Monastère Saint Silouane

Rameaux Royaume de Dieu

1/4/2018 Jn XII, 1-18 Dimanche des Rameaux

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Ce que nous célébrons dans chaque eucharistie, surtout le dimanche, nous allons le célébrer durant toute la semaine : la grande semaine où Jésus a accompli, une fois pour toutes, l’évènement du salut du monde, l’évènement qui retourne toute notre histoire humaine de la mort vers la vie. Quel est donc cet évènement, ce mystère d’amour qui nous dépasse, que Jésus nous demande de vivre avec lui durant ces jours ? En ce premier jour de la semaine ses disciples pensent que le Fils de David entre à Jérusalem pour devenir roi. En réalité, à travers l’image de Jérusalem, le Fils de Dieu devenu mortel comme nous, marche devant nous pour nous ouvrir les portes du Royaume de notre Père. Jésus nous précède et nous entraîne pour faire partager à tous les humains, tous les humains, la communion d’amour de la Très Sainte Trinité. Cet amour sera notre Royaume, là enfin, tous les enfants du Père pourront être réconciliés. Alors que notre histoire, toute histoire depuis celle d’une famille jusqu’à celle d’un groupe, d’un monastère, d’une paroisse, de l’humanité entière est celle de l’incommunicabilité entre les personnes qui se côtoient, se heurtent mais ne se rencontrent pas dans ce qu’elles sont et seront éternellement. Ce drame est en nous, en chacun de nous. C’est cela que Jésus vient sauver. Alors que nous allons vers la mort, nous pourrons, dans son Royaume, être enfin réconciliés, ne plus vivre repliés sur notre égoïsme, sur notre personnage mais vivre pour notre Père et pour les autres, comme Jésus est totalement vers le Père et vers nous, comme l’Esprit-Saint est avec nous pour nous unir à Jésus et au Père. Voilà le Royaume de la Vérité auquel Jésus est venu rendre témoignage en étant vrai, vrai dans son humanité. Dieu seul est humain. Laissons de côté l’aspect folklorique de ce dimanche et laissons-nous saisir par sa réalité mystérieuse : Jésus, le Fils bien-aimé, Fils éternel du Père et fils de la Vierge, Lui le seul vrai Roi, Lui qui va faire l’unité de tous les enfants de Dieu, comment entre-t-il dans le Royaume ? On l’a chanté tout à l’heure : monté sur le petit d’une ânesse. Quelle stupidité pour les grands de ce monde mais quelle vérité révélatrice de notre roi. Il n’y a en Lui aucune domination, il n’y a en Lui aucune domination. Alors que depuis notre enfance, nous cherchons à nous imposer, à dominer, Lui, notre Seigneur et notre Dieu se fait le serviteur de tous. Il est humble, c'est-à-dire qu’il est vrai car il n’y a aucune violence en Dieu, tandis que nous sommes habités par la violence, même à l’égard de nous-mêmes. La vérité de l’amour ne s’impose pas de l’extérieur, par des lois mais elle est accueillie parce qu'elle est désirable. C’est ainsi qu’elle libère au lieu d’assujettir. Dans le Royaume de notre Père, il n’y a pas de sujets mais des êtres libérés dans le Fils. Dans le Royaume qui vient c’est par l’humilité du serviteur que tous les humains, surtout les plus pauvres et les plus démunis sont enfin respectés. Il est infini le respect de Dieu pour chaque personne humaine. En ce jour nous ne pouvons comprendre la douceur de notre Roi que si nous consentons à partager, un peu, son humilité. C’est pourquoi, à Jérusalem, ce sont les enfants qui L’acclament dans le Temple car c’est par la bouche des tout petits que notre Dieu se ménage une louange. A la lumière de ce jour une autre parole de Jésus apparaît dans sa vérité saisissante : « Si vous ne retournez à l’état des enfants, vous ne pourrez entrer dans le Royaume des Cieux ».
Amen