Monastère Saint Silouane

L’église orthodoxe dans son fonctionnement territorial

L’église orthodoxe dans son fonctionnement territorial
L’église orthodoxe dans son fonctionnement territorial est dans une situation ecclésiologique parfaitement conforme à ce qui s’est vécu dès les origines du christianisme selon l’expérience apostolique des premiers siècles. En effet lorsque nous lisons les lettres de saint Paul il nous est facile de constater qu’il s’adresse, par exemple, dans l’épître aux Éphésiens, en écrivant :» Paul, aux saints qui sont a Éphèse et aux fidèles en Jésus Christ…ou bien encore dans l’épitre aux Romains :» Paul a tous ceux qui a Rome sont bien-aimés de Dieu…etc. Il ne dit pas aux Éphésiens, aux Romains ou bien encore aux Corinthiens. Par là même St Paul exprime très clairement qu’il s’adresse à ceux qui sont les habitants de telle ou telle ville sans considération de race ou de nationalité. Il faut souligner que ceci est la base fondamentale de l’ecclésiologie orthodoxe. C’est la communion de tous ceux qui vivent sur un même territoire qui constitue l’entité ecclésiale locale malheureusement compte tenu de la faiblesse de l’homme il s’avère que depuis plusieurs siècles une déviation fort dommageable s’installe dans la pensée de certaines églises orthodoxes et cela pour des intérêts purement humains et politiques dans le mauvais sens du terme ;par intérêt national, a caractère fort égocentrique et ceci n’ayant rien avoir avec le Christianisme, des fidèles, des membres du clergé et des hiérarques confondent nation et territoire. 
Il convient de dire clairement que ceci est parfaitement contraire à l’Évangile du Christ…et de rappeler que cette attitude est hérétique. Le concile de Constantinople de 1872 condamne de façon formelle ce mode de pensée et d’action. Le phylétisme (nationalisme) est déclaré hérésie !:… 

L’attitude dont il est question ici est dramatique parce que non seulement elle ne correspond en rien a l’enseignement du Seigneur Jésus qui accueille dans sa miséricorde tout être humain sans aucune condition, mais aussi parce que’ elle s’oppose formellement à ce que les apôtres on voulu vivre sur cette terre s’inspirant de l’attitude du Christ en s’inculturant dans les traditions locales des pays où l’Esprit Saint les menait. Il n’est pas concevable qu’un membre du clergé ou qu’un hiérarque envoyé en dehors de son territoire d’origine pour y vivre en Apôtre et en Pasteur ne parle toujours pas la langue du pays où il se trouve depuis cinq, sept, ou dix ans… se rendant ainsi incapable de communion verbale avec ceux dont il a la charge et qui se trouvent être nés sur le territoire où celui-ci a été envoyé pour y accomplir sa mission pastorale. Il n’est pas correct que des fidèles soient obligés de demander pendant plusieurs années, et non sans difficultés, que l’on veuille bien lire l’Évangile de la liturgie dans la langue du territoire où ils vivent (l’ayant entendu précédemment en Grec, en Russe, en Roumain eu en Serbe). Comment comprendre ce que le saint-synode d’une Église orthodoxe disait récemment en ”assurant tous ses enfants, qui demeurent hors des frontières de la MERE PATRIE, de sa sollicitude spirituelle ”?... Comme le fait dire mon grand ami l’écrivain Gabriel Matzneff à l’un des personnages de son dernier roman (voici venir le Fiancé-édition La Table Ronde):» Le moins qu’on puisse dire est que vos barbus confondent la mère spirituelle qui est l’Église avec la mère civique qui est la nation!..Compte tenu de ces éléments, on ne s’étonne pas de la difficulté rencontrée aujourd’hui pour parvenir à l’édification d’une Église Locale!... Dernièrement un archevêque n’hésitait pas à dire que la construction de cette dernière ne relevait que de l’action des évêques. Pour ne pas manquer à la charité, on s’interrogera seulement sur cette nouvelle forme d’ecclésiologie… 

