Monastère Saint Silouane

Foi, épreuves confiance

30/9/2018 Lc V, 1-11
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Ce récit de la pêche miraculeuse qui nous est bien connu comporte évidemment pour chacun de nous quelques enseignements bons à retenir. Tout d’abord le Seigneur commence à monter dans la barque de Pierre pour enseigner ceux qui l’entouraient. Il ne nous est pas dit ce qu’il a prononcé à ce moment-là mais on se doute bien que c’était un enseignement encourageant pour faire grandir la foi de ceux qui L’entouraient et qui L’écoutaient. Puis il demande à Pierre de pousser la barque au loin pour aller chercher du poisson. Pierre lui répond qu’ils ont passé la nuit à tenter de pêcher quelques poissons et que rien n’est venu. Il a donc une certaine manière de se justifier, de dire : à quoi bon, mais « Puisque tu le dis, je vais le faire ». Il y a à la fois chez Pierre un doute et une confiance, un acte de foi, et cet acte de foi va être payant puisque le filet va être rempli de poissons et les pêcheurs, Pierre mais aussi Jacques et Jean seront surpris de ce miracle. Cela entraînera la prosternation de Pierre devant le Christ et peut-être aussi celles de Jacques et Jean mais cela aura pour conséquence qu’à partir de ce moment-là Pierre, Jacques et Jean vont suivre le Christ. Ils ont été saisis par cet évènement miraculeux, par la puissance de cet homme ; ils ont envie de Le suivre parce qu'ils Lui font confiance. Il y a d’abord la séduction par rapport au miracle puis la confiance et en quelque sorte l’abandon à la volonté de Dieu. En effet pour que nous puissions suivre le Christ il faut d’abord être séduit par Lui, avoir goûté sa grâce. En général lorsque Dieu veut nous attirer à Lui, c’est de cette manière qu’Il agit. Les Pères nous disent qu’il y a plusieurs étapes dans la vie spirituelle : la première étape, c’est celle de la séduction ; on est d’abord séduit par Dieu, il y a un état de grâce ; c’est un peu comparable au fiancé qui est séduit par sa fiancée et qui ensuite décideront d’avancer vers le mariage. ; c’est la même réalité qui est présente aussi pour les moines et les moniales qui sont appelés à mener une vie particulière ; il y a d’abord une séduction qui peut se concrétiser de diverses manières : on peut être séduit par la beauté d’un lieu, la beauté des chants, l’enseignement qui est donné dans ce monastère, la qualité du Père spirituel, la qualité des moines, des moniales, etc. Quelque fois même Dieu nous séduit de manière tout à fait inattendue : je connais un Père spirituel très élevé qui, dans sa jeunesse ne croyait pas à la vie monastique ; il disait : ce sont des gens inutiles qui perdent leur temps et qui nous font perdre le nôtre et il se disait cela souvent jusqu’au jour où il s’est dit, tiens (parce qu'il n’était jamais allé dans un monastère), allons voir ces inutiles, par curiosité. Il s’est rendu dans un monastère proche de chez lui et il n’en est jamais reparti. C’est comme cela que Dieu l’avait séduit ; donc il y a toutes sortes de formes de séduction de la part de Dieu, toutes sortes de pêches miraculeuses qui nous attirent mais après il faut suivre, suivre le Christ et cela c’est un peu plus difficile. Les Pères nous disent que la deuxième étape de la vie spirituelle c’est justement la perte de la grâce, non pas la perte de Dieu mais la perte de la grâce, de cette présence sensible et qu’alors nous sommes dans l’épreuve ; nous sommes dans l’épreuve pour savoir qui nous sommes en définitive par rapport à cet appel de Dieu. Croyons-nous vraiment en Lui uniquement parce qu'Il nous a donné quelques bienfaits ou bien allons-nous plus loin ? Est-ce que nous nous abandonnons entre ses mains ? Ce fut le cas des apôtres ; souvenez-vous, ils ont été éprouvés, à Gethsémani d’abord : ils ont peur, ils se sauvent. Pierre va trahir le Christ et les autres ne font pas beaucoup mieux et puis, dans cette épreuve, ils vont progressivement grandir ; ils vont réfléchir probablement et puis prier surtout, supplier, demander que cette grâce revienne, demander que le Christ qui a promis de ressusciter ressuscite. Ils seront inquiets jusqu’au bout. Le Christ ressuscitera et ils auront encore des doutes ; il y aura quelque flottement dans la foi des apôtres. Et puis la grâce reviendra et là ils croiront parce qu'ils auront vu le Christ ; autrement dit, après leurs larmes, leurs épreuves, leurs prières, leurs supplications, le Christ s’est montré à eux de nouveau. Rappelez-vous, sur la plage, Il vient et leur demande de manger avec Lui pour bien leur prouver que c’est Lui qu’ils ont connu et ils repartiront heureux, continuant de prier, de célébrer les Offices. Pour nous cela veut dire – qui