Monastère Saint Silouane

Justice de Dieu miséricorde

Justice de Dieu miséricorde
6/1/2016   Mt III, 13-17
Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit
Cet évènement du baptême du Christ est pour chacun d’entre nous quelque peu surprenant. En effet, nous le savons bien, le Seigneur Jésus n’avait nullement besoin d’être baptisé. Il était parfaitement pur de péché. Il était le Fils de Dieu qui s’incarnait sur cette terre venant nous visiter pour nous annoncer notre salut. Dans le dialogue qui s’instaure entre Saint Jean le Baptiste et le Seigneur, il y a une phrase qui peut nous paraître surprenante. Jean, en quelque sorte, refuse de baptiser le Christ et lui dit que c’est plutôt l’inverse qui devrait se produire mais Jésus lui répondit : « Laisse faire pour le moment. Car c’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir tout justice ». Et cette petite phrase : »Il nous convient d’accomplir tout justice », il faut bien la comprendre car quelque part il n’y avait pas de justice au sens humain puisque cela aurait dû être l’inverse qui aurait dû se produire au niveau du baptême. Rien n’était juste et tout, tout était juste parce qu'en fait lorsque le Seigneur fait comprendre à Jean qu’il convient d’accomplir toute justice, il s’agit, non pas de la justice humaine, mais de la justice de Dieu et la justice de Dieu n’est pas la justice humaine. La justice de Dieu c’est la miséricorde, c’est tout autre chose. La justice des hommes, elle fait référence à des lois plus ou moins morales, des lois d’organisation sociale, sociologique, psychologique quelque fois, mais ce n’est pas la justice de Dieu. La justice de Dieu c’est la miséricorde. Et ce que le Seigneur Jésus veut nous enseigner en enseignant Jean-Baptiste et ceux qui l’entouraient c’est que c’est la miséricorde qui est en train de s’accomplir au travers de ce baptême surprenant. En effet, en se plongeant dans les eaux du Jourdain, le Seigneur Jésus, non seulement purifie ces eaux mais en s’y plongeant, il se plonge dans des eaux souillées par le péché et les hommes. Tous ceux qui venaient là pour se faire baptiser par Jean venaient se faire purifier par les eaux et ainsi laisser leurs péchés dans ces eaux et ce sont ces eaux qui accueillent le Seigneur. Il se plonge dans les eaux. Il accepte de se revêtir du péché de l’homme et c’est là la justice du Seigneur. C’est là la miséricorde de Dieu : prendre sur Lui tous les péchés es hommes non seulement les péchés de ceux qui s’étaient plongés dans les eaux du Jourdain et qui s’y plongeraient encore mais tous nos péchés, les péchés de tous nos ancêtres, de tous ceux qui nous ont précédés, les péchés que nous commettons, nous, chacun d’entre nous, vous comme moi, tous les jours, plus ou moins gravement, des péchés quand même, et les péchés de tous les hommes à venir jusqu’à la fin des temps. Tous ces péchés, le Seigneur Jésus s’en est revêtus. Il s’en est revêtu et c’est ce qu’il lui restera comme habit sur la croix. Il sera dénudé entièrement, cloué sur la croix et le seul vêtement dont il sera vêtu sera le vêtement de nos péchés mais cette fois, cette fois, oui, la justice, c'est-à-dire la miséricorde de Dieu sera accomplie en plénitude. Nos péchés, en quelque sorte, seront cloués sur la croix, seront jetés une dernière fois pour toutes dans les eaux du Jourdain. Nos péchés auront disparus. Bien sûr sur cette terre et tant que nous vivons, c’est une potentialité qui nous est offerte mais cette potentialité existe. Ce n’est pas un rêve pieux. Ce n’est pas un conte de fées. Ce n’est pas un songe, c’est une réalité. A chaque fois que nous tombons dans le péché, nous avons la possibilité de nous tourner vers la justice de Dieu, c'est-à-dire vers sa miséricorde, vers cet amour infini sans condition qui s’offre à nous gratuitement. Il nous suffit oui, de nous tourner vers Lui et de lui dire qui nous sommes vraiment, que nous sommes pécheurs, non pas d’une manière maladive, masochiste, ce qui n’aurait aucun sens aux yeux de Dieu mais dans la vérité de nous-mêmes comme le larron, souvenez-vous, le bon larron. En un instant, parce qu'il a reconnu qui il était et qui était celui qui était à côté de lui sur la croix, celui qui accomplissait toute justice, le vrai juste, le miséricordieux. En reconnaissant qu’il était pécheur et en reconnaissant que le Fils de Dieu était à côté de lui, il devient le premier saint canonisé de la terre, le premier qui rentre dans le paradis auprès du Seigneur. Je ne sais pas si vous vous imaginez, si vous comprenez la force de cet évènement. Cet homme avait commis de graves péchés. S’il était crucifié c’est qu’il avait commis des larcins, des crimes, toutes sortes de choses graves, gravissimes et pourtant il a suffi qu’en un instant, il reconnaisse la miséricorde du Seigneur pour que les portes du paradis s’ouvrent, immédiatement et qu’il soit le premier saint de la longue lignée que nous connaissons, lignée à laquelle nous sommes appelés à être inscrits.
Alors réjouissons-nous de ce baptême du Christ qui, s’il nous parait bizarre, étrange, illogique est parfaitement juste parce qu'il est parfaitement miséricordieux.
Amen