Monastère Saint Silouane

Foi jeûne prière carême

7/4/2019 Mc IX, 17-31

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Ce récit de la guérison de ce jeune enfant est accompagné de tout un enseignement de la part du Seigneur Jésus, enseignement qu’Il donne au Père de l’enfant ainsi qu’à ses apôtres et tous ceux qui L’entouraient. Les apôtres n’ont pas réussi à expulser le démon qui envahissait cet enfant et essayait de le faire mourir. Jésus nous donne trois repères, trois points qui nous permettent de comprendre que tout est possible à condition, à condition tout d’abord d’avoir la foi : tout est possible, dit-Il, à celui qui a la foi ; le pouvoir c’est la foi. Nous qui avons souvent tendance à croire que nous pouvons agir avec pouvoir sur les autres, dans notre famille, dans notre société, dans notre travail, dans notre monastère, dans notre Eglise, nous n’avons pas entendu la Parole du Christ. Le pouvoir c’est la foi, ce n’est pas autre chose. Autrement dit la foi donne une autorité différente de la notion de pouvoir telle que nous l’avons habituellement dans nos esprits ; c’est instinctivement que nous cherchons à dominer l’autre par le pouvoir, ce n’est pas réservé aux hommes politiques ou aux grands hommes d’Eglise, tous nous sommes atteints par cette maladie d’une manière ou d’une autre à certains moments ; nous confondons le pouvoir et la foi ; le Seigneur est formel si bien que le père de cet enfant comprend ; il n’est pas dit qu’il était un juif pratiquant, on ne sait pas qui c’était mais il dit : « Je crois mais augmente ma foi » ; c'est-à-dire que la foi ce n’est pas quelque chose que l’on a reçu au moment du baptême et que l’on possède ; on ne dit pas j’ai la foi comme j’ai une « mercédès » ou une « jaguar », ce n’est pas la même chose : la foi c’est une grâce de Dieu et c’est une grâce qui est en permanence dans un dynamisme si nous demandons à l’Esprit-Saint de venir nourrir cette foi, la faire grandir, la faire dominer notre être profond, l’animer. Et puis Jésus, aux apôtres étonnés de ne pas avoir pu chasser ce démon, leur dit : « Pour chasser ce démon il faut pour cela prier et jeûner alors ce n’est pas pour rien que cet Evangile est lu en pleine deuxième partie du carême où nous essayons de prier et de jeûner ; les apôtres certainement avaient une tradition de jeûne et de prière d’autant plus qu’ils étaient près du Seigneur mais avaient-ils jeûner et prier avant de penser qu’ils avaient le pouvoir d’exorciser ce garçon ? Ce n’est pas dit et comme le Seigneur leur fait la leçon on peut le supposer mais cette leçon elle s’adresse aussi à nous-mêmes : si nous voulons que le démon cesse de nous attaquer – et pendant cette période, il aime bien nous attaquer, plus on s’avance vers Pâques puis il nous attaque, nous décourage surtout, nous entraîne à désespérer ou avoir des attitudes qui ne sont pas des attitudes chrétiennes ; et pourtant nous sommes dans une période de jeûne et de prière plus intense ; alors la question est de savoir ce que nous faisons de ce temps qui nous est offert et de ce jeûne qui nous est offert, non seulement le jeûne alimentaire, toutes sortes de jeûne. Est-ce que dans notre prière nous essayons – je ne dis pas que nous réussissons parfaitement – mais est-ce que nous essayons d’être dans les mots que nous disons, les phrases que nous prononçons, sinon à quoi bon ? Nous rabâchons mais nous ne prions pas ; il faut que ce soit notre coeur et notre âme qui s’unissent à tout notre être pour que la prière soit une véritable prière, une prière d’action de grâce ou une prière de supplication. St Jean Climaque dont nous faisons mémoire aujourd'hui – ce n’est pas sa fête mais traditionnellement on le cite comme étant le premier pour ce dimanche après le Christ - St Jean Climaque nous a offert des écrits qui s’adressent plus spécifiquement aux moines mais que l’on peut lire aussi et interpréter même si l’on n’est pas moine ; c’est un écrit qui s’appelle « l’Echelle sainte » c’est pour cela que l’on appelle St Jean St Jean Climaque – le mot climacus voulant dire échelle - et il nous propose des degrés comme si nous devions monter sur des barreaux d’échelle au fur et à mesure ; je dois dire que quand on lit ce texte – nous le lisons actuellement tous les midis – quelque fois c’est un peu effrayant parce qu'on se dit : « Mais ce n’est pas possible, cela je n’y