Monastère Saint Silouane

Dimanche de l’Orthodoxie 

Dimanche de l’Orthodoxie 
9 mars 2025
Monastère Saint Silouane
 
Chers Pères, Mères, frères et sœurs !

 A l’occasion de ce 1er dimanche de Carême, la Sainte Église dans Sa sagesse nous donne de faire mémoire de la restauration du culte des Saintes Icônes qui a fait suite à la crise arianiste.
Mais s’il est bien une icône vivante de tout disciple du Christ, c’est celle de Nathanaël dont nous venons d’entendre le récit de sa rencontre avec le Seigneur.
Ce récit commence avec l’apôtre Philippe ; rappelons que Philippe n’était pas parmi les deux premiers disciples qui s’étaient mis à la suite du Christ sur l’indication de Jean-Baptiste ; car ce n’est que le lendemain, alors qu’il avait décidé de partir pour la Galilée, que le Seigneur rencontre Philippe et lui dit : « Suis-moi ». 
Pour Philippe comme pour André, cette première entrevue et les quelques heures passées avec le Maître furent déterminantes. Tous deux sont convaincus : celui que Jean-Baptiste avait désigné comme « l’Agneau de Dieu » (Jn 1, 36) est bien le Messie. Aussi ne peuvent-ils se taire : André court chercher son frère Simon, tandis que Philippe partage sa découverte avec Nathanaël. 
La présentation que donne Philippe laisse pressentir que l’enseignement proposé par le Christ à ses premiers disciples, portait déjà sur l’accomplissement des Écritures en sa personne : « Celui dont parlent la loi de Moïse et les Prophètes, nous l’avons trouvé ». Suit une désignation tout à fait classique par le nom, la famille et l’origine géographique : « Jésus, fils de Joseph, de Nazareth ».
 La remarque quelque peu désabusée de Nathanaël, est tout à fait pertinente : les Écritures ne parlent pas de Nazareth, mais désignent Bethléem comme lieu d’origine du Messie (Mi 5, 1). De fait, Jésus n’est pas « sorti de » Nazareth, mais du sein du Père, comme tout l’évangile de Saint Jean nous le fait découvrir. Il est bien sûr « sorti » également du sein de la Mère de Dieu, et précisément à Bethléem, conformément aux prophéties. Mais son origine n’est pas d’ici-bas : il n’est pas « fils de Joseph », mais « Fils de Dieu », comme Nathanaël le reconnaîtra un peu plus tard, au cours de son entrevue avec le Seigneur.  
Décontenancé par la réaction sceptique de son ami, Philippe ne peut que se faire l’écho des paroles du Christ Lui-même : « Viens et tu verras ». Ce n’est pas au terme d’un raisonnement en bonne et due forme que nous pouvons arriver à la conclusion : « Jésus est le Messie ». Il s’agit d’une certitude de foi, qui ne peut être acquise que par la fréquentation assidue du Christ dont nous sommes devenus à la fois les compagnons, mais aussi les serviteurs; surtout nous; moines et moniales qui avons décidé de suivre  le Christ, suite à l'appel qu'Il nous a lancé un beau jour de notre vue. Ce n’est que dans un second temps, à la lumière de l’Esprit, que nous pouvons ensuite constater l’annonce prophétique de la venue du Christ dans les Écritures, et déployer la cohérence rationnelle du projet de Dieu, que le Christ vient accomplir pour nous et parmi nous.
 
Aussi l’invitation « Viens et tu verras » devrait-elle être aujourd’hui comme hier, au cœur de la première annonce de la Bonne Nouvelle (kérygme), car seules la présence du Christ, sa Parole vivante, et le rayonnement de son Esprit d’amour, peuvent triompher de nos résistances et entraîner notre entière adhésion.m à Son appel.  Le mérite de Nathanaël est de ne pas s’obstiner dans son scepticisme, mais de demeurer ouvert à l’imprévu de Dieu, dont l’action au cœur de l’histoire est toujours déconcertante. Il consent à suivre Philippe, qui s’empresse de le conduire au Christ.
 
Il est remarquable que ce n’est pas Nathanaël qui le premier « voit » le Christ - alors que pourtant il doit le chercher avec curiosité - mais c’est le Seigneur Lui-même qui « voit Nathanaël venir à lui » ; ce qui suppose - comme l’échange le confirme - que Notre-Seigneur avait posé son regard sur lui depuis bien longtemps : « Avant que Philippe ne te parle, quand tu étais sous le figuier » - c’est-à-dire alors que tu scrutais assidûment les Écritures pour y discerner le temps et le lieu de ma venue - je t’ai vu » - « j’ai vu ton effort, j’ai entendu ta prière, je connais ton désir. Tu es un véritable fils d’Israël, un homme qui ne sait pas mentir et refuse les compromissions avec le monde, sous prétexte que le Messie tarde à venir. Sache que je suis descendu pour accomplir les Écritures, donner à mon peuple la pleine délivrance, et l’introduire dans son repos » (cf. Ex 3, 7-8). Percevant la portée messianique des propos du Christ, Nathanaël reconnaît et confesse qu’il est l’Envoyé de Dieu - « le Fils de Dieu » - et le prophète de la fin des temps annoncé par Moïse (Dt 18, 15), qui devait introduire Israël dans sa patrie définitive et régner sur lui pour toujours - « le Roi d’Israël ».

 
La disponibilité spirituelle de Nathanaël permet au Christ de lui révéler solennellement – ainsi qu’à tous les cœurs droits qui tout au long de l’histoire lui prêteront l’oreille de leur cœur : « Lorsque j’aurai été élevé de terre pour vous purifier du péché qui a fermé pour vous les portes du Paradis, “vous verrez les cieux à nouveau ouverts, avec les anges de Dieu qui montent et descendent au-dessus du Fils de l’Homme intronisé sur le trône de sa Croix glorieuse. C’est à l’Heure où le Père me glorifiera, que vous saurez que JE SUIS” ».
 
Alors, en ce Carême commençant, n’hésitons pas un instant, suivons Nathanaël et que la parole de l’apôtre Philippe ne cesse de résonner dans nos cœurs : « Viens et vois ! ».
Amen !
 

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