Monastère Saint Silouane

Sacrement de pénitence

8/7/2018 Mt IX, 1-8

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Ce miracle que le Seigneur Jésus a accompli auprès de ce paralytique a pour nous une grande signification. En effet, nous constatons ainsi que le Seigneur Jésus peut tout faire ; Il guérit la paralysie physique de cet homme mais aussi il guérit son âme et il insiste en commençant par la guérison de l’âme. Quelques- uns qui sont présents et qui assistent à ce miracle sont scandalisés parce qu'Il annonce à cet homme que ses péchés lui sont remis. Ensuite Il leur prouve par le second miracle – la guérison de ses jambes et de tout son corps – Il leur prouve que, lui aussi, peut remettre les péchés et c’est pour nous une grande consolation : c’est pour nous un repère ; c’est pour nous une assurance. En effet, nous constatons ainsi que le Seigneur peut guérir non seulement nos corps comme Il le fait auprès du paralytique mais aussi nos âmes. Il faut bien reconnaître que, sur cette terre, il y a sans doute beaucoup plus d’âmes paralysées que de corps paralysés. Cela n'exclut pas de prier et de porter auprès du Seigneur par la prière ceux qui souffrent dans leur corps, ceci est de notre responsabilité ; nous le faisons et il faut le faire de tout notre cœur à chaque fois que cela nous est demandé. Mais il faut aussi prier pour que le monde connaisse que le Seigneur est miséricordieux ; c’était la prière de Saint-Silouane : « Que le monde Te connaisse par le Saint Esprit ». Il voulait dire par là : que le monde Te connaisse dans ton infini amour. C’est important – je le disais au début- pour nous qui sommes là comme pour tous les hommes de la terre. Lorsque nous sentons notre âme paralysée par des fautes, par des erreurs, par des faiblesses, par des chutes, il ne faut pas nous tourner vers nous-mêmes ou vers quelque thérapeute humain mais il faut nous tourner vers le Grand Thérapeute, Celui qui nous délivre de cette paralysie de l’âme, le Seigneur Jésus. C’est pour cette raison qu’Il a proposé à ses apôtres d’être son intermédiaire pour accorder le pardon à ceux qui viendraient le chercher ; c’est pour cette raison que le Seigneur nous dit : « Venez à Moi vous tous qui peinez et je vous soulagerai ». Car le péché nous met dans la peine ; il nous met dans un état qui n’est pas notre véritable état. Notre véritable état c’est d’être debout dans la lumière de Dieu or que le péché nous écrase mais, à cause de la Parole du Seigneur, il suffit de se tourner vers Lui, de Lui dire qu’Il peut nous regarder tels que nous sommes, tombés, à terre, dans la chute et que nous serions heureux qu’Il tende sa main et qu’Il nous mette debout à nouveau pour poursuivre notre route ; alors Il le fera sans aucun doute, Il le fera. Nous avons cette chance d’avoir à notre disposition ce sacrement de la confession ou de la pénitence, ce sacrement qui nous apporte une grâce, la grâce de la miséricorde du Christ qui nous aime dans l’état où nous sommes, dans notre paralysie. Nous avons beaucoup de chance d’avoir à notre disposition ce sacrement et il ne faut pas hésiter à l’utiliser à bon escient, à chaque fois que nécessaire. J’ai eu l’occasion dans ma vie de rencontrer plusieurs fois des Protestants ou des Protestantes, des Pasteurs et certains me disaient combien ils considéraient que nous avions vraiment de la chance d’avoir conservé ce sacrement dans notre Eglise car ils souffraient de ne pouvoir sentir sur leur tête la main non pas du prêtre mais la main de Dieu qui apaise, qui donne force et remet debout suite à notre état de paralysie. Alors ne gâchons pas notre vie puisque nous avons à notre disposition la possibilité de sortir de cette paralysie qui nous empêche de vivre. N’ayons pas peur, dans un premier temps, de crier vers le Seigneur pour qu’Il nous applique le baume de sa miséricorde sur les plaies que nous avons causées sur notre être profond. Et puis, dès que l’occasion nous en est donnée, n’hésitons pas à aller, non vers ce qu’on a appelé à tort à une certaine période le tribunal du Christ, ce n’est pas cela le Tribunal du Christ. Lorsque nous venons déposer au pied du Seigneur nos fautes, nous confessons, non pas nos fautes mais sa miséricorde ; nous recevons sa miséricorde. Il ne s’agit donc pas d’un tribunal qui condamne et qui rejette et qui emprisonne. Le véritable tribunal, il aura lieu à la fin de notre vie ; ce ne sera pas non plus un lieu où le Christ nous rejettera ; ce sera le lieu où nous-mêmes nous nous jugerons, où nous-mêmes nous nous sentirons indignes de nous approcher du Seigneur ; et si nous en restons là, à cause de notre orgueil, si nous ne voulons pas accueillir la miséricorde du Christ, alors oui, Il nous laissera dans cet état de paralysie éternelle ; c’est là que se situera le véritable tribunal. Que Dieu fasse qu’il n’y ait personne qui soit rejetée ou plus exactement qui soit dans un état de rejet personnel face à la miséricorde de Dieu.

