Monastère Saint Silouane

L'anniversaire du monastère

1/8/2018 1Co I, 18-24

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Aujourd'hui nous fêtons le souvenir de la crucifixion du Christ et il se trouve que, non par calcul humain mais peut-être par prévisions divine le monastère dans lequel nous vivons a été fondé en ce même jour de la fête de la croix « d’été ». Autrement dit on peut dire d’une manière assez catégorique et évidente que ce monastère est marqué par le sceau de la croix du Christ et c’est une grande bénédiction, une grande bénédiction puisque c’est par la croix que nous sommes sauvés, c’est par la croix que nous savons que le Seigneur Jésus nous tire vers Lui pour que nous vivions avec Lui le salut éternel. Fonder un monastère c’est toute une aventure, une aventure un peu invraisemblable, un peu inattendue même en ces temps qui sont les nôtres et c’est une aventure parce que aucun d’entre nous, je pense pouvoir le dire, n’était véritablement capable de démarrer ce monastère. Non pas au niveau de la restauration des bâtiments – bien sûr cela ne fut pas aussi simple que cela, il a fallu des années et des années pour que ces bâtiments deviennent habitables et agréables – mais ce n’est pas cela un monastère ; un monastère ce n’est pas un corps de bâtiments ; un monastère c’est un ensemble de personnes choisies par Dieu pour y vivre la prière, pour y vivre le don de soi, pour y vivre un certain abandon de sa volonté propre et c’est peut-être là que l’aventure devient difficile et quelque fois même à la limite de l’impossible. Saint Paul dans son épître nous disait que le Seigneur Jésus choisit pour son œuvre les plus faibles, non les plus forts. Et bien je pense que ce que nous dit Saint Paul s’applique particulièrement à nous sommes moines et moniales, qui sommes ici dans ce lieu depuis 28 ans. Des faibles, par nature déjà, puisque nous sommes déchus et puis des faibles, à cause de nos péchés, de nos limites, de nos incapacités à vivre vraiment l’Evangile ; des faibles, parce que nous sommes trop souvent centrés sur nous-mêmes, nous ne pensons qu’à nous : nous voulons bien être sauvés mais il faut que le Seigneur nous aide, que les autres aussi nous aident ; nous ne pensons pas que nous pouvons être actifs dans ce mouvement de salut. Trop souvent nous nous laissons aller à des gémissements, à des reproches, des critiques et chacun d’entre nous, sans aucun doute, depuis 28 ans, moins pour les plus jeunes, pensent que vivre dans un autre lieu, dans un autre monastère, dans un autre contexte, peut-être avec un autre père spirituel, ce serait beaucoup mieux, beaucoup plus facile, beaucoup plus simple à réaliser. Et pourtant, c’est dans notre faiblesse que le Seigneur se glorifie ; non pas une faiblesse considérée comme acquise définitivement et qui n’aurait pas d’issue mais une faiblesse réellement constatée, réellement acceptée, réellement vécue comme une donnée profonde de la vie monastique. Lorsque le Seigneur Jésus a choisi ses apôtres, il n’a pas choisi à l’origine les plus forts, Il a choisi de pauvres pêcheurs qui gagnaient leur vie au bord du lac ; Il a choisi des êtres qui étaient tous avec des caractères différents, avec des faiblesses, avec de l’orgueil ; cela nous ressemble beaucoup et c’est ainsi que le Seigneur entend construire son Eglise, entend construire un monastère en prenant des êtres faibles mais cela ne doit jamais nous désespérer, cela ne doit jamais nous inquiéter car le Seigneur Lui-même s’est rendu faible, faible jusqu’à la mort pour le salut du monde. Cela veut dire que si nous constatons que, tout au long de ces années qui se sont écoulées, nous n’avons pas été suffisamment forts, nous n’avons pas été « à la hauteur », ce n’est pas grave ; ce n’est pas grave si nous confions tout cela au Seigneur ; ce n’est pas grave si nous savons que c’est Lui le constructeur, le constructeur des âmes car ce qui est le plus important à construire que les bâtiments ce sont nos âmes, nos âmes affaiblies, nos âmes appauvries, nos âmes que le Seigneur prend telles qu’elles sont et que pas à pas Il transforme, ô sans que nous nous en apercevions ; Il transforme nos âmes pour les faire plus grandes qu’elles ne sont, pour les mettre en correspondance avec ce qu’Il attend de nous. Bien sûr, nous savons que nous ne serons jamais parfaits sur cette terre : aucun saint – je vous l’ai souvent dit – n’a été parfait. Notre Père Saint-Silouane, notre saint protecteur, lui-même avant de mourir pensait que ce n’était pas possible qu’il meure car il se sentait encore imparfait : il n’avait pas encore assez d’humilité. C’est une belle leçon pour nous puisqu’il est notre père et notre modèle après le Christ. Il est évident que nous manquons tous d’humilité et que dès que nous regardons ce qu’il y a dans notre cœur nous voyons plus d’orgueil qu’autre chose ; nous aimons que chacun réponde à nos caprices, à nos désirs ; nous rêvons d’être autre que ce que nous sommes mais nous rêvons, nous ne sommes pas dans la réalité. Le Seigneur, Lui, ne rêve pas, Il voit bien qui nous sommes : comme ses apôtres, de pauvres pécheurs mais cela ne doit en aucun cas nous décourager ; si nous avons la grâce de nous déposer aux pieds du Seigneur en disant : « Oui, c’est vrai, je suis pécheur mais je veux bien continuer la route avec Toi, grâce à Toi, sans Toi c’est impossible mais avec Toi, oui, je veux bien continuer ». C’est le souhait que je formule maintenant en ce moment d’anniversaire : que chacun d’entre nous aie à la fois conscience de notre faiblesse, pas de manière masochiste, mais d’une manière réaliste, simple, comme l’enfant qui sait qu’il fait une bêtise et que nous ayons en même temps l’immense espérance, l’immense confiance en Dieu qui transforme tout. Il l’a dit : « Si nous avions la foi, des pierres nous pourrions avoir des pains ». C’est donc une question de foi et d’espérance, les deux sont liées. Un monastère ne se construit pas sans espérance, un monastère ne se construit pas sans la foi. J’ai connu quelques personnes qui ont souhaité démarrer un monastère tout seul, cela n’a jamais mené à rien. Pour qu’un monastère se construise il faut une bénédiction, une bénédiction de Dieu par un père spirituel, une bénédiction qui donne force, qui donne courage et qui est le ciment de base permettant de construire le lieu de l’âme qu’est le monastère.
Amen