Monastère Saint Silouane

Foi, confiance, patience, attente

20/12/2020 Mth I, 1-25

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
On peut se demander pourquoi, dans l’Evangile de ce jour, nous entendons cette longue liste de noms qui nous semblent, apparemment, d’un intérêt secondaire ; nous ne comprenons pas immédiatement qu’il y a un enseignement comme dans les autres Evangiles où le Seigneur, soit par parabole, soit directement enseigne son peuple, le nourrit de sa Parole ; là il s’agit d’un rappel de toute la généalogie du Christ ; qu'est-ce que cela veut dire ? Tous ces hommes, toutes ces femmes dont nous avons entendu le nom à quoi correspondent-ils ? Certains d’entre eux nous sont connus, d’autres un peu, d’autres pas du tout. Que signifie donc cette longue généalogie ? Il me semble que l’on peut interpréter ce passage comme le signe d’une épreuve, d’une longue épreuve : l’épreuve de la foi, l’épreuve de la patience, de l’attente ; une épreuve de la foi car, dès le début, lorsque le Seigneur s’adresse à Abraham, Il lui dit simplement : « Quitte ton pays et va vers le pays que Je te montrerai » ; Il ne lui dit pas où ; Abraham obéit et c’est pour nous un modèle de foi ; il quitte son pays, il quitte ses terres qui étaient nombreuses, il quitte une partie de sa famille, il quitte ses biens et il part : épreuve de la foi. A sa suite viendront d’autres personnages : Moïse ; Moïse à qui le Seigneur promet de voir la terre promise : une terre où il n’y aura plus ni douleur, ni souffrance et Moïse entraîne tout son peuple dans une très longue marche qui dure de nombreuses années : épreuve de l’attente et Moïse d’ailleurs ne verra pas la terre promise ; et puis il y a tous les autres. Il y a parmi tous ces noms des gens de haute qualité comme ceux que je viens de citer, il y a d’autres qui sont carrément des brigands ; il y a en a d’autres comme le roi David qui commettront des péchés, des fautes extrêmement graves car Salomon naîtra du péché de David avec la femme d’Urie qu’il aura séduite et, pour ce faire, envoyer tuer son mari. Tous ces gens nous sont proposés à la méditation en ce jour. Pourquoi ? Parce que Dieu, parce que Dieu avait confiance en eux, même pour les pires ; Il voyait au travers d’eux leur beauté ou plus exactement le reflet de sa propre beauté, même lorsqu'’elle était extrêmement cachée et, progressivement Il leur apprenait – car c’était un temps d’apprentissage – Il leur apprenait la foi, la patience, l’attente. Avant la fête de Noël nous sommes dans un temps de carême, dans un temps d’avent, dans un temps d’attente. Dans nos vies personnelles, pour chacun d’entre nous, il y a des périodes où le Seigneur nous demande de la foi, où le Seigneur nous demande de la patience et de l’attente ; le Seigneur nous conduit vers un endroit que nous ne connaissons pas. Je dois vous dire que si on m’avait dit il y a 50 ans que je serais fondateur de ce monastère, que j’en aurais la paternité spirituelle et qu’ensuite je deviendrais évêque, je pense que j’aurais ri en disant : « Cela n’est pas possible ». Et vous pourriez dire la même chose par rapport à vos vies personnelles ; nous sommes toujours surpris par ce que Dieu fait de nous mais nous devons savoir que Dieu a confiance en nous, que Dieu est patient envers nous et que Dieu sait où Il nous conduit. Au fur et à mesure de ces longues années qui ont scandé la vie de tous ceux dont nous avons entendu les noms il y a eu des épreuves, beaucoup d’épreuves ; l’aventure déjà est une épreuve et puis des maux, des épidémies comme celle que nous connaissons mondialement actuellement mais au fur et à mesure Dieu écoutait son peuple qui priait et le suppliait d’être délivrés de l’oppression des égyptiens, des épreuves