notre place. Et sachant que nous ne pouvons pas réaliser par nous-mêmes ce que le Seigneur nous commande alors nous Lui demandons sa grâce car sans Lui rien n’est possible. Il l’a dit Lui-même : « Ce qui est impossible à l’homme est possible à Dieu ». Alors il faut nous souvenir de tout cela et dans notre quotidien, quelque fois lourd, quelque fois écrasant, il faut aller vers le Seigneur, pas vers nous-mêmes (nous savons quel est le résultat) mais vers Dieu, vers Celui qui est miséricorde, vers Celui qui est tout amour, vers Celui qui, à chaque fois que nous nous présentons devant Lui, avec notre dette, nous remet notre dette comme nous le disons dans « le Notre Père ». Il ne faut pas avoir honte d’aller vers le Seigneur pour reconnaître que nous ne sommes pas capables d’aimer et de pardonner. Il faut aller vers Lui avec humilité, avec simplicité du cœur, comme un enfant et Lui agira comme Il l’a dit. Il nous aimera, Il nous pardonnera, Il pardonnera à notre place et Il nous aidera à pardonner. Mais pour cela Il faut que nous ayons une foi vive, que nous ayons cette capacité d’abandon entre ses mains, que nous ayons l’humilité d’aller vers Lui en disant : « Je ne sais pas » ou « Je ne peux pas. Pour le moment je ne peux pas. J’ai beau essayé je n’y parviens pas ».
Le premier personnage de la parabole s’est trompé en réagissant, en se mettant en colère et en faisant mettre en prison celui qui lui devait en définitive pas grand-chose. Il faut faire attention parce que la leçon est dure. Le Seigneur nous dit qu’à la fin des Temps, si nous n’avons pas su pardonner, il ne nous sera pas pardonné non plus, il sera trop tard mais si nous avons désiré pardonner, en suppliant le Seigneur, en le faisant intervenir, alors les choses seront autre. Comme je vous le dit souvent nous apprenons sur cette terre à aimer, donc à pardonner aussi, forcément. Il faut saisir la grâce au moment où le Seigneur la donne, au moment où on sent que l’on peut pardonner. Il faut faire un tout petit effort mais on peut. On peut commencer par prier pour celui ou celle à qui on n’arrive pas à accorder le pardon, prier pour ce frère ou cette sœur. Prier, c’est déjà le début du pardon. Et si l’on fit ainsi alors viendra à un moment ou à un autre la grâce de pardonner carrément, vraiment et du fond du cœur. Quelque fois on me dit : « Oui, mais psychologiquement c’est très difficile de demander pardon ou de pardonner parce que je ne vais pas être bien reçu ». Oui, peut-être mais sachons attendre un peu, mais pas attendre en ne faisant rien : attendre en priant, attendre en demandant de l’aide alors cette attente ne sera pas perdue. Peut-être qu’il aura fallu un peu de temps et même beaucoup de temps et puis un beau jour, par la grâce, le pardon viendra et quand le pardon viendra, la paix renaîtra dans notre cœur car, on le sait bien, tout ce qui n’est pas pardonné reste dans notre cœur et nous alourdit, nous affaiblit, nous empêche de vivre. Alors que pardonner redonne la joie de vivre et d’aimer. Que Dieu nous l’accorde.

Amen


Transfiguration déification communion d'amour.

6/8/2018 Fête de la Transfiguration Mt XVII, 1-9

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Cette fête de la Transfiguration est sans aucun doute après celle de la Résurrection du Christ l’une des plus importantes que nous connaissions et qui nous soit rapportée dans les Evangiles. En effet, le Christ, pour la première fois, se manifeste devant ses trois apôtres comme Dieu. Il se manifeste tout d’abord par cette éclatante lumière qui resplendit de son visage et de ses vêtements et rayonne sur la nature même, y compris sur les vêtements des apôtres. Autrement dit cette manifestation divine n’est pas simplement la vision qu’aurait pu avoir les trois apôtres mais ils en ont le bénéfice : ils sont touchés par cette manifestation divine au point qu’ils en sont bouleversés ; ils en ressentent une joie profonde et Pierre voudrait bien demeurer dans cet état-là ; et puis ils sont pris de crainte : ce n’est pas de la peur mais du respect qu’ils doivent à Celui qui se manifeste ainsi et dont le Père s’exprime en disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-Le ». Alors oui c’est un passage très important parce que nos Pères nous ont dit qu’à partir de là – et à partir aussi de la Résurrection bien sûr – nous étions appelés à être divinisés : c’est ce qu’ils appellent la Théosis. Le mot demande évidemment une certaine compréhension comme une certaine interprétation. Car, rappelez-vous, dans la « Genèse », au début de la Création, Adam a voulu se substituer à Dieu, tenté par le démon ; il a voulu être aussi grand, aussi fort et, à la limite, remplacer Dieu. Et c’était son erreur. Il ne s’agit pas de cela dans la déification de l’homme, il s’agit d’une participation à la divinité. D’ailleurs on fait allusion à une comparaison facile à comprendre dans le texte évangélique que nous avons entendu : le Christ rayonne à travers son visage, ses vêtements comme un soleil éclatant et les rayons de ce soleil viennent toucher toute la nature, les vêtements et les visages des apôtres. C’est ainsi que nous pouvons tenter de nous approcher de ce mystère qui est incompréhensible à l’intellect de l’homme, ce mystère de la déification ; c’est une question de participation à la divinité. Qu'est-ce que cela veut dire ? Dieu est amour, c’est son Essence même et lorsque nous serons appelés à la vision éternelle, nous serons appelés à partager cet amour en plénitude, sans empêchements, sans ce qui nous encombre sur cette terre pour aimer totalement, véritablement et sincèrement. Nous cherchons à aimer bien sûr, nous aimons aimer et être aimé mais il y a toujours quelque chose qui nous empêche d’aimer autant que nous le souhaitions. D’abord cet amour est limité dans le temps : il dure quelques instants, quelques minutes, quelques heures et puis il s’évanouit et puis quelque fois il est même blessé par le péché, par la faute, par la chute. Mais dans l’Eternité, dans l’Eternité nous aurons le bénéfice de cette déification, ce partage d’amour avec Dieu, sans conditions. La seule condition qui nous sera posée c’est : veux-tu ? Vous savez bien que le Christ lorsqu'Il a guéri l’un ou l’autre de ceux qu’Il rencontre leur demande très souvent : « Veux-tu guérir ? » Car nous sommes libres d’être guéris, nous sommes libres d’aimer et nous serons libres d’aimer ou non pour l’éternité. Les Saints que nous connaissons – et ils sont nombreux – sont ceux qui ont eu tout au long de leur vie ce désir de partage d’amour avec le Christ, avec le Père, avec l’Esprit-Saint et leur désir était tellement fort que, la grâce aidant, ils sont devenu presque, presque en partage avec l’amour de Dieu mais au bord, pas complètement car il faut qu’il soit passé de l’autre côté, parvenu au face-à-face avec Dieu pour recevoir cette lumière d’amour. C’est pour cette raison que nous avons exposé quelques reliquaires qui comportent des parcelles d’ossements de Saints que nous aimons vénérer. Pourquoi les vénérons-nous ? Pas par un acte magique, ce serait ridicule et sans intérêt ; nous vénérons ces reliques parce qu'elles sont des morceaux de corps transfigurés car les saints sont transfigurés : les saints sont dans la bonté et la beauté de Dieu alors lorsque nous embrassons les reliques nous sommes participants, avec nos limites, de cet amour qu’ils ont reçu en plénitude. De la même manière et de façon encore plus forte lorsque nous communions au Corps et au Sang du Christ nous sommes, pour quelques instants, quelques minutes, quelques heures transfigurés nous aussi. D’ailleurs vous vous rappelez que tout de suite après la Communion nous chantons : « Nous avons vu la vraie lumière ». Nous avons vu la vraie lumière et nous l’avons vue en recevant le Corps et le Sang du Christ qui s’humilie en pénétrant dans notre propre corps, notre propre chair. Voilà tout l’importance de cette fête parce qu'elle est une préfiguration de ce qui nous attend dans l’éternité. Ce n’est pas une petite fête ordinaire, c’est une fête importante qui nous touche tous. Comme je vous l’ai souvent dit ici : en tant que chrétiens nous sommes responsables de ce que nous recevons là : cette possibilité de déification, de participation à l’amour divin en plénitude ; nous en sommes responsables pour le faire partager à l’humanité, d’une manière ou d’une autre, à ceux qui nous sont proches, à ceux qui nous sont lointains comme à ceux qui nous sont inconnus et que nous connaîtrons un jour dans l’éternité, ceux qui sont vivants comme ceux qui sont décédés
Le Seigneur a demandé à ses apôtres de ne pas parler de sa transfiguration, c’est un peu surprenant parce qu’on n’aurait pu s’attendre à ce qu’il demande le contraire : dites-leur ce que vous avez vu, c’est important, il faut que tout le monde comprenne. Mais ce n’était pas possible tant que la Résurrection n’avait pas eu lieu, d’une part et que, d’autre part, l’Esprit-Saint n’était pas encore descendu sur les apôtres pour qu’ils comprennent en plénitude ce moment-là. Parce qu'ils ont appréhendé ce moment, ils ont saisi que quelque chose d’extraordinaire se passait, ils en ont été touchés, marqués dans leur propre être mais ils ont pu comprendre l’essentiel de cet évènement à partir du jour où d’une part le Christ est ressuscité et d’autre part où l’Esprit-Saint est descendu pour se manifester et leur faire comprendre ce qu’ils avaient à comprendre. Alors en cette belle fête demandons à l’Esprit-Saint qu’Il vienne nous aider à appréhender ce mystère de la Transfiguration, ce mystère de la déification, ce mystère de la Théosis ; qu’Il nous apprenne progressivement à désirer cette communion d’amour qui est la véritable Transfiguration, qui est la véritable divinisation. Que l’Esprit-Saint vienne en nous pour nous aider dans ce désir, que ce désir aille en grandissant tout au long de notre vie pour qu’au moment de l’éternité, quand nous paraîtrons devant la face du Seigneur, la face lumineuse, la face exceptionnelle, nous puissions dire : « Oui, oui, c’est cela que je désire partager ton amour que Tu m’offres gratuitement ».
Amen


La prière

5/8/2018 Mt XVII, 14-23

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Dans cet Evangile le Seigneur donne une leçon à ses apôtres qui peut être bien utile aussi à chacun de nous. En effet ce garçon qui était possédé a été présenté aux apôtres et aucun d’entre eux n’a pu le guérir. Ils en sont étonnés et questionnent le Christ alors que Lui-même vient de remettre le garçon à son père en bonne santé. Le Seigneur leur explique que pour ce genre de démon qui possédait ce jeune garçon il y a une nécessité avant tout : c’est de prier et de jeûner. Qu'est-ce que cela veut dire : cela veut dire que, probablement les apôtres avaient compté sur leur propre force pour guérir ce garçon ; probablement qu’ils pensaient que par eux-mêmes ils pouvaient le remettre en bonne santé mais ils avaient oublié l’essentiel : le jeûne et la prière. En effet nous voyons, tout au long de l’Evangile, que le Seigneur se retire régulièrement à l’écart pour prier, pour prier le Père et il ne fait aucun doute qu’Il jeûne également. Pour qu’Il puisse avoir la force divine de guérir il faut qu’il soit en relation avec le Père, une relation profonde, intime, personnelle, ce que les apôtres n’avaient pas compris et Il leur explique : « Il faut que vous priez, c'est-à-dire que vous soyez en relation profonde avec Moi, le Christ, ou avec Dieu mon Père ou avec l’Esprit-Saint ou avec les Trois mais vous ne pouvez pas faire en votre nom un miracle. C’est au nom de Dieu que le démon fuit ». Le démon n’a pas peur des hommes mais le démon a peur du Seigneur. Alors souvent nous avons, soit pour nous-mêmes, soit pour ceux qui nous entourent, à demander la guérison de l’un ou de l’autre, la guérison de notre âme, de notre cœur, la guérison physique aussi mais si nous ne commençons pas par jeûner et prier alors rien n’est possible. C’est grâce à cette relation entre Dieu et l’homme que l’homme peut agir selon Dieu mais s’il n’y a pas cette relation, rien n’est possible. La prière – et on pose souvent cette question : qu'est-ce que la prière ? – la prière ce n’est pas accomplir un devoir, ce n’est pas réciter une certaine quantité de chapelets ou de psaumes ou de prières préalablement écrites, non ce n’est pas cela la prière. Cela n’est que l’extérieur. La véritable prière c’est celle qui nous met en relation avec le Christ. Alors les autres moyens sont tous bons mais s’il n’y a pas au fond de notre cœur ce désir d’être dans l’intimité du Christ pour recevoir sa grâce alors nous ne pouvons rien faire. C’est pour cette raison que dans nos Offices, dans nos Liturgies nous prions beaucoup pour le monde entier et pour chaque catégorie du monde : ceux qui souffrent, ceux qui sont en guerre, ceux qui cherchent, ceux qui sont en prison, ceux qui sont touchés par toutes sortes de maladie et nous terminons toujours cette prière par une demande d’intercession du Christ. Si nous ne faisions pas cela nous perdrions notre temps, nous ne ferions rien de valable. Il faut bien comprendre que tout vient de Dieu, que la grâce vient de Dieu par l’Esprit-Saint que nous invoquons à chaque Office et que sans cette grâce rien n’est possible. Que le Seigneur nous donne de comprendre en profondeur cette réalité de la prière et du jeûne. Le jeûne peut avoir différents formes, cela peut être un jeûne alimentaire mais il y a bien d’autres formes de jeûne : le jeûne de la distraction, de la lecture inutile, de certaines émissions à la télévision et autres. A nous de trouver quelle forme de jeûne nous pouvons nous appliquer pour obtenir de Dieu la grâce voulue. A nous de nous retirer dans notre chambre, c'est-à-dire dans notre cœur, là où se situe l’Esprit, et de prier dans le silence le Seigneur Jésus. Si nous n’accomplissons pas cela, comme les apôtres, nous ne pourrons rien guérir, nous ne pourrons rien faire mais si nous avons cette foi nécessaire qui suscite la prière alors tout devient possible. Nous avons reçu au baptême cette capacité de la foi, nous avons reçu cette capacité de la prière, de l’union à Dieu alors la question est : que faisons-nous de ce que nous avons reçu ? Est-ce que nous l’utilisons régulièrement, avec vérité, avec profondeur, dans la simplicité ou bien oublions-nous que nous avons reçu ces grâces ? Nous pouvons tous les jours prier simplement : regarder l’icône du Christ sans dire un mot est une prière, vénérer une icône est une prière ou bien fermer les yeux et tourner notre âme et notre cœur vers Dieu, c’est une prière. Cela n’exclut pas d’utiliser le chapelet, les psaumes et les autres prières bien sûr, mais si nous ne sommes pas dans ces prières-là unis au Christ Dieu ne nous entend pas. La guérison magnifique que le Christ a accomplie c’est parce qu'Il priait souvent. Il se retirait de l’agitation du monde et Dieu sait si en Orient l’agitation est grande. Il aimait passer de l’autre côté du lac sans ses apôtres, peut-être en restant dans la barque pour ne pas être invité à quelque manifestation et là Il priait le Père dans le secret. C’est ce qu’Il a fait à Gethsémani alors qu’il était au bord du moment - dramatique d’une part et salutaire d’autre part – de la crucifixion, alors qu’Il souffrait intérieurement d’une manière telle qu’Il a même osé demandé que cela Lui soit épargné ; et tout cela Il le faisait dans la prière et c’est dans la prière qu’Il a pu dire après : « Non pas ma volonté mais Ta volonté » ; c’est grâce à cette prière intense, profonde que le Christ une fois mort ressuscite pour notre salut.
Amen


L'anniversaire du monastère

1/8/2018 1Co I, 18-24

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Aujourd'hui nous fêtons le souvenir de la crucifixion du Christ et il se trouve que, non par calcul humain mais peut-être par prévisions divine le monastère dans lequel nous vivons a été fondé en ce même jour de la fête de la croix « d’été ». Autrement dit on peut dire d’une manière assez catégorique et évidente que ce monastère est marqué par le sceau de la croix du Christ et c’est une grande bénédiction, une grande bénédiction puisque c’est par la croix que nous sommes sauvés, c’est par la croix que nous savons que le Seigneur Jésus nous tire vers Lui pour que nous vivions avec Lui le salut éternel. Fonder un monastère c’est toute une aventure, une aventure un peu invraisemblable, un peu inattendue même en ces temps qui sont les nôtres et c’est une aventure parce que aucun d’entre nous, je pense pouvoir le dire, n’était véritablement capable de démarrer ce monastère. Non pas au niveau de la restauration des bâtiments – bien sûr cela ne fut pas aussi simple que cela, il a fallu des années et des années pour que ces bâtiments deviennent habitables et agréables – mais ce n’est pas cela un monastère ; un monastère ce n’est pas un corps de bâtiments ; un monastère c’est un ensemble de personnes choisies par Dieu pour y vivre la prière, pour y vivre le don de soi, pour y vivre un certain abandon de sa volonté propre et c’est peut-être là que l’aventure devient difficile et quelque fois même à la limite de l’impossible. Saint Paul dans son épître nous disait que le Seigneur Jésus choisit pour son œuvre les plus faibles, non les plus forts. Et bien je pense que ce que nous dit Saint Paul s’applique particulièrement à nous sommes moines et moniales, qui sommes ici dans ce lieu depuis 28 ans. Des faibles, par nature déjà, puisque nous sommes déchus et puis des faibles, à cause de nos péchés, de nos limites, de nos incapacités à vivre vraiment l’Evangile ; des faibles, parce que nous sommes trop souvent centrés sur nous-mêmes, nous ne pensons qu’à nous : nous voulons bien être sauvés mais il faut que le Seigneur nous aide, que les autres aussi nous aident ; nous ne pensons pas que nous pouvons être actifs dans ce mouvement de salut. Trop souvent nous nous laissons aller à des gémissements, à des reproches, des critiques et chacun d’entre nous, sans aucun doute, depuis 28 ans, moins pour les plus jeunes, pensent que vivre dans un autre lieu, dans un autre monastère, dans un autre contexte, peut-être avec un autre père spirituel, ce serait beaucoup mieux, beaucoup plus facile, beaucoup plus simple à réaliser. Et pourtant, c’est dans notre faiblesse que le Seigneur se glorifie ; non pas une faiblesse considérée comme acquise définitivement et qui n’aurait pas d’issue mais une faiblesse réellement constatée, réellement acceptée, réellement vécue comme une donnée profonde de la vie monastique. Lorsque le Seigneur Jésus a choisi ses apôtres, il n’a pas choisi à l’origine les plus forts, Il a choisi de pauvres pêcheurs qui gagnaient leur vie au bord du lac ; Il a choisi des êtres qui étaient tous avec des caractères différents, avec des faiblesses, avec de l’orgueil ; cela nous ressemble beaucoup et c’est ainsi que le Seigneur entend construire son Eglise, entend construire un monastère en prenant des êtres faibles mais cela ne doit jamais nous désespérer, cela ne doit jamais nous inquiéter car le Seigneur Lui-même s’est rendu faible, faible jusqu’à la mort pour le salut du monde. Cela veut dire que si nous constatons que, tout au long de ces années qui se sont écoulées, nous n’avons pas été suffisamment forts, nous n’avons pas été « à la hauteur », ce n’est pas grave ; ce n’est pas grave si nous confions tout cela au Seigneur ; ce n’est pas grave si nous savons que c’est Lui le constructeur, le constructeur des âmes car ce qui est le plus important à construire que les bâtiments ce sont nos âmes, nos âmes affaiblies, nos âmes appauvries, nos âmes que le Seigneur prend telles qu’elles sont et que pas à pas Il transforme, ô sans que nous nous en apercevions ; Il transforme nos âmes pour les faire plus grandes qu’elles ne sont, pour les mettre en correspondance avec ce qu’Il attend de nous. Bien sûr, nous savons que nous ne serons jamais parfaits sur cette terre : aucun saint – je vous l’ai souvent dit – n’a été parfait. Notre Père Saint-Silouane, notre saint protecteur, lui-même avant de mourir pensait que ce n’était pas possible qu’il meure car il se sentait encore imparfait : il n’avait pas encore assez d’humilité. C’est une belle leçon pour nous puisqu’il est notre père et notre modèle après le Christ. Il est évident que nous manquons tous d’humilité et que dès que nous regardons ce qu’il y a dans notre cœur nous voyons plus d’orgueil qu’autre chose ; nous aimons que chacun réponde à nos caprices, à nos désirs ; nous rêvons d’être autre que ce que nous sommes mais nous rêvons, nous ne sommes pas dans la réalité. Le Seigneur, Lui, ne rêve pas, Il voit bien qui nous sommes : comme ses apôtres, de pauvres pécheurs mais cela ne doit en aucun cas nous décourager ; si nous avons la grâce de nous déposer aux pieds du Seigneur en disant : « Oui, c’est vrai, je suis pécheur mais je veux bien continuer la route avec Toi, grâce à Toi, sans Toi c’est impossible mais avec Toi, oui, je veux bien continuer ». C’est le souhait que je formule maintenant en ce moment d’anniversaire : que chacun d’entre nous aie à la fois conscience de notre faiblesse, pas de manière masochiste, mais d’une manière réaliste, simple, comme l’enfant qui sait qu’il fait une bêtise et que nous ayons en même temps l’immense espérance, l’immense confiance en Dieu qui transforme tout. Il l’a dit : « Si nous avions la foi, des pierres nous pourrions avoir des pains ». C’est donc une question de foi et d’espérance, les deux sont liées. Un monastère ne se construit pas sans espérance, un monastère ne se construit pas sans la foi. J’ai connu quelques personnes qui ont souhaité démarrer un monastère tout seul, cela n’a jamais mené à rien. Pour qu’un monastère se construise il faut une bénédiction, une bénédiction de Dieu par un père spirituel, une bénédiction qui donne force, qui donne courage et qui est le ciment de base permettant de construire le lieu de l’âme qu’est le monastère.
Amen


