Monastère Saint Silouane

Rencontrer le Christ

2/2/2018 Lc II, 22-40 La Sainte Rencontre

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Aujourd'hui nous fêtons la Sainte Rencontre, la Sainte Rencontre entre Jésus, le Christ, et le vieillard Siméon et tous ceux qui l’entourent. Rencontrer le Christ - on le comprend bien dans cet Evangile – est vital pour le Vieillard Siméon. C’est un moment de grâce qui lui a été prédit par l’Esprit-Saint et il sait qu’avant de mourir il verra le Christ et le tiendra dans ses bras. Il ne s’agit pas de n’importe quel enfant car le Vieillard Siméon l’exprime et le comprend : il s’agit du Sauveur du monde qu’il tient dans ses bras. L’expérience de Siméon, c’est une expérience que nous devons essayer et désirer vivre à un moment ou l’autre de notre vie. Certes on ne nous apportera pas l’enfant Jésus dans nos bras mais il s’agit de Le rencontrer sous une forme ou sous une autre par quelque moyen que ce soit. C’est indispensable à la vie spirituelle, à la vie chrétienne : rencontrer le Christ. Certes, nous connaissons le Christ, nous avons reçu la foi au baptême et nous croyons en Lui mais L’avons-nous rencontré ? Est-ce que plus exactement nous avons eu ou nous avons encore le désir de Le rencontrer, de personne à personne ? La question se pose : mais comment, comment Le rencontrer ? En fait, c’est une fausse question. Nous devons avoir le désir de Le rencontrer et demander cette rencontre dans la prière fervente, régulière, tenace et c’est le Seigneur Lui-même qui provoquera la rencontre, ce n’est pas nous. Nous, nous la demanderons, nous la désirerons mais celui qui la provoquera en nous rencontrant c’est le Christ. C’est Lui qui a été déposé dans les bras du Vieillard Siméon par sa mère Marie et Joseph. C’est important cette rencontre parce que nous ne pouvons pas vivre sans cette rencontre. Même si c’est à la fin de notre vie que cela se produit, peu importe le moment mais il faut qu’elle ait lieu comme pour le Vieillard Siméon : avant la mort, la rencontre avec le Christ, une vraie rencontre, une rencontre qui nous ouvre le cœur, qui transforme notre âme, qui change notre vie, qui fait qu’après la rencontre nous ne serons plus exactement le même ou la même. Le Seigneur peut venir à notre rencontre sous différentes formes, extrêmement variées. Bien sûr il y a quelques personnes exceptionnelles qui verront le Christ de leurs yeux, quelques saints, comme Saint Silouane et qui ainsi le rencontreront mais le Christ pourra se manifester de bien d’autres manières. Peut-être un moment où nous prierons nous sentirons la douceur de sa présence. Nous aurons l’évidence et la conviction qu’Il est là et qu’Il nous dit quelque chose qui sera approprié à notre propre personne au moment voulu. Peut-être cela se fera autour d’une parole entendue, inattendue et qui viendra toucher notre