Au demeurant et en nous éloignant de toute polémique non évangélique il nous faut réfléchir et avancer vers un devenir positif. D’une certaine manière on peut comprendre ce qui se passe dans les différents pays orthodoxes beaucoup d’entre eux ont été sous l’empire écrasant des différentes obédiences communistes, totalitarismes qui les ont opprimés, terrorisés et exterminés et de ceci nous devons être conscients. On peut comprendre qu’une guerre comme celle qui s’est déroulée récemment en Serbie ait entrainé les Serbes a renforcé une autodéfense de la nation et renforcé un esprit patriote ceci d’autant plus qu’ils étaient lâchement abandonnés par les pays voisins. Au demeurant si le patriotisme est légitime il ne doit pas être confondu avec l’attitude qui consiste à ne reconnaître comme orthodoxe que ceux qui sur un territoire donné appartiennent uniquement à l’ethnie historique d’un tel lieu. La majorité des Balkans a été touchée par l’oppression communiste. Les souffrances de nos frères ont été conséquentes et nous nous devons de les respecter ;mais nous avons aussi un devoir humble, mais réel de manifester ce qui est à vivre selon l’Évangile et non pas selon des critères purement humains, entendons par là selon l’humanité déchue. Saint Paul nous dit qu’il n’y a plus ni grec ni juif, ni homme ni femme. Que veut-il donc dire par là ? Certainement pas que nous n’avons ni nationalité ni sexe, mais que selon le Christ Jésus les priorités ne se situent pas a ce niveau…Fondamentalement il nous dit que nous sommes tous des enfants de Dieu et que par conséquent nous devons nous aimer véritablement les uns les autres, et ce, sans distinction de races. Alors, la question est la suivante : voulons-nous vivre selon le Christ ou selon le diable ? Selon celui qui nous unit ou selon celui qui nous divise.? N’aurions-nous pas non plus a être vigilants envers toutes sortes de tentations fondamentalistes ? 

Pour ne pas tomber dans le piège du découragement, il nous faut regarder tout ce qui a été réalisé positivement par nos prédécesseurs : de nombreux intellectuels arrivés après les différentes vagues d’émigration qui commencèrent vers 1920 ont cherché à établir des liens avec la culture qu’ils rencontraient dans leurs pays d’accueil. Ils ont permis ainsi l’accès aux différentes richesses de l’orthodoxie encore bien peu connues à cette période. Ce trésor dont ils se savaient dépositaires ils ont aimé le partager avec ceux que Dieu appelait à cette découverte. Mgr Antoine Bloom en particulier a été ce très grand prédicateur de l’évangile au moyen d’innombrables conférences, retraites, émissions de radio en français et en anglais. Il s’est montré ce père spirituel infatigable pour tous ceux qui le lui demandaient. Pour autant il n’a pas délaissé son œuvre pastorale, tout aussi considérable, en faveur des Russes ou russophones. Il a cherché à accueillir et à réunir tout le monde. Et que dire de l’œuvre de Vladimir Lossky dans le domaine théologique, de Léonide Ouspensky dans celui de l’icône et du Saint évêque Jean de Shanghai quant à son ouverture d’esprit et sa dévotion pour les saints locaux de France et d’ailleurs, pour ne citer que les noms les plus prestigieux, tous autant enracinés dans leur héritage que totalement ouvert au partage. Qu’on me permette de citer cette interview de l’Archevêque Anastase d’Albanie, théologien spécialiste de la mission, extrêmement éclairante pour notre propos. Voici ce qu’il dit :”Je pense que la mission orthodoxe consiste à proposer les trésors que nous avons, et laisser les autres décider. Si les autres veulent rejoindre l’Église Orthodoxe, comment peut-on leur dire :”Non ,car vous n’êtes pas Grec, ou Russe ou Roumain, ou autre ? Vous ne pouvez pas entraver la liberté d’autrui. Vous êtes là, vous portez votre témoignage, vous êtes un cierge illuminé de la joie pascales les autres veulent prendre du feu à votre flamme, comment pourriez-vous dire « non, c’est à moi seul ”? … 

Je terminerai en disant qu’il nous faut sans cesse revenir au fondamental de notre vie chrétienne : l’Amour ! Si nous nous écartons tant soit peu de cette vertu, nous nous écartons du Christ et plus rien n’est possible ! Sans le Christ il n’y a pas d’Église. Sans Amour il n’y a pas d’Église ! “Aimes et fais ce que tu veux “dit Saint Augustin, mais ne nous trompons pas : il faut d’abord aimer et seulement ensuite faire ce que nous voulons : alors, notre volonté sera guidée par l’Amour c'est-à-dire par le Christ ! Alors, l’Église vivra comme le Seigneur le désire ! .




+ SYMEON
Higoumène du Monastère Saint Silouane