Béatitudes, rôle de l'église

24/7/2018 Mt XVIII, 18-22, XIX, 1-2, 13-15 1Co XII, 12-26

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Dans l’Evangile le Seigneur insiste pour nous dire combien nous devons nous en tenir à ce que nous avons à faire en vérité, à vivre dans la simplicité, dans l’humilité, dans l’amour, dans la serviabilité. Et contrairement à ce que souhaitait la mère des fils de Zébédée, que ses fils soient à la gauche et à la droite du Christ à la fin des temps, que ce n’était pas cela l’important. Et Saint Paul, dans cette très belle épître, nous précise bien que, dans l’Eglise, chacun et chacune a son rôle à jouer, que chacun et chacune est important. Il prend la comparaison du corps et comparant ainsi les différentes parties du corps il nous montre que ce corps que nous constituons symboliquement dans l’Eglise est composé de membres et que tous ont un rôle à jouer, quelle que soit la situation dans laquelle ce membre se trouve. Qu’il soit haut placé dans l’institution de l’Eglise ou qu’il soit un simple fidèle, tous ont un rôle à jouer. Non pas un rôle comme nous l’imaginons mais un rôle simple, très simple ; c’est pour cela qu’il prend la comparaison du corps ; il parle du pied, de la main, de l’œil, de l’oreille, etc., toutes les parties du corps et toutes les parties du corps ont un rôle. Alors nous ne devrions pas, dans l’Eglise, nous ne devrions pas penser que si nous sommes à telle ou telle place, nous sommes supérieurs aux autres. Ou bien l’inverse : que si nous sommes à telle ou telle place, inférieure apparemment, nous sommes des moins que rien. Tout cela est parfaitement faux : Saint Paul est très clair là-dessus. Chaque membre de l’Eglise, chaque membre d’une communauté, qu’elle soit monastique, paroissiale, familiale, sociale, chaque membre à un rôle à jouer et ce rôle est important ; il sera différent pour chacun d’entre nous, selon ce que l’Esprit-Saint nous aura donné comme don, selon ce qui nous sera demandé de faire et il n’est pas toujours facile de faire ce que l’on nous demande. Nous avons une vision souvent faussée à cause de l’orgueil pensant que celui ou celle qui est un peu plus haut que les autres a plus de facilité, n’a pas de souffrance et vit aisément. Alors c’est vrai qu’il arrive que ceux qui ont des positions importantes en profitent pour écraser les autres mais cela n’a aucun sens ; ceux-là n’ont rien compris ; ceux-là n’ont pas beaucoup médité cet épître de Saint Paul et cet Evangile. Jésus est un provocateur – pardon de dire cela mais c’est vrai – parce qu'Il provoque de bonnes choses. Il renverse tout, toutes les valeurs : celui qui est le premier sera le dernier et celui qui est le dernier sera le premier. Relisez les Béatitudes, c’est d’une invraisemblance … « Bienheureux ceux qui pleurent  », si vous trouvez que c’est drôle de pleurer vous avez bien de la chance et pourtant le Christ le dit et Il a raison parce que nous pouvons aller pleurer dans ses bras ; c’est cela le bonheur ; nous pouvons nous réfugier dans ses bras – comme je vous l’ai dit souvent – qu’Il a écartés sur la croix pour les refermer sur chacun d’entre nous pour nous dire combien nous sommes aimés même si, provisoirement, nous sommes dans les pleurs. Si nous relisons toutes les Béatitudes nous voyons que tout est à l’envers et tout l’Evangile est à l’envers parce que le Christ a remis tout à l’endroit, comme il fallait. Alors il faut que nous apprenions à intégrer cela dans nos vies, à ne pas nous croire possesseurs de la fonction que nous avons quelle qu’elle soit, dans l’Eglise, dans le monde, dans la société, dans la famille ; de ne pas désespérer parce que apparemment, apparemment nous sommes au dernier rang. Si nous comprenons bien la comparaison de Saint Paul, nous voyons que rien ne peut marcher si rien, dans le corps, n’est à sa place : si l’œil est à la place de l’oreille ou si le pied à la place de la main cela ne marche pas ; et s’il n’y a pas de main, s’il n’y a pas de pied, s’il n’y a pas d’œil, s’il n’y a pas d’oreilles cela ne marche pas. Il faut que nous interprétions cela, évidemment, c’est une comparaison mais cela doit nous entraîner à nous aimer les uns, les autres quelle que soit notre fonction, nous respecter, à ne pas gémir sans cesse sur notre situation parce qu'elle n’est pas comme celle-ci ou comme celle-là ou comme elle devrait soi-disant être. Madame Zébédée n’avait rien compris lorsqu'elle demandait que ses fils soient à droite et à gauche du Christ : qu'est-ce que cela peut faire ? Du moment qu’ils sont près du Christ et tout le monde peut être près du Christ, c’est là le miracle. Il faut intégrer tout cela dans notre vie ; l’Evangile, les épitres, les textes Liturgiques que nous lisons sont là à notre disposition, non pas pour que nous les apprenions tous par cœur, que nous puissions les réciter, que nous soyons fiers de savoir que le psaume un tel à un tel numéro. Dieu s’en fiche de tout cela. Ce qu’il veut c’est qu’on se serve de tous ces textes pour grandir, pour comprendre qu’on est aimé, pour comprendre qu’il n’y a pas dans la société, dans la hiérarchie, dans nos systèmes humains les valeurs que Lui souhaite que nous vivions. Alors si nous comprenons cela un tout petit peu, si nous essayons de renverser la vapeur, de chercher quel est vraiment le sens de notre vie, tels que nous sommes, avec nos richesses et avec nos faiblesses. Nous avons tous envie d’être différents de ce que nous sommes ; qui, sur cette terre n’a pas envie d’être blond alors qu’il est brun ? Qui n’a pas envie d’avoir les yeux bleus alors qu’ils sont noirs ? Qui n’a pas avoir envie d’avoir la peau plus claire ou plus foncée ? Qui n’a pas eu envie d’être plus grand physiquement ? Tout cela c’est humain mais ce n’est pas cela que Dieu nous propose. « Laissez venir à Moi les petits enfants » dit-il à ses apôtres ; les petits enfants, les plus faibles, les plus fragiles, les plus simples, c’est eux qu’il voulait avoir près de Lui. Réfléchissons à tout cela mais ne nous contentons pas de réfléchir : laissons descendre dans notre cœur toutes ces données pour en vivre, pour que tout notre être soit rempli de tout cela, pour que nous vivions autrement, que nous changions nos regards, nos manières de penser, nos manières de vivre avec l’autre, que nous sortions des jugements, des comparaisons et toutes ces bêtises. C’est cela que Dieu attend de nous et c’est possible puisque Dieu nous aime, que non seulement avec cet amourn en le demandant à chaque fois que nécessaire, avec cet amour nous pouvons tout. C’est là où nous devenons grands quand nous acceptons de recevoir l’amour de Dieu qui se pose sur notre misère ; c’est ce qu’on appelle la miséricorde de Dieu, l’amour de Dieu ; c’est ce que nous avons tant de mal à vivre et pourtant c’est l’essentiel de notre vie.

Amen


Multiplication des pains.

22/7/2018 Mt XIV, 14-22 Multiplication des pains

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Nous connaissons bien cet Evangile que nous venons d’entendre mais la question est de savoir si nous comprenons bien tout ce que cela signifie pour nous. Ce fut un évènement historique, important qui a certainement marqué tous ces hommes, ces femmes, ces enfants qui entouraient le Christ, qui venaient pour se faite guérir, pour L’écouter parce qu'ils savaient qu’Il avait une grande puissance de parole et une grande sagesse ; mais comprenons-bien ce qu’il y a derrière cet évènement ? Il y a quelque chose d’encore plus important. En effet, si vous avez été attentifs à ce qui a été lu, il nous a été dit que Jésus fut pris de compassion pour tout le peuple et, à partir de là, à partir de 5 pains et de quelques poissons, il fait cette multiplication miraculeuse qui va permettre de nourrir tous ceux, toutes celles qui, fort nombreux, étaient autour de Lui. C’est un acte d’amour de la part du Christ. Le Christ ne veut pas que ceux qui sont venus pour recevoir sa Parole ou sa guérison repartent le ventre creux. Il veut aussi nourrir les affamés mais ceux qui étaient là, comme nous aujourd'hui, avaient faim avant tout – et c’est pour cela qu’ils étaient venus d’ailleurs – ils avaient faim de son amour, de sa miséricorde, de cet amour offert gratuitement, abondamment, sans conditions à tous ceux qui étaient là. Autrement dit, la multiplication de ces pains, cela signifie pour nous, la capacité sans limite de l’amour de Dieu pour chacun et chacune d’entre nous. Qui que nous soyons, quelle que la situation dans laquelle on se trouve, aujourd'hui, hier ou demain, Dieu nous aime et Il nous aime en abondance. Nous fêtons aujourd'hui Sainte Marie-Madeleine que l’on qualifie d’égale-aux-apôtres car elle a joué un rôle important, proche du Seigneur, au-delà de ce qui est écrit dans l’Evangile d’ailleurs. Mais il nous est dit aussi qu’elle fut guérie par le Christ de 7 démons, autrement dit de 7 formes de péchés – le chiffre 7 n’étant qu’un chiffre symbolique qui indique « beaucoup, beaucoup de fautes ». Mais Marie-Madeleine, mes amis, c’est nous, c’est nous qui avons besoin de la compassion du Christ, c’est nous qui sommes capables de tomber, de pécher, de nous égarer, de nous tromper, de nous détourner de Dieu à certains moments même  ; oui, Marie-Madeleine c’est nous. Ces hommes et ces femmes au nombre de plus de cinq mille qui étaient autour du Christ, c’est nous, aujourd'hui ; c’est la terre entière aujourd'hui qui attend et qui désire un amour sans fin. Car s’il y a une caractéristique particulière qui touche tous les hommes de la terre, c’est bien ce besoin d’être aimé et ce qui est extraordinaire avec le Christ ce n’est pas uniquement qu’Il nous aime c’est qu’Il nous aime sans aucune condition. Il aime tous les hommes et nous les chrétiens nous devons recevoir ce message d’amour comme un message de salut, un message de vie, un message dynamisant, confortant. Oui, le Seigneur nous aime malgré nos fautes, malgré nos faiblesses, malgré nos chutes. Il nous aime et Il veut nous nourrir de l’essentiel, son amour qui bien sûr se concrétise de manière sacramentelle dans la réception de son Corps et de son Sang qu’Il aura versé pour nous et par amour sur la croix. Et cet amour continue de couler comme un fleuve sans fin. On nous dit que Marie-Madeleine serait celle qui aurait versé, sous la forme d’une onction, un parfum, un nard, une myrrhe sur les pieds du Seigneur, c’est probablement vrai mais ce qui est encore plus extraordinaire c’est que la miséricorde du Christ devienne un baume apaisant, guérissant qu’Il dépose sur nos plaies, toutes les plaies que nous avons créées par nos faiblesses car qui ici est digne – dites-moi – qui sur cette terre est digne ? Personne, absolument personne. C’est pour cette raison que le Seigneur Jésus est venu sur la terre pour nous dire, de manière spécifique, catégorique et éternelle que malgré nos indignités et quelles qu’elles soient nous sommes aimés, que nous fautes Il les a jetées derrière sa croix une fois pour toutes. Bien sûr nous commettons encore des fautes et nous en commettrons d’autres bien évidemment puisque nous sommes, d’une part avec une nature déchue et d’autre part avec une faiblesse que nous provoquons nous-mêmes, ce qu’on appelle le péché mais le Seigneur ne s’attarde pas à nos péchés. Il nous demande simplement de nous présenter à Lui tels que nous sommes, de Lui dire : « Je n’ai pas peur que tu me regardes comme je suis. Peut-être que je suis laid, peut-être que je suis blessé, peut-être que je t’ai abandonné mais aujourd'hui je me tourne vers Toi, Toi qui a dit « Venez à moi vous tous qui peinez, frappez et je vous ouvrirai », Toi qui es rempli d’amour, débordant d’amour. C’est un miracle permanent que cette compassion du Christ, cette miséricorde du Christ, cet amour du Christ ; c’est un miracle permanent qui existera jusqu’à la fin des Temps et dont nous aurons le bénéfice éternel et là il n’y aura plus de péché. Alors cela doit réconforter nos cœurs, nous réjouir profondément, nous redonner vie, nous remettre debout dans la lumière de Dieu, nous redonner la force de marcher, d’avancer, de courir vers Lui pour Lui dire : « Oui, oui je suis indigne, pauvre pécheur, mais Toi, Toi tu es miséricorde ». Saint-Silouane de l’Athos nous le dit : « Nos péché sont comme une goutte d’eau dans l’océan de la miséricorde de Dieu ».  Entendons-nous bien cette phrase ? Nos péchés sont comme une goutte d’eau dans l’océan de la miséricorde de Dieu ; l’océan, vous vous rendez compte ? Une goutte d’eau dans l’océan voilà ce que sont nos péchés par rapport à la miséricorde de Dieu.
Alors cette multiplication des pains qui fut réelle, historique, bien sûr, elle va bien au-delà des 5.000 hommes et des 5.000 femmes présents. Cette multiplication d’amour va bien au-delà de ceux qui étaient présents ; cette multiplication touche toute la terre mais attention : nous autres chrétiens, nous en sommes responsables, nous en sommes responsables et, ayant reçu, recevant et nous recevrons encore cette miséricorde du Christ, cet amour du Christ, nous devons aussi offrir cet amour, offrir cette miséricorde à celui et à celle qui nous est proche ou qui nous est lointain ou à celui qu’on éloigne et qu’il faut rapprocher de nous par amour, par miséricorde, par compassion. Voilà je pense ce qu’il est bon de retenir de ce miracle exceptionnel, extraordinaire qui marque nos mémoires mais il faut que nos mémoires soient marquées d’un sceau indélébile et ce sceau s’appelle miséricorde de Dieu.

Amen


Sacrement de pénitence

8/7/2018 Mt IX, 1-8

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Ce miracle que le Seigneur Jésus a accompli auprès de ce paralytique a pour nous une grande signification. En effet, nous constatons ainsi que le Seigneur Jésus peut tout faire ; Il guérit la paralysie physique de cet homme mais aussi il guérit son âme et il insiste en commençant par la guérison de l’âme. Quelques- uns qui sont présents et qui assistent à ce miracle sont scandalisés parce qu'Il annonce à cet homme que ses péchés lui sont remis. Ensuite Il leur prouve par le second miracle – la guérison de ses jambes et de tout son corps – Il leur prouve que, lui aussi, peut remettre les péchés et c’est pour nous une grande consolation : c’est pour nous un repère ; c’est pour nous une assurance. En effet, nous constatons ainsi que le Seigneur peut guérir non seulement nos corps comme Il le fait auprès du paralytique mais aussi nos âmes. Il faut bien reconnaître que, sur cette terre, il y a sans doute beaucoup plus d’âmes paralysées que de corps paralysés. Cela n'exclut pas de prier et de porter auprès du Seigneur par la prière ceux qui souffrent dans leur corps, ceci est de notre responsabilité ; nous le faisons et il faut le faire de tout notre cœur à chaque fois que cela nous est demandé. Mais il faut aussi prier pour que le monde connaisse que le Seigneur est miséricordieux ; c’était la prière de Saint-Silouane : « Que le monde Te connaisse par le Saint Esprit ». Il voulait dire par là : que le monde Te connaisse dans ton infini amour. C’est important – je le disais au début- pour nous qui sommes là comme pour tous les hommes de la terre. Lorsque nous sentons notre âme paralysée par des fautes, par des erreurs, par des faiblesses, par des chutes, il ne faut pas nous tourner vers nous-mêmes ou vers quelque thérapeute humain mais il faut nous tourner vers le Grand Thérapeute, Celui qui nous délivre de cette paralysie de l’âme, le Seigneur Jésus. C’est pour cette raison qu’Il a proposé à ses apôtres d’être son intermédiaire pour accorder le pardon à ceux qui viendraient le chercher ; c’est pour cette raison que le Seigneur nous dit : « Venez à Moi vous tous qui peinez et je vous soulagerai ». Car le péché nous met dans la peine ; il nous met dans un état qui n’est pas notre véritable état. Notre véritable état c’est d’être debout dans la lumière de Dieu or que le péché nous écrase mais, à cause de la Parole du Seigneur, il suffit de se tourner vers Lui, de Lui dire qu’Il peut nous regarder tels que nous sommes, tombés, à terre, dans la chute et que nous serions heureux qu’Il tende sa main et qu’Il nous mette debout à nouveau pour poursuivre notre route ; alors Il le fera sans aucun doute, Il le fera. Nous avons cette chance d’avoir à notre disposition ce sacrement de la confession ou de la pénitence, ce sacrement qui nous apporte une grâce, la grâce de la miséricorde du Christ qui nous aime dans l’état où nous sommes, dans notre paralysie. Nous avons beaucoup de chance d’avoir à notre disposition ce sacrement et il ne faut pas hésiter à l’utiliser à bon escient, à chaque fois que nécessaire. J’ai eu l’occasion dans ma vie de rencontrer plusieurs fois des Protestants ou des Protestantes, des Pasteurs et certains me disaient combien ils considéraient que nous avions vraiment de la chance d’avoir conservé ce sacrement dans notre Eglise car ils souffraient de ne pouvoir sentir sur leur tête la main non pas du prêtre mais la main de Dieu qui apaise, qui donne force et remet debout suite à notre état de paralysie. Alors ne gâchons pas notre vie puisque nous avons à notre disposition la possibilité de sortir de cette paralysie qui nous empêche de vivre. N’ayons pas peur, dans un premier temps, de crier vers le Seigneur pour qu’Il nous applique le baume de sa miséricorde sur les plaies que nous avons causées sur notre être profond. Et puis, dès que l’occasion nous en est donnée, n’hésitons pas à aller, non vers ce qu’on a appelé à tort à une certaine période le tribunal du Christ, ce n’est pas cela le Tribunal du Christ. Lorsque nous venons déposer au pied du Seigneur nos fautes, nous confessons, non pas nos fautes mais sa miséricorde ; nous recevons sa miséricorde. Il ne s’agit donc pas d’un tribunal qui condamne et qui rejette et qui emprisonne. Le véritable tribunal, il aura lieu à la fin de notre vie ; ce ne sera pas non plus un lieu où le Christ nous rejettera ; ce sera le lieu où nous-mêmes nous nous jugerons, où nous-mêmes nous nous sentirons indignes de nous approcher du Seigneur ; et si nous en restons là, à cause de notre orgueil, si nous ne voulons pas accueillir la miséricorde du Christ, alors oui, Il nous laissera dans cet état de paralysie éternelle ; c’est là que se situera le véritable tribunal. Que Dieu fasse qu’il n’y ait personne qui soit rejetée ou plus exactement qui soit dans un état de rejet personnel face à la miséricorde de Dieu.