cœur et peut-être faire verser nos larmes. Il y aura peut-être la réception de son Saint Corps et de son Saint Sang lors de l’Eucharistie à un moment qui se manifestera comme étant plus fort, plus particulier, plus personnel … et bien d’autres manières. L’important c’est la rencontre, c’est le désir de la rencontre et, accompagnant cela, une vertu, une vertu qui nous est difficile d’acquérir qui s’appelle la patience. Le Vieillard Siméon a attendu longtemps. Il était âgé. Il savait qu’il rencontrerait le Christ mais il ne savait pas quand et il a su attendre, ce que très souvent nous ne savons pas faire. Nous sommes des impatients. Nous voulons avoir le plus vite possible toutes sortes de grâces, plus particulièrement cette grâce de la rencontre. Bien sûr c’est légitime, ce désir est légitime mais il doit s’accompagner de patience : si ce n’est pas aujourd'hui ce sera demain et si ce n’est pas demain, ce sera plus tard. Peu importe, mais nous devons garder au cœur le désir de cette rencontre et une fois que cette rencontre aura eu lieu dans la profondeur de notre cœur, de notre être, nous serons changés, nous serons autre intérieurement, profondément. Hier, pendant la Vigile nous avons entendu un moment un petit texte que peut-être on a laissé passer sans attention et qui m’a paru significatif. Il était dit que le Vieillard Siméon ayant reçu le Christ dans ses bras était allé annoncer à Adam que le Sauveur était là. C’est le Christ qui va tirer Adam du lieu où il se trouve depuis qu’il a été chassé du paradis mais déjà, dans la situation où il se trouve, il lui est annoncé que le Sauveur est arrivé. Alors c’est pour nous une grande consolation parce que nous entendons aujourd'hui par la bouche du Vieillard que le Christ est venu, qu’il l’a eu dans les bras, qu’il peut aller maintenant dans son repos éternel, Siméon. Mais, indépendamment de Siméon, Adam, c'est-à-dire l’homme, l’humanité entière apprend qu’elle est sauvée avant même que le salut se soit accompli totalement par la mort et la Résurrection du Christ. Adam ne s’attendait probablement pas à cette nouvelle, en tout cas sous cette forme. Comme beaucoup d’hommes et de femmes sur la terre n’attendent pas la venue du Christ pour nous sauver mais nous, comme Siméon, nous avons la responsabilité de faire connaître au monde entier que le monde est sauvé potentiellement. Cette responsabilité ne se fera pas forcément par la parole, certainement pas par du prosélytisme inutile mais par notre vie, notre vie qui étant transformée par la rencontre deviendra manifeste aux yeux des hommes d’une manière ou d’une autre, peu importe. Mais nous aurons cette responsabilité de vivre et de garder ce mode de vie qui est différent de celui qui avait lieu avant la rencontre pour que le monde sache, pour que le monde connaisse que le salut est venu au milieu des hommes.
Amen

