Monastère Saint Silouane

Homélie pour la fête de la Transfiguration du Seigneur

Homélie pour la fête de la Transfiguration du Seigneur
Fête de la transfiguration

Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen

La fête de la Sainte transfiguration du Seigneur liée bien sûr à celle de la résurrection  est une des plus grandes fêtes que nous ayons à vivre. En effet, au moment où le Seigneur Jésus sur le Mont Thabor, se montre à ses trois disciples ,Pierre, Jacques et Jean ,transfiguré, à ce moment-là les disciples présents le voient dans sa divinité. Ils voient la lumière de Dieu, la lumière incréée dont parlera Grégoire Palamas et ils entendent comme une confirmation cette parole du Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. En Lui j’ai mis mon affection. Ecoutez-Le ». C’est un évènement important parce que c’est à partir de là que nos pères ont pu dire : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ». Cette phrase est forte. Elle peut même nous paraître incompréhensible. Comme est-ce possible ? Oui, Dieu s’est fait homme au travers de son incarnation. Et d’ailleurs, dans ce passage, pour bien montrer qu’il est toujours cet homme au milieu de nous il s’approche des disciples effrayés et Il les touche puis Il leur parle. en tant qu’homme. Mais Il s’est manifesté en tant que Dieu. Ils ont vu – Pierre, Jacques et Jean – le visage lumineux du Christ, ses vêtements totalement lumineux et non seulement cela mais nous le voyons sur l’icône qui est au milieu de l’Eglise en ce jour, les vêtements, les visages des apôtres sont eux aussi touchés par la lumière de la transfiguration. La nature elle-même est touchée par la lumière de la transfiguration. C’est bien l’évidence que la lumière divine ne se contente pas de se manifester sur le Fils et lui seul mais également sur les disciples, sur la nature et sur nous tous. C’est ainsi que Dieu partage avec nous sa divinité. Certes Il n’en partage pas l’essence mais nous avons le bénéfice de cette énergie incréée qui vient nous toucher. C’est comme le soleil que l’on regarde qui est un feu de lumière et nous avons le bénéfice par ses rayons qui nous touchent : la lumière du soleil vient toucher nos corps et nous illumine ainsi la lumière du Christ, Soleil des soleils, vient toucher tous les hommes de la terre, ainsi Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. 
Cet instant vécu par les apôtres n’a probablement pas duré très longtemps. Nous ne le savons pas mais il est probable que cet instant fut court car il est certainement difficile de vivre longtemps dans cette vision. Nous avons tous sur cette terre, à un moment ou à un autre, à rencontrer le Christ dans sa lumière, sous une forme ou sous une autre. Monseigneur Antoine de Souroges disait qu’il est indispensable que l’homme fasse la rencontre de Dieu sur cette terre. Alors, pour chacun d’entre nous cette rencontre sera différente, particulière, spécifique, réservée à notre personnalité mais il  y a aura rencontre.
Le monachisme a été vu par les Pères comme une préfiguration de cette rencontre ,de cette éternité qui nous attend. Le monachisme a été vu même par certains comme une sorte de mode angélique mais ne nous leurrons pas ! c’est du monachisme dont il est question, après il y a les moines et les moniales, il y a les bons, il y a les moins bons, il y a les mauvais et il y a même des moines « démon ». C’est du monachisme dont parlaient les Pères. C’est lui qui est figure, préfigure. Pourquoi ? Parce que comme Pierre, Jacques et Jean le Seigneur Jésus nous a appelés. Nous ne savons pas pour quelles raisons : pourquoi Pierre, pourquoi Jacques, pourquoi Jean et puis pourquoi nous, pourquoi moi. Je ne suis pas meilleur que les autres et peut-être pire mais c’est ainsi que le Seigneur en décide et c’est une responsabilité que nous recevons, nous autres les moines, de témoigner de cette lumière de Dieu qui nous est offerte si nous le voulons. Mais ceci n’est pas réservé aux moines car tout chrétien baptisé au Nom du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint est appelé à vivre de cette lumière sainte, à la recevoir, à en vivre. Et  je dirais même, au-delà du christianisme, tous les hommes de la terre créés à l’image et à la ressemblance de Dieu sont appelés à vivre de cette lumière. Parce que cette lumière, ce n’est pas simplement un phénomène mystérieux, intrigant, cette lumière, c’est le Christ. Il l’a dit Lui-même ; « Je suis la lumière du monde ». Et le Christ est tout amour. Autrement dit le mot lumière et le mot amour se compénètrent dans le Christ. Et lorsque nous disons que nous devons recevoir la lumière de Dieu cela signifie que nous devons expérimenter l’amour de Dieu, quelle que soit la situation dans laquelle nous nous trouvons. N’oublions pas que Saint Paul nous a dit : « C’est dans la faiblesse que Dieu se glorifie ». Quelque fois nous sommes effrayés par nos faiblesses ou par celles de ceux qui nous entourent ou par nos Eglises qui font tout ou n’importe quoi. Nous sommes effrayés. Mais ne soyons pas effrayés. Le Seigneur Jésus l’a dit à ses apôtres : « Ne soyez pas effrayés. Levez-vous ». Car pour recevoir la lumière de Dieu il faut être debout ». Si on est couché, on ne reçoit pas la lumière.
Alors au travers de cette fête, oui, soyons conscients que nous avons tous une vocation à accueillir cette lumière divine pour que le monde soit sauvé. Maintenant je terminerai en disant que durant la liturgie que nous vivons, qui est la grande transfiguration, dans notre désir de voir notre Dieu, de voir chaque être humain dans ce qu’il est en « réalité » et non pas dans ses apparences attrayantes ou repoussantes, dans notre désir de voir la gloire de notre Père, n’oublions pas que l’on ne voit notre Dieu qu’en le devenant. On voit la face du Seigneur Jésus en devenant le Seigneur Jésus, non pas en devenant seigneur  sous l’appellation mondaine du terme mais en étant un avec Lui. Contemplons la face de notre Père en entrant dans son regard, dans sa lumière. Laissons-nous transformer et tout à l’heure, en vérité, oui nous pourrons chanter « Nous avons vu la vraie lumière ». Et la lumière c’est le resplendissement de l’amour, ne l’oublions pas.

Amen