Monastère Saint Silouane

Transfiguration déification communion d'amour.

6/8/2018 Fête de la Transfiguration Mt XVII, 1-9

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Cette fête de la Transfiguration est sans aucun doute après celle de la Résurrection du Christ l’une des plus importantes que nous connaissions et qui nous soit rapportée dans les Evangiles. En effet, le Christ, pour la première fois, se manifeste devant ses trois apôtres comme Dieu. Il se manifeste tout d’abord par cette éclatante lumière qui resplendit de son visage et de ses vêtements et rayonne sur la nature même, y compris sur les vêtements des apôtres. Autrement dit cette manifestation divine n’est pas simplement la vision qu’aurait pu avoir les trois apôtres mais ils en ont le bénéfice : ils sont touchés par cette manifestation divine au point qu’ils en sont bouleversés ; ils en ressentent une joie profonde et Pierre voudrait bien demeurer dans cet état-là ; et puis ils sont pris de crainte : ce n’est pas de la peur mais du respect qu’ils doivent à Celui qui se manifeste ainsi et dont le Père s’exprime en disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-Le ». Alors oui c’est un passage très important parce que nos Pères nous ont dit qu’à partir de là – et à partir aussi de la Résurrection bien sûr – nous étions appelés à être divinisés : c’est ce qu’ils appellent la Théosis. Le mot demande évidemment une certaine compréhension comme une certaine interprétation. Car, rappelez-vous, dans la « Genèse », au début de la Création, Adam a voulu se substituer à Dieu, tenté par le démon ; il a voulu être aussi grand, aussi fort et, à la limite, remplacer Dieu. Et c’était son erreur. Il ne s’agit pas de cela dans la déification de l’homme, il s’agit d’une participation à la divinité. D’ailleurs on fait allusion à une comparaison facile à comprendre dans le texte évangélique que nous avons entendu : le Christ rayonne à travers son visage, ses vêtements comme un soleil éclatant et les rayons de ce soleil viennent toucher toute la nature, les vêtements et les visages des apôtres. C’est ainsi que nous pouvons tenter de nous approcher de ce mystère qui est incompréhensible à l’intellect de l’homme, ce mystère de la déification ; c’est une question de participation à la divinité. Qu'est-ce que cela veut dire ? Dieu est amour, c’est son Essence même et lorsque nous serons appelés à la vision éternelle, nous serons appelés à partager cet amour en plénitude, sans empêchements, sans ce qui nous encombre sur cette terre pour aimer totalement, véritablement et sincèrement. Nous cherchons à aimer bien sûr, nous aimons aimer et être aimé mais il y a toujours quelque chose qui nous empêche d’aimer autant que nous le souhaitions. D’abord cet amour est limité dans le temps : il dure quelques instants, quelques minutes, quelques heures et puis il s’évanouit et puis quelque fois il est même blessé par le péché, par la faute, par la chute. Mais dans l’Eternité, dans l’Eternité nous aurons le bénéfice de cette déification, ce partage d’amour avec Dieu, sans conditions. La seule condition qui nous sera posée c’est : veux-tu ? Vous savez bien que le Christ lorsqu'Il a guéri l’un ou l’autre de ceux qu’Il rencontre leur demande très souvent : « Veux-tu guérir ? » Car nous sommes libres d’être guéris, nous sommes libres d’aimer et nous serons libres d’aimer ou non pour l’éternité. Les Saints que nous connaissons – et ils sont nombreux – sont ceux qui ont eu tout au long de leur vie ce désir de partage d’amour avec le Christ, avec le Père, avec l’Esprit-Saint et leur désir était tellement fort que, la grâce aidant, ils sont devenu presque, presque en partage avec l’amour de Dieu mais au bord, pas complètement car il faut qu’il soit passé de l’autre côté, parvenu au face-à-face avec Dieu pour recevoir cette lumière d’amour. C’est pour cette raison que nous avons exposé quelques reliquaires qui comportent des parcelles d’ossements de Saints que nous aimons vénérer. Pourquoi les vénérons-nous ? Pas par un acte magique, ce serait ridicule et sans intérêt ; nous vénérons ces reliques parce qu'elles sont des morceaux de corps transfigurés car les saints sont transfigurés : les saints sont dans la bonté et la beauté de Dieu alors lorsque nous embrassons les reliques nous sommes participants, avec nos limites, de cet amour qu’ils ont reçu en plénitude. De la même manière et de façon encore plus forte lorsque nous communions au Corps et au Sang du Christ nous sommes, pour quelques instants, quelques minutes, quelques heures transfigurés nous aussi. D’ailleurs vous vous rappelez que tout de suite après la Communion nous chantons : « Nous avons vu la vraie lumière ». Nous avons vu la vraie lumière et nous l’avons vue en recevant le Corps et le Sang du Christ qui s’humilie en pénétrant dans notre propre corps, notre propre chair. Voilà tout l’importance de cette fête parce qu'elle est une préfiguration de ce qui nous attend dans l’éternité. Ce n’est pas une petite fête ordinaire, c’est une fête importante qui nous touche tous. Comme je vous l’ai souvent dit ici : en tant que chrétiens nous sommes responsables de ce que nous recevons là : cette possibilité de déification, de participation à l’amour divin en plénitude ; nous en sommes responsables pour le faire partager à l’humanité, d’une manière ou d’une autre, à ceux qui nous sont proches, à ceux qui nous sont lointains comme à ceux qui nous sont inconnus et que nous connaîtrons un jour dans l’éternité, ceux qui sont vivants comme ceux qui sont décédés
Le Seigneur a demandé à ses apôtres de ne pas parler de sa transfiguration, c’est un peu surprenant parce qu’on n’aurait pu s’attendre à ce qu’il demande le contraire : dites-leur ce que vous avez vu, c’est important, il faut que tout le monde comprenne. Mais ce n’était pas possible tant que la Résurrection n’avait pas eu lieu, d’une part et que, d’autre part, l’Esprit-Saint n’était pas encore descendu sur les apôtres pour qu’ils comprennent en plénitude ce moment-là. Parce qu'ils ont appréhendé ce moment, ils ont saisi que quelque chose d’extraordinaire se passait, ils en ont été touchés, marqués dans leur propre être mais ils ont pu comprendre l’essentiel de cet évènement à partir du jour où d’une part le Christ est ressuscité et d’autre part où l’Esprit-Saint est descendu pour se manifester et leur faire comprendre ce qu’ils avaient à comprendre. Alors en cette belle fête demandons à l’Esprit-Saint qu’Il vienne nous aider à appréhender ce mystère de la Transfiguration, ce mystère de la déification, ce mystère de la Théosis ; qu’Il nous apprenne progressivement à désirer cette communion d’amour qui est la véritable Transfiguration, qui est la véritable divinisation. Que l’Esprit-Saint vienne en nous pour nous aider dans ce désir, que ce désir aille en grandissant tout au long de notre vie pour qu’au moment de l’éternité, quand nous paraîtrons devant la face du Seigneur, la face lumineuse, la face exceptionnelle, nous puissions dire : « Oui, oui, c’est cela que je désire partager ton amour que Tu m’offres gratuitement ».
Amen