Monastère Saint Silouane

Saint Silouane

Saint Silouane
24.25/9/2016


Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Nous venons d’entendre dans ce récit évangélique la liste de toutes les béatitudes que le Seigneur Jésus nous propose. C’est peut-être pour deux raisons particulières. La première serait de nous faire comprendre que la sainteté est accessible à tous. Comme je vous le dis souvent ici, à partir du moment où nous avons été baptisé, nous avons reçu la capacité de la sainteté et Saint-Silouane au travers de sa vie nous montre que la sainteté est possible, que la sainteté n’est pas un état de perfection mais une tension – non pas névrotique – mais une tension saine et sainte dans le désir de Dieu. Dès son enfance Silouane a aimé Dieu, profondément. Il a vécu dans une famille rustique, très simple ; où on savait à peine lire et écrire. On nous dit qu’il récitait le « Notre Père » en essayant d’imiter ce qu’il entendait, on n’est pas sûr que ce qu’il disait était vraiment le « Notre Père ». Mais peu importe. Ce saint a aimé Dieu toute sa jeunesse. Il avait des parents modèles qui priaient et, au travers de cette prière, de cette simplicité, il a évolué dans son adolescence et puis est devenu un jeune homme. Et il nous est rapporté qu’à plusieurs reprises, il commet quelques fautes, quelques fautes comme nous en commettons tous les uns et les autres. Tout d’abord il aimait faire la fête, ceci n’est pas un péché, je vous rassure. Il aimait faire la fête et avec mes jeunes gens de son village, il prenait son accordéon et ils allaient chanter, danser, s’amuser, le tout étant accompagné bien sûr de vodka, comme il convient dans ce pays. Quelque fois cela débordait un peu. Silouane était un homme grand et fort et il nous est dit qu’il pouvait boire un litre de vodka sans être ivre. Je ne vous conseille pas de le faire. Ensuite il nous est rapporté qu’à un moment l’un des villageois qui ne l’estimait pas beaucoup l’a critiqué publiquement devant ses camarades et devant des jeunes filles du village et ils se sont battus, il et ce garçon qui était cordonnier. Et Silouane qui était un gaillard a mis par terre le cordonnier. Il a même cru qu’il l’avait tué. Il ne l’a pas tué mais il l’avait blessé fortement au point que ensuite il s’est caché par peur d’une vengeance. Et puis il nous est dit avec plus de discrétion que lorsqu'il sortait et faisait la fête, il lui est arrivé de rencontrer une jeune fille et nous dit l’auteur, il arriva ce qu’il arrive dans ces cas-là. Autrement dit, Saint-Silouane n’est pas parfait mais Saint-Silouane a un désir de Dieu et à un moment où il se retrouve dans un restaurant avec ses camarades en train de chanter, de boire, de manger. Il lui vient une pensée qu’il livre à ses camarades en disant « Nous nous sommes en train de festoyer pendant que des moins, au Mont Athos, sont en train de prier pour le salut du monde. Et cela va probablement réveiller en lui cette vocation monastique qu’il a eue dès le début de sa jeunesse. Il accomplira son service militaire puis il partira immédiatement ensuite pour le Mont Athos où pendant toute sa vie au monastère de Saint Panteleimon, il essayera de devenir un moine. Alors en cela il est une référence, une consolation pour nous qui certains moments constatons que nous avons des faiblesses, des fautes, des péchés, des chutes mais ce n’est pas pour cela que la sainteté nous est interdite. Il suffit de se laisser relever par Dieu, dynamiser par Dieu, par l’Esprit-Saint pour poursuivre la route et aller jusqu’au bout de notre vocation, notre vocation à tous, la sainteté. C’est ce que fit Silouane. Son début monastique fut très beau, il était déjà très élevé dans la prière et il eut l’occasion, dans une prière qu’il faisait, dans une petite chapelle près du moulin où il travaillait alors qu’il priait le Seigneur devant son icône de voir le Christ lui-même lui apparaître, ce qui est une grâce exceptionnelle particulière, rare même. Et puis il y eut un père spirituel qui le rencontra, qui l’interrogea. Ils discutèrent de sa vie. Silouane lui raconta comment il priait et ce père spirituel fit une erreur. Il lui : « Oh, si tu es arrivé à ce niveau maintenant, plus tard tu seras encore plus grand et beaucoup plus haut ». Le père spirituel ne mentait pas, c’était vrai mais il ne fallait pas le lui dire car cela a fait tomber Silouane dans un péché d’orgueil. Il a cru que déjà il était très très élevé. même s’il l’était il oubliait de rendre grâce à Dieu. La grâce de Dieu s’est retirée pendant 15 ans. Quinze ans d’absence de grâce sensible. Non