Amen


Tentation et prière

1/7/2018 Mt VIII, 28 – IX, 1

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
C’est une drôle d’histoire que nous venons d’entendre. En effet, alors que la plupart du temps lorsque Jésus guérit ceux qui se présentent à Lui, tous ceux qui assistent à cette guérison, quelle qu’en soit la forme, en sont heureux, stupéfaits certes, mais ressentent beaucoup de joie face à l’évènement. Or ici, se produit quelque chose d’un peu surprenant puisque, dans ce village des Gadaréniens, les gens qui ont entendu dire que les deux possédés ont été guéris demandent au Seigneur de quitter leur village ; c’est l’inverse qui se produit : non seulement ils ne manifestent pas de joie mais ils demandent à Jésus de quitter le village. On peut être surpris de cette réaction mais il faut comprendre que les Gadaréniens n’étaient pas dans la Tradition juive, la preuve en est qu’ils gardaient des troupeaux de porcs, or chez les Juifs on ne mangeait pas de porc. Alors, bien sûr, les habitants de ce village n’ont vu là qu’un souci matériel de plus peut-être, à savoir que ce troupeau dont ils pensaient tirer profit était perdu. Mais ils n’ont pas vu l’essentiel, ils ont vu le secondaire, ils se sont attachés au « matériel » mais ils n’ont pas compris que Jésus venait de poser un acte extraordinaire, un acte d’amour auprès de ces deux hommes qui étaient possédés à tel point que tout le village en avait peur et qu’on ne savait pas comment faire avec eux. Cela nous ramène à l’action du démon qui est toujours à l’œuvre pour essayer de détruire la Création de Dieu d’une manière ou d’une autre, d’éloigner la créature de son Créateur. Ces hommes qui étaient possédés, violemment possédés, avaient sans aucun doute d’abord été tentés par le démon car tout cela commence par la tentation : « Ne nous laisse pas entrer dans la tentation ». C’est ce que nous demandons au Seigneur lorsque nous récitons le « Notre Père » : « Ne nous laisse pas entrer dans la tentation ». Parce qu'en effet, entrer dans la tentation c’est prendre des risques. Les Pères nous disent qu’une pensée – entendons-là une mauvaise pensée – qui traverse notre esprit n’est pas le péché mais que si nous commençons à nous intéresser à cette pensée mauvaise, à dialoguer avec elle, alors nous entrons dans la tentation. Et entrer dans la tentation c’est entrer dans le péché. Il convient donc d’abord de supplier le Seigneur de nous éviter d’entrer dans la tentation et puis aussi d’œuvrer, en communion avec la grâce de Dieu, pour ne pas laisser cette tentation entrer en nous. Il nous faut pour cela prier beaucoup. On ne sait pas bien ce qui s’est passé chez ces deux Gadaréniens avant de constater combien ils étaient possédés par le démon, rien ne nous est dit à ce sujet mais il est probable qu’ils se sont fait piéger progressivement, qu’ils ont accepté cette tentation et qu’elle s’est développée en eux au point qu’ils n’étaient plus maîtres d’eux-mêmes. C’est le démon qui les gérait, qui les dirigeait, qui les conduisait. Les hommes ne pouvaient plus rien faire pour eux.
Alors pour nous c’est une leçon, une fois encore, que le Seigneur nous adresse au travers de ce miracle. Il peut tout, Il peut tout faire, la preuve. Il peut chasser les démons. Entre parenthèses les démons se sont bien adressé à Lui en tant que Fils de Dieu, ils L’avaient reconnu et, en quelque sorte, ils ont foi en Lui : ils reconnaissent sa Personne divine. Le Seigneur va les chasser. Il peut tout, mais n’attendons pas d’être dans cette situation pour Le supplier. Nous sentons la tentation venir – et elle vient souvent dans nos vies, tous les jours ; oh ce sont souvent des petites tentations : nous sommes fatigués, nous sommes énervés alors nous réagissons et puis la réaction s’amplifie et puis elle se transforme en dispute, en mots plus ou moins violents, plus ou moins blessants et puis cela peut nous mener très loin. Il y a toutes sortes de tentations : la tentation du découragement parce que l’évènement que nous vivons est difficile et que l’on ne croit pas suffisamment en la force du Seigneur pour nous en tirer, nous croyons trop en nous-mêmes ; la tentation de vouloir tout diriger par nous-mêmes, d’être certains de nous-mêmes et puis toutes les autres que nous connaissons vous comme moi. Alors il nous faut, oui, prier beaucoup, pour ne pas entrer dans la tentation. Le Seigneur Jésus Lui-même, à Gethsémani, après avoir demandé à ses disciples de prier, Lui aussi, s’est mis en prière pour ne pas entrer dans la tentation car Il savait que l’évènement qui se présentait à Lui allait être très difficile à vivre, c’était une épreuve, une épreuve sublime, l’épreuve la plus grande, au point que Jésus a demandé au Père que cette coupe s’éloigne de Lui, cette coupe amère qui était la crucifixion. Il s’est repris parce qu'Il priait. On peut être tenté et dire au Seigneur que l’on est tenté, constater que l’on est tenté, qu’on a envie d’entrer dans cette tentation mais dire au Seigneur : « Non, non pas ma volonté mais Ta volonté. Sauve-moi ». C’est la prière qui va nous aider. Si nous chutons, si nous tombons, c’est parce que nous ne prions pas assez. Il ne s’agit pas de dire des prières à longueur de journée, d’ouvrir des livres et lire du début jusqu’à la fin, de connaître le psautier par cœur ou l’Evangile par cœur, toutes ces choses. Ce n’est pas cela la prière. La prière c’est être en relation avec le Seigneur, une relation d’intimité, une relation de personne à personne, une relation unique, privilégiée, qui nous permet justement de pouvoir dire au Seigneur : « Je suis tenté. Viens à mon secours ». Ne pas avoir peur de lui dire : « Je suis tenté mais viens, Toi qui peut tout ». Nous comprenons bien que, sans la prière, rien n’est possible puisque la prière est la mise en relation avec Dieu. C’est pour cela que la prière est importante. Ce n’est pas un devoir, la prière. Quand on est à l’école on nous fait faire des devoirs pour apprendre mais Dieu ne nous nous fait pas faire des devoirs. Il a autre chose à faire. Non, Il nous invite, Il nous invite à être aimé ; Il nous invite à parler avec Lui, dans un cœur à cœur ; Il nous invite à ouvrir notre cœur pour qu’Il vienne loger dans notre cœur par l’Esprit-Saint et qu’ainsi nous puissions être plus forts par sa grâce, ne pas nous faire piéger par le démon qui voudrait nous mener par le bout du nez et qui voudrait surtout nous mener au désespoir, nous enchaîner comme les deux Gadaréniens. L’enchaînement, c’est la passion ; la passion c’est la tentation qui s’est accomplie et qui se répand en nous comme une habitude. Je me souviens que une fois quelqu'un est venu me trouver pour me dire qu’il vivait une certaine passion et cette personne d’ajouter : « Oh, ce sera comme cela jusqu’à la fin ». Ce qui était grave ce n’était pas d’avoir une passion c’était de dire : « Ce sera comme cela jusqu’à la fin », c’était de ne pas croire que le Seigneur pouvait guérir, chasser cette passion, l’apaiser peut-être progressivement et avec amour ; c’était là l’erreur. Alors ayons confiance dans le Seigneur Jésus puisqu’Il peut tout, nous venons de l’entendre. Il a « déchaîné » ceux qui étaient enchaînés. Il a fait beaucoup de miracles et le plus grand miracle c’est que par sa mort et sa Résurrection Il nous sauve.
Amen


Saint Pierre et Saint Paul

29/6/2018 Mt XVI, 13-19 Saint Pierre et Saint Paul

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
L’Eglise aujourd'hui fête Saint Pierre et Saint Paul, les deux grands apôtres que la Tradition appelle les coryphées c'est-à-dire ceux qui dynamisent, ceux qui entraînent, ceux qui sont en avant pour que les autres suivent. Pierre et Paul, chacun à leur manière, sont des saints exceptionnels qui ont marqué toutes l’existence de l’Eglise. Ils ont versé leur sang, l’un comme l’autre, en tant que martyrs à Rome. Et ce qui est intéressant de voir c’est comment leur sainteté a évolué, d’où ils sont partis et comment ils sont arrivés à donner leur vie pour le Christ.
Lorsque le Seigneur Jésus a choisi Pierre, il a choisi un homme simple qui était un pêcheur avec ses frères ; son métier était le métier d’un homme simple – nous dirions aujourd'hui d’un ouvrier. Le Seigneur l’a choisi par élection car Il savait qu’Il pouvait mener progressivement Pierre vers ce qu’il fut à la fin de sa vie et qu’il est toujours. Pierre n’a pas toujours été un homme simple et facile ; il avait un caractère très marqué, très volontaire ; il aimait être reconnu par le Christ mais peut-être d’une manière qui n’était pas tout-à-fait spirituelle. Souvenons-nous de l’épisode où, voyant Jésus marcher sur les eaux, il veut en faire autant mais peut-être par bravoure, peut-être aussi par amour. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que sa foi n’a pas été suffisamment solide et qu’il est tombé dans l’eau ; c’est le Christ qui l’a tiré hors de l’eau. Ceci est très intéressant parce que nous voyons que c’est le Christ qui a tiré Pierre des eaux tourbillonnantes, c’est Lui qui l’a mis debout ; Il lui a fait le reproche de ne pas avoir suffisamment de foi mais c’est Lui qui a continué de l’enseigner, de le guider, de le reprendre à certains moments ; Il lui a dit qu’il serait capable de Le trahir. Mais Pierre avait choisi le Christ, de toutes ses forces, de toute son âme et de tout son cœur. Il avait mis le Christ au centre de sa vie, c’était sa vie.
Pour Saint Paul, l’histoire est un peu différente au départ. Saint Paul est aussi un fougueux, un homme sûr de lui qui commence par persécuter ceux qu’il considère comme membres d’une secte, ceux qui sont en dehors du judaïsme intégral et parfait mais le Seigneur va le rattraper d’une manière certes un peu brutale, catégorique, puisque Paul est terrassé sur le chemin de Damas ; il est aveuglé mais il entend une voix et un dialogue s’instaure à ce moment-là. Il comprend que ceux qu’il persécute c’est Jésus Lui-même et, dans les instants qui suivront, il se fera baptiser. Il deviendra le grand Paul, celui qui, lui aussi, aura choisi le Christ comme centre de sa vie. Il va témoigner, jusqu’à la mort, de l’amour du Christ pour tous les hommes. C’est lui qui va ouvrir même l’Eglise à tous.
Pierre s’occupait tout particulièrement – et ceci est tout-à-fait normal – des Juifs qui l’entouraient pour les convertir au christianisme mais Paul va plus loin ; il va aller au-delà de la conversion du peuple juif ; il va ouvrir cette possibilité de communion à tous les hommes de la terre et il va circuler dans le monde entier pour annoncer le Christ et son amour.
Tous les deux sont de grands saints que l’Eglise aime à prier, à vénérer, à prendre comme intercesseurs. Ce qu’il faut retenir c’est qu’ils étaient comme nous, des pécheurs, capables de jalousie, de trahison et tout ce que nous savons mais, parce qu'ils avaient choisi le Christ comme étant le sens de leur vie, ils sont devenus saints et ils ont accepté de verser leur sang pour le Christ. Ce qui veut dire que, pour nous, qui ne sommes pas meilleurs que Pierre et Paul mais peut-être pas pires, il nous est possible, nous aussi, de marcher sur le chemin de sainteté mais à une condition, une condition indispensable et même peut-être la seule condition : mettre le Christ au centre de notre vie, faire que le Christ soit notre relation privilégiée, régulière, fréquente, aimante, abandonnée. Si le Christ n’est pas le centre de notre vie alors ce n’est pas la peine de s’appeler moine, moniale, chrétien. Non, dans ce cas-là, nous nous égarons. Ce n’est pas la peine d’être exigeants pour ceux qui composent l’Eglise ou pour les autres à plus fortes raisons ; ce n’est pas la peine de critiquer, ce n’est pas la peine de vouloir révolutionner une communauté, une famille, un diocèse, une Eglise si le centre de notre vie n’est pas le Christ Jésus. Tant qu’on n’a pas rencontré le Christ Jésus comme une personne divine qui s’est incarnée pour nous en tant qu’amour pour les personnes que chacun et chacune d’entre nous sommes, si nous n’avons pas compris cela, nous n’avons pas compris la vie chrétienne, mais tout est possible. Peut-être qu’il n’est pas toujours facile de mettre le Christ au centre de notre vie à cause de notre orgueil, de notre vanité, de nos certitudes bien éphémères mais peut-être qu’il faut du temps. A Paul il a fallu du temps et une conversion radicale. A Pierre il a fallu du temps pour comprendre que le Christ était vraiment Dieu et le centre de sa vie. Oui, il faut du temps, de la patience. Justement, Pierre n’avait pas de patience, c’était un fougueux : il voulait tout de suite arriver au résultat, il l’a prouvé à plusieurs reprises. Cela nous montre que la sainteté, comme je vous l’ai souvent dit, n’est pas un état de perfection mais un désir très fort, violent même. Le Christ nous a dit : Le Royaume des Cieux appartiendra au violent (dans le bon sens du terme) , ceux qui mettent toute leur énergie à aller vers le Christ, pour vivre avec Lui, pour se sentir aimé par Lui, par le Père et par l’Esprit.
C’est de cela que Pierre et Paul témoignent pour chacun d’entre nous. C’est pour cela qu’on les appelle les coryphées : dans un corps de ballet, les coryphées sont ceux qui entraînent tout le groupe de danseurs et de danseuses à être ce qu’ils doivent être sur le moment. Ce sont des entraîneurs, des dynamiseurs qui donnent envie d’en faire autant. Alors que Pierre et Paul soient des modèles pour nous. Non pas que nous devions les copier intégralement, cela n’a aucun intérêt mais qu’ils nous donnent cette envie, ce dynamisme, ce goût d’avoir le Christ comme le plus grand ami qui soit sur cette terre, la personne la plus intime avec qui nous pouvons vivre, à qui nous pouvons tout dire, y compris nos bêtises car nous savons que le Christ ne nous rejettera jamais. Il n’a jamais rejeté Pierre. Il n’a jamais rejeté Paul.
Amen

Foi et humilité

24/6/2018 Mt VIII, 5-13 Lc I, 1-25, 57-68, 76, 80 Nativité de Saint Jean-Baptiste

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Nous fêtons aujourd'hui la Sainte Résurrection du Christ, comme tous les dimanches et également la fête de la Nativité de Saint Jean le Baptiste, le Prophète, le Précurseur du Seigneur, celui qui L’a annoncé, celui qui L’a précédé. Quand il a annoncé le Seigneur, Jean-Baptiste n’a pas fait de grands discours ; il a simplement dit : « Voici l’Agneau de Dieu, Celui qui ôte le péché du monde » puis il a rajouté « Je ne suis pas digne de délier les courroies de ses sandales ». Par ces paroles nous comprenons combien Jean le Baptiste vivait dans l’humilité ; il nous est dit qu’il vivait dans le désert simplement, pauvrement louant Dieu et Le suppliant. Son humilité, effectivement, précède le Seigneur qui lui est l’humilité parfaite.
C’est cette humilité que nous retrouvons dans cette histoire du centurion qui désire voir son serviteur guéri par le Christ. Cet homme était un romain, chef d’armée, occupant, mais, ayant entendu que le Christ était important, faisait des miracles et ayant de la compassion pour son serviteur, il s’adresse à Lui en Lui demandant de le guérir. Le Seigneur lui répond : « Je vais aller le guérir » mais c’est dans la réponse du centurion que nous trouvons, là aussi, l’humilité : « Je ne suis pas digne, je ne suis pas digne que tu entres dans ma maison mais si tu dis une parole mon serviteur sera guéri ». Il y a donc chez ce centurion deux choses : à la fois l’humilité, la grande humilité, et puis la foi. Il explique au Christ comment cela se passe autour de lui, dans son corps d’armée. Et le Christ confirme qu’Il a entendu et vu un homme de grande foi et Il guérit le serviteur.
Humilité et foi. Nous avons reçu la grâce de la foi au moment de notre baptême ; nous avons été plongés dans les eaux comme Jésus par humilité s’est laissé plonger dans les eaux du Jourdain et a été baptisé par Jean que nous fêtons en ce jour. Si nous croyons dans le Christ et que nous n’avons pas d’humilité, en vérité nous ne croyons pas mais si nous avons dans le cœur de l’humilité alors la foi devient active en nous. Elle est en nous, certes, par la grâce, mais elle doit s’activer, grandir et elle grandira par l’humilité, cette vertu qui n’est pas si facile à acquérir. Nous le savons bien, dans notre vie il nous est difficile de vivre dans l’humilité mais demandons-nous cette humilité dans la prière ? Demandons-nous de bénéficier de la grande humilité du Christ dans une prière fervente ? Nous humilions-nous lorsque nous constatons notre faiblesse ? Allons-nous d’abord vers le Christ ou bien vers nous-mêmes ? Si nous allons vers le Christ nous faisons comme le centurion, alors notre foi grandit car nous savons que le Christ peut nous guérir de notre orgueil. Il n’est pas facile de vivre humblement. Le contexte de vie, quel qu’il soit d’ailleurs, monastique ou autre, ne nous porte pas à l’humilité. Et pourtant, le Seigneur dit : « Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il ne porte pas de fruits ». Autrement dit, il est mort. Accepter, désirer l’humilité doit être quelque chose qui nous donne un dynamisme de vie. Il faut que nous essayions d’être comme ce centurion, d’être comme Jean le Baptiste, Précurseur. Il aurait pu se glorifier puisqu’il était né de manière miraculeuse déjà et qu’il était le cousin du Seigneur. Il aurait pu dire : « Je suis quelqu'un dans ma famille de très grand, je suis quelqu'un de bien, je suis dans une belle lignée, etc. ». Non « Je ne suis pas digne de délier les courroies de ses sandales ». Le centurion aurait ou dire : « Je suis un chef d’armée, je suis gradé, je suis quelqu'un d’important ». Non, il dit : « Je ne suis pas digne que tu viennes dans ma maison mais je crois en ta parole ». Et ceci est important parce que nous pouvons dire nous-mêmes au Seigneur : « Oui, je ne suis pas digne de Toi mais viens pour me guérir ». Les Pères nous ont dit que la sainte communion au Corps et au Sang du Christ était un médicament pour les malades que nous sommes, malades d’orgueil. Lorsque nous nous approchons du calice, nous récitons une très belle prière où nous attestons de notre indignité, que nous sommes pécheurs et même chacun de nous le premier des pécheurs. Le tout est de vivre de cette prière car dire des prières c’est une chose mais si l’on n’en vit pas cela reste des mots vains. Nous avons l’occasion de nous humilier tous les jours dans notre vie, si nous sommes attentifs, absolument tous les jours. Il suffit alors de se souvenir combien le Seigneur nous aime malgré notre faiblesse ; combien, Lui, nous a montré son humilité totale, combien Il s’est abaissé : Il s’est abaissé jusqu’à la mort sur une croix. Il faut saisir les occasions de l’humilité qui nous sont offertes par Dieu, il faut les saisir, les capter, les faire nôtre ; nous en avons la capacité si notre orgueil ne nous aveugle pas. Nous avons spontanément tendance à juger, critiquer, réclamer par rapport à ceux qui nous entourent mais si nous commencions par réclamer quelque chose pour nous ; si nous commencions par dire : « Je ne suis pas digne Seigneur, pardonne-moi, pardonne mon orgueil. Donne-moi de participer à cette humilité que Tu as eue, qu’a eue Jean-Baptiste et le centurion et d’autres ». Saint-Silouane a eu cette prière : « Je voudrais seulement acquérir l’humilité et l’amour du Christ, ne mépriser personne et prier pour tous les hommes comme pour moi-même ». C’est tout simplement, dit d’une autre manière, la prière de Jésus : Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur.
Amen