Pharisien et publicain

14/1/2018 Lc XVII, 12-19

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
« Seigneur Jésus aie pitié de nous ». C’est par cette prière que s’expriment les dix lépreux atteints de cette terrible maladie et qui souhaitent être guéris par le Seigneur. « Seigneur, aie pitié de nous ». Et le Seigneur les exauce, le Seigneur les envoie se montrer aux prêtres, comme c’était la coutume lorsqu'on était guéri, et pendant qu’ils cheminent vers les prêtres pour se montrer, ils sont effectivement guéris de la lèpre. La leçon que nous donne le Christ aujourd'hui est facile à comprendre : un seul sur les dix revient rendre grâce au Seigneur. Le Seigneur en est étonné et il pose la question : « Où sont les neuf autres ? ». Il attire notre attention sur le fait que sur les dix le seul qui est revenu est un étranger, un non-juif. Cela prouve, entre autre que le Seigneur peut tout faire et que les guérisons ne sont pas réservées aux chrétiens mais à tous les hommes de la terre, pour qui les chrétiens doivent prier, bien sûr, c’est notre responsabilité. La leçon c’est : pourquoi disons-nous  « Seigneur aie pitié de nous » et pourquoi ne disons-nous pas « Merci Seigneur » ? Nous autres les moines, les moniales et les fidèles aussi, utilisons ce que l’on appelle « la prière de Jésus » dont l’origine est dans ce texte : Seigneur Jésus aie pitié de nous ou aie pitié de moi et nous répétons beaucoup de chapelets en redisant la même chose, à juste titre d’ailleurs, mais pensons-nous de temps en temps à dire le chapelet en disant : « Seigneur Jésus, sois béni pour ce que tu m’as donné » ? La question vaut la peine que nous nous la posions. Nous demandons souvent des prières – et nous avons raison – pour nous-mêmes, pour nos malades, pour des situations difficiles. Il faut demander, le Seigneur nous l’a dit : « Demandez, frappez à la porte, je vous ouvrirai ». Mais là, il est étonné parce que tout le monde est venu frapper à sa porte pour être guéri et un seul est venu dire merci. Alors à nous de nous interroger pour savoir s’il y a un équilibre entre nos demandes et nos actions de grâce. Ce que nous célébrons en ce moment s’appelle « Eucharistie ». C’est un mot grec qui signifie « merci ». C’est un mot qui existe toujours : quand vous allez en Grèce, pour dire merci, n’importe où vous dites « evcharisto » mais le disons-nous au Seigneur quelle que soit la langue ? Est-ce que pendant ces deux heures que nous passons ensemble, il nous viendra à l’esprit de rendre grâce au Seigneur et pourtant il y a des prières qui vont bien dire que nous rendons grâce mais est-ce que nous serons dans ces prières ? Est-ce que notre oreille entendra des mots simplement ou est-ce que notre cœur s’ouvrira pour dire merci au Seigneur, pour ce qu’il a fait pour nous : sa mort sur la croix, sa résurrection et toutes les guérisons, pour le salut qui nous est offert ? Soyons attentifs à ce que nous faisons dans notre vie spirituelle, à ce que nous disons à Dieu. Tout à l’heure, après la Communion, nous chanterons : « Nous avons vu la vraie lumière, etc… » Est-ce que c’est simplement un chant, une ritournelle que l’on chante systématiquement après la Communion, à laquelle on ne fait guère attention ou bien est-ce que, dans ce chant, nous ferons entrer notre merci à Dieu pour ce que nous avons goûté, pour ce que nous avons reçu, son Corps, son Sang, sa bénédiction, sa paix, la joie du cœur retrouvée ? Quand j’étais petit enfant - je pense qu’on le fait toujours aux petits enfants – quand on me donnait quelque chose et que je ne disais pas merci, mes parents me disait : « Et alors, et alors … Où est-il le merci ? ». Oui, j’ai été éduqué comme cela. Alors bien sûr Dieu ne donne pas des taloches, Il a autre chose à faire mais quand même, il faut réveiller nos cœurs, nos âmes, il faut prendre conscience de nos manquements. Ce n’est pas compliqué de dire merci à Dieu quand une grâce est venue, quand nous avons été exaucés, quand un ami, une amie, une personne pour laquelle nous avons prié est exaucée. Rendre grâce, c'est-à-dire reconnaître la grâce, c’est cela que veut dire « rendre grâce », reconnaître devant Dieu que c’est Lui qui est à la source de la grâce. Alors voilà c’est tout l’enseignement simple, facile à retenir, qu’il faut vivre ; pas simplement retenir dans l’intellect mais vivre avec le cœur. Alors que le Seigneur nous apprenne à dire merci pour tout ce qu’il nous offre.
Amen

