Monastère Saint Silouane

Zachée rélation à Dieu miséricorde

14/2/2021 Lc XIX, 1-10

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Chaque Evangile que nous entendons présente toujours pour chacun d’entre nous une leçon, un encouragement, une manière de vivre. Aujourd'hui en ce dimanche de Zachée, il me semble que le message est très clair ; il y a entre les deux personnages, Jésus, d’une part, Zachée d’autre part, un grand contraste, bien sûr : le Seigneur Jésus est parfait, Zachée est un publicain, c'est-à-dire un pécheur et qui plus est, volait ; il a entendu parler de Jésus et il voudrait bien voir quelle tête Il a. Alors, comme il était petit, nous est-il dit, il monte dans un sycomore et là il se cache derrière les feuilles et regarde ; mais Celui qui le regarde en premier c’est Jésus pourtant il y avait une grande foule autour de Lui et le seul qu’Il regarde c’est Zachée qui est caché dans l’arbre ; et Il dit à Zachée : « Descends car aujourd'hui je veux me rendre chez toi et y manger ». Certainement que Zachée est très surpris mais il est très heureux. En Orient, on est toujours heureux d’offrir sa maison et d’accueillir l’autre ; certains commencent à juger Jésus parce qu'Il va manger chez un pécheur, ils n’ont pas bien compris le message, pas encore en tout cas ; et pendant le repas qui se déroule normalement dans la joie, Zachée se met à dire, sans que le Seigneur lui ait rien demandé, : « Seigneur si j’ai fait du mal à quelqu'un, je lui rendrai tout ce que j’ai volé ; je donnerai une grande part de mes biens – il était riche – aux pauvres » ; et le Seigneur conclut en disant : « Aujourd'hui dans cette maison est arrivé quelque chose d’important ». Alors qu'est-ce qui est important ? Ce qui est important c’est que Jésus qui connaissait le cœur et l’âme de Zachée a voulu qu’il se convertisse, qu’il change de voie, qu’il s’oriente vers la bonne voie et qu’il arrête toutes ses bêtises mais Jésus ne lui fait aucun reproche ; ceci est typique de toutes les fois où le Seigneur amène quelqu'un à la conversion mais c’est simplement par l’amour qu’il montre à Zachée - déjà en lui demandant de venir dans sa maison et de manger avec lui et ensuite de partager quelques paroles - c’est en montrant cet amour à Zachée que Zachée comprend dans son coeur que Celui qui est en face de lui n’est pas n’importe qui ; certes il en a entendu parlé comme un prophète, un thaumaturge, comme quelqu'un qui semble grand en Israël ; il se jugeait indigne d’être devant Lui mais il voulait quand même Le voir alors il est monté dans cet arbre où non seulement il pouvait Le voir mais il était caché par les feuilles sauf pour Jésus. Voyez-vous c’est toujours Dieu qui nous appelle au repentir ; dès le début, rappelez-vous, Adam se cache comme Zachée, il ne veut pas être vu parce qu'il sait qu’il a péché et c’est Dieu qui va le chercher : « Adam où es-tu ? » ; c’est exactement la même chose qui se passe avec Zachée et Jésus et c’est exactement la même chose qui va se passer avec nous car nous sommes tous, plus ou moins, des Zachée, c'est-à-dire des pécheurs ; nous avons des moments où nous nous intéressons beaucoup plus à nous qu’à Dieu, nous laissons Dieu de côté : on verra plus tard ; c’est Jésus qui nous fait signe au bout d’un moment, d’une manière ou d’une autre, quand nous entendons une parole qui nous frappe, nous avons un échange avec quelqu'un qui nous marque, nous lisons quelques phrases encourageantes ou bien dans notre coeur tout simplement directement le Seigneur s’adresse à nous et nous dit : « Je veux m’approcher de toi, je veux venir avec toi, je veux vivre un instant avec toi ». Et c’est là la grande leçon de cet Evangile : nous avons d’un côté le péché et de l’autre côté la miséricorde ; c’est une grande grâce que nous recevions la miséricorde de Dieu, c’est notre salut qui est en cause ; la miséricorde de Dieu c’est le Christ qui descend aux enfers et qui tend la main à Adam et Eve pour les mettre debout dans sa lumière et puis dans tous les évènements qui suivront ; c’est Jésus qui, se trouvant devant la femme adultère, celle qui doit être lapidée, ne prend pas de pierre, il ne dit rien – il nous est dit qu’il écrivait sur le sable, je pense qu’il faisait ce que nous faisons tous lorsque ce qui se passe ne nous intéresse pas, des petits dessins sur le papier - et puis il s’adresse ensuite à ceux qui voulaient lapider cette femme et leur dit : « Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre » et il nous est dit que tous partirent en commençant par les plus anciens ; c’est la même chose parce qu'Il dit à cette femme : « Personne ne t’a condamné, moi non plus Je ne te condamne pas », comme il n’a pas condamné Zachée mais Il offre un chemin de vérité et d’amour ; nous pourrions prendre beaucoup d’autres exemples bien sûr ; alors la leçon que nous devons retenir qui est très importante pour notre quotidien, pour notre salut, pour le salut du monde c’est d’être des veilleurs, d’être attentifs au moment où le Seigneur, d’une manière ou d’une autre, nous dit quelque chose, nous tend la main pour que nous soyons plus proches, plus près de lui ; c’est important de retenir cette leçon, c’est une leçon qui est paisible, douce et qui rend notre coeur heureux, joyeux ; il faut nous exercer à accueillir la miséricorde de Dieu à chaque fois que possible ainsi, accueillant cette miséricorde nous serons sur le chemin de la miséricorde, sur le chemin de l’Eternité où nous recevrons en plénitude cette miséricorde qui s’appelle l’amour de Dieu.

