Monastère Saint Silouane

Abandon foi confiance

9/6/2019 Lc XVII, 1-13

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Le texte que nous venons d’entendre se termine par « pour qu’ils aient la plénitude de la foi ». Ce texte, bien connu, qui est appelé «  la prière sacerdotale du Christ » est une prière où effectivement Il rend compte à son Père de sa mission en tant que grand-prêtre ; Il développe ce qu’Il a fait, ce qu’Il a reçu comme mission puis ce qu’Il a accompli de cette mission ; Il rend grâce à Dieu et surtout Il nous invite par ce témoignage, par ce testament à vivre dans une foi la plus grande qui soit, à cause de Lui. Il nous invite à nous abandonner : la foi est un acte d’abandon entre les mains de Dieu, face à un évènement, une histoire douloureuse, un empêchement, une blessure, une maladie grave. Nous avons besoin d’avoir confiance en Dieu. D’instinct nous avons confiance en ceux qui peuvent nous aider sur cette terre et nous avons raison : quelqu'un qui est malade aura confiance dans son médecin qui a reçu comme don de Dieu sa science ; un autre qui sera dans le désespoir aura raison d’aller trouver tel ou tel de ses amis ou bien un prêtre ou un moine ou une autre personne pour reprendre courage, pour prendre un conseil, pour pouvoir s’abandonner d’avantage dans ce que le Seigneur lui propose mais il n’est pas facile de s’abandonner. Oh pour les évènements simples et ordinaires, oui, cela est facile mais il y a des moments où, dans nos vies, l’évènement est lourd. Hier j’ai participé à la Liturgie, aux funérailles de Nathalie Korotkoff,, un des grands chantres de notre Eglise. Bien sûr nous étions tous – et sa famille en particulier, son époux, ses enfants, ses petits-enfants, tous ceux qu’elle a enseigné – tous nous étions dans la peine mais la peine, comme l’a dit son mari à la fin, doit s’accompagner de la joie parce que si nous savons nous abandonner entre les mains de Dieu, si nous savons croire en ce qu’Il nous a dit – d’abord Il nous a démontré qu’Il était mort et ressuscité et que c’était ce qui nous attendait : pour nous aussi, la mort et la résurrection , le salut éternel. - alors si nous croyons à ce que le Christ a eu comme mission de nous annoncer et de vivre sur cette terre en nous prouvant son amour alors il nous est plus facile de nous abandonner même si une certaine douleur, une certaine tristesse, les larmes sont tout à fait légitimes. Et puis il y a des moments – nous les connaissons tous – où nous ne savons plus quoi faire : face à une situation familiale, sociale, ecclésiale, communautaire, on se demande : mais qu'est-ce que je sois faire ? L’erreur est dans cette formulation : qu'est-ce que
je dois faire. Il nous faut au contraire essayer de nous abandonner et de dire : « Seigneur, qu'est-ce que Tu veux que je fasse ». Ce n’est pas du tout la même attitude. Nous avons un très bel exemple dans l’Ancien Testament au travers du Patriarche Abraham. A un moment de la vie d’Abraham, Dieu lui dit : « Va-t’en de ce pays et va où je te montrerai ». Il ne lui donne pas une indication géographique, il ne lui dit pas, va dans tel pays et là tout ira bien, Il lui dit : « Va où Je te montrerai ». C’est dans le futur que cela va se passer et Abraham qui est un homme de grande foi s’abandonne totalement entre les mains de Dieu. Il ramasse sa famille, ses troupeaux, ses amis et il part en confiance et ils avancent. Ils savent que Dieu ne veut pas les mener ailleurs que là où Il les attend pour leur offrir le bonheur, la joie, l’amour. C’est une très belle figure de foi et d’abandon qui nous est nécessaire : il faut que nous nous souvenions de ce qu’a fait Abraham ; il a correspondu à cette prière sacerdotale du Christ qui a tout fait, missionné par la Sainte Trinité, pour que nous ayons cette attitude d’abandon, de foi et c’est difficile, oui, c’est difficile quand on ne sait ce qu’il faut faire. Alors nous avons une première solution : la prière. Il faut savoir se mettre à genoux devant Dieu, pleurer devant Dieu, supplier Dieu et Lui dire : montre-nous où Tu veux nous mener. Dis-nous « Va où je te montrerai » et nous te croirons. Cela est valable pour toute situation. Dans l’Eglise à certains moments il y a des troubles, il y a des moments où on se demande si on est véritablement là où on devrait être. C’est le moment, c’est le moment de croire et de s’abandonner ; ce n’est