Monastère Saint Silouane

Le jeune homme riche

Le jeune homme riche
11/9/2016  Mt XIX, 16-26


Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Ce jeune homme qui s’est approché de Jésus avait certainement le désir d’être le plus proche possible du Seigneur et, pour se faire, il interroge Jésus en Lui demandant des conseils. Que doit-on faire pour entrer dans le Royaume des Cieux ? Le Seigneur Jésus lui rappelle les commandements, les commandements qui ont été donnés à Moïse par Dieu et puis les commandements fondamentaux : « Tu aimeras ton Dieu et ton prochain comme toi-même ». Le jeune homme qui est certainement quelqu'un de très pieux lui répond que cela il l’a accompli.
Alors le Seigneur va plus loin et lui dit : « Alors si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as, viens et suis-moi ». Cette phrase évidemment touche le cœur du jeune homme car il nous est dit qu’il était fort riche et d’entendre avec force cette injonction du Seigneur le trouble : dans son cœur il lui paraît impossible d’abandonner toutes ses richesses. Il nous est dit qu’il s’en alla alors fort triste.
Et voyez-vous la tristesse ne vient jamais de Dieu, la tristesse vient du démon et ce jeune homme a été, à ce moment-là, attaqué par le démon. Certes il était riche, fort riche certainement, mais le démon lui a susurré à l’oreille que c’était impossible de quitter toute cette richesse et il a mis en lui cette tristesse. Si le jeune homme avait répondu au Seigneur : « Je veux bien essayer, ce sera difficile, peut-être même très difficile ». Le Seigneur lui aurait répondu ce qu’il a répondu aux apôtres : « Ce qui est impossible à l’homme est possible à Dieu ». Autrement dit, le jeune homme s’est fait piégé par le démon comme il nous arrive de nous faire piéger nous aussi et souvent. Quel est l’enseignement fondamental du Christ ? Ce n’est pas de condamner d’une manière catégorique les gens qui sont riches. C’est de mettre en garde contre un phénomène bien connu qui est celui de la possession. Posséder de la richesse. Ce n’est pas tout à fait la même chose que d’être riche. On peut être riche et ne pas posséder cette richesse, c'est-à-dire ne pas la conserver comme un avare, la garder comme un trésor auquel personne ne peut toucher. Ce que le Seigneur veut dire c’est que l’on ne doit pas être attaché, enchaîné par nos richesses et quelles que soient ces richesses. Car il n’y a pas que l’or et que l’argent dans cette histoire, il y a toutes sortes de richesse. On se croit riche de sa science, on se croit riche de ses possessions bien sûr, on se croit riche de sa famille, de ses amis, de son milieu social, on se croit riche de son église, de sa communauté, de sa paroisse. On se croit riche d’un tas de choses. C'est-à-dire que l’on veut posséder tout ce que je viens d’énumérer. On veut en être le maître, celui qui a la main dessus.
Ce que le Seigneur veut nous dire c’est qu’il faut nous libérer de tout cela, faire tomber nos chaînes. Oui, nous pouvons être heureux d’être riche, nous pouvons être heureux d’avoir de bons amis, une bonne famille, un bon diocèse, une belle paroisse, une belle communauté, une belle famille, etc. Oui, nous pouvons être riche et être heureux d’être riche de sciences, de connaissances… mais si nous voulons devenir les maîtres, les possesseurs de tout cela, c’est là que nous nous trompons et le problème de ce jeune homme c’est qu’il était très attaché à ses richesses – on ne sait pas lesquelles d’ailleurs. Il eut fallu simplement qu’il se tourne vers le Seigneur et qu’il lui dise : « C’est presqu’impossible ». Il eut suffi de ce petit mot, presque, c’est presqu’impossible. Alors le Seigneur lui aurait dit : « Oui, c’est presqu’impossible mais pour Dieu tout est possible ». Alors pour nous c’est une leçon qui nous permet de nous interroger sur notre manière de vivre par rapport à ce qui nous est donné dans la vie, toutes les richesses que nous avons à notre disposition, quelles qu’elles soient. Que fait-on de ces richesses ? Les enferme-t-on dans un coffre, bien fermé à clé sur lequel on s’assoit ou bien fait-on autre chose ? Est-on généreux de ce que l’on a, que ce soit de l’argent ou de la science, une communauté ? C’est un questionnement que le Seigneur nous offre aujourd'hui, une interrogation que nous devons nous poser assez régulièrement car nous avons tendance, moi comme vous, à nous habituer à posséder. Or il faudra, au moment où nous quitterons cette terre, tout laisser. C’est bien là le problème. Une grande actrice, au moment de mourir, alors qu’elle avait sur elle une rivière de diamants, tenant cette rivière dans ses mains s’écria : « Et dire qu’il va falloir quitter tout cela ! ». Sera-t-on comme cela à la fin de notre vie ? Nous n’aurons peut-être pas de rivière de diamants autour du cou mais aurons-nous cette attitude ? Ou bien serons-nous heureux d’être libérés, de nous envoler vers Dieu, libres, sans rien, rien, absolument plus rien à gérer, à posséder, à maîtriser, plus rien que nous-mêmes à offrir à Dieu, avec notre péché, notre faiblesse ? Alors oui, si nous sommes dans cette attitude-là, le Seigneur nous ouvrira les bras mais si nous traînons avec nous nos valises remplies de diamants, ou de toutes sortes d’autres choses, que fera Dieu de tout cela et qu’en ferons-nous ?
Demandons au Seigneur de nous aider à dépasser ce qui nous apparaît comme impossible. Puisqu’Il le dit : « Si c’est impossible à toi, homme, a Moi, Dieu c’est possible ». Alors demandons-Lui cette grâce de passer au-delà de l’impossible qui quelque fois nous encombre et fortement. Demandons-Lui cette grâce. Devenons libre. L’Evangile du Seigneur, c’est la liberté, liberté de l’homme, debout dans la lumière de Dieu.

Amen