Monastère Saint Silouane

Péché miséricorde

Péché miséricorde
21/2/2016  Lc, XVIII, 10-14  Dimanche du Publicain et du Pharisien
Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit
Nous voici entrés dans la période que nous appelons la période du Triode de carême. Ce n’est pas encore le carême mais ces trois dimanches qui précèdent cette entrée dans la sainte quarantaine nous sont offerts par l’Eglise pour méditer, réfléchir, nous interroger et prier sur ce que nous sommes et sur ce que nous devons être par rapport à Dieu. L’Evangile de ce jour, cette parabole que nous connaissons bien car elle est facile à retenir n’est pas simplement un pieux comte de fée ou une fable de La Fontaine, c’est une Parole du Christ, une Parole qui doit toucher notre cœur, notre âme, la réveiller, l’interroger, la mettre à nu. La leçon est facile à retenir : il y a un homme qui se vante de ses qualités. Nous avons tous des qualités mais nous n’avons pas à nous en vanter puisque c’est Dieu qui nous les a offertes, qui nous les a données gratuitement. Il demande simplement de les faire grandir en nous et d’en faire profiter ceux qui nous entourent mais cet homme qui se vante de ses qualités oublie le fondamental, ce fondamental que le Publicain manifeste de manière claire en se tenant loin, loin du sanctuaire, en se tenant caché, en se frappant la poitrine et en disant : « O Dieu, aie pitié de moi pécheur ». C’est cela que le pharisien a oublié, c’est son péché. Or le péché de l’homme c’est le terrain sur lequel la grâce de Dieu vient fleurir. Saint Paul l’a exprimé d’une manière catégorique, il faut bien comprendre bien sûr lorsqu'il dit : « Là où le péché abonde, la grâce surabonde ». Le Seigneur nous dit à la fin de cet enseignement, il nous assure que le Publicain, ce dernier, descendit chez lui justifié. Le mot est un peu curieux : justifié, justice. Pourquoi parle-t-il de justice ? Ce mot justice est dans la bouche du Seigneur aussi, rappelez-vous, au moment du baptême lorsque Jean refuse de baptiser le Christ et le Christ lui répond : « Laisse faire car il convient que toute justice s’accomplisse ». C’est le même mot qui est employé ici aujourd'hui. De quelle justice s’agite-t-il donc ? Le mot « justice », pour nous, est un mot juridique, un mot qui nous éveille le juge, la condamnation, la punition. Ce n’est pas de cela dont il s’agit. La justice de Dieu n’est pas celle-ci. Ce dont je viens de parler c’est la justice des hommes, peut-être nécessaire à certains moments mais la justice de Dieu, je vais vous le dire mes amis, elle est miséricorde. C’est ainsi que nous devons traduire le mot justice lorsqu’il s’agit de la justice divine, miséricorde. Car, en fait, lorsque le publicain s’en retourne chez lui justifié, cela signifie qu’il a reçu la miséricorde de Dieu. Et ceci est très important pour nous. Parce que moi, comme vous, nous sommes pécheurs, nous tombons, nous chutons, quelque fois volontairement, quelque fois involontairement mais nous sommes des pécheurs, notre nature déchue nous y entraîne et notre propre volonté augmente cette nature déchue en nous. C’est justement à ce moment-là qu’il faut se souvenir de cette fameuse justice de Dieu qui est miséricorde. Il ne faut pas avoir peur de son péché – je ne vous dis pas qu’il faut pécher – mais il ne faut pas avoir peur de constater son péché, sa faiblesse mais il faut au contraire la voir, bien la voir et l’ayant vue, se déposer aux pieds du Seigneur comme ce Publicain et dire humblement : « Seigneur aie pitié de moi car je suis un pécheur ». C’est tout. Rien d’autre n’est demandé par Dieu, rien d’autre, aucune condition, que dire la vérité de nous-mêmes : « Oui, je suis pécheur. Oui, je suis colérique. Oui, je suis gourmand. Oui, je suis ceci, je suis cela. Je fais ceci, je fais cela. Oui, c’est bien moi. Regarde-moi Seigneur. Je me laisse regarder. Regarde les plaies que je me suis causées par mes propres fautes mais viens, viens avec le baume de ta miséricorde et dépose ce baume sur mes plaies pour qu’elles soient apaisées et qu’elles soient guéries ». Voilà la leçon qui nous est donnée aujourd'hui par le Seigneur Jésus qui est miséricordieux. La miséricorde de Dieu, mes amis, mes frères, mes sœurs, la miséricorde de Dieu c’est la clé de la vie chrétienne, c’est la clé de la vie chrétienne. Si nous avons expérimenté, non pas réfléchi sur la miséricorde, mais expérimenté la miséricorde de Dieu une fois dans notre vie, alors nous sommes sur le chemin de la sainteté car lorsqu'on a expérimenté une fois le bénéfice de la miséricorde du Seigneur, on ne peut pas l’oublier, c’est impossible car notre joie est indicible à ce moment-là et nous avançons le cœur léger, nous volons comme les anges et les archanges parce que Dieu a retiré de nos cœurs et de nos âmes tout ce qui les souillait et  il y a déposé le baume de sa miséricorde. Alors pendant ces temps qui nous préparent au carême et bien que cette parabole, que cet enseignement, que cette Parole du Christ entre dans nos coeurs et que nous recevions la grâce d’en vivre en plénitude sur cette terre autant que possible alors dans l’éternité nous jouirons de cette miséricorde qui n’aura plus de cesse et que nous goûterons avec joie tous ensemble.
Amen