pas le moment de discutailler, de dire : « Ah oui, mais par là cela ne va pas, par ici ca ne va pas non plus et puis là-bas on va se faire manger et puis ici on va être détruit ». Ce n’est pas cela la solution. Bien sûr on a le droit et même la responsabilité de réfléchir mais de réfléchir en s’abandonnant. Si nous avons des idées – et pourquoi pas ? – il faut toujours rajouter « J’ai cette idée là mais que ta volonté se fasse c'est-à-dire que j’irai là où tu me monteras, dans la confiance ». Lorsque tout semble s’évanouir devant nous, lorsqu’on ressent un certain abandon ou un rejet ou un mépris et que l’on se demande « Qu'est-ce que je dois faire ? Où dois-je aller ? ». Oui c’est le moment de prier mais dans l’humilité non pas en imposant à Dieu notre volonté en lui disant : « C’est là que je veux aller alors bénis-moi ». Ce n’est pas cela l’abandon ; l’abandon c’est dire : « Peut-être que je pourrais aller par là mais j’irai là où tu me monteras. Tu me guideras ». C’est cela qui est important.
Alors ce témoignage du Christ, ce testament … il faut qu’il ait un sens dans notre vie, il faut qu’il résonne dans nos coeurs, dans nos âmes. Le Christ n’est pas venu pour rien ; Il n’est pas venu pour faire des beaux discours que l’on a ensuite inscrits dans un livre et que l’on lit de temps en temps parce que c’est agréable, cela fait du bien. Oui, mais ce n’est pas suffisant. Il ne s’agit pas uniquement de lire, il faut accomplir et c’est ce que le Seigneur Jésus nous propose dans son testament : que nous soyons capables d’accomplir ce que Lui a accompli en obéissant au Père. Il n’a pas dit : « Pour sauver les hommes je vais venir sur la terre et leur dire : ne vous inquiétez pas, tout ira bien. Allez, c’est fini, on continue la route. Buvez, mangez, festoyez, réjouissez-vous tout ira bien ». Non, non Il n’a pas dit cela. Il a dit des paroles, donné des enseignements, des commandements mais Il a surtout appliqué sur Lui ce que nous avons à faire. Il est mort, Il a souffert, Il a été rejeté, Il a été bafoué, Il a été critiqué, ce qui nous arrive aussi à certains moments, y compris dans l’Eglise. Regardez St Nectaire d’Egine, un évêque extraordinaire, choisi pour être évêque - il n’a rien demandé - et puis, à peine est-il évêque, l’Eglise ne cessera de le combattre, de le persécuter jusqu’à la fin de sa vie. C’est ainsi qu’il est devenu un Saint international que nous prions et qui nous donne force, courage, confiance. On lui suggérait souvent : « Mais défends-toi, explique que c’est faux, écris au Patriarche, dis-lui que tout cela est faux et qu’il faudrait faire autre chose ». Non, il refusait toujours.et il disait : « Non, ne t’inquiète pas, Dieu est là ». Alors cette confiance, cet abandon qu’ont vécus le Saint Patriarche Abraham, St Nectaire et d’autres Saints - nous pourrions citer des milliers - doivent être aussi notre attitude, chacun a notre niveau. Nous ne devons pas avoir peur de l’avenir, même s’il se présente comme incertain puisque Dieu est là.
Oui que notre foi soit grande, qu’elle nous conduise à l’abandon ; que nous cessions de dire : « Je pense que …, je veux que …, je souhaite que … ». Supprimons le « je » mais interrogeons Dieu : « « Qu'est-ce que Tu veux pour moi, pour ma communauté, pour mon Eglise ? qu'est-ce que Tu veux ? » Et il faut que cette question soit posée à Dieu avec une grande foi, un abandon total, que nous n’ayons pas déjà en projection une réponse. Laissons de côté
nos réponses mais écoutons la réponse de Dieu. Elle viendra. Peut-être qu’elle nous paraîtra insatisfaisante par rapport à nos désirs - parce que nos désirs sont toujours très grands, nous voulons la perfection mais la perfection n’est pas de ce monde. Seul Dieu est parfait mais parce qu’Il est parfait, Il sait nous mener par des chemins qui progressivement nous mènerons à la perfection totalement goûtée dans l’Eternité mais sur cette terre nous n’aurons jamais rien de parfait, il ne faut pas rêver. Nos communautés ne seront jamais parfaites, nos familles ne seront jamais parfaites, notre société ne sera jamais parfaite et nos Eglises ne seront jamais parfaites, contrairement à ce que l’on croit quelquefois mais le problème n’est pas là, le problème est de se mettre à genoux et de prier le Seigneur : « Montre-moi où Tu veux me conduire et progressivement, j’adhérerai à Ta Volonté et que Ta Volonté soit faite ».
Amen