Monastère Saint Silouane

Le Pardon

Le Pardon
4/9/2016   Mt XVIII, 23-35


Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Pour résumer tout ce qui nous est décrit dans cette parabole, c’est la question du pardon. Dieu, dans sa miséricorde infinie, nous pardonne toutes nos fautes à chaque fois que nous nous tournons vers Lui et qu’humblement nous nous présentons devant Lui avec toutes nos faiblesses, tous nos péchés, toutes nos misères. Le pardon est totalement acquis, totalement offert, gratuitement. Nous le savons, nous en vivons, peut-être pas toujours suffisamment consciemment. Il faudrait que nous ayons une conscience vive de ce cadeau que Dieu nous fait à chaque fois qu’il nous restitue l’état dans lequel nous étions au moment de notre baptême, c'est-à-dire parfaitement pur dans l’âme et dans le cœur. Et ceci devrait avoir une conséquence, une conséquence importante dans notre vie, de notre vie de famille, dans notre vie de communauté, dans notre vie d’Eglise, dans notre vie sociale, une conséquence vitale car nous devons, nous aussi, à l’image du Seigneur, entrer dans ce désir de pardon pour ceux et celles qui sont tombés dans la faute, dans le péché, peut-être à notre égard, peut-être à l’égard d’autres personnes et que nous devons, comme le dit Saint Isaac, « couvrir du manteau de la miséricorde ». Il ne s’agit pas de nier le péché. Le péché est le péché ; c’est une coupure, une rupture d’avec Dieu sous une forme ou sous une autre mais ce péché il ne faut pas l’assimiler au pécheur. C’est justement ce que fait Dieu. Dieu considère que le péché est le péché, Il nous l’a dit suffisamment clairement mais Il nous enseigne dans tout l’Evangile qu’Il veut aimer le pécheur. Il va même au-devant du pécheur. Souvenez-vous de Zachée, de la Samaritaine, de la femme adultère, du fils prodigue et de bien d’autres encore. Le Seigneur nous invite à recevoir le pardon. Il sait que nous pouvons tomber dans le péché mais Il aime le pécheur et toute la problématique qui est la nôtre c’est d’assimiler, ou non, le pécheur au péché. Bien souvent nous glissons du discernement, sur ce qui est bien sur ce qui est mal, à un jugement sur celui qui a commis telle ou telle faute.
Dans cette parabole le Seigneur insiste fortement pour nous faire comprendre que le pardon est vital et que si nous ne savons pas pardonner sur cette terre, nous risquons peut-être de ne pas être pardonnés à la fin des temps. Alors pardonner sur cette terre n’est pas facile. Oh pour des choses banales, ordinaire, il est relativement facile de pardonner, de reconnaître notre erreur ou de pardonner à celui qui en a commis une mais il y a des erreurs,  des fautes, des péchés qui créent en nous des blessures, des blessures profondes, graves, qui nous atteignent, quelque fois qui nous détruisent, au moins pour un temps ! et là le pardon devient plus difficile parce que le psychologique l’emporte sur le spirituel. Alors que faut-il faire ? Et bien la réponse nous l’avons lorsque le Seigneur, sur la croix, alors qu’il a subi les pires outrages, qu’Il vit les pires douleurs qui puissent exister sur cette terre, le Seigneur Jésus, s’adressant à son Père dit : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Il est intéressant de remarquer que c’est le Seigneur qui s’adresse à son Père pour que le Père pardonne. Il aurait pu en tant que Dieu dire : « Je vous pardonne car vous ne savez pas ce que vous faites » mais il ressent le besoin de se tourner vers le Père pour que ce soit le Père qui pardonne. Alors peut-être – et ce n’est qu’une interprétation personnelle – peut-être que dans sa nature d’homme puisque le Christ avait les deux natures humaines et divines, dans sa nature d’homme qui est envahie par la souffrance au-delà de ce que l’on peut imaginer, il a du mal, dans sa psychologie d’homme, à émettre ce pardon tellement il souffre mais Il se tourne vers son Père. L’autre interprétation qui est peut-être plus juste  est que ce qu’Il a fait à ce moment-là, ce qu’Il a dit à ce moment-là à son Père, c’est pour nous qu’Il l’a dit, pour nous apprendre à nous tourner vers Dieu lorsque nous sommes dans l’incapacité de pardonner par nous-mêmes. Il faut souvent beaucoup de temps pour pardonner à quelqu'un qui nous a blessés au-delà de ce qui est imaginable mais nous avons immédiatement la possibilité de dire : « Seigneur pardonne car moi je suis incapable de pardonner ». C’est un acte d’humilité d’abord, c’est un acte qui est authentique, c’est un acte qui entraînera le pardon de Dieu sur celle ou celui qui nous a fait mal. Bien souvent j’ai entendu des personnes me dire : « Je ne parviens pas à pardonner car les plaies sont toujours là ». Oui, les plaies peuvent rester longtemps. D’ailleurs le Seigneur Jésus lorsqu'Il apparaît à ses apôtres, dans un corps glorieux, apparaît avec ses plaies, elles n’ont pas disparu. Le pardon a été accordé mais les plaies sont toujours là. Certes l’on peut penser que ces plaies ont été guéries par le baume de la miséricorde du Père et par le désir du Christ de pardonner mais s’Il apparaît avec ses plaies et s’Il apparaît encore aux Saints et aux Saintes qui L’ont vu pendant leur vie, Il leur apparaît toujours avec ses plaies. Saint François d’Assise a vu les plaies du Seigneur et bien d’autres encore. Je pense que lorsque nous arriverons aux portes de l’Eternité et lorsque le Seigneur Jésus se présentera à nous pour nous accueillir, nous Le verrons avec ses plaies ; les plaies demeurent mais grâce au pardon, elles peuvent être guéries. Alors si nos plaies, à certains moments, se rouvrent – car nous sommes encore sur cette terre en apprentissage d’amour – et si la réouverture de ces plaies réveille en nous quelques sentiments de colère, de jugement, de rejet, de haine, de manque de pardon autrement dit, cela veut dire qu’il est encore temps, soit de pardonner, soit de demander au Seigneur de pardonner à notre place. Le pardon est très important. Nous ne pouvons pas mourir sans avoir pardonné à tous ceux qui nous ont offensés.
Je me souviens avoir lu dans un livre de Monseigneur Antoine de Souroges, ce saint évêque, grand spirituel de notre temps, alors qu’il était auprès d’une femme qui s’en allait vers Dieu et qu’il confessait, alors qu’elle pensait avoir tout  déposé pour être libérée avant d’apparaître devant le Seigneur, Monseigneur Antoine lui demanda : « As-tu tout pardonné ? ». Et il nous raconte que cette personne avait oublié de pardonner à quelqu'un : elle avait oublié ou elle n’avait pas pu pardonner. Alors Monseigneur Antoine lui a dit : « Il est encore temps, pardonne et tu seras sauvée ».  C’est ce qu’elle a fait.
Le pardon oui est important mais nous ne pouvons pas l’accomplir sans le secours de Dieu. Il faut supplier Dieu jusqu’au moment où nous serons capables de pardonner. Le Seigneur viendra à notre aide, le Seigneur pardonnera pour nous et le Seigneur progressivement nous apprendra à pardonner. Comme il est dit dans le « Notre Père » que nous récitons régulièrement : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé ». Et bien, oui, Seigneur, fais que, pour chacun d’entre nous, cette phrase soit une réalité, une réalité profonde, une réalité de vie, une réalité qui nous permette de nous avancer sur le chemin d’Eternité avec un cœur totalement libéré.


Amen