La paix

17/6/2018 Mt VI, 22-33

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
« Paix à tous ». C’est peut-être par cette phrase que nous pourrions résumer l’Evangile que nous venons d’entendre. « Paix à tous ». Cette paix que nous perdons si facilement et le Seigneur Jésus nous explique, dans cet Evangile, comment nous la perdons. Parce que nous nous inquiétons, nous nous inquiétons de toutes sortes de choses. Il nous faut beaucoup prier et réfléchir sur cet Evangile. La paix intérieure, la paix du cœur dont parle les Pères, est sans aucun doute un des plus grands trésors qui nous soit offert par Dieu. C’est pour cette raison qu’à chaque Office, chaque Liturgie, l’évêque ou le prêtre dit « Paix à tous » ; cette paix qui vient de Dieu, cette paix qui devrait nous être naturelle mais qui, à cause de notre nature déchue, a été atteinte. Quand Adam s’est caché aux yeux de Dieu, au paradis, il était inquiet à cause de sa faute et il avait perdu la paix ; il se cachait. Nous perdons la paix facilement, oh souvent pour des questions matérielles comme cela nous est rapporté dans l’Evangile : une affaire de vêtements, de nourriture. Le Seigneur ne nous dit pas de ne pas nous organiser mais Il nous demande de ne pas être inquiets. Souvent nous perdons la paix, nous sommes inquiets, nous sommes angoissés, nous sommes tristes parce que peut-être nous avons reçu une phrase qui nous a blessés, peut-être que, un frère, une sœur nous a fait une remarque qui nous a déplus, qui a touché notre orgueil et qui nous paraissait injuste et voilà que nous entrons dans l’inquiétude, dans l’angoisse, dans la tristesse mais nous n’avons pas compris qu’il nous faut alors pour trouver et garder la paix aller vers le Christ. Nous n’avons toujours pas compris cela ! C’est si fondamental à la vie chrétienne. A quoi bon entendre « la paix soit avec vous » si nous ne la recevons pas, si nous se sommes pas suffisamment attentifs pour la recevoir, si nous ne sommes pas désireux de la recevoir : « Donne-moi ta paix, Seigneur. Fais-moi partager ta paix ». Moi comme vous il m’arrive de perdre la paix bien sûr, et je sais aussi – et vous le savez – que dès que l’on ressent ce sentiment désagréable, si l’on se tourne vers le Seigneur Jésus et qu’on lui crie « Donne-moi ta pax », alors Il nous la donne mais il nous faut avoir ce reflexe et non pas penser que nous allons, par nous-mêmes, résoudre cette inquiétude, cette angoisse, cette tristesse. Non, ce n’est pas par nous-mêmes et pourtant il y a bien des moyens qui nous sont offert pour, soi-disant, retrouver la paix. Je dis, soi-disant, car ces moyens ne sont quelque fois pas totalement faux mais ne sont pas suffisants. Si nous n’allons pas directement à Celui qui guérit notre cœur meurtri et nous redonne la paix, nous avons beau chercher toutes sortes de solutions nous ne trouverons pas la paix, la paix profonde, celle qui nous fait vivre, celle qui nous fait respirer, celle qui nous fait rendre grâce à Dieu. Alors, oui, le Seigneur a raison, il suffit de regarder la nature. En ce moment, elle est belle, la nature, mais elle est toujours belle même en hiver ; lorsque la neige recouvre notre terre, tout devient beau, lumineux, pacifiant. Lorsqu'au printemps nous voyons comme maintenant les fleurs qui sortent des herbes, des arbres qui fleurissent, la nature qui verdit, les oiseaux qui chantent ; ils sont tous beaux. Nous avons l’évidence que Dieu veille sur nous et qu’Il peut tout. Alors pourquoi s’inquiéter ? Nous nous inquiétons parce que nous n’avons pas suffisamment de foi, de confiance en Dieu. Nous n’avons pas ce réflexe d’aller vers Lui. Non, on va d’abord aller trouver l’higoumène pour lui demander quelque chose qui nous console. Ce n’est pas l’higoumène qui donne la paix ; ce n’est pas le prêtre qui donne la paix ; ce n’est pas l’évêque qui donne la paix même si nous pouvons être des artisans de paix. C’est Dieu qui donne la paix en utilisant, certes, des éléments humains mais c’est d’abord Dieu qui donne la paix. C’est pour cette raison que le Christ, après sa mort sur la croix, alors qu’Il est ressuscité et qu’Il apparaît aux apôtres - qui étaient inquiets puisqu’ils n’avaient pas suffisamment de foi alors que le Christ leur avait dit : « Je ressusciterai le troisième jour » mais ils étaient inquiets. Probablement que nous l’aurions été, nous aussi dans les mêmes circonstances – donne à ses apôtres cette première Parole « la paix soit avec vous ». Les hommes sont quelque fois terribles sur cette terre ; ils nous font perdre la paix. Ce ne sont pas toujours uniquement ceux qui commettent des violences, des attentats, des meurtres ; c’est quelque fois notre frère ou notre sœur qui nous fait perdre la paix et c’est la même réalité, fondamentalement la même réalité.
Il nous faut avoir un abandon, le plus grand possible, dans l’amour de Dieu. Dieu connait chacun d’entre nous, chaque personne, unique à ses yeux. Il sait quels sont nos besoins, quelles sont nos fragilités, quelles sont nos souffrances, nos angoisses, nos blessures. Il le sait et si nous nous tournons vers Lui, Il offre sa paix. Nous nous blessons même nous-mêmes, par le péché et nous souffrons car le péché n’est jamais agréable ; on en ressent les conséquences : nous perdons la paix. Et pourtant nous avons à notre disposition le moyen immédiat de retrouver la paix : la prière, se tourner vers le Christ, lui dire « Oui, j’ai péché contre le ciel et contre toi » et je viens à Toi qui a dit : « Venez à Moi, vous tous qui peinez et je vous soulagerai ». Voilà ce que le Christ a dit. « Venez à Moi vous tous qui peinez, je vous soulagerai ». Entendons-nous cette Parole ? Vivons-nous de cette Parole. Sommes-nous dynamisés par cette Parole ? Ou bien c’est une Parole pieuse que l’on lit comme on lirait un roman agréable ? Non, il faut que nous soyons conscients de ce que le Christ nous dit. Il faut relire, avec l’intelligence du cœur, les Evangiles, les faire pénétrer notre cœur, que notre cœur soit imbibé de cette certitude : la paix vient de Dieu. Alors oui, si nous accueillons cette paix, si nous la comprenons, c'est-à-dire si nous la prenons avec nous, dans le sens profond du mot comprendre, alors tout change : la vie devient belle, la nuit est éclairée par le soleil, le soleil qui est Dieu dans notre vie. Alors oui, nous pourrons dire : « La paix est avec nous » .
Amen

Esprit Saint

27/5/2018 Jn VII, 37-52 VIII, 12

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Lorsque les hommes cherchent à s’élever par eux-mêmes et pensent qu’ainsi ils obtiendront le bonheur, cela ne mène pas très loin : c’est ce qui arriva lors de la construction de la tour de Babel mais lorsque les hommes font confiance au Christ, à sa Parole et lorsqu' ils accueillent l’Esprit-Saint, alors tout change. Nous l’avons entendu dans « les Actes des Apôtres », ces apôtres qui étaient des hommes simples, comme nous tous, des hommes capables de douter, de pécher, de tomber, de renier mais ces hommes avaient le désir de suivre le Christ et de vivre de sa Parole. Or le Christ vient de nous dire : « De Moi coulera une eau vive ». Cette eau vive, c’est l’Esprit-Saint. C’est l’Esprit-Saint que nous fêtons en ce jour non pas comme un mémorial d’un évènement qui a eu lieu il y a 2000 ans mais comme un évènement qui est toujours actuel car tout ce que nous vivons dans l’Eglise, d’une manière ou d’une autre, est actualisé par l’Esprit-Saint. L’Esprit-Saint rythme, en quelque sorte, par sa présence, la vie de l’humanité entière depuis sa création au moment où il nous est dit qu’il planait sur les eaux. L’Esprit-Saint s’est manifesté au moment où l’Archange Gabriel est apparu à la Mère de Dieu sous la forme d’une nuée. L’Esprit-Saint est apparu sur le Christ Lui-même lorsqu'Il fut baptisé par Jean et voilà qu’aujourd'hui il apparaît sous la forme de langues de feu sur la tête des Saints Apôtres. Oui, l’Esprit-Saint rythme notre vie et l’Esprit-Saint continue de rythmer notre vie : nous l’avons reçu au baptême par la chrismation et lorsque, tout à l’heure, nous prononcerons les paroles de demande pour que l’Esprit-Saint descende sur nous et sur les dons qui sont présentés sur l’autel, le pain et le vin, afin qu’ils deviennent le Corps et le Sang du Christ, l’Esprit-Saint sera encore une fois de plus en action. L’Esprit-Saint est présent en nous, si nous le voulons bien, à chaque instant de notre vie. Nous commençons nos prières par cette prière à l’Esprit-Saint « Roi céleste » parce que sans l’Esprit-Saint il nous est difficile de prier sincèrement avec un cœur purifié car c’est l’Esprit-Saint qui purifie tout notre être et nous avons besoin, sans cesse, d’être purifiés. Nos cœurs sont encombrés de toutes nos faiblesses, de toutes nos misères mais par l’Esprit-Saint, par cette eau vive dont parle le Christ, tout est soudainement purifié. Nous pouvons nous considérer comme des enfants de Dieu ; nous pouvons nous adresser au Père ; nous pouvons nous adresser au Christ et nous pouvons nous adresser à l’Esprit ; nous pouvons nous adresser à la Mère de Dieu, aux Saints et nous pouvons le faire par l’action de l’Esprit-Saint qui ouvre les yeux de notre cœur, qui nous permet d’être dans une relation authentique, qui vient profondément jaillir de nous et qui se tourne vers Dieu-Trinité. Les Pères ont souvent caractérisé la Sainte Trinité comme le lieu d’amour par excellence et effectivement c’est un lieu où mystérieusement bien évidemment les Trois Personnes de la Sainte Trinité communient sans cesse dans l’amour et ce depuis le commencement des temps et nous sommes invités par l’Esprit-Saint à entrer, à pénétrer dans ce mouvement de communion d’amour. Il n’y a pas de vie chrétienne sans communion d’amour et la communion d’amour ne peut se faire que par l’Esprit-Saint. Nous vivons aujourd'hui la grande fête de la venue de l’Esprit-Saint. Nous le prions depuis hier soir pour que cet Esprit-Saint nourrisse nos cœurs, nos âmes, notre être profond, pour que nous laissions de côté tout ce qui nous encombre, tout ce qui est de la nature déchue qui n’est pas la vraie nature avec laquelle Dieu souhaite nous voir vivre. Il faut laisser le vieil homme, comme disent les Pères, comme dit Saint Paul, de côté. Le vieil homme c’est la nature déchue, c’est la nature atteinte par le péché, celui d’Adam et le nôtre également mais par l’Esprit-Saint ce vieil homme, cette nature déchue peuvent être déposés comme quelque chose d’inutile qui ne sert à rien puisque nous savons que l’utile, ce qui va donner un sens à notre vie c’est l’amour de Dieu sur nous obtenu par l’Esprit-Saint. Nous avons cette responsabilité et en même temps cette joie, ce bonheur profond d’accueillir en nous Dieu. Dieu vient en nous par le Saint-Esprit pour que ce pain et ce vin devienne le Corps et le Sang du Christ par l’Esprit-Saint et quand nous communierons au Christ c’est par l’Esprit-Saint que nous communions. Toute notre vie doit être nourrie de ce que l’Esprit-Saint peut faire en nous et Il peut tout faire même l’impossible à nos yeux. Demandons dans une prière humble, simple mais demandons à l’Esprit-Saint de venir habiter en nous, que notre âme progressivement se creuse pour faire un nid à l’Esprit-Saint, pour qu’il se repose et qu’il nous permette ainsi le véritable repos qui n’a de sens que dans l’amour.

Amen

Parole de Dieu

22/5/2018 Jn XVI, 2-13

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
L’Evangile que nous venons d’entendre nous rapporte le discours que tient Jésus à ses apôtres. En fait Il les prépare à recevoir l’Esprit-Saint. Les apôtres sont dans la même disposition que nous : nous sommes aussi dans l’attente de la venue de l’Esprit-Saint et Jésus enseigne à ses apôtres à comprendre que l’Esprit-Saint va venir, d’une part pour les consoler de son départ de la terre mais aussi pour les enseigner. Car si le Seigneur les enseigne à ce moment-là Il leur dit : «  J’ai encore beaucoup d’autres choses à vous dire mais vous ne pouvez les comprendre que lorsque l’Esprit-Saint sera venu sur terre ». Autrement dit pour nous, c’est la même réalité ; il nous faut désirer cet Esprit-Saint pour que nous comprenions comment le Seigneur Jésus s’adresse à nous, comment, au travers de chaque parole de l’Evangile, Il nous dit quelque chose mais quelque chose de particulier, quelque chose qui va toucher notre personne. Pour l’un ce sera une parole particulière, pour l’autre, une autre. La même parole pourra signifier deux choses différentes selon que l’Esprit-Saint inspirera celui ou celle qui reçoit la Parole du Seigneur. C’est pour cette raison que nous avons beaucoup de commentaires de l’Evangile. Les Pères se sont adressés à ceux qui les entouraient, ils s’adressent encore à nous au travers de leurs ouvrages en interprétant les Paroles de Jésus. Les interprétations sont quelque fois un peu différentes, elles ont toujours à peu près le même sens mais, selon les circonstances et selon les personnes qui se trouvaient là, les Pères enseignaient selon l’Esprit-Saint pour que le cœur de chacun s’ouvre à la Parole de Dieu. Alors pour nous c’est la même chose. Lorsque nous écoutons la Parole de Dieu dans nos Offices, d’une manière générale, au travers des psaumes, au travers des textes liturgiques, au travers de l’Epître ou de l’Evangile, nous recevons quelque chose ou plus exactement nous pouvons recevoir quelque chose mais pour ce faire nous devons être attentifs, nous devons avoir un cœur qui est « comme en creux », un cœur qui est prêt à recevoir la Parole qui nous est adressée à ce moment-là par l’Esprit-Saint qui nous éclaire. Il faut avoir l’humilité pour recevoir la Parole de Dieu. Lorsqu'on est sûr de soi-même, l’Esprit-Saint n’a pas son mot à dire. Lorsqu'on a un cœur humble alors l’Esprit-Saint vient nous éclairer par la Parole de Jésus. Nous ne pouvons pas accueillir la Parole de Dieu autrement que par l’humilité du cœur et de l’âme. C’est pour cette raison que le Seigneur a enseigné par Lui-même, par sa vie, à ceux qui l’entouraient, l’humilité. Sa grande humilité dépasse et dépassera toujours la nôtre, c’est évident mais nous devons – comme disait le Bienheureux Père Sophrony – aller puiser dans la grande humilité du Christ pour nous-mêmes en avoir le bénéfice et, ayant reçu ce bénéfice, de l’humilité, alors nous recevrons la Parole de Dieu telle que le Seigneur le souhaite par l’Esprit-Saint.
Amen

Trinité amour du Père

20/5/2018 Jn XVII, 1-13

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Dans cette belle prière du Christ qui s’adresse à son Père - cette prière que l’on appelle sacerdotale, parce que c’est la prière du Grand Prêtre qu’est le Christ - Il s’adresse au Père pour que ses apôtres en particulier - parce que c’est d’eux dont Il parle - aient la plénitude de sa joie. Quelle est donc cette plénitude de la joie que le Christ ressent ? C’est une joie à double face. C’est d’abord une joie humaine, que ressent le Christ dans sa nature humaine, la nature qu’il a acceptée de prendre sur lui pour nous sauver et sa joie humaine c’est qu’il voit les résultats de ce qu’Il a voulu faire au nom du Père, de l’Esprit.et en son propre nom, à savoir que ses apôtres sont les véritables témoins de l’amour de Dieu. C’est cela sa première joie. Elle est mêlée à une deuxième joie qui est une joie divine mais humaine aussi car Il dit à un moment : « Tout a été accompli. J’ai fait ce que tu m’avais demandé ». Et rappelez-vous, sur la croix, Il dit : « Tout est accompli ». Il a accompli sa mission divine et c’est cela qui est sa joie aussi, joie que partagent le Père et l’Esprit et joie que nous sommes invités, avec les apôtres, à partager, nous aussi. Le Christ précisera : « Ma joie c’est qu’ils te connaissent, Toi, le Père, le vrai Dieu ». Il ne s’agit pas ici de connaître Dieu d’une manière intellectuelle, scientifique, réflexive ; il s’agit de connaître le Père dans l’intimité de la relation avec Lui. C’est cela que le Seigneur a proposé aux hommes de la terre. C’est cela qui fait sa joie. « Qu’ils te connaissent, Toi, le Père ». Vous vous rappelez sans doute que Philippe a posé la question au Christ : « Mais nous n’avons pas vu le Père » et le Christ lui répond : « Qui m’a vu a vu le Père ». Parce qu'il y a une telle intimité entre le Christ et le Père que l’un – qui n’est pas l’autre – reflète l’autre: c’est le mystère de la Sainte Trinité. Trois personnes en un seul Dieu. Une seule divinité, 3 Personnes qui s’aiment et qui nous entraînent à entrer dans cet amour parce que la connaissance du Père, comme la connaissance du Fils, comme la connaissance de l’Esprit-Saint, c’est la connaissance de l’amour du Dieu trine. C’est l’entrée dans cette communion d’amour qui n’a de cesse entre les trois Personnes. C’est un témoignage que le Seigneur Jésus laisse à ses apôtres, c’est son testament en quelque sorte : « … qu’ils connaissent », que nous connaissions le Père. Rappelez-vous, il y a une parabole très importante, très importante qui nous permet d’appréhender ce mystère de la connaissance du Père : c’est la parabole du Fils Prodigue. Ce Père qui accueille le Fils qui s’est éloigné, qui est parti loin, qui a fait de nombreuses bêtises, qui a même abandonné son Père, qui a gaspillé tout ce que le Père lui avait donné mais il revient à cause du souvenir ; il revient vers le Père et là nous avons la possibilité de comprendre dans notre intimité qui est le Père car le Père ouvre ses bras, accueille le Fils Prodigue l’embrasse, ordonne qu’on lui donne la robe blanche, la robe de la fête, qu’on lui mette un anneau au doigt et que l’on festoie. Voilà comment est le Père, voilà comment nous pouvons connaître intimement le Père car nous sommes tous, moi le premier, des fils prodigues, tous, sur cette terre mais ce n’est pas grave, ce n’est pas grave puisque le Père est là avec ses bras, qui nous attend pour nous recevoir, pour nous embrasser, pour nous tenir contre Lui, pour dire au ciel : « Soyons dans la fête, il ou elle est revenu(e) ». Voilà la connaissance du Père, elle est là, elle est résumée dans cette parabole que nous a offerte le Christ. Voilà pourquoi il dit que sa joie est que nous connaissions le Père. C’est extraordinaire. Nous vivons dans un monde qui est difficile – il l’a toujours été et il le sera jusqu’à la fin - mais il y a des moments plus ou moins difficiles. Actuellement c’est difficile : le démon est à l’attaque partout, des gens souffrent terriblement. Alors qu'est-ce qu’on fait avec tout cela ? On désespère ? On pleurniche ? Non, on croit en l’amour du Père miséricordieux qui accueille même ceux qui sont la cause de nos malheurs et de nos souffrances, s’ils le veulent. Voilà comment est la connaissance du Père au travers de ce que nous avons à vivre. Oui, nous vivons des souffrances, tous, à certains moments plus que d’autres ; oui, le monde est dans la souffrance mais nous nous savons, en tant que chrétien, nous avons cette responsabilité de connaître le Père, d’aller vers Lui, pour le monde entier et de plonger dans les bras du Père le monde entier, vous comprenez, le monde entier, plonger dans les bras du Père par nous qui avons cette responsabilité comme les apôtres ont eu cette responsabilité. Voilà comment nous sommes appelés à connaître le Père.
Amen

