Monastère Saint Silouane

Doute de Thomas

1/5/2022      Jn XX, 19-31

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Le récit que nous venons d’entendre est souvent appelé le doute de Thomas ; cela n’est pas tout-à-fait faux puisque le Seigneur lui dira qu’il a été incrédule mais qu’il doit être croyant ; au demeurant je pense que Thomas n’était pas le seul à avoir douté ;

en effet, dès que le Christ fut ressuscité, que les saintes femmes vinrent au tombeau et que l’ange leur annonça qu’Il était vraiment ressuscité et qu’elles se précipitèrent pour l’annoncer aux apôtres, ils ne les crurent pas ; mais cependant – nous est-il dit – Pierre et Jean allèrent vers le tombeau ; comme Pierre, comme à son habitude, courait pour être le premier, il vit le tombeau vide et il nous est dit qu’il crût ; il n’a donc pas cru tout de suite lorsque les femmes lui annoncèrent la Résurrection du Christ mais ensuite, dans un deuxième temps, et c’est exactement ce qui se passe pour Thomas ; il n’est pas là le jour où le Christ apparaît aux apôtres et remarquez bien que le Christ dit aux apôtres ; « Voyez mes mains, mes pieds et mon côté, c’est bien Moi » ; mais Thomas n’a rien vu, les apôtres lui rapportent la venue du Seigneur et il a comme réaction de dire : « Tant que je n’aurai pas mis ma main dans les plaies de ses mains et ses pieds et ma main dans son côté, je ne croirai pas » ; oui, il dit : je ne croirai pas ; je pense qu’il dit cela comme cela peut nous arriver quelque fois lorsqu'on apprend une nouvelle que l’on n’attendait plus et on dit : ah non ce n’est pas possible, je n’y crois pas ; c’est un peu comme cela que Thomas réagit ; ce n’est pas tellement qu’il ne croit pas mais il veut croire parce qu'il a un désir très profond qui s’est marqué d’ailleurs tout au long de sa pérégrination avec le Christ ; il voulait suivre le Christ, il l’a dit à plusieurs occasions, il voulait même aller jusqu’à la mort avec le Christ donc il avait un grand désir de retrouver le Christ ressuscité comme cela lui avait été annoncé mais il voulait Le voir en tant que Fils de Dieu auquel il croyait mais bien incarné aussi, avec sa chair et c’est pour cela qu’il a voulu mettre sa main dans les plaies du Christ pour Le toucher car le Christ, nous le savons, Fils de Dieu s’est incarné, a pris notre chair pour nous sauver par sa mort et sa Résurrection et c’était le désir de Thomas de retrouver le Christ, Fils de Dieu certes, mais incarné, il voulait Le voir ainsi ; le Christ lui dit lorsque Thomas eut formulé cette phrase magnifique « Mon Seigneur et mon Dieu » - ce que n’ont d’ailleurs pas dit les apôtres le jour où Il leur est apparu – le Christ le félicite en lui disant : « Heureux es-tu Thomas parce que ayant vu tu as cru » mais Il ajoute une phrase qui est une phrase qui nous intéresse beaucoup car Il dit : « Heureux ceux qui n’auront pas vu mais qui croiront » ; à part quelques exceptions sur cette terre peu d’hommes ont vu le Christ ressuscité ; certains saints – comme Saint Silouane par exemple mais d’autres aussi – ont vu le Christ mais le Seigneur en disant « Bienheureux ceux qui croiront sans avoir vu » nous offre un supplément des Béatitudes ; c’est une nouvelle béatitude qui nous est offerte gratuitement : « Heureux serons-nous si nous croyons sans avoir vu » ; bien sûr nous aimerions voir le Seigneur, c’est logique ; nous Le verrons à la fin des temps mais il nous faut attendre et nous sommes des impatients – je ne sais pas vous mais moi en tout cas je suis assez impatient de caractère mes frères et sœurs le savent ; cette impatience elle est nourrie d’un certain désir, ce n’est pas une impatience de curiosité, c’est une impatience d’amour : voir, toucher le Christ ; or il se trouve que le Christ pour nous offrir en prémices cette possibilité de Le voir et de Le toucher a institué lors de la Cène la Sainte Eucharistie ; à chaque fois que nous nous approchons du calice, avec crainte de Dieu, foi et amour – « avec crainte de Dieu, foi et amour, approchez », c’est le Christ qui le dit par la bouche du prêtre - et nous recevons, dans notre corps, le Corps et le Sang du Christ ; notre corps se déifie à ce moment-là, nous sommes en communion plénière avec le Seigneur qui par amour pour nous s’est offert sur la croix et est ressuscité ; alors nous ne devons pas être tristes même si nous n’avons pas vu de nos yeux pour le moment le Christ mais puisque nous Le recevons – ce qui est encore mieux que de le voir – nous Le recevons en nous : Il est invité à venir en nous par notre désir et Il vient, Il accepte de venir en chacun d’entre nous qui sommes des pécheurs, moi le premier, et Il vient ; certes avant nous reconnaissons que nous sommes des pécheurs dans la prière que nous disons mais Il vient quand même ; Il vient quand même parce qu'Il est miséricordieux, d’une miséricorde infinie, non mesurable par les hommes, une miséricorde qui est un puits sans fond, une miséricorde qui n’arrête pas de nous rafraîchir l’âme et le coeur. Alors voilà comment cet épisode du fameux doute de Thomas devient une merveilleuse nouvelle. Oui, nous sommes heureux parce que nous croyons sans avoir vu.


Amen

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