Monastère Saint Silouane

La tunique blanche, voir son péché

La tunique blanche, voir son péché
Mt XXII, 1-14

Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen


Cette parabole que le Seigneur propose à notre méditation aujourd'hui peut nous apparaître comme assez terrifiante. En effet, dans ce récit, dont la description est simple, il y a quelques passages, qui, sans aucun doute doivent toucher notre cœur et nous remettre en question. C’est une parabole, c'est-à-dire c’est une image mais une image forte qui est faite pour réveiller nos cœurs, pour les purifier, pour les réorienter vers le fondamental, vers l’essentiel. Ce festin dont il est question nous le comprenons, d’ailleurs le Seigneur le dit dès le début : c’est le Royaume de Dieu et ce Royaume auquel nous aspirons toute notre vie puisque le sens profond de cette vie sur terre correspond à ce désir que nous avons de vivre dans un amour éternel avec le Seigneur Jésus au milieu de la Sainte Trinité avec tous les saints et la Mère de Dieu. Ce Royaume auquel nous sommes appelés est comparé à un festin, autrement dit un moment de grande joie, de liesse et voilà que beaucoup de ceux qui sont invités refusent de venir pour des raisons personnelles. Ils veulent bien mas ils ont à s’occuper de leur champs, de leur commerce, etc … Et puis il y a ceux qui rejettent carrément la proposition de fête. Alors bien sûr lorsque le Seigneur parle de cette parabole il s’adresse historiquement à ceux qui l’entouraient, au peuple juif dont certains membres le rejetaient, dont certains membres n’avaient pas compris qu’il était en mission pour dire de la part de Dieu le Père que tous étaient invités au festin. Ils voulaient leur faire comprendre qu’il était important de répondre oui. Et puis, au fur et à mesure que le récit est décrit nous voyons le roi qui est irrité, qui est mécontent et qui envoie dans un deuxième temps ses serviteurs pour aller dans tous les carrefours, dans tous les coins de la terre et de convier aux noces tous ceux que les serviteurs pouvaient trouver. Et ils ramassèrent ceux qu’ils trouvèrent – il nous est dit - les mauvais comme les bons. Cette phrase est très importante : les mauvais comme les bons. Pourquoi donc laisser entrer les mauvais au festin? Parce que c’est une proposition d’amour, parce que la justice de Dieu est miséricorde, parce que le bras de Jésus se tend vers chacun d’entre nous pour nous dire ; « Si tu veux, viens au festin même si tu n’es pas aussi bon que tu le crois, même si tu te sais pécheur, même si tu te sais mauvais. Je t’invite au festin ». Mais il y a comme une condition qui n’est pas dite à ce moment-là mais que le texte précise en finale car parmi ces bons et ces mauvais, parmi tous ceux qui se préparent à festoyer il en est un qui n’a pas revêtu la robe de fête, qui n’a pas revêtu la robe blanche et celui-là sera chassé. On peut être surpris, il y a comme une contradiction entre ce désir d’inviter les bons comme les mauvais et puis ce rejet de cet homme qui, sans aucun doute n’est pas un bon mais n’avait pas revêtu la robe nuptiale. En fait il était entré en se disant que ce n’était pas grave d’être mauvais puisqu’il était invité et qu’il n’avait pas besoin de se préparer, il n’avait donc pas revêtu l’habit de fête. Nous avons tous connu des moments festifs. Nous sommes invités chez des amis, dans notre famille, des moments importants, des anniversaires, des grandes fêtes et il est évident que chacun essaye de venir avec son plus bel habit, c’est normal, cela fait partie de la fête. On ne vient pas en loques invités pour une grande fête. Cet homme qui n’a pas revêtu la tunique, qui est-il donc ? Est-ce un bon qui a oublié de s’habiller correctement ? Est-ce un mauvais qui ne s’est pas considéré comme  suffisamment bon pour s’habiller correctement ?  