Remercier

14/1/2018 Lc XVII, 12-19

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
« Seigneur Jésus aie pitié de nous ». C’est par cette prière que s’expriment les dix lépreux atteints de cette terrible maladie et qui souhaitent être guéris par le Seigneur. « Seigneur, aie pitié de nous ». Et le Seigneur les exauce, le Seigneur les envoie se montrer aux prêtres, comme c’était la coutume lorsqu'on était guéri, et pendant qu’ils cheminent vers les prêtres pour se montrer, ils sont effectivement guéris de la lèpre. La leçon que nous donne le Christ aujourd'hui est facile à comprendre : un seul sur les dix revient rendre grâce au Seigneur. Le Seigneur en est étonné et il pose la question : « Où sont les neuf autres ? ». Il attire notre attention sur le fait que sur les dix le seul qui est revenu est un étranger, un non-juif. Cela prouve, entre autre que le Seigneur peut tout faire et que les guérisons ne sont pas réservées aux chrétiens mais à tous les hommes de la terre, pour qui les chrétiens doivent prier, bien sûr, c’est notre responsabilité. La leçon c’est : pourquoi disons-nous  « Seigneur aie pitié de nous » et pourquoi ne disons-nous pas « Merci Seigneur » ? Nous autres les moines, les moniales et les fidèles aussi, utilisons ce que l’on appelle « la prière de Jésus » dont l’origine est dans ce texte : Seigneur Jésus aie pitié de nous ou aie pitié de moi et nous répétons beaucoup de chapelets en redisant la même chose, à juste titre d’ailleurs, mais pensons-nous de temps en temps à dire le chapelet en disant : « Seigneur Jésus, sois béni pour ce que tu m’as donné » ? La question vaut la peine que nous nous la posions. Nous demandons souvent des prières – et nous avons raison – pour nous-mêmes, pour nos malades, pour des situations difficiles. Il faut demander, le Seigneur nous l’a dit : « Demandez, frappez à la porte, je vous ouvrirai ». Mais là, il est étonné parce que tout le monde est venu frapper à sa porte pour être guéri et un seul est venu dire merci. Alors à nous de nous interroger pour savoir s’il y a un équilibre entre nos demandes et nos actions de grâce. Ce que nous célébrons en ce moment s’appelle « Eucharistie ». C’est un mot grec qui signifie « merci ». C’est un mot qui existe toujours : quand vous allez en Grèce, pour dire merci, n’importe où vous dites « evcharisto » mais le disons-nous au Seigneur quelle que soit la langue ? Est-ce que pendant ces deux heures que nous passons ensemble, il nous viendra à l’esprit de rendre grâce au Seigneur et pourtant il y a des prières qui vont bien dire que nous rendons grâce mais est-ce que nous serons dans ces prières ? Est-ce que notre oreille entendra des mots simplement ou est-ce que notre cœur s’ouvrira pour dire merci au Seigneur, pour ce qu’il a fait pour nous : sa mort sur la croix, sa résurrection et toutes les guérisons, pour le salut qui nous est offert ? Soyons attentifs à ce que nous faisons dans notre vie spirituelle, à ce que nous disons à Dieu. Tout à l’heure, après la Communion, nous chanterons : « Nous avons vu la vraie lumière, etc… » Est-ce que c’est simplement un chant, une ritournelle que l’on chante systématiquement après la Communion, à laquelle on ne fait guère attention ou bien est-ce que, dans ce chant, nous ferons entrer notre merci à Dieu pour ce que nous avons goûté, pour ce que nous avons reçu, son Corps, son Sang, sa bénédiction, sa paix, la joie du cœur retrouvée ? Quand j’étais petit enfant - je pense qu’on le fait toujours aux petits enfants – quand on me donnait quelque chose et que je ne disais pas merci, mes parents me disait : « Et alors, et alors … Où est-il le merci ? ». Oui, j’ai été éduqué comme cela. Alors bien sûr Dieu ne donne pas des taloches, Il a autre chose à faire mais quand même, il faut réveiller nos cœurs, nos âmes, il faut prendre conscience de nos manquements. Ce n’est pas compliqué de dire merci à Dieu quand une grâce est venue, quand nous avons été exaucés, quand un ami, une amie, une personne pour laquelle nous avons prié est exaucée. Rendre grâce, c'est-à-dire reconnaître la grâce, c’est cela que veut dire « rendre grâce », reconnaître devant Dieu que c’est Lui qui est à la source de la grâce. Alors voilà c’est tout l’enseignement simple, facile à retenir, qu’il faut vivre ; pas simplement retenir dans l’intellect mais vivre avec le cœur. Alors que le Seigneur nous apprenne à dire merci pour tout ce qu’il nous offre.
Amen

