Monastère Saint Silouane

Centurion Prière de Jésus

Centurion Prière de Jésus
17/7/2016  Mt VIII, 5-13


Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit
Nous voyons au tout début de cet Evangile que le Seigneur Jésus est confronté à un centurion qui vient Le trouver pour qu’Il puisse guérir son serviteur paralysé. Il s’agit d’un centurion, c'est-à-dire d’un romain, d’un occupant même, d’un militaire qui avait une centaine de soldats à sa charge, qui n’était pas juif et qui ne pratiquait pas le judaïsme mais qui, sans aucun doute, a entendu parler du Seigneur Jésus et des miracles qu’Il est capable de faire ainsi que de sa sagesse. Alors il s’adresse à Lui, ce qui veut dire , entre autre, que tout homme sur cette terre peut s’adresser au Seigneur et que le Seigneur n’est pas réservé seulement à ceux qui portent le nom de chrétien. Le dialogue s’installe entre ce centurion et le Seigneur. Le Seigneur veut aller guérir celui qui est souffrant et paralysé mais le centurion lui dit : « Je ne suis pas digne que tu viennes chez moi mais si tu dis une parole, mon serviteur sera guéri » et la suite. Autrement dit, ce centurion a une foi vive, une foi vive qui lui permet à la fois de voir dans son cœur combien il est indigne – ce que nous sommes tous – et  il croit en même temps qu’au-delà de cela et malgré cela le Seigneur peut tout faire. Nous sommes souvent confrontés à des situations difficiles, situations de malheur – notre pays vient encore une fois d’être touché par un massacre innommable et nous en souffrons, nous en souffrons tous. Cette souffrance, réelle, cette souffrance que nous devons vivre chrétiennement, comment la vivons-nous ? En commentant les évènements, en les critiquant, en critiquant nos politiques, en critiquant ceux qui ont commis ces actes de barbarie ? Mais est-ce que nous savons aller dans la prière comme le fait ce centurion ? Il prie le Seigneur de venir guérir son serviteur. Et cette prière que l’on pourrait appeler la prière de Jésus, à Jésus, cette prière que nous connaissons tous : « Seigneur Jésus, aie pitié de moi pécheur », cette prière, on l’appelle aussi la prière du cœur mais soyons attentifs quelques instants à cette nuance : prière de Jésus et prière du cœur. Ce n’est pas tout à fait la même chose. La prière de Jésus c’est la formule que nous disons, que nous disons avec nos lèvres et aussi avec notre intellect mais les Pères nous disent que cette prière doit descendre dans le cœur pour qu’elle soit authentique, profonde, et qu’elle ait une efficacité encore plus grande. Descendre dans le cœur …. Pour qu’elle descende dans le cœur, il faut que le cœur soit préparé, il faut que le cœur soit prêt, il faut que le cœur soit accueillant et, pour cette raison, il faut que le cœur soit purifié. « Seigneur, je ne suis pas digne que tu viennes chez moi ». C’est l’attitude du centurion : non seulement, il prie mais il prie avec le cœur. Le cœur qu’il voit encombré de son péché mais qu’il veut voir purifié. Et c’est là une très belle et très forte leçon pour chacun d’entre nous car quand nous sommes confrontés – comme je le disais tout à l’heure – à des situations douloureuses : familiales, sociales, ecclésiales, fraternelles, si notre prière ne descend pas au fond de notre cœur, c'est-à-dire, si notre cœur ne se purifie pas de toutes les souillures qui l’encombrent, si notre cœur ne s’humilie pas dans la vérité de ce que nous sommes, dans l’humilité autrement dit, alors, oui, nous aurons dit la prière « dite de Jésus » mais nous n’aurons pas dit la prière du cœur. Pour cela, il faut la grâce, il faut la grâce de Dieu. Cette grâce, c’est le Christ qui la donne quand on la lui demande. Le centurion lui demande de guérir son serviteur, il le Lui demande en reconnaissant, face à tous, qu’il est indigne. Il purifie son cœur, sa prière est la prière du cœur et c’est pour cette raison, entre autre, que le Seigneur va guérir le serviteur immédiatement. Alors oui, essayons d’être le plus authentique possible dans notre prière, d’aller jusqu’au fond, de reconnaître nos fautes. Il ne s’agit pas de se sentir coupable, je vous l’ai dit mille fois, la culpabilité n’est pas un sentiment chrétien, il ne s’agit pas de se sentir coupable. Il s’agit de savoir que, dans notre cœur, il y a des choses qui ne devraient pas y être et que le Seigneur peut retirer si on le lui demande. C’est Lui qui fait le grand ménage mais encore faut-il que nous le lui demandions. Et si nous le Lui demandons, alors oui, le miracle peut arriver. Alors oui, le Seigneur peut venir nous soulager, nous consoler, nous conforter, nous mettre debout mais il faut se battre, il faut aller jusqu’au bout dans la prière. La Mère de Dieu est sans aucun doute le modèle parfait de cette prière. Elle pouvait pécher, elle n’a pas péché mais elle savait qu’elle était capable de pécher. Elle aurait pu pécher à Cana lorsque Jésus l’a un petit peu bousculée en lui disant : « Occupe-toi de tes affaires ». Evidemment ceci était dit à la manière orientale, qui n’est pas tout à fait la même que la nôtre, mais quand même elle aurait pu lui dire – c’était son fils après tout - : « Parle-moi un peu plus correctement ». C’est ce que nous aurions fait ! mais elle, elle ne le veut pas. Elle veut garder son cœur intact pour que le miracle ait lieu et le miracle aura lieu. Elle aura une confiance totale dans son fils et s’II ne lui répond pas, elle ira trouver les serviteurs en leur disant : « Faites tout ce qu’Il vous dira ». C’est ainsi que le miracle a lieu. Si vous lisez la vie des saints vous verrez que tous les Saints ont eu cette même attitude. Oh pas parfaitement tout au long de leur vie mais plus ils avançaient vers la fin, plus leur cœur devenait transparent pour que l’Esprit-Saint, l’Esprit de Dieu, le Seigneur Jésus vienne s’y déposer et quelque fois d’une manière tellement spectaculaire. Rappelez-vous, Saint Séraphin de Sarov avait le cœur tellement pur qu’il voyait les péchés de ceux qui venaient vers lui pour se confesser. Il leur disait : « Je n’ai pas besoin de t’entendre, je sais, tu as fait ça, tu as fait ça, tu as fait ça… allez, va ». Il n’était pas le seul. Il y a en a eu bien d’autres. Ils ont pu faire cela parce qu'ils avaient le cœur pur, le cœur nettoyé, le cœur conscient, à la fois de leur indignité et de la capacité du Seigneur de les rendre purs. Tout à l’heure, avant de recevoir le Corps et le Sang du Christ, nous dirons la prière avant le Communion : « Seigneur je crois, je confesse que Tu es en Vérité le Christ, le Fils du Dieu vivant venu en ce monde pour sauver les pécheurs dont je suis le premier ». Alors cette phrase, soit nous la disons machinalement, comme des perroquets, mais dans ce cas-là, elle n’a pas de sens, ce n’est même pas la peine de la dire ou bien nous la laissons descendre dans notre cœur pour que nous ayons conscience de notre indignité, encore une fois, pas dans la culpabilité, mais dans l’espoir et la foi d’être sauvé en recevant le Corps et le Sang du Christ, c’est là la grâce qui s’accomplit alors.
Que Dieu nous donne de goûter ce miracle, et ceci, jusqu’à la fin des temps.

Amen