Monastère Saint Silouane

La Transfiguration

La Transfiguration
6/8/2016   Mt XVII, 1-9


Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit
Nous voici arrivés à cette grande fête de la Transfiguration du Seigneur, une grande fête comme beaucoup d’autres, mais particulièrement parce que, au travers de l’évènement à la fois historique et spirituel, théologique même, le Christ se manifeste, se manifeste, pour la première fois comme Dieu et homme visible. Homme, Il l’était. Dieu, Il le disait. Son Père l’avait affirmé au moment du baptême, par la parole. Mais cette fois, c’est par la vision que les disciples qui accompagnent Jésus : Pierre Jacques et Jean Le voient à un moment où le Christ transfiguré, devenu lumineux, d’une lumière qui n’est pas une lumière naturelle qui est, ce que nous appellerons plus tard, la lumière incréée, la lumière divine, la lumière de Dieu. C’est pour ceci que cet évènement est extrêmement important non seulement pour les disciples car ils ont là, la préfiguration de ce qui se passera au moment de la Résurrection. Mais c’est important aussi pour nous, pour nous, puisque, nos Pères nous l’ont dit  : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ». Et là, au travers de la compénétration des deux natures, la nature humaine du Christ et sa nature divine, s’accomplit ce que diront nos Pères plus tard : «  Oui, Jésus est vraiment homme, oui, Jésus est vraiment Dieu ». Les apôtres sont bouleversés, bien sûr, effrayés même, car ils n’ont pas été avertis de ce qui allait se passer et cette lumière particulière, inattendue les bouleverse, on le voit sur l’icône. Au demeurant le Seigneur leur dit en les touchant et en les relevant : « Relevez-vous, n’ayez pas peur. Relevez-vous, sous-entendu, soyez debout, soyez debout, face à la Lumière divine. Recevez en plénitude cette Lumière divine car c’est Moi qui vous l’offre, c’est Moi qui, en m’incarnant vous donne cette possibilité de partager la divinité que je partage avec le Père et L’Esprit-Saint ». Alors pour nous, quelle est la résonnance, quel est l’écho que cela doit donner dans notre cœur et dans notre âme ? Au fur et à mesure, dans nos vies, que les ténèbres s’appesantissent autour de nous et parfois en nous, il nous faut demander à l’Esprit-Saint, sans cesse, de faire surgir cette Lumière. Jésus nous a dit : « Je suis la Lumière du monde » Il faut donc que, par l’Esprit-Saint,  nous laissions surgir Jésus dans nos cœurs, que, par l’Esprit-Saint, nous soyons amenés à redécouvrir aussi en ceux qui nous entourent – et plus on est proche plus l’autre est insupportable – pour faire redécouvrir en chaque être, le Fils bien-aimé du Père en l’Unique Bien-aimé, Jésus. C’est cela qui est en jeu, me semble-t-il, au niveau des nations, des peuples, de   chaque personne. Nous devrions nous interdire tout jugement qui repousse, tout jugement d’aversion, toute parole qui trahit ce jugement qui peut monter en nous et dont nous ne sommes pas responsables. Même les plus criminels qui nous massacrent en ce moment sont appelés à être sauvés. Le mystère, l’évènement de la transfiguration consiste à entrer dans cette vision du Père que tout être humain est comme le Père le voit dans l’humanité de Jésus. C’est cette joie-là qui a éclaté en Lui lors de la Transfiguration. Nous sommes tous, tous, appelés à être les Fils bien-aimés du Père et nous le sommes déjà nous qui sommes baptisés en Lui. Ce qui saute aux yeux, peut-être, en ce moment, c’est qu’au cœur de notre faiblesse, dans l’humilité non seulement de nos peurs mais aussi de nos fautes de notre chair, nous sommes la splendeur du Père, chacun pour notre part, dans l’Unique bien-aimé, dans l’Unique Fils, Jésus, transfiguré. Oui, nous sommes aimés dans l’Unique bien-aimé mais cela nous est proclamé non pas pour que nous vivions pour nous seuls, mais pour réaliser en nous l’avènement, la victoire, le fruit éternel de l’amour qui est Dieu, pour que nous devenions dieux dès maintenant. Le Seigneur nous a dit : « Le Royaume des cieux est au milieu de vous ». Maintenant, durant la Sainte Liturgie que nous célébrons qui est la grande transfiguration, dans notre désir de voir notre Dieu, de voir chaque être humain dans ce qu’il est en réalité et non pas selon ses apparences attrayantes ou  repoussantes, dans notre désir de voir la gloire de notre Père, n’oublions pas que l’on ne voit notre Dieu qu’en le devenant. On voit la face du Seigneur Jésus en devenant le Seigneur Jésus, non pas en devenant le Seigneur mais en étant un avec Lui. Contemplons la face de notre Père en entrant dans son regard, dans sa bonté, dans son amour, dans son humilité. Laissons-nous transformer et tout à l’heure, nous pourrons chanter en Vérité : « Nous avons vu la vraie Lumière » et la lumière c’est le resplendissement de l’amour, ne l’oublions jamais.
Amen