Monastère Saint Silouane

L'Annonciation

L'Annonciation

25/3/2017 Fête de l’Annonciation


Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Nous fêtons aujourd'hui l’Annonciation de la Très Sainte Mère de Dieu et l’Evangile que nous venons d’entendre est fort mystérieux : fort mystérieux d’abord pour Marie qui est la première personne concernée et pour nous aussi car dans cette visite de l’Ange et le dialogue qui s’instaure entre lui et Marie, nous comprenons bien que, au niveau de l’intellect, Marie, comme nous, ne pouvons rien comprendre. Mais il ne s’agit pas de comprendre ce mystère, il suffit d’avoir l’attitude de Marie : « Je suis la Servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon Ta Parole ». Si on doit résumer cette attitude, il y a un mot ou deux, humilité et abandon. Humilité : « Je suis la Servante du Seigneur », reconnaissance son propre état ; « Qu’il me soit fait selon Ta Parole », abandon à la volonté de Dieu malgré le côté incompréhensible de cette histoire. C’est une grande fête parce que – nous l’avons chanté, nous le chanterons encore – c’est le début de notre salut qui commence. Au départ, Adam pèche par orgueil et, à cause de cela, il est mis hors du paradis pour progressivement comprendre qu’il s’est égaré, qu’il n’a pas su s’abandonner à la Parole de Dieu, à la Parole du Créateur et qu’il n’a pas su l’aimer car s’il l’avait aimé, il lui aurait obéi. Avec la Mère de Dieu, c’est tout l’inverse, et cette perspective inversée nous conduit à comprendre que, dans le sein de la Mère de Dieu, c’est le salut qui est en train de naître. Dieu va se manifester quelques temps plus tard, le Christ naîtra et il naîtra pour nous dire que nous sommes aimés et que nous pouvons poursuivre le chemin avec Dieu dans l’amour. Alors cette fête ne doit pas rester comme un évènement historique, sympathique, mystérieux, impressionnant, cette fête doit résonner dans nos cœurs et dans nos âmes et doit avoir un écho de telle sorte que notre vie change, que nous n’en restions pas là. Nous sommes tous avec les conséquences du péché d’Adam teintés d’orgueil et quelque fois bien teintés. La seule thérapie à l’orgueil c’est l’humilité, c’est la vérité de nous-même devant le Seigneur et c’est l’acceptation de sa volonté dans un abandon total. Et c’est dur, c’est dur d’accepter la volonté de Dieu, c’est dur de s’abandonner car notre instinct nous conduit à vouloir nous autogérer. Dès que nous avons une petite difficulté nous voulons la gérer par nous-même. Je prends un exemple classique : je suis malade donc je vais voir le médecin et j’oublie de demander à Dieu de m’aider et d’aider le médecin à me guérir. C’est un exemple banal que nous connaissons tous et nous pouvons en citer de nombreux autres analogues. Nous manquons d’humilité, tous, moi comme vous, nous manquons d’humilité mais nous pouvons apprendre l’humilité : les épreuves et tout ce qui nous arrive dans notre quotidien de désagréable, de pénible, qui nous heurte, qui nous blesse causées par ceux qui nous entourent, justement ou injustement aux yeux des hommes, tout cela doit nous servir à grandir dans l’humilité. Les Pères nous disent que la meilleure recette pour acquérir l’humilité, c’est l’humiliation et cela nous n’aimons pas, pas du tout ; quand nous sommes humiliés nous nous rebellons, nous voulons avoir raison. J’ai souvent entendu dire ici dans ce lieu les personnes me dire : « Ce n’est pas juste » et j’ai toujours répondu la même chose : « Tout ce qui nous arrive est juste », non pas juste selon le plan humain, selon l’idée humaine mais juste selon Dieu parce que tout ce qui nous arrive est source de grâce, si nous le voulons, si nous retournons la situation, si nous pensons au Christ parce que c’est là le nerf, le creux, le point sublime : penser au Christ… Comment nous a-t-Il sauvés ? Par une humiliation et quelle humiliation, l’humiliation sur la croix, la pire de toutes, dans une souffrance incommensurable. Il a accepté. Je vous l’ai souvent dit, en tant qu’homme il a réagi comme nous : « Si c’est possible que cette coupe s’éloigne de moi » mais il a immédiatement ajouté « cependant non pas ma volonté mais Ta volonté ». Voilà la justice et sur la croix il dira : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? » mais aussitôt après Il dira : « Je remets mon esprit entre tes mains ». Voilà la justice. Certes nous souffrons quand nous sommes humiliés ou nous recevons une humiliation, nous souffrons, forcément, parce que notre nature est déchue, parce que nous avons aussi une sensibilité, parce que peut-être l’autre est injuste aux yeux des hommes mais Dieu se sert de lui pour nous faire grandir, de lui ou d’elle, pour nous faire grandir dans l’humilité et nous assimiler à la grande humilité du Christ dans laquelle il faut puiser en permanence car seuls nous ne pouvons rien faire. C’est dit dans l’Evangile d’aujourd'hui : c’est Dieu, par l’Esprit-Saint qui va rendre Marie enceinte afin qu’elle puisse donner naissance au Christ. Ce n’est pas elle qui le peut ; sa cousine