Zachée

14/1/2018 Lc XIX, 1-10

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
« La force et la grâce de Dieu se manifestent dans notre faiblesse ». Ceci pourrait être le titre du passage évangélique que nous venons d’entendre. En effet dans l’histoire de cette rencontre entre le Seigneur Jésus et Zachée il y a la manifestation évidente de la grâce de Dieu, une manifestation qui peut paraître cachée à nos yeux mais qui pourtant est bien réelle. En effet, comme il est dit, Zachée est un publicain, quelqu'un qui ne vit pas – on dirait aujourd'hui – saintement, c'est-à-dire correctement, quelqu'un qui profite un peu des autres et qui s’enrichit sur le dos des autres. Il le sait. Il le sait et c’est pour cette raison - indépendamment de sa taille puisqu’il est dit qu’il était petit - qu’il est monté dans le sycomore. Il voulait voir le Christ, il avait entendu parler de Lui comme d’un thaumaturge, comme quelqu'un d’exceptionnel, un prophète. Il voulait Le découvrir, donc il fallait qu’il monte dans un arbre sinon les autres l’auraient empêché de voir le Christ mais il y a une autres raison pour laquelle il monte dans l’arbre, c’est parce que dans un arbre feuillu on n’est pas vu, on se cache et il se cache parce qu'il sait, comme Adam au paradis, qu’il ne peut pas être vu par Dieu dans son état de pécheur. Mais là il se trompe car c’est le Seigneur Jésus qui va l’interpeller, même s’il est caché, comme Dieu dans le paradis appelle ; « Adam où es-tu ? ». Et le Seigneur dit : «  Zachée descends, descends de ton arbre. Aujourd'hui je dois entrer dans ta maison, prépare le repas ». Et Zachée obéit au Seigneur. Il est certainement troublé, il se demande ce qui se passe : comment moi, pécheur, suis-je désigné pour accueillir celui qui est, apparemment, le Saint par excellence mais il s’exécute. Alors dans plusieurs Evangiles, l’évènement est relaté avec quelques nuances et quelques détails supplémentaires. On sait que pendant le repas il y a un dialogue qui s’instaure entre le Christ et Zachée – c’était d’ailleurs la volonté du Christ - et Zachée voyant la délicatesse du Christ, la manière dont il respecte sa personne telle qu’elle est : pécheur, pauvre, misérable même, mais respecté.  Zachée voyant cela est ému dans son cœur. Il est touché par la grâce du Christ mais le Christ ne lui demande rien. Il ne lui fait aucun reproche. Il ne lui dit pas : « Tu es un voleur, il faut changer de vie ». Non, Il ne lui dit rien. Il lui a simplement demandé un service : « Prépare la table pour moi », comme Il demandera à la Samaritaine : « Donne-moi de l’eau ». C’est cela le respect de Dieu qui nous prend tel que nous sommes, dans l’état où nous sommes, au moment où nous en sommes, dans notre beauté comme dans notre laideur, dans notre richesse comme dans notre pauvreté. Il nous accueille. Il nous demande seulement quelque chose : d’ouvrir notre porte. Zachée ouvre sa porte et prépare le repas. Cela entraînera pour lui une décision qu’il prendra à haute voix devant tous ceux qui sont là : je vais rendre ce que j’ai volé et distribuer encore les choses qui m’appartiennent à ceux qui en ont besoin. Zachée est amené à changer de vie. Il se retourne. Il entre sur le vrai chemin. Alors pour nous qu'est-ce que cette histoire signifie ? Est-ce simplement un souvenir historique sympathique où cela a-t-il une résonnance dans nos cœurs ? Parce que – bien sûr nous ne sommes pas des voleurs au sens strict du terme - mais sommes-nous vraiment parfaits ? Je pense que personne ici ne va répondre oui, en tout cas pas moi. Mais ce qui est extraordinaire c’est que le Seigneur se penche sur nous, qui que nous soyons, quoi que nous ayons fait et qu’il nous offre son amour qui s’appelle miséricorde. Il nous l’offre gratuitement, généreusement et sans condition si nous acceptons de nous laisser regarder par Lui comme nous sommes. Quelle extraordinaire leçon, quelle magnifique leçon. Elle se répètera dans l’Evangile mais elle est particulière aujourd'hui, elle est significative car nous pressentons que, dans quelques semaines, nous entrerons dans le grand carême qui nous préparera à la Résurrection du Christ. Il y a encore plusieurs semaines avant d’entrer dans ce carême, les semaines que l’on appelle le Triode et nous verrons qu’à chaque dimanche il y a un Evangile qui nous prépare, qui prépare notre cœur et notre âme à entrer sur le chemin du repentir, de la conversion, du retournement intérieur et cela sera suscité non pas par nous mais par le Christ parce que Dieu nous aime, tout simplement. Dieu nous aime parce que c’est sa nature, Il est amour et Il aime sa créature, sa création, quelle qu’elle soit et quelle que soit sa faiblesse. Alors c’est pour nous comme un baume d’apaisement qui se répand sur nous, sur notre âme, dans notre cœur, de savoir que, qui que nous soyons, nous sommes aimés. Nous cherchons tous l’amour, nous avons besoin d’amour, sans amour on ne peut vivre, on le sait mais nous avons à notre disposition l’amour de Dieu qui est là comme un grand trésor dans lequel on peut puiser sans cesse. Il nous faut simplement dire au Seigneur : « Donne-moi de Ton amour ». Alors le Seigneur s’exécutera. C’est certain puisque nous venons de l’entendre dans cet Evangile qui nous encourage et qui nous met debout dans la lumière de Dieu.
Amen