qui suivirent ; dans un des psaumes – un long psaume – il nous est rapporté toute cette aventure où l’on voit qu’à chaque fois le peuple de Dieu tombait dans le péché quelque fois, Dieu enseignait le peuple, guérissait le peuple et reconduisait le peuple. C’est notre histoire ; cette généalogie c’est notre généalogie, c’est la même réalité : une aventure ; nous sommes sur la terre dans une aventure mais une aventure qui est scandée régulièrement non seulement pour tous ceux de la généalogie du Christ mais pour nous aussi par une phrase qui revient et que nous chanterons pendant la Vigile de Noël, plus particulièrement pendant les Complies : « Dieu est avec nous, peuples sachez-le, Dieu est avec nous » ; et c’est peut-être la leçon la plus importante de cette généalogie car Dieu est avec tous ces gens dont nous avons entendu les noms, même avec les pires Il est là, même avec David qui a tué, qui a fauté, Il est là et Il remet debout David qui aura une grande responsabilité. Ceci veut dire quoi ? Ceci veut dire que nous devons, nous aussi, accueillir dans la foi ce que Dieu nous propose ; dans la foi, c'est-à-dire que quelque part nous ne comprenons pas intellectuellement ce que Dieu veut de nous mais Il nous donne la grâce de pouvoir répondre « Oui » car Il est avec nous ; c’est la confiance, la foi et puis Il nous donnera la patience ; nous ne l’avons pas toujours cette patience, c’est Dieu qui la donne : nous n’avons pas toujours cette vertu, certains l’ont plus que d’autres, moi je ne l’ai pas beaucoup, je peux vous le garantir, je suis plutôt un impatient et pourtant Dieu nous montre, à chaque instant qu’il faut être patient : attendre. Hier encore on me parlait des problème de l’Eglise : ceux qui ont lu l’histoire de l’Eglise savent que depuis le début jusqu’à aujourd'hui et certainement jusqu’à la fin des temps, il y aura des problèmes d’Eglise car l’Eglise est composée d’une partie divine qui est parfaite puisque le Christ est à la tête de l’Eglise et une partie humaine, c’est nous et nous ne sommes pas parfaits ; autrement dit des problèmes il y en aura toujours ; hier soir, face à ce questionnement que je recevais par rapport à un problème d’Eglise qui me tracassait, où je me demandais comment j’allais pouvoir résoudre ce problème, moi, je me suis dit : « Non pas moi, il faut que j’aille dans la prière vers Dieu, pas vers moi. » Ce n’est pas moi qui vais résoudre le problème, c’est Dieu et c’est notre foi en Dieu qui permet à l’Eglise de continuer sa vie depuis des milliers d’années ; foi, espérance, constance, attente avec patience. Je pense que c’est là la leçon de cette longue généalogie qui peut à priori nous paraître un peu rasoir mais qui pourtant est un long enseignement. Alors que nous sommes à la veille de fêter Noël, la venue du Seigneur, l’Emmanuel Dieu avec nous, développons dans nos cœurs et dans notre âme cette patience, cette foi, cette foi sans conditions ; nous pouvons demander à Dieu ce que nous désirons mais dans la foi, pas dans l’exigence personnelle : je veux, non. Nous avons un exemple en Joseph, on vient de l’entendre, en Marie, au moment de l’Annonciation ; rien n’est à comprendre, Dieu demande et ils ont la foi ; ils ne font pas confiance en eux-mêmes car les éléments qu’ils connaissent ne pouvaient entraîner aucune confiance en eux-mêmes mais ils ont confiance en Dieu, ils ont foi en Dieu et bien d’autres encore.
Alors que le Seigneur nous donne cette grâce d’une foi comme Abraham l’a eue, d’une confiance dans l’attente comme Moïse l’a eue, une persévérance malgré le péché comme David l’a eue, une foi vive comme Joseph et Marie l’ont eue. Que Dieu nous donne cette grâce indispensable à notre vie personnelle et à notre vie d’Eglise.

Amen