Elisabeth c’est la même chose : c’était un miracle qu’elle soit enceinte à cet âge-là mais pour Dieu tout est possible. Alors lorsque nous souffrons, lorsque nous sommes accablés par une blessure causée par un frère, une sœur, un ami, un membre de la famille, quelqu'un de la société, peu importe, quand nous souffrons, cette souffrance elle est vraie, quand nous souffrons pensons à la souffrance du Christ, allons vers lui, touchons son vêtement, comme l’hémorroïsse l’a fait pour recevoir la grâce d’être guérie. En touchant le vêtement du Christ aujourd'hui nous, nous serons guéris de notre orgueil, alors comment toucher le vêtement du Christ ? Et bien c’est simple, il nous suffit, en nous approchant avec humilité du calice, de recevoir son Précieux Corps et son Précieux Sang, c’est notre manière à nous de toucher sa tunique ou plus exactement, c’est Lui qui nous permet de toucher sa tunique, mieux encore, recevoir son Corps et son Sang qui vont nous aider, non seulement à nous purifier mais à grandir dans l’humilité car si le Christ s’est abaissé jusqu’à la mort et à la mort de la croix, comme dit Saint Paul, Il s’est aussi abaissé à nous laisser en dépôt, au travers des apôtres, la possibilité de le recevoir dans notre propre corps, ce corps qui est souillé par l’orgueil, sous la forme du Pain et du Vin consacré, autre forme d’humilité du Christ. Demandons à la Mère de Dieu qui est sans aucun doute le modèle humain, humain, j’insiste, le plus parfait qui soit, qui a vécu dans l’humilité et dans l’abandon total. Cet abandon la conduira à s’effacer tout au long de la vie du Christ. On parle très peu de Marie dans l’Evangile. Lorsqu'à Cana elle apparaît pour tenter d’obtenir un miracle de son Fils, il lui arrive justement ce qui peut nous arriver : elle se fait rabrouer par son propre fils qui lui dit : occupe-toi de tes affaires et elle s’abandonne complètement au point de croire profondément que, de toute façon, il fera quelque chose, elle accepte d’être mise de côté mais elle va trouver les serviteurs leur disant, faites donc tout ce qu’il vous dira. Elle s’abandonne complètement dans l’humilité. Et puis, au dernier moment, à la croix, elle sera là debout, pratiquement la seule avec Saint Jean, les autres apôtres sont plus ou moins cachés et ont eu peur mais la Mère de Dieu est là debout, vivant dans son cœur ce que l’on a du mal à imaginer, c’est la souffrance d’une mère devant son fils qui est tué et elle sait qui est son fils, ce n’est pas n’importe qui ; elle accepte, elle s’abandonne. Elle recueillera elle-même le corps de Jésus pour le mettre au tombeau avec l’aide de Nicodème.
Elle est un modèle pour nous et nous devons avoir recours à elle à chaque fois que nécessaire. Nous avons des tribulations journalières, des toutes petites, des moyennes et quelque fois des très grandes. Tournons-nous vers Marie. Elle est comme une étoile qui ne s’éteint jamais. Nous pouvons la regarder, tourner les yeux vers elle, la supplier et lui dire ce que nous disons fréquemment dans nos prières : « Très sainte Mère de Dieu, sauve-nous ». Elle est la seule à qui nous disons, après le Christ, sauve-nous : on ne demande pas à un saint de nous sauver, on demande à la Mère de Dieu de nous sauver. C’est un peu mystérieux. On peut même se dire : est-ce que ce n’est pas une forme d’hérésie de substituer le pouvoir de la Mère de Dieu à celui du Christ et de le donner à Marie. Mais par son humilité, par son abandon Marie s’est assimilée à l’humilité du Christ et à son abandon. Elle est toute proche, d’abord comme mère, comme sainte mère, et elle peut, par son intercession, nous obtenir le salut, c’est ainsi qu’il faut comprendre cette prière : « Très sainte Mère de Dieu sauve-nous » en criant vers le Christ son Fils.
C’est pour cela que cette fête est grande, non seulement elle nous ouvre les voies du salut mais elle nous montre comment. Ce n’est pas encore une fois simplement un acte historique réglé une fois pour toute, c’est tous les jours que cet acte doit se renouveler en nous, que notre cœur, comme le cœur de Marie, doit s’ouvrir à la volonté de Dieu, que notre cœur comme le cœur de Marie doit accueillir l’humilité, l’humiliation et l’abandon. Il n’y a pas de vie chrétienne et à fortiori il n’y a pas de vie monastique sans le désir de l’humilité et de l’abandon à Dieu au travers des évènements, des épreuves, des douleurs, des souffrances, des choses incompréhensibles Dans ma vie de prêtre, j’ai vu beaucoup, beaucoup de gens au caractère, comme on dit, bien trempé, bien présent, quelque fois qui vous en font baver, puis qui, d’un seul coup, au travers d’une épreuve, étaient transfigurés, transformés, devenaient tout amour, tout abandon, toute humilité. Il ne faut pas chercher l’épreuve pour l’épreuve il y en a suffisamment qui nous arrivent, on n’a pas besoin d’en chercher, il faut les accueillir comme des visites de Dieu car au travers de cette visite il peut se passer beaucoup de choses parce que Dieu est Dieu. Si l’homme ne peut pas grand-chose, Dieu peut tout.


Amen