Amen


Sacrement pénitence repentir

28/2/2021 Lc XV, 11-32

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Lorsque le Seigneur Jésus s’exprime par parabole, c’est qu’Il veut, avec insistance, nous faire comprendre quelque chose d’extrêmement important et, effectivement, cette parabole du fils prodigue que l’on connait bien est d’une richesse exceptionnelle. Ce jeune fils qui part loin de sa famille, ayant réclamé son bien, tombe dans le péché, la faiblesse, toutes sortes de chutes négatives jusqu’au moment où il n’a plus d’argent ; il souffre, c’est la famine ; il ne peut même pas manger, alors, alors il se souvient que son père donne du pain en quantité même à ses serviteurs et il se décide à rentrer à la maison. Ce fils prodigue qui est de retour vers le Père va confesser ses fautes devant Lui : en fait il confesse ses fautes mais en même temps confesse la miséricorde de Dieu car il va voir son Père écarter les bras pour l’accueillir, l’embrasser, ne lui faire aucun reproche et, dans la joie du retour, commander un festin, donner une belle robe et un anneau au doigt. C’est tout le mystère de l’amour de Dieu qui est en cause dans cette parabole sous une forme très particulière : la miséricorde ; et nous avons besoin de cette miséricorde car le fils prodigue c’est nous tous, c’est nous tous, c’est moi, c’est vous, c’est le monde entier car nous tombons tous par notre nature déchue d’une part et par nos faiblesses personnelles d’autre part, ; nous tombons tous dans le péché à certains moments et nous nous éloignons quelque fois très loin de Dieu – pour chacun l’histoire est différente bien sûr  : il y a des petits éloignements et des éloignements plus conséquents et plus lourds ; mais nous comprenons par cette parabole que Dieu a un amour tellement grand que jamais Il ne nous fera un reproche si nous nous tournons vers Lui en reconnaissant notre faiblesse. Cette double confession est très riche pour chacun d’entre nous car nous la retrouvons d’une manière très particulière dans le sacrement de la confession où là aussi nous confessons nos fautes et nous confessons la miséricorde de Dieu. C’est un sacrement important que chacun doit vivre selon son rythme, que chacun doit, dans sa conscience, dans une vision de ce qu’il y a dans son coeur de ce qui est lourd, de ce qui devient difficile, trop difficile ; alors c’est le moment d’aller vers Dieu le Père, au travers de ce sacrement de la confession où le prêtre a été béni pour être l’intermédiaire entre Dieu et le pénitent ; dans cette rencontre, dans ce retour, dans ce retournement, dans cette conversion il y a quelque chose d’extraordinaire : joie du Père, joie de tout le Ciel nous est-il dit et joie de celui qui est réconcilié avec le Père en s’humiliant, certes, en avouant la vérité – ce n’est pas toujours facile bien évidemment ; mais il faut, pour avoir le courage de le faire, se souvenir que jamais le Seigneur ne nous rejettera, jamais. Quelque fois des pénitents viennent me dire : « Je vais me confesser mais je vais vous répéter des choses que vous avez déjà entendues plusieurs fois alors à quoi bon » ; mais si, il y a quelque chose de bon là-dedans ; même si c’est répétitif, même si ces chutes sont fréquentes, l’amour de Dieu est illimité ; il n’y a pas un moment où le Seigneur dira : « Maintenant cela suffit, cela fait 10 fois que tu fais la même chose, je ne veux plus te voir », jamais. Nous savons que le Bon Larron, le premier canonisé parmi les saints a vu, a entendu et a accueilli la miséricorde du Christ sur la croix.