que nous soyons – que nous sommes appelés à vivre la même expérience. Dans nos vies, il y a la séduction de Dieu, oui, sinon nous ne serions pas là et puis ensuite il y a comme un affadissement, quelque chose comme une acédie, comme un manque d’envie de prier, d’être en communion avec Dieu : oui, on veut bien mais un peu plus tard, on a toujours des raisons pour repousser la prière, de venir à l’église : oui mais il fait froid, on verra demain ou la semaine prochaine ; nous avons toujours de bonnes raisons parce que ce n’est pas évident, tout simplement. Dieu n’est pas évident. S’Il était évident on le saurait depuis longtemps. Il n’est pas évident mais, justement, Il nous propose la foi pour compenser l’évidence qui n’existe pas. C’est dans la foi que nous pouvons avancer ; c’est dans la foi que les apôtres ont avancé, bien sûr aidés de la grâce. Or cette foi nous l’avons reçue au baptême mais ce n’est pas quelque chose que l’on reçoit une fois pour toutes, un trésor sur lequel on s’assoit et on attend. Non, il faut ouvrir le coffre du trésor et puiser dedans sans cesse ; puiser dedans cela veut dire prier, supplier, demander à Dieu son secours et puis arrive le moment où Dieu revient vers nous ; Il ne nous a jamais quittés mais Il revient vers nous d’une manière sensible pour nous aider, oh peut-être de manière très fugace ou subtile et cela nous redonne courage et Il repart ; peut-être aurons-nous de nouveau des épreuves, des périodes de désert comme les Pères nous disent puis Dieu reviendra. C’est d’ailleurs tout ce qui s’est passé dans l’Ancien Testament avec le peuple de Dieu. Dieu se manifestait, le peuple de Dieu croyait en Lui, le priait, L’adorait puis il tombait dans le péché, se retrouvait dans l’épreuve, était attaqué par les ennemis et Dieu les laissait ; puis, d’un seul coup, Dieu revenait pour leur faire comprendre qu’ils s’étaient égarés, qu’ils n’avaient pas tenu dans l’épreuve et Il leur redonnait confiance, c’est ce qu’on appelle la miséricorde de Dieu.
Alors voyez-vous nous devons, pour notre vie, pour nos vies, nous devons essayer de comprendre cette manière dont Dieu agit pour ne pas désespérer, pour ne pas être découragé, pour se dire : oui, bon, c’est un peu plus difficile pour le moment mais Dieu va revenir puisqu’Il est déjà venu et que j’ai cru en Lui, donc je vais tenir dans le temps, je vais le supplier, pleurer, prier, communier à son Corps et à son Sang même si je suis un peu fade dans mon cœur ; et alors c’est Lui qui nous redonnera force, courage, dynamisme pour poursuivre la route. Et puis, n’oublions pas une chose : nous pouvons, nous devons prier le Seigneur pour qu’Il vienne à notre aide mais nous avons aussi à notre disposition les Saints et particulièrement la Mère de Dieu. Nous célébrons aujourd'hui la Sainte Protection suite à un miracle qu’elle a accompli, alors il nous faut la prier, elle aussi. Elle sait ce que c’est que l’épreuve, elle a connu comme nous l’épreuve mais elle a toujours cru. Au miracle de Cana on voit bien ce qui se passe : la Mère de Dieu croit que Jésus son fils peut faire un miracle et elle va le trouver pour Lui demander qu’il agisse parce qu'il n’y a plus de vin à la noce. Et là, contrairement à ce qu’on aurait pu attendre, Il va se retirer en disant : non ce n’est pas le moment, occupe-toi de tes affaires. Mais, probablement à la différence de nous qui aurions certainement dit : oh, écoute, tu exagères quand même, fais quelque chose, je suis ta mère ; on aurait discuté, on aurait essayé d’obtenir le miracle ; non, elle ne dit rien, elle s’en va puisqu’il lui a dit, retire-toi ; elle s’en va mais elle va dire, parce qu'elle croit, elle va dire aux serviteurs : faites tout ce qu’Il vous dira et le miracle s’accomplit. Elle est un modèle pour nous justement de cette foi, de cet abandon et nous pouvons la supplier puisqu’elle nous protège, nous pouvons lui demander secours puisqu’elle est là tout le temps à notre disposition comme les autres saints d’ailleurs ; il ne faut pas nous en priver parce que nous avons besoin de secours dans la vie et les saints et particulièrement la Mère de Dieu ont été mis à notre disposition par Dieu comme intercesseurs, comme intermédiaires que nous allons utiliser humblement en leur demandant de parler de nous à Dieu parce que nous, nous sentons pécheurs et n’osons pas nous approcher de Dieu. Oui, ayons confiance en Dieu, ayons confiance dans la Mère de Dieu et dans les saints pour que notre foi ne vacille pas trop, qu’elle redémarre chaque fois que cela est nécessaire et qu’ainsi nous poursuivions notre chemin face aux épreuves, face aux difficultés, face aux doutes et que nous arrivions ainsi aux portes de l’Eternité.
. Amen