Monastère Saint Silouane

Foi et humilité

23/9/2018 Mt XV, 21-28

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Dans ce récit où le Seigneur Jésus guérit l’enfant de cette cananéenne plusieurs leçons nous sont proposées, plusieurs méditations qui peuvent nous aider pour notre vie chrétienne. La première chose qui nous apparait c’est que le Seigneur ne répond pas immédiatement à cette femme et même on peut presque dire qu’Il la repousse en lui disant que ce n’est pas pour elle qu’Il est venu. Cela peut paraître surprenant car le Seigneur Jésus est venu pour le salut du monde mais en fait le Seigneur est en train d’éprouver la cananéenne ; ce n’est pas qu’Il l’aime moins que les autres, ce n’est pas qu’il a moins de compassion face à sa souffrance par rapport à sa fille qui est malade mais c’est parce qu'Il veut l’éprouver pour qu’elle manifeste son désir profond dans la foi, qu’elle soit en quelque sorte tenace dans son désir. Et effectivement c’est ce qui va se passer. Le Seigneur Jésus, sous une forme orientale, lui explique que l’on ne donne pas le pain à n’importe qui mais elle répond que les petits chiens ramassent les miettes qui tombent de la table. Autrement dit en lui répondant elle ne lui demande pas d’avoir le bénéfice du pain tel qu’il est réservé apparemment à certains mais simplement les miettes. Elle marque donc à la fois son humilité : elle ne demande pas grand-chose et en même temps sa foi car elle résiste à l’épreuve. C’est une belle leçon pour chacun d’entre nous qui sommes souvent confrontés à des souffrances bien sûr, des souffrances plus ou moins graves mais qui nous entrainent à demander le secours du Christ et nous avons raison. C’est Lui qui nous l’a proposé. Il a dit à plusieurs reprises : « Venez à Moi vous tous qui peinez, je vous soulagerez ; frappez à ma porte, je vous ouvrirai ». Et Il a montré dans tout l’Evangile combien Il était compatissant, combien Il guérissait tous ceux qui souffraient d’une manière ou d’une autre. Alors pour nous c’est la même chose ; nous sommes amenés à souffrir physiquement, psychiquement moralement, spirituellement de toutes sortes de maux et nous avons raison de nous tourner vers le Christ pour lui dire : « Fais quelque chose ». Mais il faut que nous le fassions à la manière de la cananéenne, c'est-à-dire d’abord avec humilité, en acceptant de ne pas recevoir la plénitude de ce que nous pourrions attendre : pas le pain complet mais simplement quelques miettes. Et puis il nous faut avoir la foi et savoir dépasser le temps d’épreuve que peut-être le Seigneur nous propose pour tester notre foi car il sait bien que nous avons tendance à demander très facilement. Dès que nous sommes en difficulté nous demandons mais demandons-nous avec la foi ou demandons-nous un peu automatiquement parce qu'on a l’habitude de demander secours à Dieu ? Ce que le Seigneur veut c’est la foi, une foi profonde qui vient de notre cœur, notre cœur qui croit que le Seigneur peut tout, même ce qui parait impossible. Alors oui si nous avons cette foi vive dans le cœur, si nous savons dépasser le temps d’épreuve que le Seigneur propose – cela est souvent un mystère d’ailleurs – si nous savons tenir, tenir l’épreuve, même si elle est longue, même si elle nous parait lourde ; si nous savons tenir, alors le résultat sera bon : le Seigneur nous offrira ce que nous avons demandé, Il nous guérira d’une manière ou d’une autre, nous apportera sa compassion et son amour. Il faut que tout cela nous le vivions dans l’humilité, dans la simplicité comme cette femme qui n’est pas de tradition juive mais elle pose humblement et avec foi et elle passe l’épreuve. Les apôtres ont dû certainement été surpris parce qu'ils étaient un peu agacés par les cris de cette femme qui demandait à être soulagée. C’était une belle leçon pour les apôtres parce que eux qui voulaient à la fois préserver le Seigneur voulaient aussi probablement préserver leurs oreilles, leur intérêt, ils ne s’occupaient pas vraiment de la souffrance de cette femme. Mais le Christ Lui s’en est occupé. Il a ouvert son cœur ; même s’il a éprouvé la cananéenne il lui a offert la guérison de son enfant et ainsi elle est repartie toute heureuse, joyeuse et sans aucun doute sa foi a grandi car la foi, nous le savons bien, n’est pas un élément que l’on reçoit par la grâce de Dieu une fois pour toute au moment du baptême ; la foi c’est quelque chose qui se renouvelle sans cesse, qui grandit sans cesse ; tous les jours nous devons faire acte de foi ; tous les jours nous devons accepter que le Seigneur ne réponde pas exactement comme nous le souhaitons, au moment même où nous le souhaitons mais il répond toujours de la meilleure manière, c’est cela qui est important car il a fait grandir cette femme dans la foi, elle a dépassé l’épreuve et Il l’a soulagée dans sa compassion.
Que le Seigneur nous donne de comprendre tout cela non pas intellectuellement mais avec notre cœur, dans notre expérience de tous les jours, que nous sachions L’appeler au secours mais que nous sachions aussi le faire avec humilité, avec grande foi permettant ainsi de dépasser l’épreuve qui nous attend peut-être, pour recevoir l’amour de Dieu.
Amen