Monastère Saint Silouane

Véritable richesse dépouillement

6/12/2020 Mc I, 1-8

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
La parabole que nous venons d’entendre est d’une importance capitale pour chacun d’entre nous : le Seigneur, à l’époque, enseignait tous ceux qui l’entouraient et qui attendaient un enseignement, une parole, un encouragement et aussi une guidance spirituelle et cette guidance spirituelle est toujours valable pour chacun d’entre nous bien évidemment comme toutes les paroles de l’Evangile. L’histoire de cet homme qui est riche, qui est riche au-delà de ce qui est pensable puisqu’il ne sait plus quoi faire de ses richesses : il est obligé de démolir des greniers pour construire des greniers encore plus grands pour contenir ses biens. Il y a un petit passage dans le parabole auquel on ne fait pas toujours attention et qui est très significatif car dans cette histoire cet homme riche dit à son âme : « Que vais-je faire ? » ; il ne le demande pas à son esprit mais à son âme, c'est-à-dire à son être profond, à l’essentiel de ce qu’il est et il répond, il a trouvé la solution mais la conclusion est terrible : « car si t’occupes de ton âme de cette façon tu oublies qu’à un moment ou un autre le Seigneur va venir te chercher pour l’Eternité et que feras-tu de tous ces biens et que feras-tu si tu n’as rien d’autre que cela ? » C’est une question d’actualité vous savez, et elle sera toujours d’actualité parce que à cause de notre orgueil nous avons tous plus ou moins un instinct de possession : nous aimons posséder, cela nous rassure ; bien sûr il y a des sécurités nécessaires : il faut un toit, il faut de quoi manger, nourrir ses enfants, sa famille, tout cela est tout à fait légitime , avoir une certaine joie de vivre au travers de ce que le Seigneur nous offre mais dans la parabole il n’est pas question de cela, on ne parle pas de la famille de cet homme ; c’est lui qui se parle à lui-même, dans son égo, moi, moi, moi j’ai beaucoup de choses et j’en veux encore plus et il s’organise pour profiter de tout ce qu’il a et tout ce qu’il aura encore et il oublie, il oublie l’essentiel, il oublie le fondamental, il oublie le nécessaire, l’indispensable, il oublie comment nourrir son âme ou plus exactement il la nourrit de chose qui vont bien au-delà du nécessaire et qui sont totalement inutiles. Vous savez on connait ces personnes qu’on appelle des collectionneurs et je me souviens d’avoir rencontré une fois dans ma vie un monsieur qui était assez âgé qui avait un appartement assez grand mais quand on le visitait on ne savait plus où mettre les pieds parce qu'il y avait des choses partout ; si vous ouvriez un tiroir, c’était rempli, un autre tiroir c’était rempli, les armoires étaient remplies, il ne savait même plus ce qu’il avait ; alors je ne veux pas juger cet homme parce que je ne connais pas le fond de son âme mais extérieurement ainsi je me disais comment peut-il se retrouver avec lui-même déjà entouré de toutes ces choses ? C’est un cas extrême bien sûr mais si nous nous interrogeons nous-mêmes : est-ce que nous ne sommes pas trop attachés à certaines choses, certains objets, certains vêtements, certaines nourritures, certaines manières de vivre ? Il est très connu que les gens les plus riches de la terre, pas tous mais beaucoup d’entre eux, les gens qui touchent des milliers et des milliers d’euros par mois au point qu’ils ne savent même plus ce qu’ils ont en banque, qui ont des maisons ici et là, des châteaux, des propriétés privées, des avions personnels etc… il est bien connu que ces gens-là, la plupart du temps, sont malheureux : ils sont malheureux parce qu'ils n’ont pas l’essentiel ; ce n’est pas un jet privé qui vous donne la paix du cœur et de l’âme ; ce n’est pas une collection de bijoux qui vous donnent la paix de l’âme ; la paix