Amen


Tentation et prière

1/7/2018 Mt VIII, 28 – IX, 1

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
C’est une drôle d’histoire que nous venons d’entendre. En effet, alors que la plupart du temps lorsque Jésus guérit ceux qui se présentent à Lui, tous ceux qui assistent à cette guérison, quelle qu’en soit la forme, en sont heureux, stupéfaits certes, mais ressentent beaucoup de joie face à l’évènement. Or ici, se produit quelque chose d’un peu surprenant puisque, dans ce village des Gadaréniens, les gens qui ont entendu dire que les deux possédés ont été guéris demandent au Seigneur de quitter leur village ; c’est l’inverse qui se produit : non seulement ils ne manifestent pas de joie mais ils demandent à Jésus de quitter le village. On peut être surpris de cette réaction mais il faut comprendre que les Gadaréniens n’étaient pas dans la Tradition juive, la preuve en est qu’ils gardaient des troupeaux de porcs, or chez les Juifs on ne mangeait pas de porc. Alors, bien sûr, les habitants de ce village n’ont vu là qu’un souci matériel de plus peut-être, à savoir que ce troupeau dont ils pensaient tirer profit était perdu. Mais ils n’ont pas vu l’essentiel, ils ont vu le secondaire, ils se sont attachés au « matériel » mais ils n’ont pas compris que Jésus venait de poser un acte extraordinaire, un acte d’amour auprès de ces deux hommes qui étaient possédés à tel point que tout le village en avait peur et qu’on ne savait pas comment faire avec eux. Cela nous ramène à l’action du démon qui est toujours à l’œuvre pour essayer de détruire la Création de Dieu d’une manière ou d’une autre, d’éloigner la créature de son Créateur. Ces hommes qui étaient possédés, violemment possédés, avaient sans aucun doute d’abord été tentés par le démon car tout cela commence par la tentation : « Ne nous laisse pas entrer dans la tentation ». C’est ce que nous demandons au Seigneur lorsque nous récitons le « Notre Père » : « Ne nous laisse pas entrer dans la tentation ». Parce qu'en effet, entrer dans la tentation c’est prendre des risques. Les Pères nous disent qu’une pensée – entendons-là une mauvaise pensée – qui traverse notre esprit n’est pas le péché mais que si nous commençons à nous intéresser à cette pensée mauvaise, à dialoguer avec elle, alors nous entrons dans la tentation. Et entrer dans la tentation c’est entrer dans le péché. Il convient donc d’abord de supplier le Seigneur de nous éviter d’entrer dans la tentation et puis aussi d’œuvrer, en communion avec la grâce de Dieu, pour ne pas laisser cette tentation entrer en nous. Il nous faut pour cela prier beaucoup. On ne sait pas bien ce qui s’est passé chez ces deux Gadaréniens avant de constater combien ils étaient possédés par le démon, rien ne nous est dit à ce sujet mais il est probable qu’ils se sont fait piéger progressivement, qu’ils ont accepté cette tentation et qu’elle s’est développée en eux au point qu’ils n’étaient plus maîtres d’eux-mêmes. C’est le démon qui les gérait, qui les dirigeait, qui les conduisait. Les hommes ne pouvaient plus rien faire pour eux.
Alors pour nous c’est une leçon, une fois encore, que le Seigneur nous adresse au travers de ce miracle. Il peut tout, Il peut tout faire, la preuve. Il peut chasser les démons. Entre parenthèses les démons se sont bien adressé à Lui en tant que Fils de Dieu, ils L’avaient reconnu et, en quelque sorte, ils ont foi en Lui : ils reconnaissent sa Personne divine. Le Seigneur va les chasser. Il peut tout, mais n’attendons pas d’être dans cette situation pour Le supplier. Nous sentons la tentation venir – et elle vient souvent dans nos vies, tous les jours ; oh ce sont