La parabole ne nous le dit pas mais en tout cas nous comprenons bien que pour nous présenter au festin, c'est-à-dire aux portes du Royaume, il nous faut nous présenter correctement. Alors vous allez me dire mais comment ?, comment vais-je me présenter correctement puisque je suis fondamentalement incorrect à cause de mes fautes, de mes faiblesses, comment ? Et bien il y a plusieurs manières bien sûr. La première manière de revêtir la robe blanche c’est de prendre conscience qu’elle est sale. Saint Isaac le Syrien nous dit que celui qui voit ses fautes est plus grand que celui qui fait des miracles. Parce que si nous ne voyons pas l’état de notre âme, rien n’est possible. Nous ne pouvons pas progresser, nous ne pouvons pas demander au Seigneur de nous aider. Sur quoi nous aiderait-il puisque nous n’avons rien à proposer. Nous avons donc une tunique qui est souillée. Mais si nous allons, dans la prière d’abord, dans la prise de conscience vers le Seigneur en disant : « Oui Seigneur je suis pécheur, je ne suis pas digne – comme a dit le centurion – je ne suis pas digne d’entrer, je ne suis pas digne de m’approcher, je ne suis pas digne que tu me touches, je ne suis pas digne que tu me regardes. Mais je me dépose à tes pieds dans ma faiblesse et je sais que ma faiblesse ne te rebute pas car tu sais, Toi, purifier cette faiblesse. Tu sais, Toi, nettoyer cette robe souillée. Tu sais, Toi, me donner même cette robe ». Nous avons à notre disposition les sacrements. Lorsque nous communions au Corps et au Sang du Christ et bien c’est un moyen de laver notre tunique car en recevant le Corps et le Sang du Christ nous devenons immaculés. «  Ceci a touché vos lèvres, vos péchés sont pardonnés, vos iniquités sont effacées », dit le prêtre après la communion. Puis il y a le sacrement appelé confession des péchés où l’on vient se déposer devant le Seigneur, avec un prêtre comme témoin, pour dire que notre tunique est souillée et pour en évaluer la souillure devant Dieu, humblement. Alors nous repartons avec une tunique purifiée, blanche, toute blanche ce qui réjouit notre cœur. Bien sûr, cette tunique va être souillée à nouveau et plusieurs fois dans notre vie de manière plus ou moins conséquente mais à chaque fois il nous est possible, par ce sacrement que je viens de citer, de blanchir cette tunique. Et puis il doit y avoir surtout au fond de notre cœur un désir profond de venir, à la fin des temps, lorsque nous serons devant le Seigneur, de venir avec cette robe blanche, cette robe blanche que nous avons reçue au baptême d’ailleurs, moment de purification par excellence. Nous aurons envie, oui, de revêtir cette belle robe blanche du baptême. Et l’une d’entre nous qui a vécu sur cette terre qui est revêtue de la robe blanche depuis de naissance bien qu’elle ait pu la souiller, c’est la Mère de Dieu. Elle sera là, forcément, à côté de son Fils Jésus, elle sera là et nous pourrons, comme nous l’aurons fait probablement tout au long de notre vie la supplier, lui demander, elle la tout pure, la toute sainte de purifier cette tunique ou mieux encore, de nous l’offrir juste avant d’entrer dans le palais éternel. Elle nous l’offrira cette tunique si tout au long de notre vie nous l’avons suppliée de nous l’offrir, de nous purifier, de nous rendre semblable à Elle autant que possible. Alors cette parabole  ne doit pas nous décourager, elle ne doit pas nous désespérer mais, au contraire, nous donner un véritable dynamisme spirituel car rien, absolument rien n’est perdu avec Dieu. En un instant le bon larron a été revêtu de la tunique blanche ; en un instant, il fut le premier à être canonisé, à être saint, à être près du Seigneur, tout simplement parce qu'il avait reconnu sa faiblesse.
Alors nous aussi, n’ayons pas peur de reconnaître nos faiblesses, de les déposer aux pieds du Seigneur et, dans un désir profond, régulier, renouvelé, d’être auprès de Dieu avec cette tunique blanche immaculée. Avançons sur notre chemin, et à chaque fois que cela est possible, par quelque moyen que le Seigneur nous offre, laissons notre tunique être nettoyée, purifiée, blanchie et devenir lumineuse. 
Amen