Monastère Saint Silouane

Le Silence

Le Silence
20/11/2016      Luc XVI, 19-31  Le riche et le pauvre Lazare


Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Dans cette parabole qui nous est proposée aujourd'hui, il y a un long dialogue, un dialogue qui paraît presque interminable, dialogue entre cet homme riche qui passait son temps à festoyer, avec tout ce que cela comporte. Puis il y a  Abraham, auprès de Dieu, et ce riche parle à Abraham pour que Lazare, le pauvre qui était à la porte du palais du riche, vienne apaiser ses souffrances. On ne dit rien sur ce pauvre. Et l’on peut facilement imaginer qu’il était assis, par terre, dans le silence, attendant quelques miettes. Pendant ce temps-là, dans le palais, on se réjouissait, on parlait, on chantait, on dansait, on s’agitait, on échangeait. Il y avait comme un contraste violent entre deux attitudes. Lorsque le riche s’adresse à Abraham, il souhaiterait en définitive, que soit envoyé Lazare auprès de ses frères pour leur dire quelque chose, pour leur éviter la souffrance que lui connaît. Mais Abraham répond : « Ils ont Moïse et les Prophètes ». Le problème voyez-vous c’est que même si Moïse, Elie et les autres prophètes étaient venus parler aux frères de ce riche, ils n’auraient rien entendu. Ils n’auraient rien entendu parce que semble-t-il – c’est une parabole bien sûr – dans cette famille, on passait son temps à tout, sauf au silence. Le pauvre Lazare, lui, était dans le silence. Tous les prophètes avant de s’être manifestés ont connu l’expérience du silence et c’est sur ce sujet que je voudrais attirer votre attention. Qu'est-ce que c’est que ce silence ? Ce silence, c’est Dieu : Dieu est silence. Il ne faut pas confondre ; le silence ne consiste pas à se taire, c’est peut-être une première étape, mais bien insuffisante car c’est une étape négative. Ce qui est proposé à chacun d’entre nous, c’est le silence : non pas un silence de vide, car le silence n’est pas vide, Dieu n’est pas vide mais un silence qui est déjà à l’intérieur de nous. Depuis notre naissance il y a en notre cœur, le silence et nous blessons ce silence par nos paroles. Quelque fois il faut s’exprimer, bien évidemment, et Dieu nous a donné un langage pour cela et c’est légitime, mais le silence, c’est plus que cela. Le silence c’est un cadeau, un cadeau divin puisque c’est Dieu lui-même qui s’est installé en notre cœur car Dieu est silence. L’échange d’amour qui se perpétue entre les trois Personnes divines : le Père, le Fils et l’Esprit-Saint, cet échange est un échange dans le silence d’amour. D’ailleurs lorsqu’un couple achève sa vie qu’il a tenté de mener dans l’amour, il n’a plus besoin de paroles, il n’a plus besoin de discours, seul le silence est alors porteur d’amour. Et lorsque l’un ou l’autre des deux disparaît, le dialogue immédiat n’est plus possible mais c’est dans le silence que cet amour se poursuit. Certes, notre vie, aujourd'hui comme hier, n’est pas fondamentalement habitée par le silence. Combien de personnes, qui viennent au monastère nous visiter pour faire une retraite, une journée, quelques jours, nous disent : « Quel silence ». Eh oui, quel silence, le silence de la nature mais la nature a été faite par Dieu, elle est silencieuse. Même les oiseaux du ciel se taisent dès que le soleil se couche, c’est le silence. Et c’est dans le silence que Dieu se manifeste, rappelez-vous l’histoire d’Elie. Ce n’est pas dans la tempête, dans les éclairs, dans le vent violent mais dans la brise légère et silencieuse que Dieu se manifeste à Elie. Le silence pour nous ne doit pas être une méthode. Il n’y a pas de méthode pour vivre en chrétien. Le silence doit être la reconnaissance de la Présence de Dieu en nous qui s’offre à nous dans le silence. Je ne sais pas si vous avez entendu de vos oreilles Dieu vous parler. Cela peut arriver mais c’est exceptionnel, très rare, mais dans le silence Dieu peut nous parler. Si nous l’accueillons en tant que silence, Il est en nous et là Il s’exprime. C’est un mystère, c’est le mystère de la contemplation. On a beaucoup écrit sur la contemplation, les contemplatifs, les moines, qui ne sont d’ailleurs pas toujours silencieux… Mais le silence fondamental est un véritable silence quand il laisse monter en nous l’amour car Dieu est silence et Dieu est amour, c’est la même réalité et c’est dans le silence que l’amour naît dans nos cœurs, ou tout du moins, c’est dans le silence que Dieu est dans nos cœurs. Quand je disais : le silence ce n’est pas seulement se taire, bien sûr si l’on parle, le silence sera difficile mais il n’y a pas que la parole qui est en cause, il y a aussi l’imaginaire, les pensées qui ne sont pas du silence, qui se déroulent dans le silence bien sûr, mais qui peuvent être des pensées violentes ; oh elles sont silencieuses, apparemment, mais elles ne le sont pas du tout car elles ne sont pas le vrai silence, elles ne sont pas présence de Dieu en tant que silence.
Alors si cet homme riche de la parabole alors qu’il était sur terre avait compris  au moins à certains moments de sa vie, que le silence profond, cette communion d’amour avec Dieu, était vital, il ne serait pas dans ce dialogue qui devient bavardage avec Abraham. Alors pour nous c’est la même chose. Quand nous avons besoin de parler, parlons, si possible pour dire de bonnes choses. Sinon, commençons par nous taire, extérieurement puis intérieurement et allons creuser dans notre cœur là où Dieu est dans le silence. Alors Il va se manifester à nous silencieusement, paisiblement, joyeusement, amoureusement. C’est ainsi que Dieu veut que nous apprenions à vivre avec Lui, dans le silence, le vrai.

Amen