de l’âme c’est d’aller chercher le trésor là où il est c'est-à-dire la présence du Seigneur dans notre coeur qui doit être dominante, qui doit être la principale préoccupation. St Sophrony disait souvent que le plus important dans la vie – il s’adressait à ses moines et ses moniales mais ceci est valable pour tous chrétiens bien sûr – le plus important est de garder le souvenir de Dieu dans son coeur, dans son âme ; c’est la plus grande richesse que nous puissions posséder et celle-ci nous pouvons la faire grandir, nous pouvons la multiplier, nous pouvons la développer, garder le souvenir de Dieu dans son coeur et dans son âme ; le reste peut être utile mais secondaire si on a le minimum nécessaire bien sûr. Cette parabole nous ramène à la difficulté principale de tout homme et de toute femme sur cette terre, l’orgueil qui se manifeste par un égo, un centrage sur soi, une mauvaise foi, l’égo, l’égoïsme, moi, moi, je, je. Et Dieu là-dedans ? Où est-il ? Devant, derrière, sur le côté ? Où est-il ? Il n’est nulle part et certainement pas dans nos cœurs et dans nos âmes au moins à certains moments ; alors nous devons régulièrement, pas d’une manière obsessionnelle mais régulièrement nous interroger en nous mettant devant le Seigneur et devant nous-mêmes : est-ce que la première place, ma plus grande richesse est dans mon coeur et dans mon âme ? Est-ce que je possède – et pour une fois, là la possession est nécessaire et indispensable, elle est bénie – est-ce que je possède la grâce de la présence de Dieu en moi, le souvenir de Dieu ? On peut se souvenir de Dieu à n’importe quel moment de la journée, de la nuit ; en travaillant – surtout dans les travaux les plus simples ; le souvenir de Dieu est facile lorsqu'on épluche des légumes, que l’on fait la vaisselle, on passe l’aspirateur et toutes ces choses que l’on connaît ; et puis lorsqu'on se réveille la nuit quelque fois parce qu'on a une insomnie ou tout simplement parce qu'on est réveillé, le souvenir de Dieu est facile à ce moment-là si on s’y est entraîné, si régulièrement on a mis en priorité comme trésor de notre vie, le Christ. Ce n’est pas pour rien que nos églises, nos sanctuaires, notre coin de prière dans la maison est un lieu sacré parce que c’est le lieu de la rencontre avec le Seigneur, avec Dieu : Il est là, Il nous attend ; on peut reprendre cette phrase de Marthe à Marie : « Le Seigneur est là et Il t’attend ». Oui, Il nous attend patiemment, Il attend que nous nous débarrassions de toutes ces inutilités, de tout ce qui encombre notre vie, y compris dans notre esprit ; Il attend que nous nous libérions des possessions inutiles. Alors comment faire ? Crier d’abord, écouter la Parole de Dieu, la lire, la relire et l’écouter et l’écouter encore et se laisser pénétrer par cette Parole ; les Pères nous parlent de la manducation de la Parole de Dieu : on mange la Parole de Dieu comme on mange un aliment et on digère cette Parole, on la laisse entrer en nous pour qu’elle prenne force dans notre vie ; en écoutant la Parole de Dieu, en lui donnant la priorité, alors nous allons pas-à-pas, progressivement nous libérer ; et à la fin de notre vie, si nous avançons dans ce sens selon la proposition du Seigneur alors nous pourrons arriver devant Lui avec quoi ? Rien, aucune possession ; nous ne serons pas comme les Mages qui apportent de l’or, de l’encens et de la myrrhe, nous n’avons rien à apporter. Oh, nous aurons nos péchés et peut-être que cela mais nous pourrons dire au Seigneur : « Je n’ai plus rien que mes péchés mais Toi je sais que Tu es dans mon coeur ; je T’ai désiré toute ma vie et j’ai éliminé progressivement tout ce qui n’était pas de Toi et me voici aujourd'hui devant Toi que j’ai désiré et que désire encore mon âme désirable ». Alors la partie sera gagnée ; ce ne seront plus les accumulations