Maintenant nous pouvons aussi faire une autre interprétation un peu particulière : à la fin de ce mouvement de retour vers le Père, on pourrait dire aussi que le fils prodigue est le Christ, non pas qu’il ait péché comme le fils prodigue – Il n’a jamais péché – mais Il porte nos péchés sur Lui et Il les dépose au Père pour que nous soyons adoptés par le Père dans l’amour ; donc quelque part le fils prodigue est un reflet, particulier certes, de ce que le Christ a fait pour nous à l’égard du Père. Lorsqu'IL est mort sur la croix - dans un état qui n’était pas plus brillant que ce fils prodigue qui avait tout perdu – apparemment, le Christ aussi avait tout perdu et Il était crucifié, mort et mis au tombeau, humiliation totale et pourtant et pourtant c’est ce qui nous a sauvé ; d’ailleurs quand le Seigneur Jésus remonte vers le Père au moment de l’Ascension, Il nous entraîne tous, c’est le même mouvement que le fils prodigue ; Il nous entraîne tous pour que nous rentrions dans notre conversion, dans notre retournement vers le Père et que nous recevions en plénitude l’amour du Père. C’est pour cela que cette parabole est importante et qu’elle fait partie des dimanches du Triode qui nous préparent au carême ; car le carême est un temps fort, important, pour que nous prenions conscience de l’intérêt de la mort et de la Résurrection du Christ pour nous, que nous prenions conscience que nous sommes des pécheurs et que probablement nous le serons -peut-être de moins en moins je l’espère - mais nous le serons toujours un petit peu même au moment de la mort.
Cette parabole est consolante, fortifiante, dynamisante, elle nous montre le chemin, le vrai chemin vers Dieu et comment marcher sur ce chemin. Nous avons tous les moyens à notre disposition. N’ayons pas peur d’aller nous confesser régulièrement, à notre rythme ; la confession n’est pas un sacrement qui nous donne un ticket pour aller communier, non, ce n’est pas cela du tout ; c’est un sacrement à part entière lié à l’Eucharistie comme tous les sacrements mais c’est un sacrement à part entière. Pourquoi nous passer de ce sacrement qui est si beau, si merveilleux, si réjouissant pour le coeur et l’âme ; et puis lorsque nous communions au Corps et au Sang du Christ nos petites fautes, toutes petites faute qui sont quand même des fautes, en recevant le Corps et le Sang du Christ disparaissent ; pour les grandes fautes il faudra aller se confesser ; pour ces toutes petites fautes : un énervement, une mauvaise pensée passagère, non entretenue, nous recevons la miséricorde de Dieu par le Corps et le Sang du Christ versé pour nous, donné pour nous ; le prêtre, à la fin de la communion dit : « Ceci a touché vos lèvres, vos péchés sont pardonnés et vos iniquités sont effacées ».
Que Dieu nous fasse comprendre par le coeur, par l’expérience, la beauté de ce sacrement, la beauté de cette parabole et qu’ainsi, pas-à-pas, peut-être chutes après chutes mais pas-à-pas quand même, nous nous avancions vers le chemin de l’Eternité où là l’amour de Dieu nous sera donné en totalité, en plénitude et pour toujours.

Amen