Ténèbres, mort, lumière du Christ

7/1/2018 Mt IV, 12-17

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Le texte évangélique que nous venons d’entendre peut nous paraître banal, simple voire simplement descriptif. Et pourtant il comporte peut-être un enseignement important, un enseignement auquel nous ne pensons pas forcément. En effet, il est rapporté ceci : « Le peuple qui se trouvait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient les obscurs parages de la mort une lumière a resplendi ». Ces phrases viennent en écho de la fête que nous avons célébrée hier, le baptême du Christ, car la lumière dont il est question, c’est Lui, le Christ sauveur, rédempteur mais ce texte nous est adressé à chacun d’entre nous aujourd'hui. Ce n’est pas simplement la Galilée des nations, la terre de Zabulon, la terre de Nephtali, c’est à nous qu’il est dit : à ceux qui se trouvaient dans les ténèbres, le peuple a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient les obscurs parages de la mort, une lumière a resplendi. Un des écrivains du siècle passé, Antoine Blondin, a dit ceci dans la bouche d’un de ses héros : « Je me suis habitué à vivre au seuil de moi-même. A l’intérieur il y fait trop sombre ». Cette phrase qui n’est pas très optimiste me rappelle ou fait écho à ce que nous venons d’entendre : les obscurs parages de la mort, les ténèbres, l’intérieur où il fait sombre. Alors dans un premier temps je vais m’adresser à mes frères et sœurs et à moi-même dans la vie monastique mais aussi de toute manière à vous tous qui êtes là car, de toute façon, être moine n’est rien d’autre que d’essayer d’être chrétien. Mais je voudrais, là aussi, citer une phrase que je fais totalement mienne d’un des moines de notre temps qui a écrit ceci : « Le but de la vie monastique n’est pas de réaliser des prouesses ascétiques comme un athlète accumulerait des exploits à la force du poignet pour en tirer une gloire ; il est de conduire le moine à l’impasse, à l’échec, au brisement du cœur, ce point mort ou ce point d’épuisement où l’homme confronté à ses fragilités et pataugeant dans sa pauvre vérité jusqu’aux genoux, découvre que seul il ne peut s’en sortir. Réduit ainsi à sa plus simple expression, à sa pauvreté radicale, il est alors paré pour rencontrer la grâce qui l’attend justement là, à ce point de son extrême faiblesse que peu acceptent de voir en face ». Ce merveilleux texte monastique – qui encore une fois s’adresse à tous les chrétiens - vient bien en écho à ce que nous avons entendu dans l’Evangile : le peuple qui se trouvait dans les ténèbres, c’est nous car, à certains moments de nos vies nous nous trouvons dans nos ténèbres. Nous sommes dans les obscurs parages de la mort et, d’après les textes de ce moine, il est nécessaire que, dans notre vie, nous fassions l’expérience de ce cœur broyé, de cet anéantissement intérieur. Cela n’est pas dans la logique humaine, c’est une espèce de perspective inversée digne de Dieu. Nous voudrions être brillants aux yeux des hommes. Nous voudrions qu’on se souvienne de nous. Nous voudrions qu’on nous prenne comme modèle mais l’on ne peut pas nous prendre comme modèle, comme repère si nous n’acceptons pas l’impasse, l’échec, le brisement du cœur, ce point mort, ce point d’épuisement où nous sommes confrontés à nos fragilités, où nous pataugeons dans notre pauvre vérité. Alors, alors seulement nous découvrons qu’il est impossible de s’en sortir tout seul. Alors nous sommes prêts, parés, comme dit le moine, à rencontrer la grâce qui nous attend justement à ce point extrême et cette grâce c’est la lumière qui resplendit, c’est là que le Christ nous attend, c’est là qu’Il veut se manifester et nous dire : « Je suis là ». C’est l’expérience d’un Silouane qui s’entend dire par le Christ : « Tiens ton esprit en enfer – dans ce cœur broyé - mais ne désespère pas car ma lumière est là. Je suis la lumière du monde. Je suis là pour toi et constate ta faiblesse, ton anéantissement, ton cœur broyé ». Alors ce texte devient merveilleux, ce texte devient positif, ce texte devient dynamisant, source de grâce, source de force, source de joie et de paix intérieure car qui que nous soyons moine, moniale, laïc, peu importe, lorsque nous faisons ce constat et nous acceptons ce constat car il faut l’accepter, l’accepter de tout cœur, accepter que nous ne sommes pas aussi brillants que nous voudrions l’être et que notre cœur en est broyé alors oui le Christ peut nous rencontrer, alors Il est là, alors Il vient nous consoler, nous conforter, nous redonner vie. Pour atteindre la vie, quelque part il faut mourir, mourir à soi-même, mourir à son égo qui nous atteint tous. Et lorsqu'au travers des épreuves, des constats de nos faiblesses, nous avons le cœur broyé, alors la lumière du Christ est là qui illumine notre cœur, qui l’envahit, qui l’emplit et qui lui donne le sens de sa vie.
Ce petit texte, apparemment, insignifiant est d’une beauté exceptionnelle. Il est simple à retenir, très simple : les ténèbres, la mort et au milieu la lumière du Christ qui resplendit pour nous sauver.
Amen