d’objets, de préciosités, de maisons, de bateaux, d’avions et de je ne sais quoi encore que nous aurons autour de nous face au Seigneur mais simplement le désir, le désir de conserver pour l’Eternité le trésor que nous aurons acquis progressivement : sa Présence, son amour, sa compassion, sa fidélité infinie ; Dieu est amour ; Dieu n’existe pas, Il est et Il est amour et c’est là où se situe notre richesse, c’est là où se situe le principal de nos biens, tout le reste est secondaire voire parfaitement inutile ; ce n’est pas facile bien sûr, cela – ce dépouillement progressif – doit se faire pas-à-pas ; même nous autres les moines qui en entrant dans le monastère abandonnons tout ce qui est du monde, le monde nous rattrape très vite vous savez, beaucoup plus vite qu’on ne le souhaiterait et quelque fois on n’a pas grand-chose dans sa cellule mais ce que l’on a c’est à nous : un crayon, un stylo, un petit pichet dans lequel on met de l’eau pour boire le soir, un verre … c’est à moi ; oui, oui, cela arrive dans les monastères aussi ; alors il y a un test que nous pouvons tous faire les moines et les chrétiens : si quelqu'un vient dans ma cellule et me fait un compliment sur cet objet qui est sur ma table « Oh comme c’est beau » ; est-ce que je suis capable de le prendre et de le lui donner ? Si intérieurement tout s’arrête au compliment et que je me réjouis d’avoir cette jolie chose sans la liberté de la donner alors je n’ai pas encore atteint cette vraie liberté ; c’est un test que nous pouvons faire régulièrement et nous aurons une réponse qui nous précisera les choses ; mais le Seigneur est là pour nous aider ; Il nous a montré comment Il a vécu : « Les animaux ont des tanières mais le Fils de l’Homme n’a pas un toit où reposer sa tête » ; le Christ n’avait pas de maison ; Il habitait, selon la tradition, principalement dans la maison de Pierre et de sa famille mais Il allait par monts et par vaux, Il se contentait de ce qu’Il trouvait, de ce qu’on lui donnait pour manger, pour boire ; il y a beaucoup de récits où Il est invité pour manger parce que Lui n’avait rien ; Il est le modèle : Il se dépouille de tout et Il vient au milieu de nous ; nous allons le fêter dans quelques semaines ; Il vient au milieu de nous dans la pauvreté, sans rien posséder, dans une grotte misérable ; voilà, voilà le modèle ; cela ne veut pas dire que nous devons tous nous précipiter dans des grottes misérables mais nous devons nous inspirer de ce que le Seigneur a fait qui correspondait à l’amour qu’il voulait nous porter : nous apprendre quel est l’essentiel pour aimer.
Nous fêtons aujourd'hui St Nicolas, un grand Saint de l’Eglise et ce matin en y pensant, je me disais : qu'est-ce qu’on peut dire de la vie de St Nicolas ? On ne connaît pratiquement rien de sa vie, rien ou pas grand-chose : il a été à un concile, il a fait quelques miracles, il a sauvé des bateaux dans la détresse, il a soulagé des pauvres mais on ne sait pas grand-chose d’autre, on n’a pas de détails. Pourquoi n’avons-nous pas de détails ? Parce que je pense que St Nicolas vivait dans une sobriété, une simplicité, une pauvreté peut-être même et il s’enrichissait du Seigneur et fort curieusement, ce Saint dont on ne connait pas grand-chose de la vie est le Saint le plus prié, le plus fréquenté dans le monde entier : il y a des églises dédiées à St Nicolas dans le monde entier, même en Chine et au Japon ; St Nicolas est connu partout chez les Grecs, chez les Russes, chez les Serbes, chez les Français, partout ; c’est lui qui nous a choisis, ce n’est pas nous qui avons choisi St Nicolas : on ne connait pratiquement pas sa vie mais c’est lui qui nous a choisis et probablement qu’il nous choisis pour nous dire que l’essentiel de notre richesse c’est l’acquisition, progressive certes, mais certaine de l’amour de Dieu en nous.
Amen