Monastère Saint Silouane

Dire Merci

30/12/2018 Lc XVII 11-19
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Ce récit du miracle des lépreux que nous venons d'entendre est non seulement le témoignage de la miséricorde du Christ vis-à-vis de ceux qui souffraient mais c'est aussi un enseignement pour chacun d'entre nous. En effet, si nous faisons une transposition, nous sommes tous, d'une manière ou d'une autre, plus ou moins profondément, atteints par la lèpre, la lèpre de notre âme qui est notre faute, notre péché, notre chute. Et nous savons bien que le seul recours que nous puissions avoir pour retrouver la santé de cette âme souillée, c'est de crier vers Dieu, de se présenter à Lui dans l'état où nous sommes, dans l'état de lépreux et de lui demander la guérison, ce qui est le propre du sacrement de la confession des fautes. Ce qui est intéressant aussi de voir c'est que le Seigneur Jésus guérit les dix qui se sont présentés à Lui pour être guéris ; ils l'on été mais un seul sur les dix – c'est-à-dire pas beaucoup – est venu lui dire merci et rendre gloire à Dieu. Alors cela doit nous remettre un peu en question. Est-ce, lorsque nous allons nous confesser auprès du prêtre qui est intermédiaire entre Dieu et nous et que nous recevons l'absolution c'est à dire la guérison de notre âme, est-ce que nous pensons à remercier le Seigneur par une prière plus ou moins spontanée ? A plus fortes raisons lorsque nous sommes devant le Seigneur avec une supplication particulière autre que le péché, une guérison du corps ou quelque chose d'autre, et que nous Lui demandons sa grâce et que, l'ayant obtenue nous restions dans l'attitude des 9 lépreux qui certes ont été guéris mais ne sont pas venus dire au Christ leur reconnaissance. Est-ce que lorsque nous obtenons les grâces que nous souhaitons, avons-nous l'instinct de remercier Dieu? A chacun d'entre nous évidemment de répondre mais il faut bien reconnaître que nous avons beaucoup plus tendance à demander qu'à remercier et pourtant à chacune de nos Liturgies que l'on appelle une Eucharistie, nous avons l'occasion de rendre grâce au Seigneur car le mot lui-même « Eucharistie » signifie « rendre grâce », dire merci, evcharisto-poli en grec : merci beaucoup. Est-ce que pendant cette Liturgie qui se déroule aujourd'hui et les autres fois, est-ce que nous pensons à remercier le Seigneur ? Certes nous Lui demandons des choses : dans nos ecténies nous Lui demandons la paix, la paix du monde entier et tout ce qui concerne nos vies et nous Lui rendons grâce aussi au travers des grandes prières qui sont lues à haute voix. En venant communier au Corps et au Sang du Christ, c'est une manière de rendre grâce, de nous approcher à nouveau de Lui purifié que nous sommes, guéris de nos maux et nous approchant de Lui – bien qu'indignes – nous Le remercions profondément. C'est ce que nous faisons tout particulièrement dans les prières dites « après la communion » mais il faut bien reconnaître que souvent, pendant ces prières, l'on est distrait par autre chose ou l'on sort directement de l'église avant, sans avoir dit merci. Et pourtant ces prières sont d'une grande richesse. Et puis, indépendamment de l'Eucharistie que nous célébrons aujourd'hui, nous pouvons à tout moment dire merci à Dieu dans notre chambre, dans notre cellule, là où nous sommes, peu importe l'endroit ; savoir dire merci à Dieu, être reconnaissants ; c'est peut-être cet enseignement-là qui nous est donné aujourd'hui au travers de ce récit du miracle des lépreux.
Nous fêtons en même temps aujourd'hui les Saints Ancêtres du Seigneur, tous ceux qui l'ont précédés : les Prophètes, les Rois et les autres qui eux, quand on relit les textes ont su rendre grâce à Dieu. Certes ils demandaient des choses pour eux, pour le peuple mais ils rendaient grâce à Dieu. Un des grands personnages de l'Ancien Testament, Melchisédec, est celui qui représente justement par excellence l'action de grâce, il rend grâce à Dieu et il y en a encore bien d'autres ; tous ces Ancêtres du Seigneur ont su à la fois demander le secours de Dieu dans sa miséricorde  (la miséricorde de Dieu a été accordée – nous le chantons dans le psaume 118 entre autres ) et aussi dire merci au Seigneur. Relisez les psaumes et vous verrez qu'il y a des psaumes magnifiques d'action de grâce ; nous pouvons les utiliser pour dire merci au Seigneur pour les petites ou les grandes grâces reçues ; tout ce que le Seigneur nous offre n'est jamais petit de toute façon. Nous devons prier certes, c'est notre responsabilité de chrétiens pour nous-mêmes et pour le monde entier. Mais lorsque Dieu nous a entendus, lorsque Dieu nous a exaucés est-ce qu'il y a des actes d'action de grâce ? Il y en a eu dans l'histoire : le Sacré Coeur de Paris, la grande église, a été construite en action de grâce suite à une guerre où Paris a été épargné, après la supplication de tous ceux qui demandaient au Seigneur d'être épargnés, c'est un bel exemple parmi d'autres ; nous pouvons prendre beaucoup d'autres exemples, des exemples qui nous montrent que c'est possible de dire merci à Dieu. Nous avons l'occasion lorsque nous disons les prières avant et après le repas, particulièrement après le repas, de rendre grâce à Dieu. Est-ce que nous conservons cette tradition en famille, personnellement, voire secrètement ? Il est important d'apprendre à dire merci. Lorsque j'étais un petit enfant si je ne disais pas merci à mes parents ou à mes amis, je recevais une petite tape qui me rappelait que j'oubliais quelque chose : je n'avais pas dit merci. Dieu ne nous donne pas de tape, ce n'est pas son rôle mais il n'empêche que nous devons nous souvenir que nous avons à rendre grâce. Comment pourrons-nous rendre grâce au moment où nous nous présenterons devant le Seigneur si sur cette terre nous ne nous sommes pas entraînés à cette acte de grâce ? Lorsqu'Il nous dira – s'Il nous le dit - « Venez près de Moi » est-ce que nous saurons, comme cet étranger, nous prosterner devant Lui et Lui dire merci ou bien aurons-nous perdu l'habitude ? C'est la leçon de cet Evangile d'aujourd'hui.. Que Dieu nous aide à rendre grâce ; d'ailleurs le Christ nous apprend à rendre grâce : « Je te rends grâce Père …. » dans la grande prière sacerdotale notamment. Oui, demandons au Christ qu'il nous apprenne à Lui dire merci et s'Il nous apprend à dire merci et bien disons-Lui encore merci.

. Amen