arriverai pas » et plus on lit plus on se dit : non je n’y arriverai pas mais bien sûr que l’on n’y arrivera pas si on n’a pas l’idée de demander le secours de Dieu, si on pense que c’est par nous-même que nous allons gravir les barreaux de l’échelle, alors là dès le premier échelon, cela casse, ce n’est pas la peine d’essayer d’aller plus loin si on ne met pas Dieu en activité dans notre profonde conviction d’ascèse ; alors oui, c’est difficile : tout ce que dit St Jean Climaque est très exigeant, très difficile ; lui-même s’est appliqué cette règle et il reconnaît lui-même à certains moments qu’il n’y arrive pas toujours ce qui veut dire que St Jean Climaque avait non seulement la notion de ce que l’on doit faire dans la vie spirituelle, dans la vie ascétique mais il avait aussi l’humilité de reconnaître que ce n’était pas toujours facile et quelque fois même pas possible.
Alors il faut peut-être ajouter à ce bel Evangile une autre leçon par la voix de St Jean Climaque : l’exigence ascétique ne peut être vécue que par l’humilité et la supplication vers le Seigneur.
Lorsque j’étais tout jeune novice, à 23 ans, j’étais dans l’erreur de penser que j’avais des ailes qui poussaient déjà derrière mon dos, je croyais que je m’élevais déjà vers les hauteurs parce que Dieu donnait des grâces – il donne toujours des grâces au débutant - mais très vitre mes ailes sont tombées et moi avec et j’étais désespéré : mon orgueil était atteint cela c’est sûr et je n’avais pas compris qu’il fallait aller puiser dans l’humilité alors c’est mon père spirituel qui me l’a expliqué : il a dû me l’expliquer de nombreuses fois et aujourd'hui je peux vous dire qu’à l’âge que j’ai j’ai l’impression que ce n’est pas encore tout à fait rentré mais j’en ai le désir et ce désir suscite la prière et si on va vers la prière on va vers Dieu et si on va vers Dieu alors ca va bouger ; peut-être qu’on ne verra rien du tout et qu’on aura même l’impression de régresser, tout simplement parce qu'on découvrira progressivement ce que le Seigneur nous montre en levant le voile qui couvre nos incapacités : Il n’enlève pas le voile d’un coup, nous en mourrions ; Il soulève le voile tout doucement pour que nous regardions ce qu’il y a en nous dans notre coeur et dans notre âme qui est à corriger mais qui est à corriger non pas par notre volonté seule, mais avec son aide, avec la foi, avec le jeûne et la prière.
Alors je pense que ce temps du carême qui est un temps fort de l’année – peut-être un des plus grands, des plus forts - même si nous constatons que nous n’arrivons pas à grand-chose, même si nous avons l’impression de régresser, ne soyons pas découragés parce que cela c’est l’attaque du démon le découragement : il veut nous dire que ce n’est pas la peine que nous fassions des efforts puisque nous n’arrivons à rien, laissez tout ; c’est une tentation classique ; mais non, ne nous laissons pas avoir par cette tentation mais tournons-nous vers le Seigneur avec humilité en reconnaissant « Oui, oui, c’est moi qui n’arrive pas à ceci, à cela : je ne sais pas obéir, je ne sais pas jeûner, je ne sais pas prier, etc., etc. mais c’est moi qui viens vers Toi qui as dit : venez vers Moi vous tous qui peinez ; Je suis venu pour les pécheurs, pas pour les justes » ; alors on peut aller vers le Seigneur, on peut s’approcher du Seigneur ; on peut comme l’hémorroïsse toucher un bout de son vêtement ; pour nous ce bout de vêtement c’est l’Eucharistie : nous recevons le Seigneur en nous, c’est encore plus grand que de toucher le vêtement : Il vient en nous dans un tabernacle qui n’est pas forcément doré, argenté, travaillé superbement car le tabernacle que nous sommes est souvent avec un peu de poussière, il y a du ménage à faire mais le Seigneur vient quand même parce qu'Il est parfaitement humble : Il l’a dit « Je suis doux et humble de coeur » et c’est dans cette humilité et cette douceur qu’Il ose venir en nous dans ce tabernacle humain que nous représentons qu’Il a choisi pour venir en nous, pour nous mettre debout dans sa lumière, pour nous aider à avancer et Il le fait avec douceur. Alors soyons dans la reconnaissance, soyons dans l’action de grâce, soyons aussi dans l’humilité et la demande humble de la grâce et soyons certains, par la foi, par la foi, que nous pouvons gagner sur le démon, plus exactement que le Christ a déjà gagné sur le démon.
Amen