Ascension

17/5/2018 Mc XVI,9-20 Ascension

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Comme pour toutes les grandes fêtes du Seigneur il y a un enseignement théologique important à recevoir. En cette fête de l’Ascension, autant dans l’Epître que dans l’Evangile, nous recevons de la part du Seigneur un message, un message d’une importance capitale. En effet, lorsque par décision trinitaire, le Seigneur Jésus est venu sur terre et s’est incarné dans le sein de la Mère de Dieu, à ce moment-là, à sa nature divine s’est ajoutée la nature humaine. Il y a eu comme une compénétration des deux natures en une seule personne. Au moment où le Seigneur Jésus quitte ses apôtres, ils auraient dû ressentir une certaine tristesse car lorsque l’on perd, lorsque l’on quitte quelqu'un que l’on aime bien, on est toujours un peu triste mais l’enseignement du Seigneur, les paroles qu’Il offre à ses apôtres font qu’ils repartirent à Jérusalem dans la joie et qu’ils y restèrent ainsi. Pourquoi ? Pour deux raisons : la première raison, le Seigneur la donne : Je vais vous envoyer l’Esprit-Saint, l’Esprit-Saint qui vous donnera force et qui vous permettra de vivre en plénitude tout l’enseignement que je vous ai offert mais il y a quelque chose d’autre, qui n’est pas formulé mais qui est bien exprimé dans l’Evangile. Nous avons bien entendu tout à l’heure que le Seigneur apparaît à ses disciples et leur dit : « Regardez-moi bien, touchez-moi, c’est mon corps. Regardez mes plaies, ce sont les plaies de la crucifixion. Et puis donnez-moi à manger comme vous vous mangez ». Là Il leur précise bien qu’il est bien de la nature humaine et que cette nature humaine s’ajoutant à la nature divine devient pour nous comme un trésor car lorsque le Seigneur Jésus s’élève vers les cieux, vers le Père, vers l’Esprit, Il s’élève avec nous, avec notre nature humaine et il arrive auprès du Père et de l’Esprit avec les deux natures qui ne le quitteront pas : la nature divine qui ne l’a jamais quitté et la nature humaine que par humilité et par amour Il a accepté de prendre en Lui. C’est pour cela que je disais au tout début que cet évènement a un caractère théologique très fort parce que c’est à partir de la compénétration de ces deux natures que nous avons accès à la divinité, je dirai même plus, en répétant ce qu’on dit nos Pères, à la divinisation ; non pas que nous remplacions Dieu, il n’en est pas question mais nous participons à la vie de Dieu. C’est quelque chose d’extraordinaire qui dépasse évidemment tout notre entendement, toute notre raison mais le Seigneur l’a dit : si le Seigneur l’a dit c’est que c’est vrai, c’est authentique et c’est avec cela que nous devons vivre. Dans notre nature humaine nous avons bien du mal à vivre. Il y a des moments d’épreuve, des moments difficiles, des moments de découragement, des moments d’épuisement, toutes sortes de choses qui nous arrivent, qui nous blessent, qui nous font mal. Le Seigneur Jésus a partagé tout cela : à certains moments Il a eu faim, Il a eu soif. Il a même été tenté par le démon, comme nous et puis Il a été crucifié pour nous, Il a accepté la mort pour nous, le tombeau, pour nous et la Résurrection pour nous. Ce partage d’amour, c’est un testament qui nous est donné, un testament indélébile : personne ne pourra nous retirer l’amour de Dieu. On peut tout nous retirer : la vie, oui, mais l’amour de Dieu, jamais. Personne ne pourra nous le retirer. C’est cela que nous vivons aujourd'hui, concrètement, au travers de cet évènement de l’Ascension du Christ. C’est Lui qui mène cette Ascension en tête, c’est Lui qui nous entraîne à cette Ascension, tous, non seulement nous les Chrétiens mais tous les hommes de a terre de bonne volonté. Si nous les chrétiens, nous sommes responsables de notre christianisme, tous les hommes alors sont tirés, sont « acsensionnés ». C’est une grâce particulière, spécifique, unique. C’est la grâce de l’amour de Dieu
Amen

Samaritaine

6/5/2018 Jn IV, 5-42 Dimanche de la Samaritaine

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
« Si tu savais le don de Dieu », cette petite phrase que le Seigneur Jésus adresse à la Samaritaine, il nous l’adresse aussi à nous, bien évidemment puisque la Parole de Dieu est toujours d’actualité. « Si tu savais la don de Dieu … ». Mais quel est donc ce don de Dieu ? Ce récit que nous avons entendu précise que c’était à la sixième heure que Jésus était près du puits et qu’il demanda à la femme : « J’ai soif, donne-moi à boire ». C’est aussi sur la croix, à la sixième heure, que le Seigneur Jésus dit : « J’ai soif ». De quoi donc le Seigneur a-t-Il soif ? Il a soif que nous nous tournions vers Lui pour recevoir tout l’amour de Dieu par son Esprit-Saint. « J’ai soif ». Et c’est là le don de Dieu. Dieu a soif. Il a soif de nous voir nous tourner vers Lui et de Lui dire : « Donne-moi à boire. Donne-moi de ton amour ». C’est ce qui est fondamental pour la vie chrétienne. « Si tu savais le don de Dieu ». Nous avons reçu, par le baptême, le don de Dieu. Nous avons reçu, par la Sainte Communion, que nous recevons régulièrement le don de Dieu. Et nous chantons à la fin de la Liturgie : nous avons vu la vraie Lumière, nous avons reçu l’Esprit céleste, le don de Dieu, l’amour. C’est cet amour que la Samaritaine a reçu car elle n’a pas été rejetée, méprisée mais accueillie par le Christ. Elle a reçu l’amour du Christ. C’est pour cette raison qu’elle a pu lui dire avec simplicité quelle était donc sa vie, une vie que nous pourrions aujourd'hui cataloguée de dissolue mais là n’était pas le problème : il fallait qu’elle entende de la part du Christ qu’Il l’aimait, qu’Il l’aimait comme elle était. Non sans humour le Christ lui pose la question : « Va chercher ton mari », Il savait bien qu’elle avait plusieurs maris ou qu’elle en avait eu plusieurs mais Il veut ainsi qu’elle-même, devant Lui, dise : « Je n’ai pas de maris », ce qui était vrai, elle n’avait pas de vari mari. Et le Christ confirme : « Tu as raison, tu as bien dit ». Autrement dit par l’amour du Christ elle peut se révéler dans sa faiblesse, dans sa misère, dans sa pauvreté. Le Christ l’accueille dans sa misère, dans sa faiblesse, dans sa pauvreté. Et progressivement, Il va lui faire comprendre quel est le don de Dieu. Ce n’est pas d’adorer ici ou là, ceci est secondaire, c’est de recevoir l’amour de Dieu. Si tu savais le don de Dieu. Alors pour nous aujourd'hui comment cet épisode peut-il résonner dans notre cœur ? Connaissons-nous le don de Dieu ? Probablement, au moins un peu. Mais le connaissons-nous dans le sens profond du terme : connaître c’est être intimement lié à l’autre ? Connaissons-nous dans l’intimité le don de Dieu, gardons-nous dans l’intimité le trésor qui nous est offert, le don de Dieu, l’amour de Dieu ? Alors que nous sommes pauvres, pécheurs, tous. Il n’y a pas d’hommes qui vivent et ne pèchent pas, dit-on dans l’Office des Défunts. Oui, si tu savais le don de Dieu. Est-ce que nous connaissons le don de Dieu, profondément ? Est-ce que nous en vivons ? Car c’est là toute la question. Et comment en vivre, c’est la problématique ? Et bien en faisant comme la Samaritaine : en laissant notre cruche sur le bord du puits, notre cruche qui est remplie ou vide. Si elle est remplie, elle est remplie de nos certitudes, de nos évidences personnelles et pire encore, de nos capacités d’écraser l’autre par ce que nous savons mais qu'est-ce que nous savons ? Il n’y a rien dans cette cruche, elle est vide alors il faut la laisser sur le bord du puits et puis recevoir, recevoir l’eau vive qui est le Christ. Il l’a dit : « Je suis l’eau vive ». Recevoir le Christ cela s’apprend toute la vie. Ce n’est pas maintenant pendant que je parle ou dans quelques instants ou après la Liturgie que nous pourrons dire : « Oui, ca y est, c’est fait. Je L’ai rencontré et c’est définitif », non, il faut toute la vie pour recevoir le don de Dieu pour apprendre à le recevoir, pour désirer le recevoir, qui que nous soyons : moines, moniales, laïcs, dans la ville, dans la famille, dans la société. Nous sommes tous appelés à recevoir le don de Dieu. Si tu savais le don de Dieu. L’homme croit savoir beaucoup de choses et il en croit certaines à juste titre par son intelligence donnée par Dieu mais est-ce que l’homme connait le fondamental, l’essentiel, le vital qui dynamise, qui donne un sens à la vie, ce sens de la vie qui aujourd'hui est très atteint, peut-être l’était-il depuis le commencement des siècles. Et le Christ nous le donne par cette interrogation : « Si tu savais le don de Dieu … », ce don c’est l’amour pour chacun, pas uniquement pour les chrétiens, bien sûr pour les chrétiens, mais pour tout le monde, pour le monde entier. Ce don que nous recevons en tant que chrétiens au moment du baptême, nous en sommes responsables, nous n’avons pas à en tirer un titre de gloire mais une responsabilité, une responsabilité de vie pour l’humanité entière, pour le salut du monde, pour que le monde entende cette parole d’une manière ou d’une autre. Si tu savais le don de Dieu. Alors, comment faire, comment être, comme cette femme, témoin de l’amour du Christ ? En en vivant, en cherchant à vivre de l’amour du Christ, tous les jours. Il faut recommencer tous les jours, à tous les instants car nous perdons facilement le trésor que nous avons reçu et nous pouvons le retrouver, ce n’est jamais perdu si nous désirons garder, retrouver et garder à nouveau ce don de Dieu. Si tu savais le don de Dieu.

Amen

Sainteté

10/6/2018 Mt IV, 25 - V, 12

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Aujourd'hui, dans la suite de la fête de tous les Saints que nous avons fêtés dimanche dernier, nous fêtons les Saints plus particuliers de la terre de France et de la terre de Russie. Nous avons lu tout de suite l’Evangile où le Seigneur Jésus appelle ses premiers apôtres. A quoi les appelle-t-il ? Il les appelle à Le suivre : « Venez, suivez-Moi » leur dit-il de manière assez immédiate. Et ils le suivirent. Il me semble qu’entre cet Evangile et la fête des Saints de France et de Russie il y a un pont, un lien. En effet, on ne peut être sur le chemin de la sainteté sans avoir été fondamentalement suscités par le Christ. C’est le Seigneur Jésus qui suscité la sainteté, sainteté à laquelle nous sommes tous appelés à partir du moment où nous avons été baptisés. Nous avons reçu la capacité de la sainteté. Bien sûr, la sainteté n’est pas un état de perfection totale, la sainteté c’est plutôt un désir profond, un désir dynamique de se rapprocher le plus possible de Dieu, de vivre le plus possible selon les commandements du Christ. C’est cela le chemin de sainteté. Et nous y sommes tous appelés. Cela ne veut pas dire que nous serons un jour sur un icône, canonisés. Non, tous les Saints ne sont pas sur les icônes ; tous les Saints ne sont pas canonisés ; il y en a beaucoup plus que sur nos icônes. Il y a tous ceux qui, appelés par le Seigneur d’une manière ou d’une autre, ayant été captés par la grâce, ont tenté, dans le désir et dans l’accomplissement de ce désir, progressivement, de devenir les plus proches du Seigneur. Ce que nous avons à vivre, nous le savons bien, c’est d’aimer. Aimer Dieu et aimer nos frères, ceux qui nous entourent. Ce sont les commandements du Christ. C’est ce que le Seigneur Jésus essayera d’expliquer non sans mal à certains moments à ses apôtres. Ils ne seront pas parfaits et justement c’est cela qui est intéressant parce que nous avons là l’évidence que la sainteté n’est pas la perfection au sens humain où nous l’entendons mais quelque chose d’autre. En effet, si nous regardons rapidement comment les apôtres se sont comportés, on voit bien qu’ils se sont comportés à peu près comme nous et pourtant ils étaient avec le Seigneur : ils le voyaient, ils L’entendaient, ils mangeaient avec Lui mais ils étaient comme nous avec une nature déchue et avec des faiblesses. Rappelez-vous les frères, enfants de Zébédée, se sont disputés pour savoir qui serait le premier, le plus proche auprès du Seigneur dans l’éternité. Pierre a trahi le Seigneur par trois fois alors qu’il avait été averti de cette trahison. Et d’ailleurs tous ont abandonné le Christ a Gethsémani. Cela est quelque part consolant pour nous parce que nous voyons que même si nous avons des moments de faiblesse, de chute, de péché même, il est possible d’avancer sur ce chemin de sainteté. Le Seigneur Jésus a dit à un moment à Pierre : « Retire-toi de moi, satan », il a été jusque là. Et pourtant ce n’est pas Pierre c’est Saint Pierre. Plus tard, Paul, qui n’a pas été parmi les apôtres de la communauté primitive était quelqu'un qui pourchassait les chrétiens et pourtant Dieu lui a fait signe. Certes d’une manière magistrale mais Paul est entré dans le retournement, dans la conversion. Nous avons, à la suite de tous ces exemples à essayer d’entrer dans la conversion, non pas de se convertir à une Eglise – on ne se convertit pas à l’Eglise, on se convertit au Christ. Mais pour ce faire il nous faut prendre des moyens et si nous regardons quelques Saints, nous en avons sorti quelques reliques ce matin, si nous regardons par exemple Saint Séraphim de Sarov ou Saint Martin de Tours, un Saint russe et un Saint français, qu’ont-ils de particulier qui nous attache à eux ? C’est leur humilité. Saint Seraphim de Sarov a été un homme remarquablement humble, certes un homme de prière, un homme qui cherchait tous les jours à s’approcher le plus possible du Seigneur avec les larmes et avec de longues prières qui jaillissaient de son cœur et cela a entraîné une grande humilité. Quand on voit son icône, on a tout compris : on voit un homme qui ne se redresse pas par l’orgueil et qui baisse la tête humblement. Saint Martin de Tours, dans un autre style, est aussi marqué par une grande humilité. Ce n’est pas lui qui s’est proposé pour être évêque, on l’a arraché à sa vie pour qu’il devienne évêque, de force. Il a accepté malgré les critiques des autres évêques qui le jugeaient pas suffisamment bien habillé pour être évêque comme si c’était cela l’important pour être évêque, comme si c’était important d’être bien habillé pour être un saint. Ce n’est pas cela l’humilité, ce n’est pas cela la sainteté. Saint Martin, tout en étant évêque, a continué d’être le moine qu’il était, l’humble moine qu’il était : il se cachait dans des grottes avec quelques compagnons. Il a continué de vivre sa vie ascétique dans la prière, dans les larmes et dans l’humilité.
Alors pour nous, pour nous qui sommes appelés à être des saints, il nous faut mettre le pied sur ce chemin de sainteté, tous les jours, au travers des occasions qui nous sont offertes, au travers de l’appel que le Christ nous lance comme il l’a fait à ses apôtres : « Viens et suis-Moi ». Le Grand Humble c’est le Christ. Il nous faut aller plonger dans la grande humanité du Christ pour essayer d’être humbles. Il nous faut saisir les occasions où l’on est peut-être critiqué, bafoué, méprisé ou peut-être tout simplement que l’on se constate comme étant pécheur, pauvre. Il faut accepter d’être regardé par le Christ, oui, d’être regardé par Lui, par ce regard d’amour qui transforme tout. Si nous acceptons d’être regardés par Lui, dans l’état où nous sommes, dans la situation où nous nous retrouvons, même si nous avons grandement péché. Si nous nous laissons regardés par la miséricorde du Christ, alors nous sommes sur le chemin de la sainteté. Amen

Paralytique compassion

29/4/2018 Jn V, 1-15 Dimanche du paralytique

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Lorsqu' Jésus s’approche de ce paralytique il faut remarquer que celui-ci ne Lui a rien demandé ; c’est Jésus Lui-même qui prend l’initiative en lui posant cette question : « Veux-tu être guéri ? », veux-tu ? Cela signifie que le Seigneur nous veut libre, ne nous force pas à être guéri. Nous sommes tous malades ; nous sommes tous paralysés d’une certaine façon : notre âme et notre cœur sont atteints par notre faiblesse, notre nature déchue et par tout ce que nous commettons volontairement ou involontairement et qui va contre les commandements du Christ. Et le Seigneur – très souvent et beaucoup plus souvent qu’on ne le croie - s’adresse à nous et nous dit : « Veux-tu être guéri ? » Le paralytique ne Lui répond pas directement mais il explique que oui, il voudrait bien être guéri mais il n’arrive pas dans l’eau suffisamment à temps. Pour nous c’est un peu la même chose : nous pourrions dire au Seigneur « Oui, je veux bien être guéri mais je n’y arrive pas, je n’y arrive pas tout seul », parce que c’était là la question ; cet homme n’arrivait pas à être guéri tout seul : il n’avait pas la force, son corps ne le suivait pas et il n’était pas guéri. Mais c’est Jésus qui le guérit ; c’est Jésus qui a de la compassion pour lui, une compassion à la fois pour sa maladie invalidante mais aussi pour autre chose qui n’apparait qu’à la fin du récit et peut-être que nous n’y faisons peut-être pas suffisamment attention. Le Seigneur Jésus lui demande si tout va bien, s’il est guéri et Il lui dit : « Va et ne pèche plus ». Cet homme était un pécheur, bien sûr, comme tous les hommes de la terre, c’était un pécheur qui péchait plus conséquemment que les autres - ce n’est pas dit - mais pour que le Seigneur lui dise : « Va et ne pèche plus » et il ajoute « il pourrait t’arriver des choses plus graves que celles qui te sont arrivées », c'est-à-dire, non pas la paralysie physique mais la paralysie de l’âme et du cœur. « Va et ne pèche plus ». Mais c’est par compassion que le Seigneur dit cela au paralytique, ce n’est pas une leçon de morale : le Christ n’a jamais donné de leçon de morale ; la morale n’est pas une affaire spirituelle même si, de temps en temps dans l’Eglise, on trouve des moralistes, plus exactement des moralisateurs. Non, le Christ n’est pas quelqu'un qui fait la morale, c’est quelqu'un qui compatit à la souffrance de l’homme, à notre souffrance. Et cela veut dire aussi que nous pouvons être certains que le Seigneur – comme je vous le disais au début – assez souvent nous dit : « Veux-tu être guéri ? » Alors bien sûr à nous de répondre puisque nous sommes libres de répondre oui ou non. Et puis il y a une autre leçon, une leçon qui est en quelque sorte la conséquence de ce récit pour chacun d’entre nous. Avoir de la compassion comme le Christ en a eu envers cet homme. Avoir de la compassion envers nos frères et nos sœurs qui quelque fois se présentent avec des faiblesses, non pas des faiblesses physiques mais des faiblesses d’ordre spirituel, des péchés pour résumer. Souvent notre premier réflexe est de juger, de rejeter, de mépriser ou de critiquer et là nous nous égarons totalement. Le Seigneur Jésus ne critique pas cet homme, Il le guérit. Il le guérit comment ? Par son amour. Alors nous nous sommes confrontés dans notre monastère à des frères ou à des sœurs qui ne sont pas parfaits - c’est la même chose d’ailleurs dans une famille ou dans une société. Il est évident que si l’on vit dans un lieu comme celui-ci, en vase clos, comme dans un laboratoire, tout est observable, alors on voit, on voit un frère qui tombe, une sœur qui tombe. On subit le caractère qui n’est pas celui que l’on souhaiterait de celui ou celle qui est en face de nous. On subit la douleur de la faute. On subit le mauvais caractère, l’agressivité, la bêtise, les réflexes idiots. Tout cela on le subit bien sûr mais si on ne fait que le subir en rejetant, en critiquant, en parlant car souvent les moines ont des langues qui ressemblent à des escalators, cela descend et cela remonte très vite. Si nous agissons ainsi nous nous trompons. Nous ne suivons pas le Christ, nous suivons notre maladie. Nous restons dans notre maladie, cette maladie terrible qu’est la critique, le jugement, le mépris, comme si nous étions meilleurs que l’autre parce que c’est cela que l’on pense : moi je suis meilleur, je ne fais pas ca, moi je ne dis pas ca, je ne me comporte pas comme cela, non, non. Moi je suis un bon moine ou une bonne moniale. Et le chrétien doit se dire la même chose à certains moments. Je suis chrétien : je suis meilleur que celui-ci ou celui-là, dans ma famille, au travail, dans la société. Quelles bêtises ! Quel temps perdu alors que le Seigneur est là et dis à chacun d’entre nous : « Veux-tu être guéri ? » C’est cela qui est important. Si on n’a pas compris cela on n’a rien compris au christianisme, rien, absolument rien du tout, et que l’on soit habillé de noir avec des fichus sur la tête ou des barbes longues, cela ne change rien. On n’a rien compris. Alors la véritable leçon nous devons l’entendre et l’accueillir mais pour nous, pour moi-même en tant que personne. Comment je vis la compassion ? Comment je vis l’accueil de l’autre car le Christ a accueilli cet homme qui était paralysé de corps et d’âme puisqu’il lui dit : « Va et ne pèche plus » et on entendra cette phrase à plusieurs reprises dans l’Evangile. Puisque nous avons choisi en tant que baptisé et puis au travers d’un appel particulier pour les moines de lui répondre oui à cet appel. Qu'est-ce que l’on fait de cet appel ? On le piétine quand un agit ainsi. On le rejette. On devient indigne. Alors ces paroles peuvent sembler terribles mais elles nous permettent de nous réveiller car lorsque le Christ nous guérit, Il nous invite à nous réveiller. Lorsque le Christ nous empêche de porter des jugements, de critiquer, de parler sur les fautes des autres, alors Il nous guérit. Il nous invite à sa suite à vivre dans la compassion, le non-jugement, l’amour de l’autre puisque nous savons que nous sommes aimés nous-mêmes malgré nos turpitudes, nos échecs, nos chutes, puisqu’à certains moments nous avons reçu cette grâce de l’amour du Christ qui se pose sur nous comme un baume apaisant sur les plaies pour nous dire qu’Il nous aime même si l’on est par terre alors pourquoi, pourquoi écraser notre frère, notre sœur parce qu'elle est par terre … parce que nous sommes faibles mais il y a une solution, la seule solution : c’est le Christ et c’est la supplication que nous devons faire au Christ : « Empêche-moi d’avoir une âme paralysée par la critique et le rejet, le non-amour et, en définitive, l’orgueil qui gère tout cela. Empêche-moi ». Le Saint Père Sophrony disait très souvent – je l’ai entendu – que, peut-être la prière la plus importante que nous avions à dire chaque jour, c’était celle que nous récitons – mais réciter ce n’est pas forcément prier, il faut que le cœur s’y mette : « Daigne Seigneur nous garder ce jour sans péché ». Si nous formulons cette prière avec le cœur, pas avec l’intelligence, pas par habitude mais avec un cœur contrit, humilié et humble : « Daigne Seigneur nous garder ce jour sans péché ». Alors oui nous serions sur le chemin de la guérison par le Christ. Alors oui nous regarderions notre frère ou notre sœur autrement. Alors oui nous aurions, comme le Christ, la possibilité de verser le baume de l’amour sur les plaies de la sœur ou du frère.
C’est cela la leçon qui nous est offerte aujourd'hui par le Christ Jésus. Tout l’Evangile nous rapporte des évènements comme celui que nous avons entendu : la compassion du Christ nous est offerte en permanence et nou,s que faisons-nous de la compassion ?
Amen

