Monastère Saint Silouane

Homélie sur l‘évangile Mt XXII, 35-46

Homélie sur l‘évangile Mt XXII, 35-46
Mt XXII, 35-46

Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen

Dans cet Evangile il y a deux parties qui ont en elles-mêmes un lien, à savoir que dans ces deux passages le Seigneur, d’une part est interrogé par un docteur de la Loi qui voulait l’éprouver et, d’autre part, dans la seconde partie, le Seigneur essaye de faire comprendre aux pharisiens qui étaient obnubilés par la Loi et qui surtout ne voulaient pas le reconnaître comme Fils de Dieu, le Seigneur essaye de leur expliquer qu’ils se trompent. Mais revenons si vous le voulez bien à la première partie car elle est extrêmement importante. A la question du docteur de la Loi, le Seigneur répond que ce qui est important c’est en premier lieu d’aimer son Seigneur Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit. Et puis il ajoute très vite que le second commandement est semblable au premier : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Avant d’entrer d’avantage dans un commentaire plus immédiat je voudrais d’abord dire qu’il faut bien comprendre le second commandement : tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il ne s’agit pas d’interpréter cette phrase en disant : tu aimeras ton prochain comme toi-même tu t’aimes. Ce n’est pas cela que le Seigneur veut dire car lorsque nous nous aimons nous-mêmes, la plupart du temps, pas toujours mais souvent, c’est par égoïsme ou par orgueil. Nous nous flattons, nous nous faisons plaisir, nous nous aimons. Mais le Seigneur ne nous dit pas cela. Il nous dit tu aimeras ton prochain comme toi-même, sous-entendu, comme toi-même tu es aimé de Dieu. Car en fait, il est impossible à l’homme d’aimer son frère s’il n’a pas compris qu’il était aimé de Dieu. Donc autrement dit ce premier passage de l’Evangile d’aujourd'hui se résume en un mot : amour, aimer. Aimer Dieu, aimer son frère. Le mot aimer est un mot qui est un peu piégé dans notre langage, comme beaucoup de mots, car on peut aimer toutes sortes de choses. On peut aimer la nourriture, on peut aimer les animaux, on peut aimer la nature, on peut aimer par sentiment affectif, légitime d’ailleurs, etc… Mais aimer profondément c’est aimer comme Dieu qui est amour, comme  les trois personnes de la Sainte Trinité s’aiment entre elles. Et aimer sous-entend immédiatement, mais c’est peut-être cela que nous ne comprenons pas ou sur lequel nous ne réfléchissons pas suffisamment, aimer c’est se dépouiller, aimer c’est tout perdre. Nous en avons un exemple et le meilleur exemple, le sublime exemple, c’est celui du Christ, Fils de Dieu, Dieu lui-même qui nous aime, qui est amour. Et comment va-t-Il nous aimer ? Il va nous aimer jusqu’à la croix. C’est Saint Paul qui nous le dit : « Il nous aima jusqu’à la croix et la mort sur la croix ». Nous sommes dans l’avant-fête de l’Exaltation de la Croix, c’est pour cette raison que la croix du Christ  est exposée ainsi que sa relique. Ce soir, demain, nous fêterons cette exaltation de la croix  mais voyez-vous, l’Evangile d’aujourd'hui est facile à relier à cette fête de la croix parce que c’est par la croix que Jésus nous a aimé, dans un dépouillement total, absolu. Lorsque le Seigneur Jésus a été crucifié, lorsque son sang a coulé, c’était pour nous, pour nous dire qu’Il nous aimait jusque-là. Lorsque la lance du soldat a ouvert le côté du Christ, ce côté s’est ouvert pour que l’homme aperçoive le cœur de Dieu, ce cœur qui palpite pour nous sans cesse, ce cœur qui nous aime, ce cœur qui, par amour, se dépouille totalement et c’est cela aimer chrétiennement