Monastère Saint Silouane

Dimanche de la Croix

11/3/2018 Dimanche de la Croix Mc VIII, 34, IX, 1

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Nous voici arrivés à la mi-carême, à la fin de cette première partie où nous avons essayé dans le jeûne, l’ascèse, la prière de nous approcher le plus possible du Seigneur. Nous constatons peut-être que tout cela n’est pas si simple, n’est pas si facile et est même quelque fois douloureux. La confrontation avec notre être profond, avec ce que nous sommes en vérité n’est pas toujours agréable à nos yeux. C’est pour cette raison que l’Eglise nous propose de méditer sur la croix du Seigneur, méditation que nous reprendrons pendant la semaine sainte. La croix, la croix dont nous avons été marqués dès notre baptême. C’est le premier acte que le prêtre a posé sur nous : il nous a signés du signe de la croix. Et depuis nous vivons avec ce signe : nous portons une croix sur nous, nous faisons le signe de la croix souvent, fréquemment, peut-être quelque fois sans attention, mais nous sommes marqués par ce signe. Pourquoi ? Parce que c’est sur la croix que tout le mystère du salut s’est accompli. C’est là que le Seigneur Jésus a abandonné totalement son moi humain, son égo humain (dans le bon sens du terme), Il l’a abandonné totalement entre les mains du Père : « Je remets mon Esprit entre tes mains », «  comme un agneau sans taches, muet devant celui qui le tond, ainsi il n’ouvre plus la bouche ». Cette phrase d’Isaïe qui prophétise le mystère de la croix du Christ, que nous répétons d’ailleurs pendant l’Office de la Proscomédie, cette phrase est forte, belle et doit toucher notre cœur. « … Comme un agneau pur que l’on mène à l’abattoir ainsi il n’ouvre pas la bouche ». C’est ainsi que le Seigneur accepte la croix. Souvent pour nous il est difficile de vivre les épreuves quelle qu’elle soit, les petites, les quotidiennes comme les plus rares, les plus exceptionnelles, les plus dures, les plus broyantes même mais nous avons toujours la possibilité de nous tourner vers le Christ sur la croix. C’est là qu’Il s’offre à nous en s’offrant au Père ; c’est là qu’Il nous offre au Père en s’offrant Lui-même. Nous ne sommes pas perdus sur cette terre. Pourtant, à certains moments, nous sentons que tout nous échappe, la force, l’énergie, la joie de vivre, la paix intérieure, que tout cela semble disparaître mais il nous reste toujours le Christ sur la croix. On peut toujours lever les yeux vers le Christ sur la croix et lui dire : « Viens, viens m’aider à porter ma propre croix car sans Toi je ne puis rien faire ». Pourtant le Christ nous dit aussi aujourd'hui : « Celui qui veut venir qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » et lorsqu'Il dit « qu’il me suive », cela veut dire qu’il écoute ma Parole, qu’il écoute mon enseignement, qu’il écoute tout ce que je lui ai dit par ma vie. Il suffit de relire l’Evangile pour comprendre ce que le Seigneur Jésus a vécu depuis son enfance. Il a vécu tout ce que nous vivons sur cette terre, tout sauf le péché mais toutes les conséquences du péché même Il a accepté de les vivre jusqu’à la mort et la mort sur la croix. Alors nous ne devons pas voir la croix comme un simple instrument de torture, même si c’en est un, bien évidemment, mais nous devons aussi voir la renaissance de l’arbre de vie par la croix, l’arbre qui donne la vie et cet arbre c’est Jésus qui nous donne la vie en nous aimant tel que nous sommes et en nous invitant à passer au travers des épreuves avec Lui, non pas sans Lui, avec Lui, mais en vivant nos épreuves comme une participation à ce qu’Il a vécu Lui-même tout au long de sa vie terrestre, sur la croix et à Gethsémani. Alors soyons consolés par cette parole : « Viens et suis-Moi » et « Si tu veux me suivre, prends ta croix. » Que le Seigneur nous donne la grâce, la grâce de son Esprit-Saint pour comprendre non pas intellectuellement mais comprendre dans l’expérience de la vie que la croix, même la plus difficile, est source de vie. Cela peut paraître à certains moments insupportable et ce l’est mais le Christ est là, Lui qui a supporté l’insupportable. Il est là et Il nous tient par les bras, dans le cœur, dans l’âme, de toutes ses forces, par son Esprit-Saint et c’est par là que nous pouvons vivre nos épreuves. Que Dieu nous donne cette grâce.
Amen

