Monastère Saint Silouane

Pardon

12/8/2018 Mt XVIII, 23-35

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Si le Seigneur parle ainsi en parabole à ceux qui l’entouraient c’est parce qu'Il veut leur enseigner quelque chose d’important et ce quelque chose d’important c’est ce que nous avons entendu en final : « Pardonnez ». Pardonner à ceux qui nous ont offensés d’une certaine manière par une dette, disons par une dette d’amour pour simplifier, et peut-être pour être encore plus dans la vérité. Car ce que le Seigneur veut nous enseigner c’est que le pardon est vital et important si l’on veut respecter son commandement : « Aimez-vous les uns les autres ». Nous le savons bien, il n’est pas facile d’aimer ; il n’est pas facile d’aimer ceux qui, pour une raison ou pour une autre, nous blessent, nous gênent, nous encombrent, nous accablent et pourtant le Seigneur nous demande de pardonner, d’aimer. C’est ce qu’il fait avec chacun d’entre nous ; c’est ce qui est expliqué très clairement dans la parabole car la dette du premier personnage, celui qui ne sait pas pardonner, est bien plus forte et bien plus conséquente que la dette du second personnage. Ce qui veut dire que, pour chacun d’entre nous, le Seigneur pardonne - si l’on veut bien se présenter à Lui – tout, absolument tout, y compris l’impensable. Notre dette envers Lui est quelque fois fort lourde mais Il pardonne. Alors puisque Dieu nous pardonne à nous qui, en principe nous connaissons, qui en principe savons ce que nous avons dans le cœur, ce qui nous manque ou ce qui est de trop. Le Seigneur nous demande à nous qui sommes aimés par Lui jusqu’au pardon de pardonner à notre frère ou à notre sœur. Oui, c’est difficile ; c’est difficile parce que notre nature déchue n’accepte pas facilement de voir justement cette déchéance car, bien souvent, la déchéance de l’autre révèle en nous notre propre déchéance et nous n’aimons pas cela alors nous rejetons ; nous rejetons la déchéance de l’autre pensant qu’ainsi nous rejetons notre propre déchéance ; et évidemment nous nous égarons complètement. Si nous ne parvenons pas à pardonner - et quelque fois cela peut arriver parce que la douleur est trop forte – il faut commencer par demander au Seigneur de nous aider, Lui qui sait pardonner ; il faut commencer par Lui demander de pardonner à notre place puisque sur le moment nous ne parvenons pas à pardonner, que Lui pardonne à notre place. Et puis il faut lui demander une seconde chose car la première ne suffit pas : il faut Lui demander la grâce de pouvoir nous-mêmes un jour pardonner. Si nous agissons ainsi nous sommes sur la bonne voie : nous sommes à la fois dans la reconnaissance de notre misère, notre incapacité à pardonner, c'est-à-dire à aimer et nous demandons le secours de Dieu, que Lui aime et pardonne à notre place. Et sachant que nous ne pouvons pas réaliser par nous-mêmes ce que le Seigneur nous commande alors nous Lui demandons sa grâce car sans Lui rien n’est possible. Il l’a dit Lui-même : « Ce qui est impossible à l’homme est possible à Dieu ». Alors il faut nous souvenir de tout cela et dans notre quotidien, quelque fois lourd, quelque fois écrasant, il faut aller vers le Seigneur, pas vers nous-mêmes (nous savons quel est le résultat) mais vers Dieu, vers Celui qui est miséricorde, vers Celui qui est tout amour, vers Celui qui, à chaque fois que nous nous présentons devant Lui, avec notre dette, nous remet notre dette comme nous le disons dans « le Notre Père ». Il ne faut pas avoir honte d’aller vers le Seigneur pour reconnaître que nous ne sommes pas capables d’aimer et de pardonner. Il faut aller vers Lui avec humilité, avec simplicité du cœur, comme un enfant et Lui agira comme Il l’a dit. Il nous aimera, Il nous pardonnera, Il pardonnera à notre place et Il nous aidera à pardonner. Mais pour cela Il faut que nous ayons une foi vive, que nous ayons cette capacité d’abandon entre ses mains, que nous ayons l’humilité d’aller vers Lui en disant : « Je ne sais pas » ou « Je ne peux pas. Pour le moment je ne peux pas. J’ai beau essayé je n’y parviens pas ».
Le premier personnage de la parabole s’est trompé en réagissant, en se mettant en colère et en faisant mettre en prison celui qui lui devait en définitive pas grand-chose. Il faut faire attention parce que la leçon est dure. Le Seigneur nous dit qu’à la fin des Temps, si nous n’avons pas su pardonner, il ne nous sera pas pardonné non plus, il sera trop tard mais si nous avons désiré pardonner, en suppliant le Seigneur, en le faisant intervenir, alors les choses seront autre. Comme je vous le dit souvent nous apprenons sur cette terre à aimer, donc à pardonner aussi, forcément. Il faut saisir la grâce au moment où le Seigneur la donne, au moment où on sent que l’on peut pardonner. Il faut faire un tout petit effort mais on peut. On peut commencer par prier pour celui ou celle à qui on n’arrive pas à accorder le pardon, prier pour ce frère ou cette sœur. Prier, c’est déjà le début du pardon. Et si l’on fit ainsi alors viendra à un moment ou à un autre la grâce de pardonner carrément, vraiment et du fond du cœur. Quelque fois on me dit : « Oui, mais psychologiquement c’est très difficile de demander pardon ou de pardonner parce que je ne vais pas être bien reçu ». Oui, peut-être mais sachons attendre un peu, mais pas attendre en ne faisant rien : attendre en priant, attendre en demandant de l’aide alors cette attente ne sera pas perdue. Peut-être qu’il aura fallu un peu de temps et même beaucoup de temps et puis un beau jour, par la grâce, le pardon viendra et quand le pardon viendra, la paix renaîtra dans notre cœur car, on le sait bien, tout ce qui n’est pas pardonné reste dans notre cœur et nous alourdit, nous affaiblit, nous empêche de vivre. Alors que pardonner redonne la joie de vivre et d’aimer. Que Dieu nous l’accorde.

Amen