c’est se dépouiller. A certains moments Dieu exige de nous des choses que nous ne comprenons pas : des épreuves, des difficultés, des évènements, des personnes qui s’avancent vers nous que nous n’arrivons pas à aimer. Dieu veut nous apprendre à nous dépouiller de notre égoïsme, de notre orgueil qui va à l’encontre de l’amour, à l’encontre de ce dépouillement. Aimer Dieu n’est pas si facile que cela car Dieu se montre dans un amour tellement grand que correspondre à cet amour est difficile. Mais rappelez-vous : ce qui est difficile voire impossible à l’homme est possible à Dieu. C’est par la grâce que nous arrivons à aimer Dieu comme il convient. Et puis l’amour du frère ou de la sœur est encore plus difficile parce que Dieu est parfait, Il n’a pas de défauts mais nos frères, nos sœurs, nos proches, ils sont comme moi, plein de défauts. Ils n’ont pas que cela bien sûr, ils ont aussi des qualités mais en général ce qui nous gêne ce ne sont pas leur qualités, ce sont leurs défauts et c’est ce qui nous empêche de les aimer. Combien de fois ai-je entendu dans mon monastère : « Mais ce n’est pas possible, elle m’a dit cela, il m’a fait ceci, comment voulez-vous que je l’aime ? Qu’est-ce que je dois faire ? » Qu’est-ce que tu dois faire : ouvrir ton tiroir, prendre un pistolet et le tuer, c’est ça que tu dois faire ? Comme cela tu es débarrassée, la question est réglée. Ou bien tu dois l’accueillir comme Dieu l’accueille. Tu dois l’aimer comme Dieu l’aime, comme Dieu t’aime toi aussi qui es plein de fautes, de failles, de faiblesses. Alors aimer son frère, aimer sa sœur, que ce soit dans un monastère ou dans une famille ou dans la société, c’est difficile car c’est aussi un dépouillement, le dépouillement de notre égoïsme. Que faire avec tout cela ? Puisque le Seigneur nous dit que c’est un commandement. Ce n’est pas une simple belle phrase, c’est un commandement. Tout l’Evangile se résume à cela : aime ton Dieu et aime ton frère alors comment ? Et bien en allant puiser dans le grand amour de Dieu, par la prière, d’abord : « Seigneur je  ne sais pas aimer, apprends-moi à aimer. Je ne sais pas accueillir mon frère ou ma sœur, apprends-moi à l’accueillir tel qu’il est, telle qu’elle est, dans son histoire, dans sa sensibilité, dans sa faiblesse, dans son péché même puisque le Seigneur nous dira d’aller jusqu’à aimer nos ennemis. « Seigneur apprends-moi à aimer, apprends-moi aussi à T’aimer Toi, même si cela paraît un peu plus facile, à peine. Apprends-moi à accueillir ce que tu me demande par amour, ce que je ne comprends pas, ce que je comprendrai plus tard, peut-être dans 5 ans, 10 ans, 50 ans après. Apprends-moi à T’aimer ». C’est une demande de grâce que nous faisons alors et profitons de cette fête de la croix, de l’exaltation de la croix pour bien comprendre le sens de cette croix, acte d’amour par excellence, don de soi, dépouillement total de Dieu. Dieu se fait homme. Dieu prend notre chair. Dieu souffre dans sa chair qui est  la nôtre ; Dieu meurt dans notre chair qui est la nôtre et pour nous dire qu’Il nous aime. Alors comprenons bien le sens de la croix. Vénérons la croix avec grand amour car la croix est en quelque sorte la cristallisation de l’amour de Dieu. Aimons la croix, portons-là sur notre corps, en conscience, pas comme un joli bijou. Faisons le signe de la croix, non pas par automatisme, comme bien souvent, mais en ayant conscience que c’est par ce signe que nous sommes sauvés. Puis accueillons la croix lorsqu'elle arrive vers nous sous une forme ou sous une autre et essayons, mais par la grâce, par la supplication, essayons d’aimer.

Amen