Monastère Saint Silouane

Ouvrir nos yeux sur nos faiblesses

Ouvrir nos yeux sur nos faiblesses

21/5/2017 Dimanche de l’Aveugle de naissance Jn IX, 1-38


Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Cet Evangile dont on a le sentiment qu’il ne va jamais se terminer tellement la discussion s’éternise nous montre plusieurs choses. La première c’est que les pharisiens qui discutent avec cet homme qui est miraculé n’arrêtent pas de vouloir se justifier. Ils n’acceptent pas Jésus comme le Fils de Dieu, ils le critiquent, ils le méprisent, ils le rejettent et ils se justifient. Nous avons là le modèle de ce qu’il ne faut pas faire : se justifier, c'est-à-dire se rendre juste, avoir raison et imposer sa raison à l’autre. En définitive tout se termine bien comme tout a bien commencé d’ailleurs mais il y a cette leçon que nous devons retenir pour chacun d’entre nous : ne cherchons pas à nous justifier. Dans la tradition monastique, il y a une attitude qui est recommandée par les Pères lorsqu'on nous demande quelque chose pour laquelle nous ne sommes pas d’accord ou lorsqu'on nous fait une remarque par rapport à un acte qui ne convient pas, il nous est conseillé de répondre : « Pardonnez-moi et priez pour moi ». Ce n’est pas facile et bien souvent ce n’est pas cette phrase que l’on entend. On entend aussi des justifications. Et ces justifications qui viennent du malin ne servent à rien sinon qu’à détruire la paix intérieure de celui qui formule ces justifications et aussi de celui qui les reçoit.
Mais il y a quelque chose de plus important dans cet Evangile, c’est le miracle qui s’accomplit grâce à la miséricorde du Christ. Cet homme qui ne voyait pas depuis sa naissance, l’aveugle-né, va être guéri par le Seigneur et cette guérison se réalise au travers d’un geste qui peut nous surprendre : Jésus prend de la terre et, avec sa salive, il fait de la boue qu’il dépose sur les yeux de l’aveugle et l’aveugle voit. Cela nous rappelle le moment de la création où le même Seigneur nous a tiré de la terre pour que nous devenions homme sur cette terre. Dieu a créé l’homme à partir de la boue. Au demeurant, à cause de l’orgueil de l’homme, cette création qui avait si bien commencé s’est, en quelque sorte stoppée, elle n’est pas finie. Nous sommes toujours en train d’être créés par Dieu, par le Christ. Et cela jusqu’à notre tombe. Cela veut dire que nos yeux doivent s’ouvrir et ils ne peuvent s’ouvrir que par la grâce du Seigneur. Au moment où nous sommes baptisés, nous recevons la possibilité de voir nos yeux s’ouvrir. Nous recevons la possibilité d’accueillir la lumière, c'est-à-dire le Christ, non seulement la lumière du soleil, la lune ou les astres mais la lumière qui est le Christ : « Je suis la lumière du monde ». Tout à l’heure, avant la lecture de l’Evangile, j’ai lu cette prière : « Fais luire en nos cœurs la lumière incorruptible de la connaissance de ta divinité, ô Seigneur ami des hommes et ouvre les yeux de notre intelligence, … ». Cette prière a une grande importance, peut-être que l’on y fait plus ou moins attention et pourtant elle est vitale cette prière, comme toutes les prières, si elle est dite avec le cœur. Oui, nous avons besoin de demander au Seigneur qu’Il ouvre nos yeux car, même si nous avons, au baptême, reçu cette capacité de les ouvrir, il nous arrive quelque fois de les refermer par nous-mêmes, de ne pas vouloir regarder en nous-mêmes ce que nous sommes, à la fois, beauté de Dieu et aussi faiblesse de notre propre être. Or tant que nous ne voyons pas en vérité nos faiblesses, tant que nos yeux ne s’ouvrent pas sur nos incapacités d’aimer, tant que nos yeux ne veulent pas voir la lumière qui est le Christ, nous ne pouvons pas poursuivre le chemin : comme un aveugle, nous sommes bloqués. Et lorsque, dans la prière, après la supplication, nous recevons la grâce de voir nos yeux s’ouvrir sur ce que nous sommes, alors nous comprenons, nous comprenons, non pas par notre intelligence mais par une expérience particulière, spécifique, unique pour chacun d’entre nous que l’amour de Dieu se pose sur notre faiblesse et que, avec de la boue, on peut faire l’homme. Avec de la boue dont nous sommes, à certains moments, on peut faire de nous un homme debout dans la lumière, recevoir cette lumière. Alors oui, nous sommes tous des aveugles nés, tous, mais tous nous pouvons être guéris comme cet homme, à la condition de le désirer et plus nous ouvrirons les yeux, plus exactement, plus nous laisserons le Seigneur Jésus ouvrir nos yeux sur nous-mêmes, plus nous les ouvrirons aussi sur nos frères, nos sœurs et nous les accepterons avec beaucoup plus de facilités que d’ordinaire. Nous comprendrons que nos faiblesses sont leurs faiblesses et que leurs faiblesses sont nos faiblesses. C’est dans notre cœur que tout commence. « Ouvre les yeux de notre cœur ». C’est là que tout se poursuit. « Laisse nos yeux ouverts dans notre cœur  ». Et c’est là que tout s’achève. « Permets que nos yeux te voient et disent « Tu es le Fils de Dieu », le Dieu d’amour qui, Lui, pose son regard d’amour sur moi qui, au départ, ne suis que boue mais qui peut devenir un homme créé avec la beauté de Dieu 


Amen