Monastère Saint Silouane

Le repentir

Le repentir
8/1/2017       Math. IV, 12-17

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
La dernière phrase que nous avons entendue dans cet Evangile de ce jour, c’est, de la part du Christ : « Repentez-vous car le Royaume des Cieux est proche ». Oui, le Royaume des Cieux est proche car le Seigneur Jésus qui est apparu au moment de son baptême comme le Fils de Dieu, Fils de Dieu manifesté par la voix du Père qui dit : « Celui-ci est mon Fils Bien-Aimé, écoutez-Le ». A partir de ce moment-là, nous savons que l’enfant de Bethleem qui, bien sûr, nous le savons maintenant, est Dieu, est apparu sous la forme de l’homme, a pris le corps de l’homme, a pris la nature de l’homme. Au moment du baptême Il nous découvre sa nature divine et c’est pour cette raison qu’il peut dire que le Royaume des Cieux est proche, Il dira même quelques moments après : « Le Royaume des Cieux est déjà parmi vous », sous-entendu puisque Je suis là au milieu de vous. C’est Moi, Jésus, qui représente le Royaume des Cieux. Mais Il dit avant cela : « Repentez-vous ». Le repentir est quelque chose que nous avons du mal à comprendre On le confond souvent avec un autre mot « pénitence », ce n’est pas la même chose. Le repentir n’est pas la pénitence. Le repentir c’est d’abord une grâce de Dieu, une grâce de Dieu qui nous fait comprendre qui nous sommes et quelles sont nos faiblesses, quels sont nos péchés, quelles sont nos chutes, quelles sont nos limites, quelles sont nos incapacités. Nous devons d’abord  recevoir cette grâce, cette possibilité de nous voir tels que nous sommes et, voyant nos faiblesses, là aussi avec la grâce de Dieu, il va nous falloir les rejeter, ne pas les accepter. Le repentir c’est cela : c’est rejeter catégoriquement notre péché. Les Pères iront très loin dans cette manière de penser à ce sujet en disant que nous devons nous haïr nous-mêmes. Alors il faut bien comprendre l’expression car il ne s’agit pas de se haïr en tant que personne créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Il s’agit d’haïr ce qui en nous atteint cette personne, la diminue, la rend lépreuse. C’est cela que nous devons haïr et, au souvenir de nos fautes commises, quelles qu’elles soient, petites ou grandes, nous devons en avoir un certain dégoût. Cela doit déclencher un rejet, un désir de ne plus vivre dans cette situation-là, de ne plus connaître cette situation de péché qui est une rupture d’avec l’amour de Dieu. C’est en cela que le péché est grave : c’est parce que c’est une rupture, une coupure d’avec Dieu. Alors le repentir c’est d’entrer dans ce mouvement de rejet de tout ce qui est faute, chute, péché, faiblesse, passions. Ce n’est pas facile car nous avons une nature déchue au départ, une nature affaiblie autrement dit. Et là-dessus se rajoutent les tentations du démon qui veut nous faire tomber, qui veut nous écarter de Dieu et puis il y a nous-même qui décidons librement d’ignorer Dieu car pécher c’est ignorer Dieu. Alors ce n’est pas facile d’entrer dans le repentir. Entrer dans le repentir, les Pères diront aussi c’est pleurer son péché, c’est pleurer sur soi-même, c’est pleurer devant l’amour de Dieu qui nous est offert et que l’on rejette librement, volontairement ou poussés par la tentation. Pourtant le repentir est le chemin qui nous mène vers Dieu car, à partir du moment où nous recevons cette grâce du repentir – et il faut la demander dans la prière, régulièrement, fermement, avec ténacité : « Seigneur donne-moi le repentir, offre-moi la grâce du repentir car sans cela je ne peux rien faire ». Ayant demandé cette grâce et la recevant, à chaque fois que nous pouvons, non seulement gardons cette grâce mais faisons-la grandir et ainsi nous avançons sur le chemin qui nous mène à Dieu. Dieu sait très bien que nous ne serons pas parfaits quand nous arriverons devant le Seigneur. Je vous le dis très souvent : le saint n’est pas quelqu'un qui est parfait. Regardez la vie des Saints, ils ont tous, comme nous, commis des péchés mais ce qui fait leur sainteté c’est qu’ils sont entrés sur le chemin du repentir. C’est d’ailleurs résumé dans une superbe parabole que nous connaissons tous : la parabole du Fils Prodigue. Le Fils Prodigue s’est éloigné de Dieu, c’est exactement ce qui nous arrive quand nous péchons. Il a décidé de partir, de laisser Dieu de côté et de s’occuper de lui-même, égoïstement, orgueilleusement et de dissiper sa vie jusqu’au moment – et c’est là qu’intervient la grâce - où il se souvient que Dieu existe, que le Père existe et qu’il peut revenir vers Lui. C’est là la grâce : comprendre que nous pouvons revenir vers Lui et ainsi être accueilli comme le Fils Prodigue l’est dans la Parabole. Alors on lui remet la tunique blanche, l’anneau de fête et l’on tue le veau gras. Lorsque nous arriverons aux portes de l’éternité, si nous sommes passés par cette grâce du repentir, si nous l’avons accueillie, si nous l’avons fait grandir tous les jours en recommençant, sans cesse, car nous péchons sans cesse mais la grâce est là sans cesse aussi à notre disposition. Si nous avons puisé dans cette grâce du repentir et si, pas-à-pas, peut-être en chutant mais en nous laissant relever par Dieu à chaque fois dans sa miséricorde, si nous avançons ainsi, alors quand nous apparaîtrons aux portes de l’éternité, certes nous ne pourrons pas dire au Seigneur : « Me voici et je suis parfait. Tout est bien », ce serait ridicule mais nous pourrons Lui dire peut-être : « J’ai essayé le repentir. Tu m’as donné la grâce, j’ai essayé de la garder. J’ai désiré garder ce repentir ». Si toute notre vie nous pouvons dire, et surtout à la fin de notre vie, cette phrase de Saint Syméon le Nouveau Théologien : « Viens, Toi que j’ai désiré et que mon âme misérable désire », « Viens, Toi que j’ai désiré et que mon âme misérable, misérable désire ». Alors si nous avons cette phrase ou quelque chose comme cela à dire au Seigneur, Il prendra la tunique blanche et nous en revêtira. Car cette tunique que nous avons déjà reçue au baptême, nous la souillons à chaque fois que nous tombons dans le péché. Et cette tunique sera tellement sale que nous ne pourrons pas la mettre sur nous pour nous nous présenterons devant Dieu mais Lui aura une tunique parfaitement blanche et pure et nous en revêtira pour entrer dans le Royaume des Cieux, en plénitude cette fois. Alors voilà pourquoi cette petite phrase qui peut paraître insignifiante à la fin de cet Evangile d’aujourd'hui : « Repentez-vous car le Royaume des Cieux est proche » cette petite phrase est importante car il nous faut demander le repentir, prendre conscience de notre faiblesse, prendre conscience que nous sommes aimés de Dieu malgré notre faiblesse et que si nous tombons, par le repentir, Dieu nous relève et pas-à-pas nous pouvons, alors oui, nous approcher des portes de l’éternité et ce que nous aurons désiré nous sera donné en plénitude.

Amen