pas que Dieu n’était pas présent, non pas que Silouane ne priait pas, il versait même des larmes profondes, suppliant Dieu de lui redonner cette grâce et puis nous connaissons la suite. Au bout de quinze années, alors que Silouane essaye encore de supplier le Seigneur, de se prosterner devant son icône, des démons se mettent entre l’icône et lui et, du même coup, il ne peut pas se prosterner car il se prosternerait devant le diable. Et il dit au Seigneur : « Tu es inexorable, cela devient impossible à vivre. Qu'est-ce que je peux faire ». A ce moment-là il entend cette phrase que nous connaissons tous : « Tiens ton esprit en enfer et ne désespère pas ». Cela veut dire : n’aie pas peur de voir ton péché, ton péché d’orgueil dans lequel tu es tombé et c’est cela ton enfer, ton péché et ne désespère pas parce que Je suis là et que je vais te mettre debout dans ma lumière. A partir de ce jour Silouane a repris contact – si on peut dire – avec la grâce de Dieu qui lui a été offerte à nouveau de manière sensible. Il a poursuivi sa vie et il est entré dans un mouvement d’humilité, de grande humilité et c’est là peut-être la deuxième raison pour laquelle nous pouvons considérer qu’il est un moine pour notre temps car s’il y a quelque chose qui nous manque à tous sur cette terre et particulièrement en ces temps, c’est l’humilité. Nous n’avons pas suffisamment d’humilité. Souvent, nous nous plaignons ou les gens nous critiquent, à juste titre, face à la désunion des Eglises chrétiennes. La seule solution -  car il n’y en a pas d’autres – la seule solution pour qu’un jour, avec la bénédiction de Dieu, les Eglises se réunissent c’est que nous fassions tous un acte d’humilité, tous, de tous les côtés. Et puis, il y a, indépendamment de cette problématique, de l’unité de l’Eglise qui est grave. Il y a, dans notre quotidien à nous : cherchons-nous à vivre dans l’unité entre nous, dans notre famille qui est la première cellule d’Eglise, dans notre paroisse, dans notre diocèse, dans notre communauté ? cherchons-nous à vivre dans l’unité, non pas l’uniformité, l’unité, l’unité d’amour que nous propose le Christ, cette unité qui ne peut être acquise que par le biais de l’humilité que nous montre Silouane. Il va lutter contre son orgueil et progressivement entrer dans ce processus d’humilité. Dans ce grand monastère qui contenait plus de 1.000 moines, il était pratiquement un inconnu. Et pourtant c’était un grand. Quelques moines s’étonnaient même que des personnalités viennent le voir pour lui demander conseil. Pourquoi aller voir ce Silouane ? Seuls quelques-uns pressentaient que c’était un grand, notamment l’archimandrite Sophrony de bienheureuse mémoire, de sainte mémoire. Silouane, oui, est un saint pour notre temps au travers de l’humilité qu’il nous montre. Sans humilité, nous ne pouvons pas vivre chrétiennement. L’humilité est l’antidote de l’orgueil. Nous avons tous des racines orgueilleuses, c’est le fruit de notre nature déchue mais il faut, pour lutter contre cet orgueil qui est tenace, qui revient et que le démon se charge de faire revenir aussi. Il faut essayer de vivre humblement. Je lisais, il n’y a pas longtemps un texte qui disait : si on veut véritablement être humble, il faut accepter l’humiliation, accepter l’humiliation, la chose la plus difficile sur cette terre certainement parce que nous n’aimons pas ca et que notre réflexe sera de dire : « Mais c’est injuste ». Et quelque fois ce sera injuste mais pour Dieu, il n’y a pas de juste et d’injuste, il n’y a que le moyen de sanctification qui s’appelle humilité. Alors si nous accueillons ces humiliations avec le secours de Dieu, pas tout seul bien évidemment, surtout pas tout seul et avec le secours de Dieu dans une prière simple qui demande la grâce, qui demande d’accepter d’être humilié comme le Christ a été humilié pendant toute sa vie terrestre, tout particulièrement à partir de Gethsémani jusqu’à la croix alors si nous acceptons ce programme qui certes n’est pas un programme facile mais la vie n’est pas facile, nous sommes en apprentissage sur terre, apprendre est toujours difficile mais c’est possible puisque Silouane est aujourd'hui saint Silouane et si on l’appelle saint Silouane ce n’est pas parce qu'il est parfait mais c’est parce qu'il a désiré être le plus proche de Dieu. Il a désiré aimer Dieu de toutes ses forces, de tout son être. Il a eu ce désir au cœur qui l’a dynamisé, qui a donné un sens à sa vie. Alors pour chacun d’entre nous et pour le monde entier, oui, Silouane notre père est un saint pour aujourd'hui et pour demain.

Amen