Monastère Saint Silouane

Paralytique compassion

29/4/2018 Jn V, 1-15 Dimanche du paralytique

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Lorsqu' Jésus s’approche de ce paralytique il faut remarquer que celui-ci ne Lui a rien demandé ; c’est Jésus Lui-même qui prend l’initiative en lui posant cette question : « Veux-tu être guéri ? », veux-tu ? Cela signifie que le Seigneur nous veut libre, ne nous force pas à être guéri. Nous sommes tous malades ; nous sommes tous paralysés d’une certaine façon : notre âme et notre cœur sont atteints par notre faiblesse, notre nature déchue et par tout ce que nous commettons volontairement ou involontairement et qui va contre les commandements du Christ. Et le Seigneur – très souvent et beaucoup plus souvent qu’on ne le croie - s’adresse à nous et nous dit : « Veux-tu être guéri ? » Le paralytique ne Lui répond pas directement mais il explique que oui, il voudrait bien être guéri mais il n’arrive pas dans l’eau suffisamment à temps. Pour nous c’est un peu la même chose : nous pourrions dire au Seigneur « Oui, je veux bien être guéri mais je n’y arrive pas, je n’y arrive pas tout seul », parce que c’était là la question ; cet homme n’arrivait pas à être guéri tout seul : il n’avait pas la force, son corps ne le suivait pas et il n’était pas guéri. Mais c’est Jésus qui le guérit ; c’est Jésus qui a de la compassion pour lui, une compassion à la fois pour sa maladie invalidante mais aussi pour autre chose qui n’apparait qu’à la fin du récit et peut-être que nous n’y faisons peut-être pas suffisamment attention. Le Seigneur Jésus lui demande si tout va bien, s’il est guéri et Il lui dit : « Va et ne pèche plus ». Cet homme était un pécheur, bien sûr, comme tous les hommes de la terre, c’était un pécheur qui péchait plus conséquemment que les autres - ce n’est pas dit - mais pour que le Seigneur lui dise : « Va et ne pèche plus » et il ajoute « il pourrait t’arriver des choses plus graves que celles qui te sont arrivées », c'est-à-dire, non pas la paralysie physique mais la paralysie de l’âme et du cœur. « Va et ne pèche plus ». Mais c’est par compassion que le Seigneur dit cela au paralytique, ce n’est pas une leçon de morale : le Christ n’a jamais donné de leçon de morale ; la morale n’est pas une affaire spirituelle même si, de temps en temps dans l’Eglise, on trouve des moralistes, plus exactement des moralisateurs. Non, le Christ n’est pas quelqu'un qui fait la morale, c’est quelqu'un qui compatit à la souffrance de l’homme, à notre souffrance. Et cela veut dire aussi que nous pouvons être certains que le Seigneur – comme je vous le disais au début – assez souvent nous dit : « Veux-tu être guéri ? » Alors bien sûr à nous de répondre puisque nous sommes libres de répondre oui ou non. Et puis il y a une autre leçon, une leçon qui est en quelque sorte la conséquence de ce récit pour chacun d’entre nous. Avoir de la compassion comme le Christ en a eu envers cet homme. Avoir de la compassion envers nos frères et nos sœurs qui quelque fois se présentent avec des faiblesses, non pas des faiblesses physiques mais des faiblesses d’ordre spirituel, des péchés pour résumer. Souvent notre premier réflexe est de juger, de rejeter, de mépriser ou de critiquer et là nous nous égarons totalement. Le Seigneur Jésus ne critique pas cet homme, Il le guérit. Il le guérit comment ? Par son amour. Alors nous nous sommes confrontés dans notre monastère à des frères ou à des sœurs qui ne sont pas parfaits - c’est la même chose d’ailleurs dans une famille ou dans une société. Il est évident que si l’on vit dans un lieu comme celui-ci, en vase clos, comme dans un laboratoire, tout est observable, alors on voit, on voit un frère qui tombe, une sœur qui tombe. On subit le caractère qui n’est pas celui que l’on souhaiterait de celui ou celle qui est en face de nous. On subit la douleur de la faute. On subit le mauvais