Dimanche du Jugement dernier

11/2/2018 Dimanche du Jugement dernier Mth XXV, 31.46

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Les paroles du Seigneur Jésus que nous venons d’entendre sont sans aucun doute des paroles pour nous permettre de comprendre ce qui arrivera à la fin des temps. Certes ces paroles sont conséquentes, importantes. Elles résonnent dans nos cœurs mais elles nous sont données aussi pour notre vie d’aujourd'hui, pas uniquement pour imaginer ce qui pourrait nous arriver à la fin des temps, au jugement dernier. Tout ce que décrit le Seigneur Jésus est fait pour que nous soyons éveillés, éveillés à notre propre vie et à ce que nous en faisons. Le Seigneur Jésus nous a dit : « Qui m’a vu a vu le Père » et nous voulons voir le Père à la fin des temps mais si le Seigneur nous a dit « Qui m’a vu a vu le Père », il faut bien comprendre que nous pouvons voir le Seigneur Jésus aujourd'hui, Le voir dans notre frère, dans notre sœur : c’est tout le message de l’Evangile de ce jour. Il faut que nous soyons éveillés pour découvrir en chacun, en chacune de ceux que nous sommes appelés à rencontrer, le visage du Christ. Le psalmiste, dans le psaume 26 dit : « Seigneur je cherche ton visage » mais ton visage, Seigneur, est dans mon frère, dans ma sœur et je ne le vois pas. Je ne le vois pas parce que mes yeux sont fermés ou plus exactement ils ne sont pas fermés mais ils sont tournés vers moi au lieu d’être tournés vers mon frère, vers ma sœur pour y découvrir la belle face qui est celle qui T’appartient. Il nous est plus facile de voir les défauts de nos frères et nos sœurs. Il nous est plus facile de critiquer, de juger, de repousser mais voir la beauté de Jésus dans celui ou celle qui est en face de nous, c’est quelque chose d’extraordinaire qui peut nous arriver si nous sommes éveillés, si nous veillons autrement-dit, si nous sommes attentifs. Nous sommes heureux quand nous vivons avec des amis, des personnes que nous aimons, c’est facile à vivre mais il faut aller au-delà de cela encore, il faut découvrir le Seigneur Jésus en eux et plus encore il faut découvrir le Seigneur Jésus dans ceux qui nous sont moins faciles au niveau de la communication, de la présence, de la communion : découvrir la beauté de Dieu, la beauté du Christ dans le cœur de l’autre à condition que mon cœur ne soit pas tourné uniquement vers moi. Nous sommes tous touchés par l’égoïsme et par l’orgueil mais il faut être libéré de tout cela alors comment ? Parce qu’il faut que nous arrivions à voir dans notre frère et notre sœur le Christ, qu’il vienne nous dire : « C’est Moi que vous avez vêtu, c’est Moi que vous avez nourri, c’est Moi que vous avez accueilli, c’est Moi que vous avez visité ». La question est : « Pourra-t-il me dire cela lorsque j’arriverai devant Lui ? Ou bien me dira-t-il ce qu’il dit aux autres ? Pour ce faire il faut que nous soyons éveillés et que nous veillons, que nous soyons attentifs dans nos relations et dans notre foi aussi car ceci nécessite la foi. Pourquoi nous est-il possible, pendant l’Eucharistie, de dire, parce que le Christ nous l’a révélé, du pain et du vin qui est sur l’autel, corps et sang du Christ alors qu’il nous est difficile de voir le Christ dans notre frère et notre soeur ? Pourquoi ? Parce que nous sommes égoïstes, tous, moi comme vous, alors il faut nous réveiller pour que nous soyons éveillés. Nous avons des moyens, ces moyens nous sont apportés par l’Esprit-Saint, notamment dans la prière. C’est dans la prière que notre cœur se purifie, se cristallise, devient transparent et nous permet de voir. La prière nous mène à l’amour : l’amour de Dieu et l’amour du frère et de la sœur, la vraie prière, celle qui est amour justement. Il n’y a aucune prière authentique qui ne soit pas amour. Il n’y a pas d’amour authentique sans prière et tout cela nous est donné par l’Esprit-Saint. Alors certes, nous pouvons constater notre faiblesse et il est bon et important de la constater mais il ne faut pas nous arrêter là, il faut avoir foi dans l’Esprit-Saint : Il va susciter en nous la prière pour que nous sachions aimer et que, sachant aimer, nous découvrions la beauté de la face du Christ dans ceux qui nous entourent.
Amen