Rameaux Royaume de Dieu

1/4/2018 Jn XII, 1-18 Dimanche des Rameaux

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Ce que nous célébrons dans chaque eucharistie, surtout le dimanche, nous allons le célébrer durant toute la semaine : la grande semaine où Jésus a accompli, une fois pour toutes, l’évènement du salut du monde, l’évènement qui retourne toute notre histoire humaine de la mort vers la vie. Quel est donc cet évènement, ce mystère d’amour qui nous dépasse, que Jésus nous demande de vivre avec lui durant ces jours ? En ce premier jour de la semaine ses disciples pensent que le Fils de David entre à Jérusalem pour devenir roi. En réalité, à travers l’image de Jérusalem, le Fils de Dieu devenu mortel comme nous, marche devant nous pour nous ouvrir les portes du Royaume de notre Père. Jésus nous précède et nous entraîne pour faire partager à tous les humains, tous les humains, la communion d’amour de la Très Sainte Trinité. Cet amour sera notre Royaume, là enfin, tous les enfants du Père pourront être réconciliés. Alors que notre histoire, toute histoire depuis celle d’une famille jusqu’à celle d’un groupe, d’un monastère, d’une paroisse, de l’humanité entière est celle de l’incommunicabilité entre les personnes qui se côtoient, se heurtent mais ne se rencontrent pas dans ce qu’elles sont et seront éternellement. Ce drame est en nous, en chacun de nous. C’est cela que Jésus vient sauver. Alors que nous allons vers la mort, nous pourrons, dans son Royaume, être enfin réconciliés, ne plus vivre repliés sur notre égoïsme, sur notre personnage mais vivre pour notre Père et pour les autres, comme Jésus est totalement vers le Père et vers nous, comme l’Esprit-Saint est avec nous pour nous unir à Jésus et au Père. Voilà le Royaume de la Vérité auquel Jésus est venu rendre témoignage en étant vrai, vrai dans son humanité. Dieu seul est humain. Laissons de côté l’aspect folklorique de ce dimanche et laissons-nous saisir par sa réalité mystérieuse : Jésus, le Fils bien-aimé, Fils éternel du Père et fils de la Vierge, Lui le seul vrai Roi, Lui qui va faire l’unité de tous les enfants de Dieu, comment entre-t-il dans le Royaume ? On l’a chanté tout à l’heure : monté sur le petit d’une ânesse. Quelle stupidité pour les grands de ce monde mais quelle vérité révélatrice de notre roi. Il n’y a en Lui aucune domination, il n’y a en Lui aucune domination. Alors que depuis notre enfance, nous cherchons à nous imposer, à dominer, Lui, notre Seigneur et notre Dieu se fait le serviteur de tous. Il est humble, c'est-à-dire qu’il est vrai car il n’y a aucune violence en Dieu, tandis que nous sommes habités par la violence, même à l’égard de nous-mêmes. La vérité de l’amour ne s’impose pas de l’extérieur, par des lois mais elle est accueillie parce qu'elle est désirable. C’est ainsi qu’elle libère au lieu d’assujettir. Dans le Royaume de notre Père, il n’y a pas de sujets mais des êtres libérés dans le Fils. Dans le Royaume qui vient c’est par l’humilité du serviteur que tous les humains, surtout les plus pauvres et les plus démunis sont enfin respectés. Il est infini le respect de Dieu pour chaque personne humaine. En ce jour nous ne pouvons comprendre la douceur de notre Roi que si nous consentons à partager, un peu, son humilité. C’est pourquoi, à Jérusalem, ce sont les enfants qui L’acclament dans le Temple car c’est par la bouche des tout petits que notre Dieu se ménage une louange. A la lumière de ce jour une autre parole de Jésus apparaît dans sa vérité saisissante : « Si vous ne retournez à l’état des enfants, vous ne pourrez entrer dans le Royaume des Cieux ».
Amen

Annonciation

25/3/2018 Fête de l’Annonciation Lc I, 24-38

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
« Dieu, toi mon Dieu, je Te cherche dès l’aurore, mon âme a soif de Toi. Après Toi languit ma chair, terre sèche, altérée, sans eau ». Ce début de psaume que nous connaissons bien, c’est le cri d’Adam et de tous ceux qui ont succédé jusqu’à ce moment qui vient de nous être rappelé. Oui, Adam cherchait Celui qu’il avait perdu par sa faute. Et le Seigneur – cela nous est dit dans la Sainte Liturgie – lorsqu'Il mit Adam hors du paradis ce n’était pas, comme on peut peut-être le concevoir, comme une punition, c’était pour lui redonner le désir de Dieu. Ce désir de Dieu il s’est accompli parfaitement dans la Vierge Marie, cette jeune fille consacrée au temple depuis longtemps. Il nous est dit ailleurs qu’elle gardait toutes ces choses dans son cœur, son cœur de désir, son cœur de désir de Dieu. En répondant à l’ange : « Qu’il me soit fait selon ta parole. Je suis la servante du Seigneur », en répondant ainsi, elle manifestait qu’elle avait le cœur totalement pur, un cœur de désir, animé uniquement du désir de Dieu. « Aujourd'hui l’aurore de notre salut s’annonce ». Nous avons chanté ce tropaire, mais comprenons-nous bien le premier mot : aujourd'hui ? Car ce que nous fêtons maintenant, ce n’est pas une histoire qui date de 2.000 ans, c’est la fête aujourd'hui puisqu’aujourd'hui notre salut commence et cet aujourd'hui est un aujourd'hui permanent, c'est-à-dire que c’est aujourd'hui mais ce sera demain et encore demain et après-demain si nous avons le désir de cet aujourd'hui, le désir de cette visite de Dieu, le désir d’être sauvé. Dieu Lui n’avait que ce seul désir : créer l’homme pour sa plus grande joie et la joie de l’homme. C’est pour cette raison qu’il a mis Adam hors du paradis pour lui donner ce désir qu’il avait perdu. Alors pour nous, cette fête, cette grande fête qui, par chance, se trouve toujours dans la période du carême, vient nous donner un espoir extraordinaire, l’espoir du salut, l’espoir d’être sauvé aujourd'hui. Aujourd'hui notre salut commence et demain, si nous voulons, nous pourrons redire la même chose. L’aujourd'hui de Dieu est permanent. Nous, nous sommes dans un temps comptabilisé humainement mais Dieu n’est pas de ce temps, Dieu est hors du temps. Son temps c’est l’aujourd'hui de sa présence en nous, pour nous, pour l’humanité entière. Alors en tant que chrétien, notre responsabilité est d’accueillir cette visite de l’ange Gabriel à Marie, d’accueillir la réponse de Marie comme étant la nôtre : « Qu’il me soit fait selon Ta Parole. Je suis la servante du Seigneur ». Car Marie était bien l’une d’entre nous. Sa particularité était d’avoir ce désir de Dieu depuis le début de sa vie et rien d’autre. Certes elle a été provoquée probablement par des tentations mais elle n’est pas tombée car son désir était trop fort alors pour nous qui vivons dans ce temps, ce temps qui quelque fois est un temps de misère, de douleurs, d’épreuves, de souffrances, nous pouvons nous assimiler à Marie qui reçoit le cadeau de Dieu pour l’humanité entière et puisqu’elle nous est offerte par Dieu, gratuitement, qu’elle peut devenir une intercession permanente pour nous, elle devient une étoile, une étoile qui brille dans le ciel, toujours, et lorsque nous sentons l’épreuve arriver alors tournons-nous vers l’étoile et demandons à Marie qu’elle fasse grandir en nous ce désir.

Amen

Foi Esprit - Saint

18/3/2018 Dimanche de Saint Jean Climaque Mc IX, 17-31

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Le Seigneur Jésus, en guérissant cet enfant, nous donne aussi une grande leçon, une double leçon. Tout d’abord Il dit d’une façon très catégorique que le pouvoir c’est la foi. Si l’on ne croit pas on n’a aucun pouvoir car, en fait, le pouvoir ce n’est pas nous qui l’avons mais c’est Dieu, c’est Dieu qui le possède et qui le met à notre disposition si nous avons la foi. C’est ce qui est arrivé à cet homme humble qui a répondu au Christ : « Seigneur je crois mais augmente ma foi ». Et c’est sans aucun doute ce que nous sommes amenés à dire à chaque fois que nous avons besoin du Seigneur, de son pouvoir divin. Nous pouvons Lui dire : « Oui je crois Seigneur mais augmente ma foi. Apprends-moi à avoir la foi ».
La seconde leçon est aussi importante que la première. C’est dans la finale de cette péricope que nous l’entendons : « Ce genre de problème, c’est par le jeûne et la prière que nous pouvons le guérir ». La prière qui est vitale, la prière qui n’est pas une action obligatoire, qui n’est pas un devoir, qui n’est pas magique, la prière c’est la relation avec Dieu. La prière est un élément vital, nous le savons bien ; sans la prière, sans cette relation privilégiée à Dieu rien n’est possible, absolument rien. Car c’est dans la prière que nous sommes dans la communion avec le Seigneur. Certes il y a d’autres moyens de communion : la communion au Saint Corps et au Saint Sang du Christ que nous prendrons tout à l’heure et aussi la communion dans la fraternité avec ceux qui nous entourent. Nous ne pouvons pas prier sans l’aide de l’Esprit-Saint, ceci est impossible. C’est pour cette raison que, pendant la Liturgie, nous demandons, par l’épiclèse, ce temps privilégié qui vient consacrer les Saints Dons, nous demandons au Seigneur de nous envoyer son Esprit très Saint sur nous et sur les saints Dons. Nous commençons par les demander sur nous car nous ne pouvons pas poursuivre la Liturgie sans avoir l’Esprit-Saint avec nous. C’est par l’Esprit-Saint que nous pouvons nous adresser à Dieu. C’est par l’Esprit-Saint que nous pouvons aimer nos frères, c’est par l’Esprit-Saint que nous pouvons participer au salut du monde. Aimer les autres, nous le savons bien, c’est une chose difficile et sans l’Esprit-Saint qui est amour ce n’est pas possible. Cet homme qui aimait son enfant a pu l’apporter aux pieds du Seigneur Jésus parce qu'il croyait, il croyait en Dieu, à sa manière certes, mais il croyait et le Christ l’a vu et, pour cette raison, il a guéri l’enfant. Nous devons, nous aussi, nous acharner à croire, à croire que l’Esprit-Saint peut tout faire. La semaine dernière, tout au long de la semaine, nous avons vénéré la croix du Christ, la croix qui est le seul moyen que nous offre l’Esprit-Saint pour vivre selon le Christ : « Celui qui veut venir à ma suite qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». Nous ne pouvons pas prendre notre croix tout seul, cela est impossible. Nous ne pouvons pas aimer ceux qui nous entourent sans accepter cette croix et pour ce faire, il nous faut prier, prier beaucoup, prier l’Esprit-Saint pour qu’Il agisse en nous, pour qu’Il aime en nous alors tout devient possible, tout devient possible par la grâce et c’est l’Esprit-Saint qui nous procure la grâce. Retenons donc cette leçon que le Seigneur Jésus nous offre : avoir du pouvoir c’est avoir la foi et, pour Le suivre, porter notre croix tous - car nous devons tous la porter d’une manière ou d’une autre - c’est la seule solution pour suivre le Christ. Pour porter cette croix nous avons besoin de l’Esprit-Saint. Qu’Il vienne en nous et qu’il soit notre secours.
Amen

Dimanche de la Croix

11/3/2018 Dimanche de la Croix Mc VIII, 34, IX, 1

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Nous voici arrivés à la mi-carême, à la fin de cette première partie où nous avons essayé dans le jeûne, l’ascèse, la prière de nous approcher le plus possible du Seigneur. Nous constatons peut-être que tout cela n’est pas si simple, n’est pas si facile et est même quelque fois douloureux. La confrontation avec notre être profond, avec ce que nous sommes en vérité n’est pas toujours agréable à nos yeux. C’est pour cette raison que l’Eglise nous propose de méditer sur la croix du Seigneur, méditation que nous reprendrons pendant la semaine sainte. La croix, la croix dont nous avons été marqués dès notre baptême. C’est le premier acte que le prêtre a posé sur nous : il nous a signés du signe de la croix. Et depuis nous vivons avec ce signe : nous portons une croix sur nous, nous faisons le signe de la croix souvent, fréquemment, peut-être quelque fois sans attention, mais nous sommes marqués par ce signe. Pourquoi ? Parce que c’est sur la croix que tout le mystère du salut s’est accompli. C’est là que le Seigneur Jésus a abandonné totalement son moi humain, son égo humain (dans le bon sens du terme), Il l’a abandonné totalement entre les mains du Père : « Je remets mon Esprit entre tes mains », «  comme un agneau sans taches, muet devant celui qui le tond, ainsi il n’ouvre plus la bouche ». Cette phrase d’Isaïe qui prophétise le mystère de la croix du Christ, que nous répétons d’ailleurs pendant l’Office de la Proscomédie, cette phrase est forte, belle et doit toucher notre cœur. « … Comme un agneau pur que l’on mène à l’abattoir ainsi il n’ouvre pas la bouche ». C’est ainsi que le Seigneur accepte la croix. Souvent pour nous il est difficile de vivre les épreuves quelle qu’elle soit, les petites, les quotidiennes comme les plus rares, les plus exceptionnelles, les plus dures, les plus broyantes même mais nous avons toujours la possibilité de nous tourner vers le Christ sur la croix. C’est là qu’Il s’offre à nous en s’offrant au Père ; c’est là qu’Il nous offre au Père en s’offrant Lui-même. Nous ne sommes pas perdus sur cette terre. Pourtant, à certains moments, nous sentons que tout nous échappe, la force, l’énergie, la joie de vivre, la paix intérieure, que tout cela semble disparaître mais il nous reste toujours le Christ sur la croix. On peut toujours lever les yeux vers le Christ sur la croix et lui dire : « Viens, viens m’aider à porter ma propre croix car sans Toi je ne puis rien faire ». Pourtant le Christ nous dit aussi aujourd'hui : « Celui qui veut venir qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » et lorsqu'Il dit « qu’il me suive », cela veut dire qu’il écoute ma Parole, qu’il écoute mon enseignement, qu’il écoute tout ce que je lui ai dit par ma vie. Il suffit de relire l’Evangile pour comprendre ce que le Seigneur Jésus a vécu depuis son enfance. Il a vécu tout ce que nous vivons sur cette terre, tout sauf le péché mais toutes les conséquences du péché même Il a accepté de les vivre jusqu’à la mort et la mort sur la croix. Alors nous ne devons pas voir la croix comme un simple instrument de torture, même si c’en est un, bien évidemment, mais nous devons aussi voir la renaissance de l’arbre de vie par la croix, l’arbre qui donne la vie et cet arbre c’est Jésus qui nous donne la vie en nous aimant tel que nous sommes et en nous invitant à passer au travers des épreuves avec Lui, non pas sans Lui, avec Lui, mais en vivant nos épreuves comme une participation à ce qu’Il a vécu Lui-même tout au long de sa vie terrestre, sur la croix et à Gethsémani. Alors soyons consolés par cette parole : « Viens et suis-Moi » et « Si tu veux me suivre, prends ta croix. » Que le Seigneur nous donne la grâce, la grâce de son Esprit-Saint pour comprendre non pas intellectuellement mais comprendre dans l’expérience de la vie que la croix, même la plus difficile, est source de vie. Cela peut paraître à certains moments insupportable et ce l’est mais le Christ est là, Lui qui a supporté l’insupportable. Il est là et Il nous tient par les bras, dans le cœur, dans l’âme, de toutes ses forces, par son Esprit-Saint et c’est par là que nous pouvons vivre nos épreuves. Que Dieu nous donne cette grâce.
Amen

Dimanche du Jugement dernier

11/2/2018 Dimanche du Jugement dernier Mth XXV, 31.46

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Les paroles du Seigneur Jésus que nous venons d’entendre sont sans aucun doute des paroles pour nous permettre de comprendre ce qui arrivera à la fin des temps. Certes ces paroles sont conséquentes, importantes. Elles résonnent dans nos cœurs mais elles nous sont données aussi pour notre vie d’aujourd'hui, pas uniquement pour imaginer ce qui pourrait nous arriver à la fin des temps, au jugement dernier. Tout ce que décrit le Seigneur Jésus est fait pour que nous soyons éveillés, éveillés à notre propre vie et à ce que nous en faisons. Le Seigneur Jésus nous a dit : « Qui m’a vu a vu le Père » et nous voulons voir le Père à la fin des temps mais si le Seigneur nous a dit « Qui m’a vu a vu le Père », il faut bien comprendre que nous pouvons voir le Seigneur Jésus aujourd'hui, Le voir dans notre frère, dans notre sœur : c’est tout le message de l’Evangile de ce jour. Il faut que nous soyons éveillés pour découvrir en chacun, en chacune de ceux que nous sommes appelés à rencontrer, le visage du Christ. Le psalmiste, dans le psaume 26 dit : « Seigneur je cherche ton visage » mais ton visage, Seigneur, est dans mon frère, dans ma sœur et je ne le vois pas. Je ne le vois pas parce que mes yeux sont fermés ou plus exactement ils ne sont pas fermés mais ils sont tournés vers moi au lieu d’être tournés vers mon frère, vers ma sœur pour y découvrir la belle face qui est celle qui T’appartient. Il nous est plus facile de voir les défauts de nos frères et nos sœurs. Il nous est plus facile de critiquer, de juger, de repousser mais voir la beauté de Jésus dans celui ou celle qui est en face de nous, c’est quelque chose d’extraordinaire qui peut nous arriver si nous sommes éveillés, si nous veillons autrement-dit, si nous sommes attentifs. Nous sommes heureux quand nous vivons avec des amis, des personnes que nous aimons, c’est facile à vivre mais il faut aller au-delà de cela encore, il faut découvrir le Seigneur Jésus en eux et plus encore il faut découvrir le Seigneur Jésus dans ceux qui nous sont moins faciles au niveau de la communication, de la présence, de la communion : découvrir la beauté de Dieu, la beauté du Christ dans le cœur de l’autre à condition que mon cœur ne soit pas tourné uniquement vers moi. Nous sommes tous touchés par l’égoïsme et par l’orgueil mais il faut être libéré de tout cela alors comment ? Parce qu’il faut que nous arrivions à voir dans notre frère et notre sœur le Christ, qu’il vienne nous dire : « C’est Moi que vous avez vêtu, c’est Moi que vous avez nourri, c’est Moi que vous avez accueilli, c’est Moi que vous avez visité ». La question est : « Pourra-t-il me dire cela lorsque j’arriverai devant Lui ? Ou bien me dira-t-il ce qu’il dit aux autres ? Pour ce faire il faut que nous soyons éveillés et que nous veillons, que nous soyons attentifs dans nos relations et dans notre foi aussi car ceci nécessite la foi. Pourquoi nous est-il possible, pendant l’Eucharistie, de dire, parce que le Christ nous l’a révélé, du pain et du vin qui est sur l’autel, corps et sang du Christ alors qu’il nous est difficile de voir le Christ dans notre frère et notre soeur ? Pourquoi ? Parce que nous sommes égoïstes, tous, moi comme vous, alors il faut nous réveiller pour que nous soyons éveillés. Nous avons des moyens, ces moyens nous sont apportés par l’Esprit-Saint, notamment dans la prière. C’est dans la prière que notre cœur se purifie, se cristallise, devient transparent et nous permet de voir. La prière nous mène à l’amour : l’amour de Dieu et l’amour du frère et de la sœur, la vraie prière, celle qui est amour justement. Il n’y a aucune prière authentique qui ne soit pas amour. Il n’y a pas d’amour authentique sans prière et tout cela nous est donné par l’Esprit-Saint. Alors certes, nous pouvons constater notre faiblesse et il est bon et important de la constater mais il ne faut pas nous arrêter là, il faut avoir foi dans l’Esprit-Saint : Il va susciter en nous la prière pour que nous sachions aimer et que, sachant aimer, nous découvrions la beauté de la face du Christ dans ceux qui nous entourent.
Amen