Théophanie

6/1/2018 Sainte Théophanie Mt III, 13-17

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Au travers de la fête que nous vivons aujourd'hui et de l’Evangile que nous venons d’entendre, nous recevons pour la première fois, d’une manière évidente, la notification de la Sainte Trinité. En effet, Jésus, deuxième Personne de la Sainte Trinité, se laisse baptiser par Jean et, au même moment, l’Esprit-Saint sur la forme d’une colombe se manifeste puis la voix du Père témoigne de l’affection qu’il porte à son Fils bien-aimé. Le Père, le Fils et l’Esprit-Saint sont manifestés au même moment. Et ce moment qui est vital pour chacun d’entre nous, puisque c’est le mystère du salut qui se concrétise de plus en plus et particulièrement à ce moment où Jésus va commencer sa vie publique connue où Il parlera à tous ceux qui l’entoureront, où Il manifestera l’amour de Dieu pour tous les hommes. Ce moment est important, d’autant plus que, comme pour la Nativité, il se vit dans une humilité totale. En effet, lorsque Jésus se présente à Jean pour être baptisé, Jean est le premier qui témoigne de l’humilité : il refuse de baptiser son cousin qu’il connait, qu’il sait d’avance qu’Il est le Fils de Dieu. Il dit même qu’il n’est pas capable de dénouer la courroie de ses sandales. L’humilité de Jean est reprise évidemment, avec une plus grande intensité, un plus grand développement par l’humilité du Christ qui accepte d’être plongé dans les eaux du Jourdain où Jean baptisait les pécheurs pour qu’ils se convertissent. Le Seigneur Jésus n’avait pas besoin d’être lavé d’aucun péché. Il n’avait pas besoins de se convertir mais s’Il entre dans les eaux souillées du Jourdain c’est par humilité, par association profonde avec notre humanité pécheresse. Sans être pécheur, il prend le péché des hommes sur ses épaules et Il les plonge avec Lui dans les eaux du Jourdain. Au même moment, ces eaux souillées par le péché sont purifiées. C’est là un grand mystère comme tout ce qui touche Dieu. Le mystère d’une décision d’amour trinitaire d’envoyer le Christ sur la terre pour nous sauver. C’est pour cette raison que la Trinité se manifeste à ce moment-là : que l’on comprenne bien que c’est une décision de Dieu Père, Fils et Saint-Esprit pour sauver les hommes de la terre, tous les hommes de la terre. C’est pour cette raison que cette fête a été, dans l’histoire, la première à être célébrée liturgiquement avant celle de Noël. Vous comprenez l’importance de cette fête, même si Noël a son importance bien évidemment aussi. Alors pour nous cela doit résonner dans nos cœurs en signe d’espérance car si nous sommes tous pécheurs, capables de pécher, quelque fois gravement, peu importe, si nous nous tournons vers le Christ, nous sommes surs que nos péchés sont effacés.
En se plongeant dans les eaux du Jourdain le Seigneur Jésus commence sa vie publique qui va se dérouler jusqu’à la mort et à la mort sur la croix où Il versera son sang pour nous, à nouveau, pour s’offrir à nous. Il leur a dit : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » et Il donne sa vie. Il la donne dès le baptême et ce don se concrétise en final par sa mort sur la croix et par sa Résurrection. Lorsque nous consommons le précieux Sang du Christ et son Corps, nous recevons le don de Dieu, le salut de Dieu. C’est pour cette raison que lorsque la communion est terminée, l’évêque ou le prêtre disent : « Ceci a touché vos lèvres, vos péchés sont pardonnés et vos iniquités sont effacées ». Le cycle s’achève : ce cycle qui commence maintenant lorsque Jésus est plongé dans les eaux du Jourdain et qui s’achève lorsque nous recevons son Corps et son Sang avec conscience et que nous comprenons, non pas par l’esprit mais par le cœur, que nous sommes sauvés. Bien sûr tout cela se réalisera en plénitude dans l’éternité lorsque nous serons dans le face-à-face avec Celui qui est venu pour nous sauver. Alors il n’y aura plus besoin de rien. Nous aurons l’essentiel, nous aurons tout. Nous aurons Dieu avec nous.
Amen

