Monastère Saint Silouane

Repentir Amour

Repentir Amour
17/4/2016  Dimanche de Sainte Marie l'Egyptienne  Mc, X, 32-45
                                                                                            Lc, VII, 36-50
Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit
Le second Evangile que nous venons d’entendre est celui qui est lu à l’occasion de la fête de Sainte Marie l’Egyptienne que nous célébrons en ce jour. Si l’Eglise a choisi de fêter cette sainte alors que nous approchons de la fin du carême, c’est pour une raison bien importante. En effet, cette grande sainte nous propose, au travers de sa vie, l’exemple du repentir. Or, pendant tout ce carême, nous avons été amenés, au travers des différentes prières, des différents Offices, à prendre conscience, d’une part que nous pouvions être pécheurs – et quelque fois gravement – mais que d’autre part il nous fallait entrer dans le repentir. Beaucoup s’interrogent sur ce qu’est le repentir et, dans la vie de Sainte Marie l’Egyptienne, nous avons la réponse, de la même manière que dans le récit évangélique que je viens de lire en dernier. C’est un peu la même histoire mais, pour chacune de ces femmes, le cas est particulier. Ce qu’elles ont en commun, c’est qu’elles étaient des pécheresses, des prostituées. Marie l’Egyptienne a vécu pendant longtemps, très jeune,  jusqu’à ce que Dieu lui propose le repentir. A cette femme, Jésus propose aussi le repentir, aux deux, comme il le propose à chacun d’entre nous. Mais le repentir est une grâce, le repentir n’est pas quelque chose que nous pouvons décider de vivre par nous-mêmes et par nos propres forces immédiatement. Nous le savons bien, nous avons souvent ce questionnement : « Quand serai-je dans le repentir ? Quand entrerai-je dans le repentir ? Pourquoi je n’entre pas dans le repentir ?». Et bien parce que Dieu ne nous a pas donné la grâce du repentir encore, peut-être, mais peut-être nous l’a-t-il déjà donnée. Marie l’Egyptienne, alors qu’elle s’embraquait sur un bateau rempli de marins pour y continuer sa vie de prostituée ne savait pas ce qui l’attendait à la fin du voyage mais elle avait entendu dire qu’il se célébrait une grande fête, une grande fête à Jérusalem et poussée par un sentiment qu’elle n’avait pas provoqué, elle suivit la foule qui se rendait en masse pour entrer dans l’église de la Sainte Résurrection du Christ, l’Anastasis. Au moment où elle voulut entrer, cela lui fut impossible, physiquement, il y avait comme un mur qui l’empêchait d’entrer. Il y avait comme une paralysie qui l’empêchait d’avancer. Elle voulait avancer mais elle ne le pouvait pas et il nous est dit que, voyant l’icône de la Mère de Dieu au-dessus de l’entrée du temple, elle se mit à prier et elle lui demanda secours. Alors, seulement, elle put entrer dans le temple. Alors seulement, elle put fêter la Résurrection. Alors, à partir de ce jour-là, elle entra dans le repentir. Mais vous l’avez compris, elle ne pouvait pas entrer d’elle-même dans ce repentir, ce blocage qu’elle vivait face à l’entrée de l’Anastasis, c’était le blocage de ses péchés, de ses fautes, de ses erreurs, de ses glissements, de ses chutes et il lui fallait une grâce particulière, la grâce que Jésus donne aussi à cette femme pécheresse qui vient dans la maison du pharisien pour pleurer ses péchés et verser du parfum sur les pieds du Christ. Sainte Marie l'Egyptienne, après avoir vécu les Offices de la Résurrection du Christ, après avoir reçu la grâce du repentir de la part du Seigneur, est partie au désert, a stoppé toute activité de péché. Elle est entrée dans un grand repentir, dans une vie ascétique, difficile pour nous à imiter. Elle a vécu au milieu du désert avec les bêtes sauvages, se nourrissant de ce qu’elle trouvait sur le lieu, peu de choses.
Dans l’Evangile que je vous ai lu, le Seigneur termine en expliquant au pharisien que les péchés de cette femme pécheresse, péchés si nombreux, dit-il, lui sont pardonnés parce qu'elle a beaucoup aimé. On peut être pécheur, grand pécheur même et aussi chercher à aimer. Certainement que Marie l'Egyptienne, ayant vécu dans la débauche, avait des moments où elle cherchait à aimer, peut-être ne savait-elle pas bien aimer et aussi, peut-être, savait-elle, un certain moment, aimer correctement. En tout cas, l’une comme l’autre, ont reçu la grâce du repentir à cause de l’amour. Cela veut dire, pour chacun d’entre nous, que, même si nous ne tombons pas dans des péchés gravissimes -  encore que - si nous cherchons à aimer, si nous nous efforçons, non pas une fois de temps en temps mais tous les jours, dans le quotidien, dans notre attitude profonde, dans notre relation avec le frère, la sœur qui nous entourent, si nous cherchons à aimer, vraiment, au lieu de juger, rejeter, détester, repousser, si nous cherchions à aimer … tout devient possible. Je connais quelqu'un qui a eu une difficulté, comme nous en en avons tous dans la vie, une difficulté à caractère relationnel, une difficulté qui blessait beaucoup cette personne au profond de son être  et qui rejetait ce qui l’avait blessée et rejetait instinctivement, malgré son désir d’aimer et puis, un jour, par grâce, cette personne a entendu par trois fois : « Et si tu l’aimais, et si tu l’aimais au lieu d’avoir cette détestation et ce rejet ». A partir de là, s’est produit le repentir. A partir de là, Dieu a offert l’amour parce qu'on ne peut se repentir sans cette grâce de l’amour de Dieu. A partir de là, il y a eu un miracle, manifestation de l’amour de Dieu et les difficultés douloureuses que vivaient cette personne ont disparu. Il y a eu, comme porté sur un plateau d’or massif, la grâce du repentir qui est arrivée, la grâce de l’amour car on ne peut se repentir qu’en référence à l’amour. Le péché ne peut être rejeté que si on lui préfère l’amour. Alors, alors que nous arrivons à la fin de ce carême bientôt, que nous constatons nos limites pour le moins, nos faiblesses, nos péchés, alors que peut-être nous avons le sentiment réel de ne pas entrer dans le repentir et de ne pouvoir y entrer, d’être comme paralysé, comme Sainte Marie l'Egyptienne, alors, d’une part, demandons, comme l’a fait Marie l'Egyptienne à la Mère de Dieu, demandons la grâce de pouvoir avancer sur le chemin du repentir et puis, pour obtenir cette grâce, cherchons à aimer, guettons le moment où Dieu nous dit : « Et si tu l’aimais ».
Amen