Regard du Christ

25/2/2018 Jn I, 43-51

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Pendant les 4 premiers jours de cette dernière semaine nous avons lu, entendu et médité le canon de Saint André de Crète que nous lisons traditionnellement tous les ans à cette période. Ce canon qui nous permet de prendre conscience de ce que nous sommes, de nos faiblesses. Y sont cités beaucoup de personnages de l’Ancien Testament qui ont commis des fautes pour nous rappeler que, nous aussi, nous sommes capables de commettre ces fautes. Ce canon, peut-être un peu terrifiant à entendre, mais il y a toujours une note d’espoir qui termine chaque partie du canon et aujourd'hui, alors que nous avons médité sur nos propres fautes, et que, peut-être cela nous a attristés, aujourd'hui, en entrant dans l’église nous contemplons l’icône du Christ Sauveur en souvenir du rétablissement de la vénération des icônes. En fait cette icône c’est le Christ qui nous regarde et qui guette notre regard, c’est le Christ qui veut manifester son amour. Lorsque Adam et Eve ont péché, ils se sont cachés, et c’est Dieu qui les a cherchés : « Où es-tu Adam ? » Le regard du Christ sur cette icône est certainement aussi un regard qui nous cherche et qui nous cherche pour nous dire combien Il nous aime. C’est le regard qu’Il a posé sur la Samaritaine, sur Zachée, sur la femme adultère, sur Nathanaël, comme nous venons de l’entendre : un regard qui apaise, un regard qui donne espérance, un regard qui réconforte. Le Christ nous dit : « Oui je vais te séduire, te conduire au désert et parler à ton cœur ». Tout ce temps de carême qui est un temps de désert le Christ souhaite nous parler, nous dire quelque chose et pour ce faire il faut que notre cœur se libère, se désencombre pour que le Christ puisse s’exprimer. Cela va être tout le travail ascétique de cette période carémique. Le regard du Christ c’est un regard de Créateur, de Celui qui nous a fait à partir de rien et qui, en s’incarnant sur la terre, a voulu montrer son visage d’amour, a voulu nous offrir son regard d’amour, ce regard d’amour qui n’a eu de cesse, tout au long de sa vie terrestre, de se poser sur chacun de ceux qui l’entouraient, y compris sur la croix. Sur la croix le Christ regarde ceux qui l’entourent : Il regarde le Bon Larron, Il regarde les soldats, le centurion, sa mère, Saint Jean. Il est surpris de voir combien on L’a rejeté : « O mon peuple, que t’ai-je fait ? » Aujourd'hui Il nous dit : « Que m’as-tu fait ? Où es-tu ? Où t’es-tu éloigné de Moi ? Approche et n’aie pas peur ». Il est impressionnant de lire tous ces passages de l’Evangile où tous ceux qui approchent le Christ sont guéris s’ils étaient malades ou transformés dans leur âme et nous aujourd'hui nous nous laissons regarder par le Christ qui est sur cette icône par ce regard d’amour. Bien sûr nous sommes pécheurs et le Seigneur le sait bien mais ce n’est pas cela qui l’intéresse. Ce qui l’intéresse c’est que nous nous laissions regarder par Lui, même dans le péché. C’est cela qu’Il cherche à nous faire comprendre et à nous dire : Il ne nous rejette pas, Il nous accueille, comme Il accueille Nathanaël. Toute notre vie nous serons confrontés à nos faiblesses : il nous faudra lutter contre les tentations et demander le secours du Christ pour pouvoir continuer la route. Sans l’amour du Christ, sans ce regard d’amour, nous ne pouvons pas grand-chose mais avec Lui tout devient possible. Le carême est une période particulière, c’est un temps où l’on peut d’avantage peut-être voir qui on est et qui on devrait être et en même temps sentir combien le Seigneur est proche de nous pour nous soutenir, nous encourager, nous prendre par la main. Nous pouvons Lui dire : « Je suis une brebis perdue, appelle-moi, ô Sauveur, et sauve-moi », comme nous le disons dans l’Office des défunts. Il viendra alors, Il viendra pour nous sauver. Alors lorsque nous arriverons devant Lui à la fin des temps, nous pourrons Lui dire : « Je suis l’image de ta gloire ineffable malgré les stigmates de mes péchés ». Oui nous pourrons dire cela car le Seigneur nous aura appris à accueillir son regard d’amour ; Il nous aura appris à poser un regard d’amour sur ceux qui nous entourent ; Il nous aura appris à aimer.
Amen

Rencontrer le Christ

2/2/2018 Lc II, 22-40 La Sainte Rencontre

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Aujourd'hui nous fêtons la Sainte Rencontre, la Sainte Rencontre entre Jésus, le Christ, et le vieillard Siméon et tous ceux qui l’entourent. Rencontrer le Christ - on le comprend bien dans cet Evangile – est vital pour le Vieillard Siméon. C’est un moment de grâce qui lui a été prédit par l’Esprit-Saint et il sait qu’avant de mourir il verra le Christ et le tiendra dans ses bras. Il ne s’agit pas de n’importe quel enfant car le Vieillard Siméon l’exprime et le comprend : il s’agit du Sauveur du monde qu’il tient dans ses bras. L’expérience de Siméon, c’est une expérience que nous devons essayer et désirer vivre à un moment ou l’autre de notre vie. Certes on ne nous apportera pas l’enfant Jésus dans nos bras mais il s’agit de Le rencontrer sous une forme ou sous une autre par quelque moyen que ce soit. C’est indispensable à la vie spirituelle, à la vie chrétienne : rencontrer le Christ. Certes, nous connaissons le Christ, nous avons reçu la foi au baptême et nous croyons en Lui mais L’avons-nous rencontré ? Est-ce que plus exactement nous avons eu ou nous avons encore le désir de Le rencontrer, de personne à personne ? La question se pose : mais comment, comment Le rencontrer ? En fait, c’est une fausse question. Nous devons avoir le désir de Le rencontrer et demander cette rencontre dans la prière fervente, régulière, tenace et c’est le Seigneur Lui-même qui provoquera la rencontre, ce n’est pas nous. Nous, nous la demanderons, nous la désirerons mais celui qui la provoquera en nous rencontrant c’est le Christ. C’est Lui qui a été déposé dans les bras du Vieillard Siméon par sa mère Marie et Joseph. C’est important cette rencontre parce que nous ne pouvons pas vivre sans cette rencontre. Même si c’est à la fin de notre vie que cela se produit, peu importe le moment mais il faut qu’elle ait lieu comme pour le Vieillard Siméon : avant la mort, la rencontre avec le Christ, une vraie rencontre, une rencontre qui nous ouvre le cœur, qui transforme notre âme, qui change notre vie, qui fait qu’après la rencontre nous ne serons plus exactement le même ou la même. Le Seigneur peut venir à notre rencontre sous différentes formes, extrêmement variées. Bien sûr il y a quelques personnes exceptionnelles qui verront le Christ de leurs yeux, quelques saints, comme Saint Silouane et qui ainsi le rencontreront mais le Christ pourra se manifester de bien d’autres manières. Peut-être un moment où nous prierons nous sentirons la douceur de sa présence. Nous aurons l’évidence et la conviction qu’Il est là et qu’Il nous dit quelque chose qui sera approprié à notre propre personne au moment voulu. Peut-être cela se fera autour d’une parole entendue, inattendue et qui viendra toucher notre cœur et peut-être faire verser nos larmes. Il y aura peut-être la réception de son Saint Corps et de son Saint Sang lors de l’Eucharistie à un moment qui se manifestera comme étant plus fort, plus particulier, plus personnel … et bien d’autres manières. L’important c’est la rencontre, c’est le désir de la rencontre et, accompagnant cela, une vertu, une vertu qui nous est difficile d’acquérir qui s’appelle la patience. Le Vieillard Siméon a attendu longtemps. Il était âgé. Il savait qu’il rencontrerait le Christ mais il ne savait pas quand et il a su attendre, ce que très souvent nous ne savons pas faire. Nous sommes des impatients. Nous voulons avoir le plus vite possible toutes sortes de grâces, plus particulièrement cette grâce de la rencontre. Bien sûr c’est légitime, ce désir est légitime mais il doit s’accompagner de patience : si ce n’est pas aujourd'hui ce sera demain et si ce n’est pas demain, ce sera plus tard. Peu importe, mais nous devons garder au cœur le désir de cette rencontre et une fois que cette rencontre aura eu lieu dans la profondeur de notre cœur, de notre être, nous serons changés, nous serons autre intérieurement, profondément. Hier, pendant la Vigile nous avons entendu un moment un petit texte que peut-être on a laissé passer sans attention et qui m’a paru significatif. Il était dit que le Vieillard Siméon ayant reçu le Christ dans ses bras était allé annoncer à Adam que le Sauveur était là. C’est le Christ qui va tirer Adam du lieu où il se trouve depuis qu’il a été chassé du paradis mais déjà, dans la situation où il se trouve, il lui est annoncé que le Sauveur est arrivé. Alors c’est pour nous une grande consolation parce que nous entendons aujourd'hui par la bouche du Vieillard que le Christ est venu, qu’il l’a eu dans les bras, qu’il peut aller maintenant dans son repos éternel, Siméon. Mais, indépendamment de Siméon, Adam, c'est-à-dire l’homme, l’humanité entière apprend qu’elle est sauvée avant même que le salut se soit accompli totalement par la mort et la Résurrection du Christ. Adam ne s’attendait probablement pas à cette nouvelle, en tout cas sous cette forme. Comme beaucoup d’hommes et de femmes sur la terre n’attendent pas la venue du Christ pour nous sauver mais nous, comme Siméon, nous avons la responsabilité de faire connaître au monde entier que le monde est sauvé potentiellement. Cette responsabilité ne se fera pas forcément par la parole, certainement pas par du prosélytisme inutile mais par notre vie, notre vie qui étant transformée par la rencontre deviendra manifeste aux yeux des hommes d’une manière ou d’une autre, peu importe. Mais nous aurons cette responsabilité de vivre et de garder ce mode de vie qui est différent de celui qui avait lieu avant la rencontre pour que le monde sache, pour que le monde connaisse que le salut est venu au milieu des hommes.
Amen

Pharisien et publicain

14/1/2018 Lc XVII, 12-19

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
« Seigneur Jésus aie pitié de nous ». C’est par cette prière que s’expriment les dix lépreux atteints de cette terrible maladie et qui souhaitent être guéris par le Seigneur. « Seigneur, aie pitié de nous ». Et le Seigneur les exauce, le Seigneur les envoie se montrer aux prêtres, comme c’était la coutume lorsqu'on était guéri, et pendant qu’ils cheminent vers les prêtres pour se montrer, ils sont effectivement guéris de la lèpre. La leçon que nous donne le Christ aujourd'hui est facile à comprendre : un seul sur les dix revient rendre grâce au Seigneur. Le Seigneur en est étonné et il pose la question : « Où sont les neuf autres ? ». Il attire notre attention sur le fait que sur les dix le seul qui est revenu est un étranger, un non-juif. Cela prouve, entre autre que le Seigneur peut tout faire et que les guérisons ne sont pas réservées aux chrétiens mais à tous les hommes de la terre, pour qui les chrétiens doivent prier, bien sûr, c’est notre responsabilité. La leçon c’est : pourquoi disons-nous  « Seigneur aie pitié de nous » et pourquoi ne disons-nous pas « Merci Seigneur » ? Nous autres les moines, les moniales et les fidèles aussi, utilisons ce que l’on appelle « la prière de Jésus » dont l’origine est dans ce texte : Seigneur Jésus aie pitié de nous ou aie pitié de moi et nous répétons beaucoup de chapelets en redisant la même chose, à juste titre d’ailleurs, mais pensons-nous de temps en temps à dire le chapelet en disant : « Seigneur Jésus, sois béni pour ce que tu m’as donné » ? La question vaut la peine que nous nous la posions. Nous demandons souvent des prières – et nous avons raison – pour nous-mêmes, pour nos malades, pour des situations difficiles. Il faut demander, le Seigneur nous l’a dit : « Demandez, frappez à la porte, je vous ouvrirai ». Mais là, il est étonné parce que tout le monde est venu frapper à sa porte pour être guéri et un seul est venu dire merci. Alors à nous de nous interroger pour savoir s’il y a un équilibre entre nos demandes et nos actions de grâce. Ce que nous célébrons en ce moment s’appelle « Eucharistie ». C’est un mot grec qui signifie « merci ». C’est un mot qui existe toujours : quand vous allez en Grèce, pour dire merci, n’importe où vous dites « evcharisto » mais le disons-nous au Seigneur quelle que soit la langue ? Est-ce que pendant ces deux heures que nous passons ensemble, il nous viendra à l’esprit de rendre grâce au Seigneur et pourtant il y a des prières qui vont bien dire que nous rendons grâce mais est-ce que nous serons dans ces prières ? Est-ce que notre oreille entendra des mots simplement ou est-ce que notre cœur s’ouvrira pour dire merci au Seigneur, pour ce qu’il a fait pour nous : sa mort sur la croix, sa résurrection et toutes les guérisons, pour le salut qui nous est offert ? Soyons attentifs à ce que nous faisons dans notre vie spirituelle, à ce que nous disons à Dieu. Tout à l’heure, après la Communion, nous chanterons : « Nous avons vu la vraie lumière, etc… » Est-ce que c’est simplement un chant, une ritournelle que l’on chante systématiquement après la Communion, à laquelle on ne fait guère attention ou bien est-ce que, dans ce chant, nous ferons entrer notre merci à Dieu pour ce que nous avons goûté, pour ce que nous avons reçu, son Corps, son Sang, sa bénédiction, sa paix, la joie du cœur retrouvée ? Quand j’étais petit enfant - je pense qu’on le fait toujours aux petits enfants – quand on me donnait quelque chose et que je ne disais pas merci, mes parents me disait : « Et alors, et alors … Où est-il le merci ? ». Oui, j’ai été éduqué comme cela. Alors bien sûr Dieu ne donne pas des taloches, Il a autre chose à faire mais quand même, il faut réveiller nos cœurs, nos âmes, il faut prendre conscience de nos manquements. Ce n’est pas compliqué de dire merci à Dieu quand une grâce est venue, quand nous avons été exaucés, quand un ami, une amie, une personne pour laquelle nous avons prié est exaucée. Rendre grâce, c'est-à-dire reconnaître la grâce, c’est cela que veut dire « rendre grâce », reconnaître devant Dieu que c’est Lui qui est à la source de la grâce. Alors voilà c’est tout l’enseignement simple, facile à retenir, qu’il faut vivre ; pas simplement retenir dans l’intellect mais vivre avec le cœur. Alors que le Seigneur nous apprenne à dire merci pour tout ce qu’il nous offre.
Amen

Remercier

14/1/2018 Lc XVII, 12-19

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
« Seigneur Jésus aie pitié de nous ». C’est par cette prière que s’expriment les dix lépreux atteints de cette terrible maladie et qui souhaitent être guéris par le Seigneur. « Seigneur, aie pitié de nous ». Et le Seigneur les exauce, le Seigneur les envoie se montrer aux prêtres, comme c’était la coutume lorsqu'on était guéri, et pendant qu’ils cheminent vers les prêtres pour se montrer, ils sont effectivement guéris de la lèpre. La leçon que nous donne le Christ aujourd'hui est facile à comprendre : un seul sur les dix revient rendre grâce au Seigneur. Le Seigneur en est étonné et il pose la question : « Où sont les neuf autres ? ». Il attire notre attention sur le fait que sur les dix le seul qui est revenu est un étranger, un non-juif. Cela prouve, entre autre que le Seigneur peut tout faire et que les guérisons ne sont pas réservées aux chrétiens mais à tous les hommes de la terre, pour qui les chrétiens doivent prier, bien sûr, c’est notre responsabilité. La leçon c’est : pourquoi disons-nous  « Seigneur aie pitié de nous » et pourquoi ne disons-nous pas « Merci Seigneur » ? Nous autres les moines, les moniales et les fidèles aussi, utilisons ce que l’on appelle « la prière de Jésus » dont l’origine est dans ce texte : Seigneur Jésus aie pitié de nous ou aie pitié de moi et nous répétons beaucoup de chapelets en redisant la même chose, à juste titre d’ailleurs, mais pensons-nous de temps en temps à dire le chapelet en disant : « Seigneur Jésus, sois béni pour ce que tu m’as donné » ? La question vaut la peine que nous nous la posions. Nous demandons souvent des prières – et nous avons raison – pour nous-mêmes, pour nos malades, pour des situations difficiles. Il faut demander, le Seigneur nous l’a dit : « Demandez, frappez à la porte, je vous ouvrirai ». Mais là, il est étonné parce que tout le monde est venu frapper à sa porte pour être guéri et un seul est venu dire merci. Alors à nous de nous interroger pour savoir s’il y a un équilibre entre nos demandes et nos actions de grâce. Ce que nous célébrons en ce moment s’appelle « Eucharistie ». C’est un mot grec qui signifie « merci ». C’est un mot qui existe toujours : quand vous allez en Grèce, pour dire merci, n’importe où vous dites « evcharisto » mais le disons-nous au Seigneur quelle que soit la langue ? Est-ce que pendant ces deux heures que nous passons ensemble, il nous viendra à l’esprit de rendre grâce au Seigneur et pourtant il y a des prières qui vont bien dire que nous rendons grâce mais est-ce que nous serons dans ces prières ? Est-ce que notre oreille entendra des mots simplement ou est-ce que notre cœur s’ouvrira pour dire merci au Seigneur, pour ce qu’il a fait pour nous : sa mort sur la croix, sa résurrection et toutes les guérisons, pour le salut qui nous est offert ? Soyons attentifs à ce que nous faisons dans notre vie spirituelle, à ce que nous disons à Dieu. Tout à l’heure, après la Communion, nous chanterons : « Nous avons vu la vraie lumière, etc… » Est-ce que c’est simplement un chant, une ritournelle que l’on chante systématiquement après la Communion, à laquelle on ne fait guère attention ou bien est-ce que, dans ce chant, nous ferons entrer notre merci à Dieu pour ce que nous avons goûté, pour ce que nous avons reçu, son Corps, son Sang, sa bénédiction, sa paix, la joie du cœur retrouvée ? Quand j’étais petit enfant - je pense qu’on le fait toujours aux petits enfants – quand on me donnait quelque chose et que je ne disais pas merci, mes parents me disait : « Et alors, et alors … Où est-il le merci ? ». Oui, j’ai été éduqué comme cela. Alors bien sûr Dieu ne donne pas des taloches, Il a autre chose à faire mais quand même, il faut réveiller nos cœurs, nos âmes, il faut prendre conscience de nos manquements. Ce n’est pas compliqué de dire merci à Dieu quand une grâce est venue, quand nous avons été exaucés, quand un ami, une amie, une personne pour laquelle nous avons prié est exaucée. Rendre grâce, c'est-à-dire reconnaître la grâce, c’est cela que veut dire « rendre grâce », reconnaître devant Dieu que c’est Lui qui est à la source de la grâce. Alors voilà c’est tout l’enseignement simple, facile à retenir, qu’il faut vivre ; pas simplement retenir dans l’intellect mais vivre avec le cœur. Alors que le Seigneur nous apprenne à dire merci pour tout ce qu’il nous offre.
Amen