souvent des petites tentations : nous sommes fatigués, nous sommes énervés alors nous réagissons et puis la réaction s’amplifie et puis elle se transforme en dispute, en mots plus ou moins violents, plus ou moins blessants et puis cela peut nous mener très loin. Il y a toutes sortes de tentations : la tentation du découragement parce que l’évènement que nous vivons est difficile et que l’on ne croit pas suffisamment en la force du Seigneur pour nous en tirer, nous croyons trop en nous-mêmes ; la tentation de vouloir tout diriger par nous-mêmes, d’être certains de nous-mêmes et puis toutes les autres que nous connaissons vous comme moi. Alors il nous faut, oui, prier beaucoup, pour ne pas entrer dans la tentation. Le Seigneur Jésus Lui-même, à Gethsémani, après avoir demandé à ses disciples de prier, Lui aussi, s’est mis en prière pour ne pas entrer dans la tentation car Il savait que l’évènement qui se présentait à Lui allait être très difficile à vivre, c’était une épreuve, une épreuve sublime, l’épreuve la plus grande, au point que Jésus a demandé au Père que cette coupe s’éloigne de Lui, cette coupe amère qui était la crucifixion. Il s’est repris parce qu'Il priait. On peut être tenté et dire au Seigneur que l’on est tenté, constater que l’on est tenté, qu’on a envie d’entrer dans cette tentation mais dire au Seigneur : « Non, non pas ma volonté mais Ta volonté. Sauve-moi ». C’est la prière qui va nous aider. Si nous chutons, si nous tombons, c’est parce que nous ne prions pas assez. Il ne s’agit pas de dire des prières à longueur de journée, d’ouvrir des livres et lire du début jusqu’à la fin, de connaître le psautier par cœur ou l’Evangile par cœur, toutes ces choses. Ce n’est pas cela la prière. La prière c’est être en relation avec le Seigneur, une relation d’intimité, une relation de personne à personne, une relation unique, privilégiée, qui nous permet justement de pouvoir dire au Seigneur : « Je suis tenté. Viens à mon secours ». Ne pas avoir peur de lui dire : « Je suis tenté mais viens, Toi qui peut tout ». Nous comprenons bien que, sans la prière, rien n’est possible puisque la prière est la mise en relation avec Dieu. C’est pour cela que la prière est importante. Ce n’est pas un devoir, la prière. Quand on est à l’école on nous fait faire des devoirs pour apprendre mais Dieu ne nous nous fait pas faire des devoirs. Il a autre chose à faire. Non, Il nous invite, Il nous invite à être aimé ; Il nous invite à parler avec Lui, dans un cœur à cœur ; Il nous invite à ouvrir notre cœur pour qu’Il vienne loger dans notre cœur par l’Esprit-Saint et qu’ainsi nous puissions être plus forts par sa grâce, ne pas nous faire piéger par le démon qui voudrait nous mener par le bout du nez et qui voudrait surtout nous mener au désespoir, nous enchaîner comme les deux Gadaréniens. L’enchaînement, c’est la passion ; la passion c’est la tentation qui s’est accomplie et qui se répand en nous comme une habitude. Je me souviens que une fois quelqu'un est venu me trouver pour me dire qu’il vivait une certaine passion et cette personne d’ajouter : « Oh, ce sera comme cela jusqu’à la fin ». Ce qui était grave ce n’était pas d’avoir une passion c’était de dire : « Ce sera comme cela jusqu’à la fin », c’était de ne pas croire que le Seigneur pouvait guérir, chasser cette passion, l’apaiser peut-être progressivement et avec amour ; c’était là l’erreur. Alors ayons confiance dans le Seigneur Jésus puisqu’Il peut tout, nous venons de l’entendre. Il a « déchaîné » ceux qui étaient enchaînés. Il a fait beaucoup de miracles et le plus grand miracle c’est que par sa mort et sa Résurrection Il nous sauve.
Amen