Monastère Saint Silouane

La paix

17/6/2018 Mt VI, 22-33

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
« Paix à tous ». C’est peut-être par cette phrase que nous pourrions résumer l’Evangile que nous venons d’entendre. « Paix à tous ». Cette paix que nous perdons si facilement et le Seigneur Jésus nous explique, dans cet Evangile, comment nous la perdons. Parce que nous nous inquiétons, nous nous inquiétons de toutes sortes de choses. Il nous faut beaucoup prier et réfléchir sur cet Evangile. La paix intérieure, la paix du cœur dont parle les Pères, est sans aucun doute un des plus grands trésors qui nous soit offert par Dieu. C’est pour cette raison qu’à chaque Office, chaque Liturgie, l’évêque ou le prêtre dit « Paix à tous » ; cette paix qui vient de Dieu, cette paix qui devrait nous être naturelle mais qui, à cause de notre nature déchue, a été atteinte. Quand Adam s’est caché aux yeux de Dieu, au paradis, il était inquiet à cause de sa faute et il avait perdu la paix ; il se cachait. Nous perdons la paix facilement, oh souvent pour des questions matérielles comme cela nous est rapporté dans l’Evangile : une affaire de vêtements, de nourriture. Le Seigneur ne nous dit pas de ne pas nous organiser mais Il nous demande de ne pas être inquiets. Souvent nous perdons la paix, nous sommes inquiets, nous sommes angoissés, nous sommes tristes parce que peut-être nous avons reçu une phrase qui nous a blessés, peut-être que, un frère, une sœur nous a fait une remarque qui nous a déplus, qui a touché notre orgueil et qui nous paraissait injuste et voilà que nous entrons dans l’inquiétude, dans l’angoisse, dans la tristesse mais nous n’avons pas compris qu’il nous faut alors pour trouver et garder la paix aller vers le Christ. Nous n’avons toujours pas compris cela ! C’est si fondamental à la vie chrétienne. A quoi bon entendre « la paix soit avec vous » si nous ne la recevons pas, si nous se sommes pas suffisamment attentifs pour la recevoir, si nous ne sommes pas désireux de la recevoir : « Donne-moi ta paix, Seigneur. Fais-moi partager ta paix ». Moi comme vous il m’arrive de perdre la paix bien sûr, et je sais aussi – et vous le savez – que dès que l’on ressent ce sentiment désagréable, si l’on se tourne vers le Seigneur Jésus et qu’on lui crie « Donne-moi ta pax », alors Il nous la donne mais il nous faut avoir ce reflexe et non pas penser que nous allons, par nous-mêmes, résoudre cette inquiétude, cette angoisse, cette tristesse. Non, ce n’est pas par nous-mêmes et pourtant il y a bien des moyens qui nous sont offert pour, soi-disant, retrouver la paix. Je dis, soi-disant, car ces moyens ne sont quelque fois pas totalement faux mais ne sont pas suffisants. Si nous n’allons pas directement à Celui qui guérit notre cœur meurtri et nous redonne la paix, nous avons beau chercher toutes sortes de solutions nous ne trouverons pas la paix, la paix profonde, celle qui nous fait vivre, celle qui nous fait respirer, celle qui nous fait rendre grâce à Dieu. Alors, oui, le Seigneur a raison, il suffit de regarder la nature. En ce moment, elle est belle, la nature, mais elle est toujours belle même en hiver ; lorsque la neige recouvre notre terre, tout devient beau, lumineux, pacifiant. Lorsqu'au printemps nous voyons comme maintenant les fleurs qui sortent des herbes, des arbres qui fleurissent, la nature qui verdit, les oiseaux qui chantent ; ils sont tous beaux. Nous avons l’évidence que Dieu veille sur nous et qu’Il peut tout. Alors pourquoi s’inquiéter ? Nous nous inquiétons parce que nous n’avons pas suffisamment de foi, de confiance en Dieu. Nous n’avons pas ce réflexe d’aller vers Lui. Non, on va d’abord aller trouver l’higoumène pour lui demander quelque chose qui nous console. Ce n’est pas l’higoumène qui donne la paix ; ce n’est pas le prêtre qui donne la paix ; ce n’est pas l’évêque qui donne la paix même si nous pouvons être des artisans de paix. C’est Dieu qui donne la paix en utilisant, certes, des éléments humains mais c’est d’abord Dieu qui donne la paix. C’est pour cette raison que le Christ, après sa mort sur la croix, alors qu’Il est ressuscité et qu’Il apparaît aux apôtres - qui étaient inquiets puisqu’ils n’avaient pas suffisamment de foi alors que le Christ leur avait dit : « Je ressusciterai le troisième jour » mais ils étaient inquiets. Probablement que nous l’aurions été, nous aussi dans les mêmes circonstances – donne à ses apôtres cette première Parole « la paix soit avec vous ». Les hommes sont quelque fois terribles sur cette terre ; ils nous font perdre la paix. Ce ne sont pas toujours uniquement ceux qui commettent des violences, des attentats, des meurtres ; c’est quelque fois notre frère ou notre sœur qui nous fait perdre la paix et c’est la même réalité, fondamentalement la même réalité.
Il nous faut avoir un abandon, le plus grand possible, dans l’amour de Dieu. Dieu connait chacun d’entre nous, chaque personne, unique à ses yeux. Il sait quels sont nos besoins, quelles sont nos fragilités, quelles sont nos souffrances, nos angoisses, nos blessures. Il le sait et si nous nous tournons vers Lui, Il offre sa paix. Nous nous blessons même nous-mêmes, par le péché et nous souffrons car le péché n’est jamais agréable ; on en ressent les conséquences : nous perdons la paix. Et pourtant nous avons à notre disposition le moyen immédiat de retrouver la paix : la prière, se tourner vers le Christ, lui dire « Oui, j’ai péché contre le ciel et contre toi » et je viens à Toi qui a dit : « Venez à Moi, vous tous qui peinez et je vous soulagerai ». Voilà ce que le Christ a dit. « Venez à Moi vous tous qui peinez, je vous soulagerai ». Entendons-nous cette Parole ? Vivons-nous de cette Parole. Sommes-nous dynamisés par cette Parole ? Ou bien c’est une Parole pieuse que l’on lit comme on lirait un roman agréable ? Non, il faut que nous soyons conscients de ce que le Christ nous dit. Il faut relire, avec l’intelligence du cœur, les Evangiles, les faire pénétrer notre cœur, que notre cœur soit imbibé de cette certitude : la paix vient de Dieu. Alors oui, si nous accueillons cette paix, si nous la comprenons, c'est-à-dire si nous la prenons avec nous, dans le sens profond du mot comprendre, alors tout change : la vie devient belle, la nuit est éclairée par le soleil, le soleil qui est Dieu dans notre vie. Alors oui, nous pourrons dire : « La paix est avec nous » .
Amen