Zachée

14/1/2018 Lc XIX, 1-10

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
« La force et la grâce de Dieu se manifestent dans notre faiblesse ». Ceci pourrait être le titre du passage évangélique que nous venons d’entendre. En effet dans l’histoire de cette rencontre entre le Seigneur Jésus et Zachée il y a la manifestation évidente de la grâce de Dieu, une manifestation qui peut paraître cachée à nos yeux mais qui pourtant est bien réelle. En effet, comme il est dit, Zachée est un publicain, quelqu'un qui ne vit pas – on dirait aujourd'hui – saintement, c'est-à-dire correctement, quelqu'un qui profite un peu des autres et qui s’enrichit sur le dos des autres. Il le sait. Il le sait et c’est pour cette raison - indépendamment de sa taille puisqu’il est dit qu’il était petit - qu’il est monté dans le sycomore. Il voulait voir le Christ, il avait entendu parler de Lui comme d’un thaumaturge, comme quelqu'un d’exceptionnel, un prophète. Il voulait Le découvrir, donc il fallait qu’il monte dans un arbre sinon les autres l’auraient empêché de voir le Christ mais il y a une autres raison pour laquelle il monte dans l’arbre, c’est parce que dans un arbre feuillu on n’est pas vu, on se cache et il se cache parce qu'il sait, comme Adam au paradis, qu’il ne peut pas être vu par Dieu dans son état de pécheur. Mais là il se trompe car c’est le Seigneur Jésus qui va l’interpeller, même s’il est caché, comme Dieu dans le paradis appelle ; « Adam où es-tu ? ». Et le Seigneur dit : «  Zachée descends, descends de ton arbre. Aujourd'hui je dois entrer dans ta maison, prépare le repas ». Et Zachée obéit au Seigneur. Il est certainement troublé, il se demande ce qui se passe : comment moi, pécheur, suis-je désigné pour accueillir celui qui est, apparemment, le Saint par excellence mais il s’exécute. Alors dans plusieurs Evangiles, l’évènement est relaté avec quelques nuances et quelques détails supplémentaires. On sait que pendant le repas il y a un dialogue qui s’instaure entre le Christ et Zachée – c’était d’ailleurs la volonté du Christ - et Zachée voyant la délicatesse du Christ, la manière dont il respecte sa personne telle qu’elle est : pécheur, pauvre, misérable même, mais respecté.  Zachée voyant cela est ému dans son cœur. Il est touché par la grâce du Christ mais le Christ ne lui demande rien. Il ne lui fait aucun reproche. Il ne lui dit pas : « Tu es un voleur, il faut changer de vie ». Non, Il ne lui dit rien. Il lui a simplement demandé un service : « Prépare la table pour moi », comme Il demandera à la Samaritaine : « Donne-moi de l’eau ». C’est cela le respect de Dieu qui nous prend tel que nous sommes, dans l’état où nous sommes, au moment où nous en sommes, dans notre beauté comme dans notre laideur, dans notre richesse comme dans notre pauvreté. Il nous accueille. Il nous demande seulement quelque chose : d’ouvrir notre porte. Zachée ouvre sa porte et prépare le repas. Cela entraînera pour lui une décision qu’il prendra à haute voix devant tous ceux qui sont là : je vais rendre ce que j’ai volé et distribuer encore les choses qui m’appartiennent à ceux qui en ont besoin. Zachée est amené à changer de vie. Il se retourne. Il entre sur le vrai chemin. Alors pour nous qu'est-ce que cette histoire signifie ? Est-ce simplement un souvenir historique sympathique où cela a-t-il une résonnance dans nos cœurs ? Parce que – bien sûr nous ne sommes pas des voleurs au sens strict du terme - mais sommes-nous vraiment parfaits ? Je pense que personne ici ne va répondre oui, en tout cas pas moi. Mais ce qui est extraordinaire c’est que le Seigneur se penche sur nous, qui que nous soyons, quoi que nous ayons fait et qu’il nous offre son amour qui s’appelle miséricorde. Il nous l’offre gratuitement, généreusement et sans condition si nous acceptons de nous laisser regarder par Lui comme nous sommes. Quelle extraordinaire leçon, quelle magnifique leçon. Elle se répètera dans l’Evangile mais elle est particulière aujourd'hui, elle est significative car nous pressentons que, dans quelques semaines, nous entrerons dans le grand carême qui nous préparera à la Résurrection du Christ. Il y a encore plusieurs semaines avant d’entrer dans ce carême, les semaines que l’on appelle le Triode et nous verrons qu’à chaque dimanche il y a un Evangile qui nous prépare, qui prépare notre cœur et notre âme à entrer sur le chemin du repentir, de la conversion, du retournement intérieur et cela sera suscité non pas par nous mais par le Christ parce que Dieu nous aime, tout simplement. Dieu nous aime parce que c’est sa nature, Il est amour et Il aime sa créature, sa création, quelle qu’elle soit et quelle que soit sa faiblesse. Alors c’est pour nous comme un baume d’apaisement qui se répand sur nous, sur notre âme, dans notre cœur, de savoir que, qui que nous soyons, nous sommes aimés. Nous cherchons tous l’amour, nous avons besoin d’amour, sans amour on ne peut vivre, on le sait mais nous avons à notre disposition l’amour de Dieu qui est là comme un grand trésor dans lequel on peut puiser sans cesse. Il nous faut simplement dire au Seigneur : « Donne-moi de Ton amour ». Alors le Seigneur s’exécutera. C’est certain puisque nous venons de l’entendre dans cet Evangile qui nous encourage et qui nous met debout dans la lumière de Dieu.
Amen

Ténèbres, mort, lumière du Christ

7/1/2018 Mt IV, 12-17

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Le texte évangélique que nous venons d’entendre peut nous paraître banal, simple voire simplement descriptif. Et pourtant il comporte peut-être un enseignement important, un enseignement auquel nous ne pensons pas forcément. En effet, il est rapporté ceci : « Le peuple qui se trouvait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient les obscurs parages de la mort une lumière a resplendi ». Ces phrases viennent en écho de la fête que nous avons célébrée hier, le baptême du Christ, car la lumière dont il est question, c’est Lui, le Christ sauveur, rédempteur mais ce texte nous est adressé à chacun d’entre nous aujourd'hui. Ce n’est pas simplement la Galilée des nations, la terre de Zabulon, la terre de Nephtali, c’est à nous qu’il est dit : à ceux qui se trouvaient dans les ténèbres, le peuple a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient les obscurs parages de la mort, une lumière a resplendi. Un des écrivains du siècle passé, Antoine Blondin, a dit ceci dans la bouche d’un de ses héros : « Je me suis habitué à vivre au seuil de moi-même. A l’intérieur il y fait trop sombre ». Cette phrase qui n’est pas très optimiste me rappelle ou fait écho à ce que nous venons d’entendre : les obscurs parages de la mort, les ténèbres, l’intérieur où il fait sombre. Alors dans un premier temps je vais m’adresser à mes frères et sœurs et à moi-même dans la vie monastique mais aussi de toute manière à vous tous qui êtes là car, de toute façon, être moine n’est rien d’autre que d’essayer d’être chrétien. Mais je voudrais, là aussi, citer une phrase que je fais totalement mienne d’un des moines de notre temps qui a écrit ceci : « Le but de la vie monastique n’est pas de réaliser des prouesses ascétiques comme un athlète accumulerait des exploits à la force du poignet pour en tirer une gloire ; il est de conduire le moine à l’impasse, à l’échec, au brisement du cœur, ce point mort ou ce point d’épuisement où l’homme confronté à ses fragilités et pataugeant dans sa pauvre vérité jusqu’aux genoux, découvre que seul il ne peut s’en sortir. Réduit ainsi à sa plus simple expression, à sa pauvreté radicale, il est alors paré pour rencontrer la grâce qui l’attend justement là, à ce point de son extrême faiblesse que peu acceptent de voir en face ». Ce merveilleux texte monastique – qui encore une fois s’adresse à tous les chrétiens - vient bien en écho à ce que nous avons entendu dans l’Evangile : le peuple qui se trouvait dans les ténèbres, c’est nous car, à certains moments de nos vies nous nous trouvons dans nos ténèbres. Nous sommes dans les obscurs parages de la mort et, d’après les textes de ce moine, il est nécessaire que, dans notre vie, nous fassions l’expérience de ce cœur broyé, de cet anéantissement intérieur. Cela n’est pas dans la logique humaine, c’est une espèce de perspective inversée digne de Dieu. Nous voudrions être brillants aux yeux des hommes. Nous voudrions qu’on se souvienne de nous. Nous voudrions qu’on nous prenne comme modèle mais l’on ne peut pas nous prendre comme modèle, comme repère si nous n’acceptons pas l’impasse, l’échec, le brisement du cœur, ce point mort, ce point d’épuisement où nous sommes confrontés à nos fragilités, où nous pataugeons dans notre pauvre vérité. Alors, alors seulement nous découvrons qu’il est impossible de s’en sortir tout seul. Alors nous sommes prêts, parés, comme dit le moine, à rencontrer la grâce qui nous attend justement à ce point extrême et cette grâce c’est la lumière qui resplendit, c’est là que le Christ nous attend, c’est là qu’Il veut se manifester et nous dire : « Je suis là ». C’est l’expérience d’un Silouane qui s’entend dire par le Christ : « Tiens ton esprit en enfer – dans ce cœur broyé - mais ne désespère pas car ma lumière est là. Je suis la lumière du monde. Je suis là pour toi et constate ta faiblesse, ton anéantissement, ton cœur broyé ». Alors ce texte devient merveilleux, ce texte devient positif, ce texte devient dynamisant, source de grâce, source de force, source de joie et de paix intérieure car qui que nous soyons moine, moniale, laïc, peu importe, lorsque nous faisons ce constat et nous acceptons ce constat car il faut l’accepter, l’accepter de tout cœur, accepter que nous ne sommes pas aussi brillants que nous voudrions l’être et que notre cœur en est broyé alors oui le Christ peut nous rencontrer, alors Il est là, alors Il vient nous consoler, nous conforter, nous redonner vie. Pour atteindre la vie, quelque part il faut mourir, mourir à soi-même, mourir à son égo qui nous atteint tous. Et lorsqu'au travers des épreuves, des constats de nos faiblesses, nous avons le cœur broyé, alors la lumière du Christ est là qui illumine notre cœur, qui l’envahit, qui l’emplit et qui lui donne le sens de sa vie.
Ce petit texte, apparemment, insignifiant est d’une beauté exceptionnelle. Il est simple à retenir, très simple : les ténèbres, la mort et au milieu la lumière du Christ qui resplendit pour nous sauver.
Amen

Théophanie

6/1/2018 Sainte Théophanie Mt III, 13-17

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Au travers de la fête que nous vivons aujourd'hui et de l’Evangile que nous venons d’entendre, nous recevons pour la première fois, d’une manière évidente, la notification de la Sainte Trinité. En effet, Jésus, deuxième Personne de la Sainte Trinité, se laisse baptiser par Jean et, au même moment, l’Esprit-Saint sur la forme d’une colombe se manifeste puis la voix du Père témoigne de l’affection qu’il porte à son Fils bien-aimé. Le Père, le Fils et l’Esprit-Saint sont manifestés au même moment. Et ce moment qui est vital pour chacun d’entre nous, puisque c’est le mystère du salut qui se concrétise de plus en plus et particulièrement à ce moment où Jésus va commencer sa vie publique connue où Il parlera à tous ceux qui l’entoureront, où Il manifestera l’amour de Dieu pour tous les hommes. Ce moment est important, d’autant plus que, comme pour la Nativité, il se vit dans une humilité totale. En effet, lorsque Jésus se présente à Jean pour être baptisé, Jean est le premier qui témoigne de l’humilité : il refuse de baptiser son cousin qu’il connait, qu’il sait d’avance qu’Il est le Fils de Dieu. Il dit même qu’il n’est pas capable de dénouer la courroie de ses sandales. L’humilité de Jean est reprise évidemment, avec une plus grande intensité, un plus grand développement par l’humilité du Christ qui accepte d’être plongé dans les eaux du Jourdain où Jean baptisait les pécheurs pour qu’ils se convertissent. Le Seigneur Jésus n’avait pas besoin d’être lavé d’aucun péché. Il n’avait pas besoins de se convertir mais s’Il entre dans les eaux souillées du Jourdain c’est par humilité, par association profonde avec notre humanité pécheresse. Sans être pécheur, il prend le péché des hommes sur ses épaules et Il les plonge avec Lui dans les eaux du Jourdain. Au même moment, ces eaux souillées par le péché sont purifiées. C’est là un grand mystère comme tout ce qui touche Dieu. Le mystère d’une décision d’amour trinitaire d’envoyer le Christ sur la terre pour nous sauver. C’est pour cette raison que la Trinité se manifeste à ce moment-là : que l’on comprenne bien que c’est une décision de Dieu Père, Fils et Saint-Esprit pour sauver les hommes de la terre, tous les hommes de la terre. C’est pour cette raison que cette fête a été, dans l’histoire, la première à être célébrée liturgiquement avant celle de Noël. Vous comprenez l’importance de cette fête, même si Noël a son importance bien évidemment aussi. Alors pour nous cela doit résonner dans nos cœurs en signe d’espérance car si nous sommes tous pécheurs, capables de pécher, quelque fois gravement, peu importe, si nous nous tournons vers le Christ, nous sommes surs que nos péchés sont effacés.
En se plongeant dans les eaux du Jourdain le Seigneur Jésus commence sa vie publique qui va se dérouler jusqu’à la mort et à la mort sur la croix où Il versera son sang pour nous, à nouveau, pour s’offrir à nous. Il leur a dit : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » et Il donne sa vie. Il la donne dès le baptême et ce don se concrétise en final par sa mort sur la croix et par sa Résurrection. Lorsque nous consommons le précieux Sang du Christ et son Corps, nous recevons le don de Dieu, le salut de Dieu. C’est pour cette raison que lorsque la communion est terminée, l’évêque ou le prêtre disent : « Ceci a touché vos lèvres, vos péchés sont pardonnés et vos iniquités sont effacées ». Le cycle s’achève : ce cycle qui commence maintenant lorsque Jésus est plongé dans les eaux du Jourdain et qui s’achève lorsque nous recevons son Corps et son Sang avec conscience et que nous comprenons, non pas par l’esprit mais par le cœur, que nous sommes sauvés. Bien sûr tout cela se réalisera en plénitude dans l’éternité lorsque nous serons dans le face-à-face avec Celui qui est venu pour nous sauver. Alors il n’y aura plus besoin de rien. Nous aurons l’essentiel, nous aurons tout. Nous aurons Dieu avec nous.
Amen

Écoute de la parole de Dieu

1/1/2018 Lc II, 201-21, 40-52

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Nous avons fêté Noël il y a quelques jours. Nous avons fêté l’Incarnation du Christ, cette grande humilité de Dieu qui se manifeste en prenant le corps que nous avons, un corps d’homme. Aujourd'hui, dans ce récit, un peu condensé, nous voyons que Jésus continue sa vie d’enfant et d’adolescent. Cette grande humilité qui nous a frappés, marqués lors de la fête de sa naissance nous marque encore aujourd'hui car nous voyons qu’il continue de s’abaisser en acceptant de vivre les lois et les règles qui se pratiquaient à cette époque dans ce pays et dans la tradition juive : Il se laisse circoncire comme tous les enfants de cet âge. Et puis, il part avec ses parents pour la fête de Pâque à Jérusalem et là il se passe quelque chose de particulier au retour puisqu’il disparaît aux yeux de Marie et de Joseph et qu’ils ont bien du mal à le retrouver. Ils le retrouvent enfin dans le temple et il nous est dit qu’Il écoutait ceux qui étaient présents et leur posait des questions. Là encore nous retrouvons sa grande humilité : Il écoute et questionne, Lui qui est Dieu et qui sait tout. On nous dit par ailleurs que dans le dialogue qui s’instaure avec ceux qui sont présents dans le Temple, tous étaient surpris par son intelligence qui se reflétait dans le dialogue et les réponses que lui-même pouvait donner. Ensuite l’Evangile se terminera en nous disant que Jésus croissait en taille et en sagesse et qu’il était soumis à ses parents, nouvelle marque d’humilité : soumis à ses parents.
Peut-être que pour nous il y a deux leçons à retenir – peut-être plus mais au moins deux – au travers de ce texte. D’abord la nécessité de suivre le Christ dans son humilité qui que nous soyons. Si nous savons être humbles, si nous savons être nous-mêmes devant les hommes comme devant Dieu alors nous sommes sur le chemin que le Christ nous propose, le chemin de la sainteté car il n’y a pas de sainteté sans humilité. Et puis il y a quelque chose que nous pourrions peut-être aussi retenir c’est que Jésus écoute ceux qui sont en train de commenter la Torah. Il écoute, il est attentif à la Parole de Dieu, Lui qui est le Logos, la Parole incarnée. Il écoute la Parole de Dieu, Il la laisse entrer dans son cœur d’homme, Il se laisse compénétrer par cette sagesse divine qui est en même temps la sienne mais, dans sa nature humaine, Il l’accueille progressivement et Il est attentif à tout ce qui est dit. Alors pour nous la question se pose. Est-ce que, à l’image du Christ, nous sommes attentifs à la Parole de Dieu, à cette parole que nous entendons dans nos Offices, à cette Parole que nous pouvons lire dans nos Evangiles, dans la Bible que nous avons à la maison mais la lisons-nous ? La lisons-nous bien, c'est-à-dire avec attention, avec respect, en étant certains que cette Parole s’adresse à nous, pour nous, pour nous faire grandir, pour nous faire avancer sur ce chemin de sainteté ? C’est une leçon que Jésus nous donne par son attitude au milieu des docteurs de la Loi et de tous ceux qui se trouvaient au temple à ce moment-là, une leçon d’humilité et aussi une leçon de sagesse : savoir accueillir la Parole de Dieu qui n’est pas une parole ordinaire. C’est une parole créative, qui nous recrée sans cesse si nous voulons bien l’écouter et la faire nôtre, si nous voulons bien vivre de cette parole. Nous avons probablement trop l’habitude d’entendre la parole mais de ne pas l’écouter. On l’entend, comme on entend une chanson à la radio mais on ne l’écoute pas car écouter c’est quelque chose qui demande de l’attention, du respect, une attitude intérieure. La Règle de Saint Benoît, ce grand moine d’Occident, commence par : « Ecoute, ô mon fils » et il s’adresse à ses moines. Ecoute. Et on sait bien qu’on a plutôt tendance à parler qu’à écouter, à savoir par nous-mêmes plutôt que de se laisser nourrir par la connaissance de Dieu. Alors c’est une question que nous devons nous poser simplement, sans drame. Qu'est-ce que je fais de la Parole de Dieu ? Il y a une Tradition Liturgique dans l’Eglise qui consiste à ce que la Parole de Dieu soit toujours sur l’autel, sur tous les autels orthodoxes vous trouverez la Parole de Dieu, toujours. Et lorsque l’évêque ou le prêtre ou le diacre entre dans le sanctuaire, il vénère l’Evangéliaire, il l’embrasse car, comme une icône, la Parole de Dieu est présente, là, sur l’autel et elle va devenir agissante si je veux bien l’écouter, si je veux bien la faire mienne, l’assimiler, la prendre comme une nourriture car la Parole de Dieu est sans aucun doute la nourriture la plus efficace qui soit sur cette terre. Interrogeons-nous, essayons de répondre le plus librement et le plus authentiquement à cette question. Qu'est-ce que je fais de la Parole de Dieu ? Et puis demandons au Seigneur d’ouvrir les oreilles de notre cœur pour effectivement entendre ce qu’Il a à nous dire au travers de cette parole sainte.
Amen

Combat contre les tentations

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Foi indignité

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Retournement

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