caractère, l’agressivité, la bêtise, les réflexes idiots. Tout cela on le subit bien sûr mais si on ne fait que le subir en rejetant, en critiquant, en parlant car souvent les moines ont des langues qui ressemblent à des escalators, cela descend et cela remonte très vite. Si nous agissons ainsi nous nous trompons. Nous ne suivons pas le Christ, nous suivons notre maladie. Nous restons dans notre maladie, cette maladie terrible qu’est la critique, le jugement, le mépris, comme si nous étions meilleurs que l’autre parce que c’est cela que l’on pense : moi je suis meilleur, je ne fais pas ca, moi je ne dis pas ca, je ne me comporte pas comme cela, non, non. Moi je suis un bon moine ou une bonne moniale. Et le chrétien doit se dire la même chose à certains moments. Je suis chrétien : je suis meilleur que celui-ci ou celui-là, dans ma famille, au travail, dans la société. Quelles bêtises ! Quel temps perdu alors que le Seigneur est là et dis à chacun d’entre nous : « Veux-tu être guéri ? » C’est cela qui est important. Si on n’a pas compris cela on n’a rien compris au christianisme, rien, absolument rien du tout, et que l’on soit habillé de noir avec des fichus sur la tête ou des barbes longues, cela ne change rien. On n’a rien compris. Alors la véritable leçon nous devons l’entendre et l’accueillir mais pour nous, pour moi-même en tant que personne. Comment je vis la compassion ? Comment je vis l’accueil de l’autre car le Christ a accueilli cet homme qui était paralysé de corps et d’âme puisqu’il lui dit : « Va et ne pèche plus » et on entendra cette phrase à plusieurs reprises dans l’Evangile. Puisque nous avons choisi en tant que baptisé et puis au travers d’un appel particulier pour les moines de lui répondre oui à cet appel. Qu'est-ce que l’on fait de cet appel ? On le piétine quand un agit ainsi. On le rejette. On devient indigne. Alors ces paroles peuvent sembler terribles mais elles nous permettent de nous réveiller car lorsque le Christ nous guérit, Il nous invite à nous réveiller. Lorsque le Christ nous empêche de porter des jugements, de critiquer, de parler sur les fautes des autres, alors Il nous guérit. Il nous invite à sa suite à vivre dans la compassion, le non-jugement, l’amour de l’autre puisque nous savons que nous sommes aimés nous-mêmes malgré nos turpitudes, nos échecs, nos chutes, puisqu’à certains moments nous avons reçu cette grâce de l’amour du Christ qui se pose sur nous comme un baume apaisant sur les plaies pour nous dire qu’Il nous aime même si l’on est par terre alors pourquoi, pourquoi écraser notre frère, notre sœur parce qu'elle est par terre … parce que nous sommes faibles mais il y a une solution, la seule solution : c’est le Christ et c’est la supplication que nous devons faire au Christ : « Empêche-moi d’avoir une âme paralysée par la critique et le rejet, le non-amour et, en définitive, l’orgueil qui gère tout cela. Empêche-moi ». Le Saint Père Sophrony disait très souvent – je l’ai entendu – que, peut-être la prière la plus importante que nous avions à dire chaque jour, c’était celle que nous récitons – mais réciter ce n’est pas forcément prier, il faut que le cœur s’y mette : « Daigne Seigneur nous garder ce jour sans péché ». Si nous formulons cette prière avec le cœur, pas avec l’intelligence, pas par habitude mais avec un cœur contrit, humilié et humble : « Daigne Seigneur nous garder ce jour sans péché ». Alors oui nous serions sur le chemin de la guérison par le Christ. Alors oui nous regarderions notre frère ou notre sœur autrement. Alors oui nous aurions, comme le Christ, la possibilité de verser le baume de l’amour sur les plaies de la sœur ou du frère.
C’est cela la leçon qui nous est offerte aujourd'hui par le Christ Jésus. Tout l’Evangile nous rapporte des évènements comme celui que nous avons entendu : la compassion du Christ nous est offerte en permanence et nou,s que faisons-nous de la compassion ?
Amen