Écoute de la parole de Dieu

1/1/2018 Lc II, 201-21, 40-52

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Nous avons fêté Noël il y a quelques jours. Nous avons fêté l’Incarnation du Christ, cette grande humilité de Dieu qui se manifeste en prenant le corps que nous avons, un corps d’homme. Aujourd'hui, dans ce récit, un peu condensé, nous voyons que Jésus continue sa vie d’enfant et d’adolescent. Cette grande humilité qui nous a frappés, marqués lors de la fête de sa naissance nous marque encore aujourd'hui car nous voyons qu’il continue de s’abaisser en acceptant de vivre les lois et les règles qui se pratiquaient à cette époque dans ce pays et dans la tradition juive : Il se laisse circoncire comme tous les enfants de cet âge. Et puis, il part avec ses parents pour la fête de Pâque à Jérusalem et là il se passe quelque chose de particulier au retour puisqu’il disparaît aux yeux de Marie et de Joseph et qu’ils ont bien du mal à le retrouver. Ils le retrouvent enfin dans le temple et il nous est dit qu’Il écoutait ceux qui étaient présents et leur posait des questions. Là encore nous retrouvons sa grande humilité : Il écoute et questionne, Lui qui est Dieu et qui sait tout. On nous dit par ailleurs que dans le dialogue qui s’instaure avec ceux qui sont présents dans le Temple, tous étaient surpris par son intelligence qui se reflétait dans le dialogue et les réponses que lui-même pouvait donner. Ensuite l’Evangile se terminera en nous disant que Jésus croissait en taille et en sagesse et qu’il était soumis à ses parents, nouvelle marque d’humilité : soumis à ses parents.
Peut-être que pour nous il y a deux leçons à retenir – peut-être plus mais au moins deux – au travers de ce texte. D’abord la nécessité de suivre le Christ dans son humilité qui que nous soyons. Si nous savons être humbles, si nous savons être nous-mêmes devant les hommes comme devant Dieu alors nous sommes sur le chemin que le Christ nous propose, le chemin de la sainteté car il n’y a pas de sainteté sans humilité. Et puis il y a quelque chose que nous pourrions peut-être aussi retenir c’est que Jésus écoute ceux qui sont en train de commenter la Torah. Il écoute, il est attentif à la Parole de Dieu, Lui qui est le Logos, la Parole incarnée. Il écoute la Parole de Dieu, Il la laisse entrer dans son cœur d’homme, Il se laisse compénétrer par cette sagesse divine qui est en même temps la sienne mais, dans sa nature humaine, Il l’accueille progressivement et Il est attentif à tout ce qui est dit. Alors pour nous la question se pose. Est-ce que, à l’image du Christ, nous sommes attentifs à la Parole de Dieu, à cette parole que nous entendons dans nos Offices, à cette Parole que nous pouvons lire dans nos Evangiles, dans la Bible que nous avons à la maison mais la lisons-nous ? La lisons-nous bien, c'est-à-dire avec attention, avec respect, en étant certains que cette Parole s’adresse à nous, pour nous, pour nous faire grandir, pour nous faire avancer sur ce chemin de sainteté ? C’est une leçon que Jésus nous donne par son attitude au milieu des docteurs de la Loi et de tous ceux qui se trouvaient au temple à ce moment-là, une leçon d’humilité et aussi une leçon de sagesse : savoir accueillir la Parole de Dieu qui n’est pas une parole ordinaire. C’est une parole créative, qui nous recrée sans cesse si nous voulons bien l’écouter et la faire nôtre, si nous voulons bien vivre de cette parole. Nous avons probablement trop l’habitude d’entendre la parole mais de ne pas l’écouter. On l’entend, comme on entend une chanson à la radio mais on ne l’écoute pas car écouter c’est quelque chose qui demande de l’attention, du respect, une attitude intérieure. La Règle de Saint Benoît, ce grand moine d’Occident, commence par : « Ecoute, ô mon fils » et il s’adresse à ses moines. Ecoute. Et on sait bien qu’on a plutôt tendance à parler qu’à écouter, à savoir par nous-mêmes plutôt que de se laisser nourrir par la connaissance de Dieu. Alors c’est une question que nous devons nous poser simplement, sans drame. Qu'est-ce que je fais de la Parole de Dieu ? Il y a une Tradition Liturgique dans l’Eglise qui consiste à ce que la Parole de Dieu soit toujours sur l’autel, sur tous les autels orthodoxes vous trouverez la Parole de Dieu, toujours. Et lorsque l’évêque ou le prêtre ou le diacre entre dans le sanctuaire, il vénère l’Evangéliaire, il l’embrasse car, comme une icône, la Parole de Dieu est présente, là, sur l’autel et elle va devenir agissante si je veux bien l’écouter, si je veux bien la faire mienne, l’assimiler, la prendre comme une nourriture car la Parole de Dieu est sans aucun doute la nourriture la plus efficace qui soit sur cette terre. Interrogeons-nous, essayons de répondre le plus librement et le plus authentiquement à cette question. Qu'est-ce que je fais de la Parole de Dieu ? Et puis demandons au Seigneur d’ouvrir les oreilles de notre cœur pour effectivement entendre ce qu’Il a à nous dire au travers de cette parole sainte.
Amen